‹ Essai sur l'indifférence en matière de religion (volume 3)Chapitre 16 sur 64 · Ç)/i ESSAI SUR L^'lNDIFFÉRENCB · texte numérisé non relu

Ç)/i ESSAI SUR L^'lNDIFFÉRENCB

primitive , héritage commun du genre humain; Mais altérées peu à peu par les passions et par la raison , on voit leur influence s'afToîblîr avec le progrès [des temps, et des doctrines contraires produire de contraires effets. Ainsi l'esprit du gouvernement, à Rome et dans la Grèce, mettant sans cesse en jeu rintérêt personnel , tendoit à obscurcir les principes de la justice, et finit, secondé d'une philosophie corruptrice , par les effacer des cœurs entièrement. Si Ton excopte ces époques d'une profonde dissolution, les mœurs, chez les anciens,' valoient généralement mieux que les lois , parce que la Religion , qui avoit en partie conservé les vérités essentielles , forma d'abord les mœurs sans obstacle , tandis que les lois, venues plus tard , s'accomodèrent à la nature du gouverneriient , et n'exprimèrent comme lui presque toujours que de faux rapports; et cette différence explique les contradictions singulières qu'on remarque dans les mœurs mêmes; ce qu'il y avoit de bon , de pur, de généreux, étoît de l'homme éclairé par la Religion primitive; ce qu'il y avoit de vicieux, de violent , d'atroce, cloit du citoyen perverti par les institutions politiques, et par les doctrines qu'elles firent naître. La durée des Etats populaires, dont les annales paroisssent si brillantes, seroit inexplicable, s'ils n'avoient eu un principe de conservation hors du gouvernement ; et Montesquieu Fa bien vu :

E5 MATIÈRE DE nELIGlON. SgS

» Rome, dît-il, étoît un vaisseau tenu par deux » ancres dans la fenipéte, la Religion et les «mœurs (i) «.

Les législations des peuples païens, spécialement dans les républiques , tendoient à opprimer le foible. La raison en est que les lois, expression de la volonté du plus fort, u^avoient et ne pouvoient avoir d'autre objet que de protéger ses intérêts. L'esclavage, en opprimant la foiblesse de la condition , protégeoit l'orgueil de l'homme libre; la polygamie et le divorce, en opprimant la foiblesse do sexe , protégeoîent les plaisirs et 1rs caprices volages de Fépoux; les horribles lois $ur les débiteurs, en opprimant Tindigence et la faim, ou la foiblesse de la nature même, protégcoient la cupidité du riche; le droit de vie et de mort accordé aux pères sur leurs enfans, en opprimant la foiblesse de Tâge , protégeoit Favarîce barbare et toutes les passions du père , ou de l'être fort dans la famille. Et quand toute la force vint se concentrer dans une seule main , quand l'Empire ne connut qu'un seul maître, il n'y eut non plus qu'une seule loi, la volonté de ce maître, qui disposa de trois cent millions d'hommes , de leurs biens , de leur liberté, de leur vie , au gré de ses intérêts.

Des que les anciens s'occupoient de législation

(i) Esprit des Lois ^Wy, Vlll, cliap. xiu.

pratique, îi semble qae toute idée de justice et de pudeur les abandounoît. Qui ne connoît les lois des Thcbains , des Cretois , et les institutions de Sparte ? Le divin Platon ne vouloit-il pas établir dans sa république la communauté des femmes, et fonder la société sur Tabolition de la famille ? Voilà le plus grand effort de la raison humaine en politique, dans le plus beau siècle de la Grèce. Aristote met le brigandage au nombre des différentes espèces de chasse ( i ). Je le crois bien. Quand on constitue Thomme en guerre contre rhomnie , il doit être permis à chacun de nuire à son ennemi • on se conserve en le détruisant. C'était tellement

Fesprit des anciens Etats populaires, que Solon, entre les diverses professions , compte celle de voleur (2). Seulement il observe qu'il ne faut voler ni ses concitoyens ni les alliés de la république. On ne finîroit point, si on vouloît rappeler toutes les lois, toutes les maximes semblables. Mais ce qu'il est nécessaire de dire, c'est qu'elles ont trouvé, même les plus infâmes , de nombreux apologistes parmi les philosophes modernes; et quelquesuns ont porté le cynisme des principes plus loin que les païens mêmes ne portèrent le cynisme des

mœurs.

(i) De l'Homme^ tom. I, sect. iv, note 27, pag. 60S Quest. sur TEucyclop. Guerre, (2) Ibid.

Il ne faut que du bon sens pour voir qu^une loi Immorale doit avoir de mauvais effets ; avec de Tesprit, on trouve encore qu'elle peut avoir de bons effets ; le génie , qui embrasse tous les rapports, juge comme le bon sens. Montesquieu , qui avoit autant d'esprit qu'on peut en avoir , n'a guère rencontré , chez aucun peuple , de lois qu'il n'ait justifiées. Il y a toujours dans le climat , dans les mœurs ou dans la constitution , quelques cir-« constances qui ont dû, à l'entendre, déterminer le sage législateur à corrompre la législation. Son livre , fait en tout pour le siècle où il parut , n'a été eu politique d'aucune véritable utilité, et a contribué singulièrement a affbiblir la morale publique.

Toute véritable législation émane de Dieu, principe étemel de l'ordre, et pouvoir général de la société des êtres intelligens. Sortez de là, je ne vob que des volontés arbitraires , et Fempire dégradant de la force; je ne vois que des hommes qui maîtrisent insolemment d'autres hommes; je ne vois que des esclaves et des tyrans. Le code variable des intérêts remplace le code de la justice , immuable comme la nature des êtres qu'elle doit régir, et qu'elle conserve, en les maintenant dans leurs vrais rapports. Considérez , en effet , les lois pubées, si l'on peut le dire, à cette source divine : inflexibles et sévères comme la vérité, et

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néanmoins remplies de je ne sais quel esprit de douceur qui console et tranquillise Thunianité , elles inspirent à la fois la confiance et le respect, la crainte et Tamour. 'L'homme peut les violer, sans doute , mais en violant sa raison , sa conscience , sa nature toute entière , en renonçant à la paix et au bonheur. Toujours stables au milieu du mouvement des choses humaines , elles s'affermissent par les siècles, survivent aux opinions, aux systèmes , et régnent , sans jamais vieillir , sur les générations qui s'écoulent chargées de leurs bienfaits. L'intérêt particulier devient-il, au contraire, le principe des lois, aussitôt elles rentrent dans la classe de ces caprices inconstans et dâordonnës que le temps emporte avec mépris. Dures ou efféminées , bizarres et changeantes , quelquefois dis^ solues, toujours impitoyables comme les passions, elles ne subsistent qu'en séduisant la haine par de lâches complaisances, ou en consternant l'indocilité par la terreur. Mais , soit qu'elles flattent , soit qu'elles épouvantent, elles oppriment; et les lois faites pour flatter le peuple , sont constamment les plus oppressives. Quiconque aspirolt à la faveur de la populace romaine , proposoit la loi agraire ou l'abolition des propriétés; et, chez une certaine nation qui se croit libre , quiconque naguère vouloit plaire au peuple, soUicitoit des lois de spoliation et de sang contre les catholiques. L'homme

EN MATIÈRE DE RELIGION. Sgg

^t le même dans tous les pays et dans tous les temps.

