‹ Essai sur l'indifférence en matière de religion (volume 3)Chapitre 13 sur 64 · CHAPITRE VIIL · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIIL

Réflexions sur ta folie de ceux qui , ne raisonnant point, ne sont indifjérens que par insouciance et paresse. Exposition des seuls principes sur lesquels peut reposer l'indijfèrence rcUsonnée.

En remontant d^âge en âge jnsqa'à Forigine da genre humain , on trouve la croyance d*nn Diea et d'une vie future établie chez tous les peuples. Sur celte croyance, unique sanction des devoirs, seule garantie de Tordre et des lois, repose la société , qui s'ébranle dès qu'on y porte atteinte. Tôt ou lard néanmoins vient une époque où le luxe déprave les mœurs, et la philosophie la raison. Cette époque arriva pour les Grecs au temps de Périclès; pour les Romains, un peu avant le siècle d'Auguste. On vit paroître une nuée de sophistes qui , s'eiTorçant d'asservir la sagesse aux passions , mirent effrontément les rêves de leur esprit égaré à la place des traditions primordiales. Â force de subtilités et de vains raisoniiemens, ils confondirent toutes les idées, obscurcirent toutes les no-

tionst

tîons, énervèrent toutes les croyances. Le monde D^en pouvoît plus , quand tout à coup Tantique foî , se développant , à la voix de Dieu , chez le peuple spécialement chargé d'en conserver le dépàt , reprend avec éclat possession de Tunivers. De nouveaux dogmes sont prumulgués; mais ces dogmes, dérivant des dogmes primitifs, appartenoient , au moins implicitement, à la foi primitive. De profonds mystères s'accomplissent ; mais ces mystères , annoncés au premier homme , plus clairement ré- ^/élés à ses descendans, étoient attendus , pressentis ^u ^nre humain tout entier. Le Christianisme ne 'xiaissoit pas, il cnjissoit. Tout est lié, tout s'enhaine dans Thistoire comme dans les dogmes de a Religion. Les nations commencent et finissent, lies passent avec leurs mœurs, leurs lois, leurs pinions, leurs sciences; une seule doctrine reste, onjours crue, malgré l'intérêt qu'ont les passions e n'y pas croire; toujours immuable au milieu de rapide et perpétuel mouvement; toujours attaquée et toujours ju^stifiée; toujours à Tabri des ^hangemens qu'apportent les siècles aux institutions les plus solides , aux systèmes les plus accrédites; toujours plus étonnante et plus admirée à mesure qu'on l'examine davantage; la consolation du pauvre et la plus douce espérance du riche; i égide des peuples et le frein des rois; la règle du pouvoir qu'elle modère, et de l'obéissance qu'elle

sanctifie; la grande charte de rhiinianité, où la Justice éternelle, ne voulant pas que le crime même demeure sans espoir et sans protection , stipule la miséricorde en faveur du repentir : doctrine aossi humble que profonde , aussi simple qu^elle est haute et magnifique; doctrine qui subjugue les plus puissans génies par sa sublimité, et se proportionne par sa clarté aux intelligences les plus foiblcs ; enfin doctrine indestructible qui résiste à tout, triomphe de tout, de la violence comme du mépris, des sophismes comme des échafauds » et, forte de son antiquité, de ses preuves victorieuses et de ses bienfaits, semble régner sur Tes* prit humain par droit de naissance , de conquête et d'amour.

Telle est la Religion que certains hommes ont choisie pour en faire Tobjet de leur indifférence. Ce que Bossuet , Pascal , Fénélon, Descartes , Newton, Leibnitz, Ëuler ont cru, après Texamen le plus attentif, ce qui fut le continuel sujet de leurs méditations, on ne le juge pas même digne d'oc^ cuper un moment la pensée. En méprisant le Chris-, tianisme sans le connoîlrc , on s'imagine s'élever au-dessus de ce qui a paru sur la terre de plus grand par le génie et la vertu , pendant dix-huit siècles; et ridiculement fier d'un insouciant dédain pour la vérité quelle qu'elle soit , on s'enorgueillit de garder la neutralité de Tignorance entre la doc-

Irioe qui a produit Vincent de Paule et celle qui a produit Marat.

Si Dieu existe ou non, si, à cette courte vie succède une vie durable, si le seul devoir est d'obdir à ses penchans, ou si l'on doit les régler sur une loi fixe et divine, on veut tout savoir hormis cela. Des hommes se sont rencontrés que tout intéresse , hors leur sort éternel. Ils n'ont pas, disent-ils, le temps d'y songer : mais ils en ont abondamment dès qu'il s'agit de satisfaire la plus frivole fantaisie. Usent du temps pour les affaires, du temps pour les plaisirs, et ils n'en ont pas pour examiner s'il y a nn ciel , un enfer. Ils ont du temps pour s'ins^ traire des plus vaines futilités de ce monde , où ils ne passeront qu'un jour , et ils n'en ont pas pour s'assurer s'il existe un autre monde qu'ils doivent ^ heureux ou malheureux , habiter éternellement, lisent du temps pour soigner un corps cpii va se dissoudre, et ils n'en ont pas pour s'informer s'il renferme une ame înmiortelle. Ils ont du temps pour aller au loin convaincre leurs yeux de l'existence d'un animal rare , d'une plante curieuse , et ils n'en ont pas pourconvaincre leur raisonde l'existence de Dieu. Inconcevable aveuglement! Et qui ne s'écrierait avec Bossuet : « Quoi! le charme des

• sens est-il si fort , que nous ne puissions rien

• prévoir >»?