* Les législations purement humaines ont encore cet ihconvi^nient terrible, que les lois protectrices de l'ordre sont celles que la multitude supporte le plus impatiemment, parce qu'elles tendent à maintenir ce qu'il est de son intérêt de renverser. Elle pourra souffrir les lois immorales, à cause du désordre qu'elles consacrent, et dont elle profite plus ou moins ; mais ses passions ne tirant aucun avantage des bonnes lois, dont l'objet est de les réprimer , elle n'y verra nécessairement qu'un obstacle à ses désirs , et un attentat à ses droits. Et comme aucune loi émanée de Thomme seul n'est obliga* toire pour l'homme, il faudra mettre l'équité sous la protection de la force^, et arracher à la peur ce qu'en vain l'on demanderoit à la conscience. Plus Fenroisera profond, plus la soumission sera grande; la sécurité publique n'aura d'autre garant que le bourreau, et Ton proclamera la justice au nom de la mort , pour n'avoir pas voulu la proclamer au nom de Dieu.

J'ai montré que la philosophie détruit le pouvoir, détruit le droit des^ens, détruit les lois, ou la règle des actions publiques; il me reste à prouver qu'elle détruit également la morale, ou la règle des actions privées.

Ce que j'ai dit à ce sujet, en réfutant les

4oO ESSAI SOU t/lNDlFFÉRElfCB

divers systèmes des indifTérens, me dispense d^mu! longue discussion. Il me suffira d'observer qae II philosophie, ne pouvant trouver hors de Dieu la raison des devoirs , a été contrainte de fonder la morale aussi bien que la société , sur rintérêl personnel borné à cette vie seule , doctrine subvernve de toute vertu , au jugement de Bayle et de Roos* seau. « Sans Tespérance des biens à venir, dit Bayle, » on pourroit mettre la vertu et Tinnoceoce an » nombre des choses sur lesquelles Salomon a pro* *> nonce son arrêt définitif : f^anité des vanités , n tout est vanité, S*appuyer sur son innocence se- » roil s'appuyer sur le roseau cassé qui perce la » main de celui qui veut s'en servir ( i ) ». En bonne philosophie , la vertu n'est donc que pour les sots; elle est le résultat de l'ignorance on de la foiblesse de l'esprit, et nous ne devons plus nous étonner de voir le progrès du vice et du crime suivre le progrès des lumières avec tant de régularité.

Rousseau a clairement aperçu ces conséquences de l'athéisme. « On a beau vouloir établir la vertu n par la raison seule , quelle solide base pent-on » lui donner? La vertu , disent-ils, est l'amour de » l'ordre : mais cet amour peut -il donc, et doit-il u l'emporter en moi sur celui de mon bien-être? ■'■■■■■ " ■ ^ I »■ Il II ■ »

(i)* Diction, crit. art. Brutus.

M Qu'ils

Qu*ik me donnent une raison claire et suffisante pour le préférer. Dans le fond , leur prétendu principe est un jeu de mots; car je dis aussi, moi, que le vice est Tamoiur de Tordre , pris dans un sens différent. Il y a quelque ordre mo^ rai partout où il y a sentiment et intelligence. La différence est que le bon s'ordonne par rap* port au tout , et que le méchant ordonne le tout par rapport à lui. Celui-ci se fait le centre de toutes choses , l'autre mesure son rayon et se tient à la circonférence. Alors il est ordonné par rapport au centre commun , qui est Dieu , et par rapport à tous les cercles concentriques, qui sont les créatures. Si la Divinité n'est pas, il n'y a qae le méchant qui raisonne, le bon n'est qu'un insensé (i) ».

Certes , la philosophie devroit parler avec moins de hauteur de la raison , quand par la raison seule elle ne peut établir que le crime; elle devroit moins vanter ses bienfaits, quand elle fait de la vertu le partage des insensés. Tout son pouvoir est dans le raisonnement, et sitôt qu'elle raisonne, l'homme qoi l'écoute devient méchant , et alors , seulement alors , il commence d'être son vrai disciple : quiconque reste bon , elle le désavoue comme indigne de recevoir ses leçons , ou incapable de les com-*

(i) Emile , loin. III , p. 118.

prendre. Et maintenant, allez, rassemblez des hommes, dictez-leur des lois, écrivez des constitutions, des codes; cherchez des insensés qui consentent à 5 'or^o/i/2£^r, pour votre miérèi^ par rapport au tout , après que vous leur avez appris que la sagesse consiste à ordonner le tout par rapport à soi. Philosophes , qui exaltez avec tant d'orgueil, dans vos phrases pompeuses, la raison de Thoaune, il faut que vous comptiez étrangement sur son imbécillité. Quel langage à lui tenir que le vôtre! « Nul » n'a droit de te commander : eu conséquence re- » connois un maître. Ton unique règle est ta vo- A» lonté: en conséquence , obéis aux lois qai cou- » trarient toutes tes volontés. Ton seul devoir est » de te rendre , n'imporle comment , henreux ici* » bas : en conséquence , renonce à tous tes intérêts; » étouiTe la voix du désir , et celle même du besoin ; » sois juste à tes dépens; soumets-toi sans murmu* M rer au plus dures privations, à Tindigence, au » travail, à la douleur, à la faim. Tu ne dois rien j» espérer après celte vie : en conséquence « agi# » comme si tu en attendois une autre , respecte re- » ligieusement Tordre établi contre toi , sois notre » victime volontaire , et nous te paierons en retour m d'un profond mépris » . Philosophes , rendez grâce à rinvenleur de la potence; lui seul a trouvé le fondement et la sanction de votre morale.

Mais comme on pourroit soupçonner Rousseau

Elff MA.TIÈRB DE RELIGION. 4^3

d^exagëration , je veux moRtrer les consëqaences qu'il attribue à rathéîsruc, méthodiquement déduites de cette erreur monstrueuse par Fesprit le plus froid et le plus habile raisonneur qui , jusqu'à ce \o\tt , ait combattu la croyance unanime do genre humain. -^Qu'on écoute Spinosa.

m Par le droit de nature , je n'entends rien autre chose que les lob selon lesquelles nous concevons que chaque être est fléterminé naturellement à exister et à agir d'une certaine manière : les poissons, par exemple, sont déterminés par la ' nature à nager , et les grands sont déterminés à manger Ie5 petits; c'est pourquoi Teau appartient aux poissons, et les grands mangent les petits de droit naliirel. Il suit de là que chaque être a un souverain droit à tout ce qu'il peiil. Et nous n'admettons à cet égard aucune diiTérence entre l'homme et les autres êtres, ni entre les hommes doués de raison, et ceux à qui la raison est inconmie. Ainsi, pendant que les hommes vivent sous l'empire de la seule nature , celui qui ne coanott pas encore la raison , ou qui n'a pas acquis l'habitude de la vertu , vit selon les seules lois de ses appétits, avec autant de droit que celui qui règle sa vie sur les lois de la raison : c'est-à-dire que, de même que le sage a un souverain droit à tout ce que sa raison lui dicte, ou le droit de vivre selon les lois de ta raison; l'ignorant , oa

4o4 I^SSAI SUR L^lNDIFFÉREKCfi

» rhomme passionné, a un souverain droit k tout » ce vers quoi ses appëtits le portent , ou le droit » de vivre selon les lois de ses appétits. Le droit » naturel n^est donc point déterminé pour chaque » homme par la saine raison , mais par les désirs » et le pouvoir. Considéré s&us le«eul empire delà » nature, chacun a le souverain droit de désirer » ce que, éclairé par la saine raison, ou emporté » par les passions , il juge lui être utile ; et il peut » licitement s'en emparer, soit parla force, soit >• par la nise, soit par tout autre moyen , et tenir 9 par conséquent pour ennemi quiconque vent » Tempêcher de satisfaire ses désirs. D'où il suit » que le droit de nature, sous lequel tous les hom- » mes naissent et vivent en grande partie , n'inter- ]» dit rien que ce qu'on ne désire ou ce qu'on ne » peut, et permet les contentions, les haines, la M colère , la fraude , et absolument tout ce qui ex- » cite nos appétits. Ainsi le droit naturel n'est dé- » terminé pour chacun que par sa forcé; et nul ne » peut ^tre certain de la foi d'autrui , tant qu'il n'a » de garant que sa promesse , puisque chacun , par » le droit de nature, peut agir de ruse , et que les j» pactes n'obligent que par l'espérance d'un plus » grand bien, ou la crainte d'un plus grand » mal (i) ».

(i) Tract. Theolog^ Polit, cap. xvu De jure uniuicur' jusque naturali et civUi, p. 85.

En constituant la société par la raison seule , sans riutervention de Dieu, on est conduit à ne reconnottre d'autre autorité , d'autre droit , d'autre loi que la force , dirigée par Tiptérêt particulier ou par les passions; et quand on essaie de constituer les mœurs par la raison seule , sans l'intervention de Dieu, on est également conduit à ne reconnoitre d'autre loi , d'autre droit que la force , dirigée par Fintérét particulier ou par les appétits : c'est-à-dire que f dans l'un et l'autre cas , on attribue à l'homme la souveraineté absolue de lui-même; et il y a lieu de s^étonner que Rousseau n'ait pas vu que sa doctrine du [Contrat social n'est que l'athéisme pur ap? pliqqé à l'ordre social, et qu'il ait adopté en politique les principes dont il rejette avec horreur les conséquences en morale. Cela vient sans doute de ce que, voulant établir une théorie Hgourcuse de la société, il a été contraint d'aller jusqu'où ses maximes Fentraînoient , pai* conséquent jusqu'à l'athéisme, qui n'est qu'un déisme rigoureux.

Mais quelle société pourra se maintenir , lorsque les droits de chacun n'auront d'autre règle que ses désirs, et d'autres limites que sa force , à laquelle encore on donne la ruse et la fraude pour supplément? ou plutôt comment concevoir sous la no-« tion de société , un assemblage d'êtres humains ennemis natureb les uns des autres, et sans cesse occupés à se nuire mutuellement? Dans cette hor-

4o6 ESSAI SVfL L'iVDIFFÉRBUCt

ril)le anarchie de volontés contraires el d^intér^i opposés, de forces inégales et de désirs inégaux , Tamourde soi se confond avec la haine d'autmi; et rhomnie , assujetti à la seule loi des appétits, indépendant de toute autorité, et libre de tout devoir, ainsi que le peuple souverain , comme lui non plus n'a pas besoin de raison pour légitimer ses actes : il suffit qu'il veuille et qu'il puisse ; à ces deux conditions, tout lui est permis. Le champ , la maison , la femme de mon voisin, sa vie même* m^appartient de droit naturel, si je la désire, et que je sois le plus fort. La nature n'interdit à l'homme que ce qu'il lui est physiquement impossible d'obtenir; la borne de son pouvoir ou de ses convoitises est la borne de son droit. A-t*il faim de son semblable, il peut, s'il en a la puissance physique, manger sa chair et boire son sang , avec aussi pea de scrupule qu'il mange un morceau de pain et s'abreuve de l'eau des fontaines(*). Et l'on n'entrevoit p;is même, au milieu de ce conflit de passions la consolante possibilité de la paix , ou seulement d'une trêve , puisque aucun pacte n'est obligatoire.

{*) Ceci paroltroit exagéré si la philosophie n'avoit elle-même tiré cette horrible conséquence de ses principes. Dans un ouvrage pul^lic en 1791 , Brissot établit sans âê^ulsem eni ir droit (T anthropophagie. On attribue au mêoje auteur la Théorie, du Fol et f apologie du f^oL C'ctoit un puissaut philosophe que ce Brissot!