En effet , ce défaut absolu de prévoyance , cette

sécurité stupiile avec laquelle on se précipite dans un avenir inconnu et sans bornes , ne sont-ils pas évidemment la marque d'un esprit aliéné ? Le genre humain tout entier atteste l'existence d^une loi qu'on ne sauroit violer impunément ; et sans en croire son témoignage, sans le démentir, sur ua misérable peut-être^ on accepte toutes les suites» d'une opposition formelle à cette loi, et Tonsecré^ à soi-même, par insouciance, la double fatalité d^ crime et du malheur.

On a vu des paliens rire, danser sur l'échafau mais la mort qu'ils bnivoient étoit inévitable, ne pouvoit les y arracher. Dans rinvîncible nécessité de mourir, ils se roidissoient contre la nature-^ et trouvoient une sorte de consolation farouck^ à étonner les regards du peuple par le spectaclM d'une gaieté plus effrayante que les angoisses de LM crainte et les agonies du désespoir. Mais qu'încer"" tain si sa tête ne va point tomber , en peu d'heures^ sous la hache du bourreau , et sûr de se sauver s'" veut seulement se convaincre de la réalité du pér^i qui le menace, un homme demeure en repos damni ce doute épouvantable , et préfère à la vie quelqu ^s momens de plaisir , ou même d'ennui , que va terminer un supplice affreux et déshonorant ; c'est ce qu'on n'a jamais vu , ce qu'on ne verra jamais. Qiiel- , que mépris qu'on affecte pour une existence fagî- j tiv« et chargée de tant de douleurs, on ne s'en d^-l

;he pas de la sorte; il n'est point d'apathie si proideque ne réveille l'annonce , la seule idée d'une Drt prochaîne. Que dîs-je? tout ce qiii nous toue 9 soit dans nofre santé, soit dans nos biens» dans 6 jouissances , dans nos opinions , dans nos habi« des, nous émeut, nous cilarme, nous transporte rs de nous-mêmes , nous inspire une activité inigable; et l'on n'est indifTérent sur rien , excepté r le cîel, l'enfer , l'éternité.

Que ceux qui se tranquillisent dans cette indifTéace monstrueuse, ou qui même en tirent vanité, prennent du moins ce qu'en pensoit un de ces immes qui , par la prodigieuse supériorité de leur nie, semblent êlre nés pour reculer les bornes de ntelligence bnmainc.

« L'immortalité de l'ame est une chose qui nous importe si fort , et qui nous touche si profondément, qu'il faut avoir perdu tout sentiment pour être dans rindiflerence de savoir ce qui en est. Toutes nos actions et toutes nos pensées doivent prendre des routes si différentes , selon qu'il y aura des biens éternels à espérer, ou non , qu'il est impossible de faire une démarche avec sens et jugement , qu'en la réglant par la vue de ce point qui doit être notre dernier objet.

M Ainsi notre premier intérêt et notre premier devoir est de nous éclaircir sur ce sujet, d'où dépend toute notre conduite. Et c'est pourquoi.

278 ESSAI SUR L*INDlFrÉlVE5CE

» parmi cenx qui n'en sont pas persuadés , )e fais » une extrême différence entre ceux qui travaillent » de toutes leurs forces à s'en instruire, et ceax » qui vivent sans s'en mettre en peine et sans y » penser.

» Je ne puis avoir que de la compassion pour » ceux qui gémissent sincèrement dans ce doate , M qui le regardent, comme le dernier des malheurs, » et qui , n'épargnant rien pour en sortir , font de « cette recherche leur principale et leur plus se- » rieuse occupation. Mais pour ceux qui passent la » vie sans songer à cette dernière fin de la vie , et » qui , par cette seule raison qu'ils ne trouvent pas >* en eux-mêmes des lumières qui les persuadent , M négligentd'en chercher ailleurs, et d'examiner à » fond si cette opinion est de celles que le peuple » reçoit par une simplicité crédule , ou de celles » qui , quoiqu'obscures d'elles-mêmes , ont néan- » moins un fondement très-solide, je les considère » d'une manière toute différente. Cette négligence M en une affaire où il s'agît d'eux-mêmes , de leur » éternité, de leur tout, m'irrite plus qu'elle ne i» m'attendrit; elle m'étonne et m'épouvante; c'est » un monstre pour moi. Je ne dis pas ceci par le » zèle pieux d'une dévotion spirituelle; je pré- » tends au contraire que l'amour-propre , que Fin- » térêt humain, que la plus simple lumière' de la V raison nous doit donner ces sentimens. Il ne faut

» voir pour cela que ce que voient les personnes

• les moins éclairées.

» Il ne faut pas avoir Tame fort élevée pour ■ comprendre qu'il n'y a point ici de satisfaction

• véritable et solide; que tous nos plaisirs ne sont m que vanité, que nos maux sont infinis; et qu'ea- » fin la mort , qui nous menace à chaque instant , I» nous doit mettre dans peu d'années , et peut-être

• en peu de jours , dans un état éternel de bonheur, » ou de malheur , ou d'anéantissement. Entre nous u et le ciel, l'enfer, ou le néant, il n'y a donc que » la vie , qui est la chose du monde la plus fragile ; » et le ciel n'étant pas certainement pour ceux qui » doutent si leur ame est immortelle , ils n'ont à a» attendre que l'enfer ou le néant.

» U n'y a rien de plus réel que cela, ni de plus » terrible. Faisons tant que nous voudrons les » braves, voilà la fin|uii attend la plus belle vie » du monde,

>• C'est en vain qu'ils détournent leur pensée de » cette éternité qui les attend , comme s'ils la pou- M voient anéantir en n'y pensant point. Elle snb- » siste malgré eux , elle s'avance , et la mort qui la j» doit ouvrir les mettra infailliblement, dans peu « de temps , dans l'horrible nécessité d'être éterw nellement ou anéantis ou malheureux.

» Voilà un doute d'une terrible conséquence;

• et c'est déjà assurément un très-grand mal que

280 ESSAI SUR l'iNDIFFÉREKCB

» d'être dans ce doute y mais c'est au moins un de- » voir indispensable de chercher quand on y est. » Ainsi celui qui doute et qui ne cherche pas , est » tout ensemble et bien injuste et bien malheureux; » que s'il est avec cela tranquille et satisfait , qu'il » en fasse profession, et enfin qu'il en fasse vauitéi )> et que ce soit de cet état même qu'il fasse le 9» sujet de sa joie et de sa vanité , je n'ai point de » termes pour qualifier une si extravagante créa- » ture.

>» Où peut - on prendre ces sentimens ? Quel >» sujet de joie trouve-t-on à n'attendre plus que » des misères sans ressource ? Quel sujet de vanité » de se voir dans des obscurités impénétrables? >* Quelle consolation de n'attendre jamais de con- » solateur?

» Ce repos dans cette ignorance est une chose » monstrueuse , et dont il faut faire sentir Fextra- » vagance et la stupidité a ceux qui y passent Icivr » vie , en leur représentant ce qui se passe en eux- » mêmes, pour les confondre par la vue de leur

» folie. Car voici comment raisonnent les hommes, 5> quand ils choisissent de vivre dans cette iguo- » rance de ce qu'ils sont, et sans en rechercher w d'éclaircissement.

» Je ne sais qui m'a mis au monde , ni ce que » c'est que le monde, ni que moi-même. Je suis » dans une ignorance terrible de toutes choses. Je

n ne sais ce que c'est que mon corps , que mes sens, » que mon ame, et cette pc-^rtie même de mol , qui » pense ce que je dis , et qui fait réflexion sur tout » et sur elle-même , ne se connoit non plus que le » reste. Je vois ces effroyables espaces de l'univers, » qui m'enferment, et je me trouve attache à un » coin de cette vaste étendue , sans savoir pourquoi » je SUIS plutôt placé en ce lieu qu'en un autre, » ni pourquoi ce peu de temps qui m'est donné à » vivre , m'est assigné à ce point , plutôt qu'à un » autre, de toute Téternîté qui m'a précédé, et de » loute celle qui me suit. Je ne vois que des infini- » tés de toutes parts, qui m'engloutissent comme un » atome , et comme une ombre qui ne dure qu'un » instant sans retour. Tout ce que je connois, c'est j> que je dois bientôt mourir; mais ce que j'ignore j» le plus , c'est cette mort même que je ne saurois » éviter.

» Comme je ne s;iîs d'où je viens , aussi ne sais- >* je où je vais; et je sais seulement qu'en sortant de » ce monde, je tombe pour jamais, ou dans le » néant , ou dans les mains d'un Dieu irrité , sans » savoir à laquelle de ces deux conditions je dois » être éternellement eu partage.

» VoîL'i mon état plein de misère , de foiblesse^ n d'obscurité. Et de tout cela je conclus que )> je dois'donc passer tous les jours de ma vie sans *» songer à ce qui me doit arriver, et que je n'ai

2S2 ESSAI SUR l'iNDIFFÉRENC£

» qu'à soivre mes Inclinations sans réflexion et saim^ » inquiétude, en faisant tout ce qu'il faut poui » tomber dans le malheur éteniel , au cas que c^ n qu^on en dît soit véritable. Peut-être que je pour— » rois trouver quelque éclaircissement dans mes dou - » tes; mais je n'en veux pas prendre la peine, nS » faire un pas pour le chercher; et en traitant avec » mépris ceux qui se travaillent de ce soin , je veuc: » aller sans prévoyance et sans crainte tenter un û » grand événement , et me laisser mollement con- }» duire à la mort , dans Tincertitude de Tétemité » de^a condition future.