EN MATIÈRE DE RELIGION. 4o7

»qae chaque promesse peut cacher une embûche perfide f et qu'enfin nul n'est lié que par son intérêt. Pins d'Ëtat donc, plus de famille, plus d'union, plus de sécurité. L'homme tremblera de terreur à la rencontre de l'homme, plus terrible à ses yeux qae h caïman du Gange et le tigre du Zara. Que si qoelqiiefoîs l'instinct rapproche an hasard deOx in* dlvidns de sexe différent , leur appétit satisfait , ils se regarderont avec effroi , et le plus foible se hâtera de fuir dans la crainte d'être dévoré.

Si donc la philosophie parvenoit à établir pleinement son règne sur les ruines de toute Religion , elle détmiroit la société; elle détruiroit le genre humain , et réaliseroit le néant , qui fait le fond de ses doctrines. Mais, pour nous borner ici à ce qae Texpérience nous apprend de son influence sur les mœurs, contemplez les siècles philosophiques. Quel oubli profond des devoirs! Quel insolent mépris de la vertu! L'orgueil et la volupté, devenus le seul mobile des actions humaines, enfantent une cupidité sans frein , triste et infaillible symptôme de l'extinction du sens moral. Quand la soif de l'or s'empare d'un peuple, on p«ut hardiment assurer qu'il s'avance vers la barbarie. Les sciences mêmes ne servent qu'à l'y conduire pbis vite, parce qu'elles ne conservent rien par ell^sniémcs, et que leur tendance an bien oii au mal

4o8 ESSAI SUA L^IMDIFFÉEENCB

étant déterminée par les doctrines régnantes , eOes hâtent de leur mouvement propre le cours des mœurs qui les entraînent , jusqu^à ce qu'elles aillent se perdre avec les institutions , les lois , la société entière , dans le même abîme. Cependant , tout ce qui fait le bonheur des hommes réunis, la concorde et la paix, Tunion domestique, la douce confiance, Tamitié fidèle, la tendre compassion, la mutuelle sécurité, disparoit. Qn ne sent plus, on calcule. Les basses combinaisons de Fintérêt remplacent les mouvemens généreux du cœur: Un dur égoLsme étouffe jusqu'aux sentimens de la nature ; car quiconque n^aime que soi ne sera jamais aimé. Petits et grands , riches et pauvres , tous également pressés de jouir , dévorent avec fureur une existence d un moment. Le mariage , sans stabilité comme sans innocence , n'est qu'une rapide société de plaisir , que le caprice forme, que le caprice dissout. L'adultère et le divorce , qui n'est qu'un adultère légal , détruisent la famille par ses foudemens. Ce qui en reste devient un fardeau que peu d'hommes ont le courage de porter. En vain , pour l'alléger, permet-on à l'avarice du père de supputer ce que lui <:oûtera la vie de l'enfant abandonné à sa discrétion; la paternité, avec cet horrible droit, est encore trop onéreuse , et le vice presque seul se charge de peupler l'Etat.

EU MATIÈRF. DE KELIGION. 4^

« A Athènes , dit Montesquieu , le peuple re-

• trancha les bâtards du nombre des citoyens, » pour avoir une plus grande portion du blé que

• lui avoit envoyé le roi d'Egypte (i) ». Cela peut donner une idée du nombre des bâtards, et par conséquent de Télat des mœurs dans cette ville qu'on admire tant.

Lies Grecs, avec leurs institutions philosophiques, avoient commencé par ôter la pudeur à la vertu ; toujours philosophant, ils en vinrent jusqu'à perdre la pudeur du vice même. La philosophie leur enseigna des désordres que , dans la plus grande fureur des sens, la nature ne laisse pas même soupçonner aux animaux.

Quand les doctrines matérialistes, qui réduisent la morale à Tintérct particulier, s'introduisent chez an peuple , d*ordinaire leur premier cfiet est de troubler Tordre politique et de diviser les citoyens, en exaltant sans mesure le désir de la domination. Tout le monde veut commander, personne ne veut obéir; on se dispute le pouvoir avec rage, et l'Etat déchiré succombcroit sous les factions, si les âmes, peu à peu se dégradant , et mûres enfin pour tout supporter, ne se précipitoient d'elles-mêmes audevant du despotisme; car c'est dans l'anarchie que

(i) Espiii des Lois^ liy. XXIII, cbap. vi.

4 10 ESSAI SUR L^HDIFFÉRENCE

se préparent les éléniens de la servitude, et pitu Fanarchie a été complète, plus la servitude gui h suit , est proFonde.

Ou ne remarque pas assez ce double cfTet de h dépravation des mœurs par Timpiété, qui est d'irriter Torgueil des hommes, au point de leur rendre odieux le gouvernement le plus doux, et d^éteindre tellement en eux le noble sentiment de leur dignité, qu'ils ne trouvent rien d'intolérable , rien qui les révolte ou les étonne, dans la plus féroce tyrannie. Celui qui ne s'estime pas plus que la brute, ne s'indigne point d'être traité comme elle, ef se console de tout, pourvu qu'on lui laisse la vie et les jouissances de la brute. Panem et circenses^ crioient les Romains au temps des Césars : un peu de pain trempe dans du sang, voilii tout ce que demandoit à ses maîtres cç peuple si fier et si poli , qui avoit conquis le monde.

A Torigine des sociétés, les peuples combattent pour leur vie ; de là vient qu'alors les guerres sont presque toujours atroces : mais l'humanité reprend son empire pendant la paix. La paix, au contraire, chez Içs nations corrompues , est plus cruelle que la guerre même. La cupidité et l'orgueil produisent comme un esprit général de barbarie froide et calculée, qui, selon les circonstances, éclate tantôt dans les mœurs du peuple, tantôt dans la politique des gouvernemens.