» En vérité, il est glorieux à la Religion d^avoir » pour ennemis des hommes si déraisonnables; et » leur opposition lui est si peu dangereuse, qu'elle » sert au contraire à rétablissement des principales » vérités qu'elle nous enseigne. Car la foi chré- » tienne ne va principalement qu'à établir ces deux >» choses, la corruption de la nature et la rédemption » de Jésus-Christ. Or, s'ils ne servent pasàmon- » trer la vérité de la rédemption par la sainteté de » leurs mœurs, ils servent au moins admirable- » ment à montrer la corruption de la nature par » des scntimens si dénaturés.

p* Rien n'est si important à Thomme que son » état ; rien ne lui est si redoutable que Téternité. » Et ainsi , qu'il se trouve des hommes indifférens » à la perte de leur être j et au péril d'une éternité

de misère, cela n'est point naturel. Ils sont tout autres à Tëgard de toutes les autres choses; ils craignent jusqu'aux plus petites , ils les précroient , ils les sentent ; et ce même homme, qui passe les jours et les nuits dans la rage et dans le désespoir pour la perte d'une charge y ou pouf* quelque offense imaginaire à son honneur , est celui-là même qui sait qu'il va tout perdre parla mort, et qui demeure néanmoins sans inquiétude , sans trouble et sans émotion. Cette étrange insensibilité pour les choses les plus terribles , dans un cœur si sensible aux plus légères, est vne chose monstrueuse ; c'est un enchantement incompréhensible , et un assoupissement surnaturel.

» Un homme , dans un cachot , ne sachant si son arrêt est donné , n'ayant plus qu'une heure pour l'apprendre , et cette heure suffisant , s'il sait qu'il est donné, pour le faire révoquer, il est contre la nature qu'il emploie cette heure-là » non à s'informer si cet arrêt est donné , mais à jouer et ' à se divertir. C'est Tétat où se trouvent ces per- » sonnes , avec cette difFérence , que les maux dont ils sont menacés vsont bien autres que la simple perte de la vie, ou un supplice passager que en prisonnier appréhenderoit. Cependant ils courent sans souci dans le précipice , après avoir mis quelque chose devant leurs yeux pour s'empf»-

284 ESSAI SUR L^INDIFFÉREKCE

» cher de le voir, et ils se moquent de ceux qui les » en avertîssenL

?» Ainsi, non - seulement le zèle de ceux qui » cherchent Dieu prouve la véritable Religion , » mais aussi raveuglement de ceux qui ne le j> cherchent pas , et qui vivent dans cette horrible » négligence. 11 faut qu'il y ait un étrange renver- » sèment dans la nature de Fhomme , pour vivre >» dans cet état , et encore plus pour en faire va- »'nilé. Car, quand ilsauroient une certitude en- » tîcre qu'ils n'auroient rien à craindre après la » mort , que de tomber dans le néant , ne seroit-ce » point un sujet de désespoir plutôt que de vanité? » N'est-ce donc pas une folie inconcevable , n'en « étant pas assurés, de faire gloire d'être dans ce a> doute ?

j» Et néanmoins il est certain que Thomme est » si dénaturé, qu'il y a dans son cœur une semence w de joie en cela. Ce repos brutal , entre la crainte » de Fenfcr et du néant , semble si beau , que non- » seulement ceux qui sont véritablement dans ce >> doute malheureux s'en glorifient, mais que ceux » même qui n'y sont pas, croient qu'il leur est glo- » rieux de feindre d'y être. Car Texpérience nous » fait voir que la plupart de ceux qui s'en mêlent ^ sont de ce dernier genre ; que ce sont des gens » qui se contrefont, et qui ne sont pas tels qu'ils » veulent paroîlre. Ce sont des personnes qui ont

£N MATIÈRE DE RELIGION. ^Su

n OUÏ dire que les belles manières du monde consis- ** tent à faire ainsi l'emporté. C'est ce qu'ils appel- » lent avoir secoué le joug; et la plupart ne le M font que pour imiter les autres.

M Mais s'ils ont encore tant soit peu de sens com- M mun , il n'est pas difficile de leur faire entendre » combien ils s'abusent en cherchant par-là de

» l'estime S'ils y pensoient sérieusement , ils

» verroient que rien n'est plus capable de leur

»> attirer le mépris et l'aversion des hommes , et de » les faire passer pour des personnes sans esprit et » sans jugement. Et en efTet, si on leur fait rendre » compte de leurs sentimens, et des raisons qu'ils » ont de douter de la Religion, ils diront des j» choses si foibles et si basses , qu'ils persuaderont » plutôt du contraire. C'étoit ce que leur disoit un » jour fort à propos une personne : Si vous conn tlnuez à discourir delà sorte , leur disoit-elle , en » vérité vous me convertirez. El elle avoit raison; » car qui n'auroit horreur de se voir dans des seni» timens où Ton a pour compagnons des personnes i* si méprisables.

>' Ainsi , ceux qui ne font que feindre ces senli- » mens , sont bien malheureux de contraindre leur »• naturel pour se rendre les plus impertinens dos >. hommes. S'ils sont fâchés dans le fond de leur »» cœur de n'avoir pas plus de lumières , qu'ils ne le M dissimulent point. Cette déclaration ne sera

2t86 ESSAI^StJR l'indifférence.

I» pas honteuse. Il n^y a de honte qu'à nVn poinf M avoir. Rien ne découvre davantage une ëtrangd » foiblesse d'esprit , que de ne pas connoif re qud » est le malheur d'un homme sans Dieu. Qn'ib » laissent donc ces impiétés à ceux qui sont asses » mal nés pour en être véritablement capables : M qu'ils soient au moins honnêtes gens , s'ils ne » peuvent encore être chrétiens; et qu'ils recon- M noissent enfin qu'il n'y a que deux sortes de » personnes qu'on puisse appeler raisonnables : oo » ceux qui servent Dieu de tout leur cœur , parce M qu'ils }e connoissent , ou ceux qui le cherchent M de tout leur cœur , parce qu'ils ne le connoissent » pas encore (i) ».

La plupart des indifférens ne demeurent tels que parce qu'ils s'imaginent montrer une glorieuse supériorité de raison , en méprisant au hasard les seiitimens vulgaires. Ils rougiroient d'avoir rien de commun avec le peuple, même Fespérance; et voilà ce qui les détourne d'examiner les fondemens de sa foi. Mais c'est , il faut l'avouer , une vanité bien misérable, que celle qui se nourrit d'ignorance. Les ennemis de la Religion et ses défenseurs sont d'accord sur son importance. Ce point est si évident , qu'aucun incrédule dogmatique ne le conteste. Or , en quoi celui qui n'a , pour toute

(i) Pensées de Pascal.

icience , qu'un stupidc ^ue m'importel seroit-il supérieur au chrétien dont la croyance, détermîoée par des preuves positives , repose sur un ensemble de faits et de considérations qui , pour être saines, exigent au moins de l'application d'esprit et le travail de la réflexion?

Quoi qu'il en soit, l'indifTérent , également incapable de rien nier et de rien affirmer, s'endort entre ces deux doutes : il est possible que la Religion soit vraie; il est possible qu'elle soit fausse. Apres avoir enfanté ces propositions contraires, au lieu d'en déduire les conséquences, sa puissante raison s'arrête , et se repose dans la douce contemplation de sa grandeur et de sa force.

On ponrroit d'abord remarquer que, même avant toute discussion , ces deux propositions générales n'offrent pas, à beaucoup près, le même degré de vraisemblance. Car il n'est personne qui ne sente que, si la Religion chrétienne et oit fausse, son existence prolongée pendant dix-huit siècles, la victoire qu'elle a remportée sur les opinions, les mœurs, les lois, les passions, les habitudes de tant de peuples divers et rivaux , l'empire qu'elle n'a cessé d'exercer sur les esprits les plus pénétrans et les têtes les plus méditatives , seroit le phénomène moral le plus extraordinaire , le plus inexplicable dont on ait jamais ouï parler. Erreur merveilleuse en effet , qui n'a pas moins de séduction

288g ESSAI SUR LlIiDirFÉRENCE

pour la raison froide et sévère , que pour les aintt sensibles et les imaginations ardentes; qui s'empare de rhomme et de tous les hommes , en combattant sans cesse leurs penchans, erreur qui favorise et qui hâte les progrès de la vérité dans toutes les branches des connoissances humaines ; erreor d'où naissent des vertus sans nombre, jusqu'alors inconnues; erreur enfin qui , succédant aux spéculations tant vantées et néanmoins si stériles de la philosophie ancienne , et se propageant soudain pai tout Tunivors connu , dans le siècle le plus éclairé, rectifie toutes les idées reçues , épure tous les principes, perfectionne les méthodes de raisonnement, crée, ce n'est pas trop dire , les sciences intellectuelles et physiques , abolit tous les préjugés eimemis de Thomme, sanctifie lesmœurs et attendrit le^ lois , unit les peuples par des liens sacrés, met l'amour là où il n'existoit que la haine , protège à U fois le puissant et le foible , le pouvoir et le sujet tempère la domination, affermit l'obéissance, e produit , par son effet propre et nécessaire , la perfection de Tordre social.