EU MilTIÈRE DE RELIGIOK. 4''

Les connoissaiures , dît Montesquieu, rendent les hommes doux Cela es( faux. Voyez les Romaiiis sous Auguste. Sans parler de l'exposition des enfans , et des sanglans spectacles du cirque, BOUS n^avons pas d^dée aujourd'hui de ce qu'étoit la condition des esclaves chez ce peuple , héritier universel des connoissances comme des vices du ^nre humain. Hors le temps du travail , ces malheureux , à qui Ton euvioit les plus vils alimens éloieat enchaînés, à la campagne, dans des espèces de souterrains infects , où Tair pénétroit à peine. Livrés à la merci d'un maître avare et de mrveillans impitoyables, on les accabloit de traraux, moins durs à supporter que les caprices rroek de leurs tyrans. Vieux ou infirmes , ôti les mvoyoit mourir de faim sur une île du Tibre. (Quelques Romaius les faisoient jeter tout vivans iskus leurs viviers, pour engraisser des nmrènes. La mort fai^^oit partie de tous les plaisii's de ce peuple. Pour mettre plus de vérité dans les représentations tragiques, on égorgeoit sur la scène , ou y voyoit Hercule brûlé vif, et Orphée déchiré par des ours chargés du rôle des bacchantes. Enfin , que sais - je ? l'homme étoit devenu si vil aux yeux de Thomme , qu'on le tuoit pour égayer les festins, pour passer le temps, et nul le s'en éloitnoit. Ce qu'on nïmagina jamais que lans ce siècle brillant des lettres et do la philoso-

phie, on sacriiiojt à ronnui des victimes humaînei Mais voici quelque cliosc de plus incroyable peutêtre. Epliorion de Chalcide raconte (i) que, cha les Romains , on proposoit quelquefois cinq mines de récompense à celui qui voudroit soufTrir qu'on lui tranchât la tête, en sorte que la somme oiferfe devoit être touchée par les héritiers, et souvent, ajoute le même auteur, plusieurs concurrens se disputoicut la mort à ce prix. Qu^on juge de la détres^ des familles dont un membre se dévouoit ainsi , pour arracher les autres aux hor* reurs de la faim, et de Tatrocité d'un peuple chez qui l'indigence étôit réduite à mendier la préfifrcnce de ces exécrables transactions. Il se reAcontroit des hommes qui achetoient la volupté da meurtre; on n'en trouvoit point de sensibles aux jouissances de la pitié.

Mais que dire des excès, des raf&nemens affreux de débauche, devenus les mœurs publiques dans ces siècles abominables? La pensée même se rci'use à se les retracer vaguement. Il en est de certains vices énormes, comme de ces grands criminels, que la loi effrayée ordonne de conduire au supplice la tnic couverte d'un voile funèbre.

Tant de corruption , tant de barbarie, paroissent inexplîcablos; et cependant il n'est que trop vrai

(i) /ïptui Athcn. lib. IV.

EK MATIÈRE DE llELIGIOIf. 4^3

^qae le coeur humain en recèle le germe ; dont la Religion seule arrête le développement. Semez dans ce sol infecté les doctrines du néant, vous moissonnerez bientôt la mort et tous les crimes. Oui , dossé-je attirer sur moi les clameurs et les anathèmes des partisans nombreux de la sagesse en crédit , je le dirai sans détour , car ce n'est plus le temps de rien taire , Tirréligietise philosophie , dont Forgaeil est le principe , rend nécessairement les hommes cruels. L'homme qui veut êtresupérieur aux autres , et sentir cette supéi'iorité , se plaît à les soumettre à ses caprices; et plus ces caprices sont barbares et désordonnés, plus la dé* pendance ou Finfériorité des êtres qu'il y assujettit paroît grande. De là les monstres d'atrocité et les monstres de libertinage; de là les jeux du cirque et les noyades de Nantes : et comme Faction de donner la mort est le plus grand acte de supé-> riorité que l'homme puisse physiquement exercer sur l'homme , l'orgueil ou l'amour de soi produit Tamour du meurtre, et l'homme détruit Thomnie par l'effet du même sentiment qui fait que l'enfant prend plaisir à briser son jouet.

Que si les doctrines philosophiques , et les mœurs qu'elles engendrent , dominent dans l'Etat, ou seulement dans une partie considérable de ses membres , le peuple entier , cumnie un seul homme , est emporté loin de Tordre par des sys-

4i4 ^SSAI SUR l'iNDIFFÉREMCS

tèmes d^orgiieîl et de cupidité. Indépendance dedans, domination au dehors, tel est Tobjet àê t9us les désirs, le rêve de tous les esprits. On ne connoît plus d'autre grandeur, diantre prospérité que la gloire qui accompagne les conquêtes , et les richesses qui en sont le fruit. La frénésie dci armes et la fièvre de Tor agitent , consument Ici peuples. La science de les gouverner, science toute morale , se perd , et Fart matériel d'administrer lui succède , aux dépens de ce qui constitue la stabilité, la vigueur , et la félicité réelle des empires. Les finances , transformées en un vil agiotage, le commerce, les manufactures, les armées, deviennent toute la politique, parce que Targent est tout le bonheur des Etals , et le canon toute leur force. Les nations , avides de jonissances, s'isolent du passé et de Tavenir, et tonr*' mentées , ce semble , du pressentiment de leur fin, ne voient que le présent, et se hâtent de l'engloutir. Sons prétexte d accôlrrcr la circulation des richesses, c'est-à-dire , pour donner plus d'énergie et de mouvement aux désirs, aux craintes, aux espérances, à toutes h^s passions et à tous les vices, on favorise aniaut qu'on peut les progrès da luxe; on va même jusqu'à tendre des pièges à la cupidité; on multiplie les spectacles, les filles publiques, les désastreuses loteries et les maisons de jeu; banques affreuses de crimes où l'innocencf

EN MATIÈRE DE RELIGION; /{iS

même, entraînée par une foiblessc imprndonfe, va , sous la protection de Tautorité publique , s^ouvrir un compte fatal, qui trop souvent se solde par le suicide ou sur Tëchafaud. La morale et la conscience tombent dans un tel mépris, qu^on n'ose plus même en prononcer le nom ; et s^il se présente quelques-unes de ces grandes et simples questions que la justice immuable a décidées, pour ainsi dire , de toute éternité , ne vous attendez pas que sa voix se fasse entendre , ou soit écoutée; on traitera ses maximes de scrupules, peutêtre de scandale, et, entre le spoliateur opulent, et sa victime défaillante , la sagesse du siècle ne verra que des intérêts à garantir et des plaintes à étouffer. Ainsi , tandis que la véritable politique, celle qui établit et conserve , n'est qu'une haute et souveraine équité , ou la science de Tordre appliquée au gouvernement des nations, la politique philosophique, étroite et basse comme les intérêts matériels qu'elle considère uniquement , ne counuit d'autre vertu que l'h.'^bileté , d'autres crimes que les fautes, parce qu'elle n'est qu'une spéculation de gloire ou d'argent.