Toutefois je consens que Ton tienne pour également douteuses , la fausseté de la Religion chrétienne et sa vérité. Pour démontrer avec évidence la folie des indifférens , je n'ai besoin que de leur, propres maximes , et il suffit de développer celt( proposition qu'ils admettent : 11 est possible que 1;

Religioi

Retîgion soit vraie; car cette unique proposition

nenfenne toutes les propositions suivantes :

II est possible qu'il y ait un Dieu rémunérateur et vengeur.

Il est possible que mon ame soit immortelle. Il est possible que le souverain Être ait révélé aux hommes des vérités qu'ils ne sâuroient comprendre ici-bas parfaitement, et leur ait imposé des devoirs dont ils n'aperçoivent pas clairement la raison.

Il est possible que je sois rigoureusement obligé le croire ces vérités , et de pratiquer ces devoirs.

Il est possible que si je crois et pratique, je ooisse d'une félicité infinie, étemelle, pour prix le mon obéissance.

Il est possible enfin , que si je refuse de pratiquer t de croire, j'en sois éternellement puni par des jpplîces effroyables.

Non, je ne crains pas de Taffirmer, demeurer ïlontaîrement clans ce doute terrible, s'y cornlaire , repousser Fespérance d'une félicité infinie ^ se dévouer de gaieté de cœur, si la Religion est aie, comme on avoue qu'elle peut l'être^ à des irmens dont la seule idée glace d'effroi Tiniagitîon; c'est un délire inexplicable, une dénnencet e fureur qm n'a point de nom. Car, en ^uppoit même nos intérêts présens opposés à nos int^i à venir , et la nécessité de sacrifier on les tW^

290 ESSAI SUJ\ L^INDIFFÉRENCË

oa les autres, encore ne devroit-on pas sagement hésiter sur le choix. Qu'on observe qu'il y a ici l'éternité d'un côté, et de l'autre un moment à peine saisissable, une ombre ^ moins que cela, le rêve d'une ombre, dit Pmdare.

Quand donc cette vie fugitive ne seroit , pour rhomme religieux, qu'une souffrance continue, quand elle ne seroit , pour TindifTérent , qu'un plaisir sans mélange, cette souffrance passagère, ce plaisir qui fuit , ne balanceroient pas un instant , aux yeux de la raison, la puissante considération de l'éternité. Quiconque, plutôt que de perdre une jouissance éphémère, s'expose à être malheureux toujours, mérite de l'être, et n'a droit qu'au mépris qu'inspire toute passion aveugle et brutale.

Quand on considère d'une certaine hauteur , les objets sur lesquels s'exerce d'ordinaire l'activité de l'esprit humain , on est tout étonné de la petitesse du cercle où il se renferme volontairement, et que si peu de chose suffise pour amuser sa curiosité , et donner le change au désir iufmi de connoitre qui le dévore. Je ne sache rien qui marque davantage la misère de l'homme, que cette facilité surprenante à se contenter de quelques distrac tiens frivoles, avec une! capacité immense pour la vérité. Il l'aime naturellement; un invincible instinct le porte à la chercher sans cesse; elle est sa fin , son repos , sa félicité; et toutefois il n'est rien qui ne puisse lui tenir

EN MATIÈRE DE UELICION. !29l

Ifieja d^elle. Je ne parle ni da paavre peuple absorbe dans les travaux du corps, ni du riche qui s^agite dans le vide des plaisirs : je pai;le de ceux qui tiennent du ciel , avec des sentimens élevés , une condition indépendante. Que croyez-vous qui rem* plisse habituellement leur pensée ? TÉtre éternel , les lois immuables qu'il a établies? Oh! non; ils useront leur vie à combiner des mots , à étudier les rapports des nombres » les propriétés de la matière, il n'en faut pas davantage pour satisfaire ces imissantes intelligences. Que parlez-vous de Dieu à ce savant qui remplit le monde du bruit de son nom ? Comment voulez- vous qu'il vous écoute? Ne voyez-vous pas qu'en ce moment son esprit est tout 4iccapé de la décomposition d'un sel jusqu'ici rebelle à l'analyse ? Attendez qu'il ait fait connoitre à l'univers un nouvel acide : alors peut-être il vous stta permis de l'entretenir de l'Être infini qui a créé, comme en se jouant , l'univers et tout ce qu'il renferme. Cet autre compose une histoire, un poëme, une pièce de théâtre, un roman, dont il s'ima^ue que dépend sa gloire : ne le troublez pas , il faut qu'il se hâte , car la mort approche; et quelle inconsolable douleur, si ellearrivolt avant qu'il eût mis la dernière main à sa renommée! Il est vrai qu'il ignore sa propre nature , la place qu'il occupe dans l'ordre des êtres, ses destinées futures , ce qu'il peut espérer , ce qu'il doit craindre ; il ne sait s'il

293 KSSAI SUR L^INBIFFÉRENCE

existe un Diea, une vraie Religion, un cié!, un enfer ; mais il a pris depuis iong-lemps son parti sur toutes ces choses ; il ne s^en inquiète point , il n^y pense point; cela n'est pas clair, dit-il; et làdessus il agit comme s'il étoit clair que ce ne fût que des rêveries.

Si Ton pouvoit éviter Tenfer en n*y pensant pas» je verrois un motif à cette prodigieuse insouciance. Mais n'y point penser est , au contraire , le plus 9Ûr chemin pour y arriver. Détourner son esprit de la vérité , y être indifférent , est le crime même que Dieu punit , et avec bien de la justice; car , $1 Ton veut y réfléchir , on comprendra que cette prétendue indifférence n'est au fond que de la haine.

Ici j'en appelle hardiment à l'expérieppe générale , j'en appelle à la conscience même de l'indifférent : N'est-il pas vrai qu'il éprouve que répugnance extrême pour tout ce qui lui rappelle la Religion, ses menaces et ses promesses? N'est-il pas vrai qu'intérieurement il souhaîteroit qu'elle fût fausse? N'est -il pas vrai qu'il a toujours fui l'occasion de s'en instruire , par une secrète appréhension * ^'êtrc convaincu , ou au moins ébranlé, par les preuves nombreuses sur lesquelles elle s'appuie? N'est-il pas vrai qu'il s'attriste et s'irrite tontes les fois que, dans une de ces discussions qu'on n'est pas maître d'écarter toujours, on présente , en tà^ veur dû christ ianbme , un argument auquel il ne

EN MATIÈRE DE REtiGION. âij3

peat rien répliquer de plausible? N'est- il pas vrai que les objections qu'on y oppose lui causent au conlrâire de la joie, et une joie d'autant plus vive ^[oe ces objections paroissent plus embarrassantes et pins fortes ? Or , qu'est-ce que tout cela , sinon la haine de la vérité , et par cotiséqûent la haine de Diea, vérité suprême ? Y a-t-il lieu de s'étonner qu'il ré jette ceux qui le haïssent; et à quel autre SOTt tH infortunés doivent-ils s'attendre ?

H ne fiint pas chercher ailleurs que dans l'orgueil et èdM k iîorruption du cœur là cause d'une dis* position' si déplorable. L'homme abhorre la gêne » et la Religion gêné tous ses penchans. Las de son joag altfllère , il essaie de le briser, du de s'y dérober. B a'etflvifOnne de distractions, il s^étoùrdit, il s^enivre de plaisirs et de sophbmes , pour étouffer avec tfMilfis de remords l'importune vérité; conime un aÉttMin , liovice encore, s'enivre avant de commetti^ un meurtre. Son indifférence pour les dog-« mes nattdeson aversion pour les devoirs; s'il ne craîgnoit pas ceux-ci , iladmettroit volontiers ceux* là; mais sachant qu'on ne peut séparer la règle de la foi de la règle des mœurs, il cherche l'indépendance dies actions dans l'indépendance des pensées. Il veut douter, et il doute; il veut, à tout prix, ne pas croire ,' et sa raison travaille sans relâche à s'aoéantir elle-même : véritable suicide moral , plus

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criminel mille fois que celui qui ne détruit que le corps.

Quelabrute, privée de réflexion, vive et meure sans s^inquiéter de Favcnir, cette insouciance est sa condition naturelle et nécessaire. Mais quand rhomme , doué de facultés incomparablement plus nobles y capable de s^élever à l'idée de Dieu , et d^embrasser Tinfini par sa pensée ^ ses désirs et ses espérances , se précipite de cette hauteur dans la vile condition des hétes , ne veut plus connottre , à leur exemple , que des penchans et des besoins 9 et^ dégoûté du partage immortel que lui ï^igna le Créateur y leur envie jusqu'au néant; cela confond , cela épouvante, et Ton n'a point de paroles pour exprimer l'horreur qu'inspire une si profonde d^:radation.

L'indifférence aveugle est donc , sans contredit , l'état le plus avilissant où une créature raisonnable puisse tomber. Le seul cas où l'homme sage pût demeurer indiffcrent sur la Religion, seroit celui où nous n'aurions aucun intérêt de savoir si elle est vraie ou fausse, ou aucun moyen de nous en assurer. En d'autres termes , il faut , comme l'observe M. de Bonald , que les indifférens supposent « qu'il » n'yadanslaReligion, considérée en général etdans » toutes ses différences, ni vrai ni faux ; ou que s'iljy « a vrai et faux dans la Religion comme en toute

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» antre chose , rhomme u'a aucun moyen de les dis- » tinguer ; ou qu'enfin la Religion , vraie ou fausse , » est <^lement indifférente pour l'homme.