Vaine pâture de l'orgueil , les sciences pourront jeter momentanément quelque éclat ; mais leur splendeur sera peu durable. Ne les a-t-on pas vues suivre constamment par toute la terre les progrès de la civilisation , naitre, se développer , s'arrêter

4l6 ESSAI SUR l'iNDIFFEI^ENCë

et s'éteindre avec elle? Pâle image des vérités fécondes qui vivifioientla société , elles brilleront un ipstant comme de vagues météores à Thorizon du monde moral désolé, pour disparoitre bientôt sans retour.

La culture des sciences exige , outre une certaine stabilité dans Tordre politique , une vigueur d'ame et une constance d'application incompatibles avec la mobilité des institutions et la mollesse des mœurs d'un peuple matérialiste. Les convoitises tuent les passions , car les appétits n% sont pas des passions ; -elles tuent , par conséquent , les lettres , les sciences , les arts , et ne laissent d'activité que pour ce qui se rapporte aux besoins et aux plaisirs des sens. Et c'est la secrète raison de la préférence d'estime que la philosophie accorde aux sciences physiques sur les sciences morales. Cette préférence se remarquera jusque dans l'éducation ; et s'il existe une éducation publique chez le peuple que je suppose , elle sera infailliblement dirigée selon les maximes qui le dirigent lui-même, et par l'esprit qui l'anime; esprit d'orgueil, qui place au premier rang d'importance une futile instruction , propre à nourrir la vanité , sans gêner les penchans du cœur; esprit de volupté, d'où résultera une homicide indulgence pour les désordres de mœurs , ou , quoi qu'on fasse pour les réprimer par des considérations

SK MATIÈRE DE AELIGTOV. É^l'J

Ucms purement physiques , une sourde corruption mille fois plus désastreuse dans ses suites que rignorance , qu'il ne faut , après tout , ni tant plaindre 5 ni tant redouter; car, pour la plupart des hommes, destines à passer dans de continuels travaux cette vie triste et rapide, la seule connoissance indispensable est celle de Dieu et des devoirs qu'il nous impose. Qui sait cela, en sait assez pour être heureux et pour rendre heureux les autres. Le peu que Thomme peut apprendre de plus, ne sert souvent qu'à le corrompre, et ptesque toujours qu'à le tourmenter ; ei qui addii scieniiam , addii et laborem.

A mesure que la vérité disparoit de la constitu-^ lion, des lois, des mœurs, TEtat s'afToiblit, sa vie 6*éteint ^ et il arrive un moment où il faut de né-« cessité que tout périsse, ou que tout se renouvelle. lies peuples ne subsistent et ne se raniment que par les croyances. Eu s'éloignant de Dieu, ils s'ap* prochent du néant , domaine propre de tous les êtres finis , et leur unique souveraineté. Voilà pourquoi Machiavel, qui n'étoît pas apparemnïent un esprit foible ni un fanatique, voue sans hésiter à l'exécration universelle ceux qui , en ébranlant la Religion , ébranlent la société : « Hommes infâmes M et détestables, comme il les appelle, destruc- » teurs des royaumes et des républî(jues , ennemis m des vertus, des lettres et de tous les arts qui

4l8 ESSAI SUR l'indifférence

n honorent le genre humain , et contribuent à ss » prospérité ( i ). »

Cette race d'hommes, qui ne manque jamais d'apparoitre lorsque le ciel veut exercer sur let peuples quelque grand châtiment , Leibnitz h voyoit avec effroi, il y a plus d'un siècle , se multiplier en Europe ; et ce profond observateur annonça dès lors les désastres dont il nous ëtoit réservé d'être les témoins et les victimes. Ses paroles,' si étonnantes quand on se reporte au temps où il écrivoit, méritent encore plus d'attention peutêtre , après que les événemens les ont , hélas ! si complètement vérifiées.

M Les dbiHplesd'Epicure et de Spinosa se croyant M déchargés de la crainte importune d'une Provi-- 9» dence surveillante et d'un avenir menaçant , U- » chent la bride à leurs passions brutales , et » tournent leur esprit à séduire et à corrompre les » autres; et s'ils sont ambitieux et d'un caractère » un peu dur, ils seront capables, pour leur plaisir >> ou leur amusement , de mettre le feu aux quatre » coins de la terre. J'en ai connu de cette trempe, » que la mort a enlevés.

(i) Sono infami e detesiahili §li uornini destrutUai délie religioni, dissipaiori de' regni e délie repubUcke^ inimici délie virtù , délie lettere e d*ognî altra arie duc arrechi uiilità e honore alla kumana genèrazione, tlUr chiay« lib. I de' Discorsi.

» Je trouve que des opinions approchantes ; s^insinuant peu à peu dans l'esprit des hommes du grand monde , qui règlent les autres , et dont dépendent les 'affaires , et se glissant dans les livres à la mode , disposent toutes choses à la révolution générale dont TEurope est menacée. —On tourne en ridicule ceux qui prennent soin du public i et quand quelque homme bien intentionné parle de ce que deviendra la postérité, on répond : Alors comme alors. Mais il pourra arriver à ces personnes d'éprouver ellesmêmes les maux qu'elles croient destinés à d'autres. Si l'on ne se. corrige de cette maladied'es^ prit épidémique dont les effets commencent à être visibles , si elle va croissant , la Providence corrigera les hommes par la révolution même qni en doit naître ( i ) ».

Elle est née en effet cette révolution : qui l'ignore dans le monde entier? Les coups portés, en Europe, à la société et à la Religion, retentissent encore en ce moment sur les rivages de l'Amérique, et jusqu'au fond de ses forêts ensanglantées. Oui, les hommes ont été punis; l'orgueil même ne le peut nier : ils ont été punis comme jamais les hommes ne le furent; mais sont-ils corrigés? Si je regarde autour de moi , je lis la révolte écrite

(i) Nouveaux Essais sur r Entendement hunuun,

420 ESSAI SUR l'iNDIFFEAENCB

sur des fronts cicatrisés par la foudre des ven* geances divines. Si je prête Torcille , j^enteods des blasphèmes hautains et des ris moqueurs. Dieu est encore un scandale pour ceux qui avoient juré de Tanéantir. Et gardez^vous de penser qu'ils aient perdu Tespoir , ou abandonné le dessein de le détrôner, SU subsiste un reste de foi, si la terre est encore esclave de Tespérance, c'est qu'on a mal attaqué le ciel. Pleins de cette idée , ils rassemblent sous qos yeux et renouent les fils dispersés de leur vaste conjuration. Evoquant avec éclat de a poussière du sépulcre les premiers chefs de la guerre sacrilège qu'ils ont résolu de prolonger , ils se flattent que leurs spectres bouleverseront une seconde fois le monde. Eh quoi! n'est-ce donc pas assek de -malheurs, assez de forfaits? et , quelque insatiable qu'on puisse être de calamités et de crimes, ne devroit-on pas être rassasié ? Contemplez cette Europe , naguère si florissante , et maintenant si profondément misérable , qu'on ne trouve , pour peindre ses douleurs, que ces expressions d'un prophète : Toute sa tête est une plaie , et son cœur une grande défaillance ( i ). Heureuse encore , trop heureuse , si cette défaillance ne dégénère pas en une torpeur incurable , et ne la conduit pas insensiblement , après quelques nouvelles crises , au dernier sommeil.