n La supposition , continue le même écrivain ,

» qtie toutes les Religions sont indifférentes, n'est

» pas soutenable en bonne philosophie. Il n'y a pas

» plus de philosophie sans un premier principe ,

» cause de tous les effets moraux et physiques , qu'il

» ne peut y avoir d'arithmétique sans une uniié

» première , mère de tous les nombres; ou de géo-

X» métrie , sans un premier point générateur des li-

j» gnes, des surfaces et des solides. Et comment sup*

» poser qu'il n'y ait pas vrai et faux dans des Reli-

» gions opposées entre elles , mais qui pourtant sont

» partout le rapport vrai oufauxdeDieu à l'homme^

J9 et de l'homme à son semblable , la raison du pou-

j» voir, la règle du devoir, la sanction des lois, la

» base de la société ; lorsqu'il y a vrai et faux par-

» tout où les hommes portent leur raison ou leurs

» passions; vrai et faux en tout , et même à VOpéra^

9» et jusque dans les objets les plus frivoles de nos

» connoissances et de nos plaisirs ? Mais s'il y a vrai

» et faux, ordre et désordre , dans les diverses Relî-

» gions considérées en général, peut-on supposer,

j» en bonne philosophie, que l'Être qui est î'intel-

» ligence et la vérité suprême , ait refusé aux hom-

1» mes , êtres inteliigens aussi , capables de connoitre

2g6 F.ssAi srR i/indifféhence

» et de choisir , d'aimer oo de haïr , tout moy«n de » distinguer le vrai et le faux dans les rapports qii*ib M ont avec lui ? Et à quelle fin leur auroit-il donné

» cette ardeur démesurée de connoilre , et leur ao- » roit-il permis de découvrir les rapports qu^ils ont è» même avec les choses insensibles? Et si Thomme » peut distinguer le bien et le mal dans les diverses I»* Religions , comment supposer qu'il puisse rester > indifTérent à la vérité et à Terreur , lui qui ne doit 1» rester indifférent sur rien, et chez qui Findiffé* j» rencc est même le caractère le plus marqué de la » stupidité (i) »?

Ces courtes observations du philosophe le plus profond qui ait paru en Europe depuis Malebranche , montrent déjà bien clairement l'absurdité des seuls principes sur lesquels on puisse fonder l'indifférence des Religions. En soumettant de nouveau ces principes à un examen rigoureux et dé* taillé , nous espérons ne laisser d'excuse ni à la crédulité qui les adopte , ni à la mauvaise foi qui feint de les adopter. Nous n'aurons pas même pour cela besoin de talent : l'art quelquefois est nécessaire pour revêtir l'erreur des apparences de la vérité ; luais veut-on rendre à celle-ci son éclat, il suffit d'abaisser le voile dont on s'efforçoit de la couvrir.

(i) Sur la Tolérance des Opinions, par M. deBonald , t^ffectate^r français au XI V siècle ^ lom. IV, p. 7a, ^3.

Afin qoe le lectcor suive aisément la discussion ^ il convient qu^il en ait d'avance une idée nette , qa^il connaisse le but où il marche , et par quelle route il y doit arriver. Voici donc en peu de mots^ ce qo€^ nous nous proposons d'établir, et Tordre dans lequel nous l'établirons.

On s&utieiit que la Religion , vraie ou fausse, est indifférente pour Thorame; et nous prouverons que, mxpfosé l'existence d'une vraie Religion , cette Religion eft pour l'homme , considéré soit individuellement, soit en société avec ses semblables et avec Dieu , d'une importance infinie; d'où il suit qu^l a un intérêt infini à s'assurer s'il existe en effet une vraie Religion , et qu'il y a, par conséquent , une folie infinie à demeurer à cet égard dans l'indifférence. Pour éclaircir nos principes , en les appliquant à une Religion connue , nous supposerons « en outre , que le Christianisme est cette Religion véritable , dont il s agit de montrer l'importance.

On soutient que toutes les Religions sont en. elles - mêmes indifférentes ; et nous prouverons qu'aucune Religion n'est indifférente en soi , ou qu'en toute Religion il y a bien ou mal, vérité ou erreur; qu'il existe nécessairement une vraie Religion, c'est-à-dire, une Religion d'une vérité ou d'une bonté absolue, et qu'il n'en existe qu'une seule , d'où se déduit l'obligation de l'embrasser , s'il est possible de la reconnoitre.

apS ESSAI SUR l'indifférence

' On soutient que , s^II existe une véritable ReCgion , l'homme n'a aucun moyen de la discerner des Religions fausses; et nous prouverons que, dans tous les temps, les hommes ont eu un moyen facile et sûr de reconnoître la véritable Religion ; d'où il résulte que Tindifférence n'est pas^senle-* ment un état déraisonnable, mais encore un état criminel*

Chacun sans doute restera juge, pour soi , de la force des preuves que nous allons développer. Nous ne contestons à personne ce droit naturel. Mais quiconque refuseroit d'examiner les fondemens de rindifTcrence , ne pourroit être compté parmi les IndlfTciciis dogmatiques. Il se rangeroit, par cela seul , au nombre de ces insensés qui , voulant à tout prix confondre les terreurs de la conscience avec la répugnance de la raison , craignent de regarder en face la vérité , et se forment contre elle un trbte rempart de ténèbres, foible défense contre le remords.

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