(i) Isaïe, cil. 1 9 ^. 5, selon Vhébreu»

EH MATIÈRE DE RELIGION. ^Hl

Mais quel que doive être le résultat de cette révolution mémorable, essayons d*en tirer quelques-unes des instructions qu^elle renferme. Elles nous coûtent assez cher pour qu^au moins nous cherchions à en profiter.

U existoit , il y a trente ans , une nation gouvernée par une race antique de rois , d'après une constitution la plus parfaite qui ful-jamais , et selon des lois qu'on auroit pu croire , à plus juste titre que celles des anciens Romains , descendues du ciel, tant elles étoient sages, pures, bienfaisantes et favorables à Thumanité. Cette nation , célèbre par sa franchise , sa douceur et ses lumières , par son amour pour ses souverains et pour la Religion à qui el(e devoit quatorze siècles de gloire et de bonheur , fleurissoU en paix au milieu de FEurope , dont elle excitoit Tenvie , et dont elle faisoit Tomement , par la beauté de sa législation, par la noble politesse de ses mœurs et par les éclatans chefs-d'œuvre de tout genre, dont les lettres, les sciences et les arts Tavoient enrichie de concert. Heureuse au dedans , respectée au dehors, sa renommée partout répandue lui attiroît les hommages des plus lointaines contrées , et Funivers admiroit en elle la reine de la civilisation.

Tel ctoit le peuple que Dieu choisit pour donner au genre humain une grande et terrible leçon.

4^2 ESSAI SUR L^NDIFFillEKce

Tout à coup y à la voix de quelques so{>histes ^ de nouvelles opinions , de nouveaux désirs s'emparent , de ce peuple égaré. Il se dégoûte de ses croyances et des doctrines tutélaires qui Favaient élevé si Jiaut. Tenté par le fruit de t arbre de la science ^ il veut sortir de sa condition , et devenir semblable à Dieu , à qui seul appartient toute souveraineté; Soudain cet attentat est puni , comme celui du premier homme, par un irrévocable arrêt de mort| que le coupable lui-même est chargé d'exécuter.

La mort d'une société n'est que Textinction de toute vérité sociale : on voit donc toutes les vérités sociales abandonner à la fois cette nation prosr crite , et la laisser à elle-même , sans protectear et sans règle , comme ces peuples perdus sans retour , de qui les anciens disoient : Les Dieux sont partis !

De la vérité naît Tamour , qui produit et conserve : et cette nation naguère si aimante, sans vérité maintenant , est aussitôt saisie d'un affreux esprit de haine , qui l'anime à sa propre destruction.

Lasse de toute autorité , et lasse de Dieu , la raison humaine entreprend de constituer sans lui la société, et même la Religion; car la philosophie s'attribuoit non-seulement la royauté , ou le droit d'imposer les lois politiques aux peuples; mais encore le sacerdoce , ou la fonction de régler leurs

icroyanees et leur culte. « Vous êtes le prêtre de la » raison (i)» , écrivoit d'Alembert au vieillard de Femey. Et Ton ne doit pas regarder ce mot comme une expression sans conséquence. L'idée qu'elle énonce n'est qu'une déduction rigoureuse du principe d'où par toit la philosophie; et dès qu'elle soumettoit tout , et Dieu même , à la raison de rhomme , il falloit que Thomme en vint jusqu'à adorer sa raison , c'est-à-dire, jusqu'à s'adorer luii même , ou à déclarer par un acte solennel qu'il ne connoissoit rien au-dessus de lui ; car le culte public n'est que la déclaration de la croyance publique; et quand un peuple ne croit plus rien, son culte est une déclaration publique d'athéïsme ou d'incrédulité.

Mais considérons le progrès , et , pour ainsi parler , la filiation logique des événemens. On a proclamé la souveraineté de l'homme, et ses droits, tous renfermés dans ce mot , sont devenus Tunique dogme politique et religieux : alors nécessairement on ne voit dans Tantique Religion de TEtat , dans son symbole et dans son culte , qu'un sacrilège attentat contre la raison de Thomme. Dieu est traité en usurpateur; et quiconque se déclare pour lui^ prenant parti dans la guerre qui existe entre Dieu

(i) Lettre de cPAlembert à Voltaire^ du i3 décembre

4^24 ESSAI SUR L^IKDIFFÉRENCE

et rhomme , et où il ne s'agit de rien moins que de l'entpire , se rend à la fois coupable da crime de lèse-niaieslë divine, en niant Tindëpendance al)$olue ou la divinité de la raison , et du -crime de lèse-majeslé humaine , en attaquant la sonverainelë de rhomme. Comme impie et comme rebelle il doit donc être mis à mort (*). Tout ce qui appartenoit i la Religion proscrite , ses ministres , se& biens , les institutions , les usages, les noms même quVIIe avait Consacrés , en un mot , tout ce qui rap^ pelle le Dieu ennemi, doit périr, tout, et jusqu'à ses temples « et jusqu'à ses images ; comme au

{*) Je dis être mis à mort comme impie ; car , qui nie Dieu, est puni dç mort, ou éternellement séparé de It société de Dieu, qui est la vie, parce qu*il est la vérité : ego sum 'Veritas et vita. ( Joau, xiv, 6 ) Ce terrible châtiment est un rapport nécessaire, ou une loi immuable de la justice; et c'est parce que cette loi révélée à l'homme est éminemment conforme à sa raison, que, dès qu'il se met à la place de Dieu, il sépare U jamais de sa société, ou punit de mort quiconque refuse de le re-^ connoîlre pour Dieu; et cela s'est vu dans le« anciens empires d*Oricnt, et k Rome sous les empereurs, comme en France sous le règne dj Talhcisme. Mais Dieu, être éternel, ne punit ses sujets rebelles que lorsqu'ils sont entrés dans la société éternelle, et il allcnd le repentir jusque- là; tandis que Thomme, être d'un jour, n'attend pas même jusqu'au soir, que peul-êire il ne verra pas , et se bâte de donner la mort, avant que liii>même il la re» çoive.

toor du lëgitime monarque on brise la statue d^un tyran. Aussi , dans la chaleur de cette guerre prodigieuse de rhomme contre Dieu , fut-il question de détruire.Ies livres même où les droits du Souverain-Être sont exposés et défendus. Ce n'étoit encore qu^1ne conséquence juste des maximes eu règne, et la seule impossibilité d'une destruction complète empêcha le fanatisme philosophique de donner à l'Europe le même spectacle qu'avoit autrrfois donné en Egypte le fanatisme musulman.

Le monde avoit vu plusieurs fois le scandale de Fapothéose individuelle de Thomme, et ce fut même Torigine du paganisme chez toutes les nations. Mais, en devenant Dieu, Thomme cessoit d'être homme. Transformé par Topinion en un autre être plus parfait , il changeoit de nature ; et alors même la tradition conservoit la croyance d'un Dieu suprême éminemment élevé au-dessus de ces divinités subalternes. Chose bien difTérenle , ce fut rhomme abstrait, ou l'humanité conçue sous sa notion propre, que divinisa la philosophie , en excluant tout être supérieur. L'homme s'adora comme homme ; et trouvant dans son orgueil et dans ses convoitises le caractère de l'infiui , il les choisit naturellement pour l'objet direct de son culte. 11 adora son orgueil sous te nom de raison , et Fadora sous l'emblème de la volupté, parce que la volupté, ou l'indépendance efiirénée des appétits ^

426 ESSAI SITE L^INDIFFÉREHCB

n'est, si Ton lue permet cette expression , que Por-^ gueil des sens , de même que Torgueil est la volupté de rinteiligence. Et comme il n'est ancuB vice ni aucun crimie qui ne sorte nécessairement de ces deux passions mères, quand Thomme ne reconnoît plus d'autre autorité, d'autre loi, d'antre Dieu que sa raison; pour la représenter dignement, il fallut chercher tous les vices et tous les' crimes , personnifiés dans le même être vivant , et cet affreux simulacre , on le trouva dans les antres de la prostitution. Et quelle plus parfaite image, en effet, de l'erreur absolue qui détruit tonte vérité, que le désordre profond qui détruit tonte vertu, et Thomme, et la famille, et la société? Leçon à jamais mémorable! La raison humaine, dont les bienfaits, annoncés d'avance avec tant de faste, dévoient transformer la terre en un séjour de paix et de félicité, cette puissante raison règne enfin ; on proclame sa divinité , et ses autels sont des ruines, ses hymnes des chants de proscription , ses prêtres des bourreaux, son culte est la mort) et le néant l'espérance de ses adorateurs.

11 y a dans les doctrines une vertu cachée , une force secrète, ou pernicieuse ou bienfaisante, qui ne s'aperçoit que par ses effets : et cela seul prouvçroit que Thomme n'est pas fait pour choisir ses croyances, mais pour les recevoir de celui qui ne peut ni se tromper, ni vouloir le tromper; car si le

)UgemeDt de la raison seule en décidoit, presque toujours abuse par de fausses apparences , ou par les sophismes de son esprit , rhorame périroit mille fois , victime de ses vains raisonnemens , avant d'à* voir découvert les vérités appropriées à sa nature et nécessaires à sa conservation , puisqu'elles Tétonnent et le confondent , lors même qu'il les connott avec certitude, et les croit avec une pleine foi. Profond sujet de méditation à qui sait réfléchir : rinstrument d'un supplice atroce , la croix , élevée au milieu des peuples, arrête reflfusion du sang; inspire à l'homme une douceur céleste. On renverse la croix , on présente à sa place, à l'adoration publique, un symbole de volupté; le sang aussitôt coule à grands flots, une fureur inconnue s'empare des cœurs, et les premiers sacrifices offerts à l'obscène idole sont des hécatombes de victimes humaines.

Il y a des vérités et des erreurs à la fois religieuses et politiques, parce que la Religion et la société ont le même principe, qui est Dieu, et le même terme , qui est l'homme. Ainsi une erreur fondamentale en Religion est aussi une erreur fondamentale en politique, et réciproquement. Si donc il existoit une erreur destructive du pouvoir dans la société religieuse , cette erreur , la plus générale qu'on puisse imaginer , devroît être également destructive du pouvoir dans la société poli*

4a8 ESSAI SUR L^INDIFFÉRENCB

tique; et c^est en effet ce qiie démontre sans ré* pUquerhîstoire de la révolution Françoise. En vertu de sa souveraineté, Thomme se soulève contre Dieu , se déclare libre et égal à lui : en vertn du même droit , le sujet se soulève contre le pouvoir , et se déclare libre et égal à lui. Au nom de la liberté^ on renverse la constitution , les lois, toutes les institutions politiques et religieuses; ail nom de t égalité , on abolit toute hiérarchie , toute distinction religieuse et politique. Clergé, no* blesse, magistrature, législation, religion, tout tombe ensemble , et il fut un moment on tout Tordre social se trouva concentré dans un seul

homme. Pendant que cet homme < pouvoir, médiateur entre Dieu et Fhomme dans la société politique , comme THommc-Dieu est médiateur entre Dieu et Fhomme dans la société religieuse ; pendant , dis-je , que cet homme exista , rien n^étoit desespéré, et l'ordre, pour ainsi dire, retiré en lui, pouvoit plus tard en sortir, etreparoître au dehors, par un seul acte de sa puissante volonté. On le savoît, et sa mort, résolue de ce moment , fut comme la dernière ruine qui de voit cousomnier et éterniser toutes les autres. Depuis le déicide des Juifs, jamais crime plus énorme n'avoit été commis; car le meurtre même de l'innocence ne picut pas y être comparé. Quand Louis monta $ur Tcchafaud , ce ne fut pas seulement un mortel

EU MATl&RB t)B RELIGION. 4^9

vertneax qui succomba sous la rage de quelques scélérats; ce fut le pouvoir lui-même, vivante image de la Divinité dont il émane , ce fut le prin* cipe de Tordre et de l'existence politique , ce fut la société entière qui périt.

Et certes on n'en put pas douter , Forsqu^on vif placer le droit de révolte au nombre des lois fon-* damentales de TEtat, et consacrer V insurrection comme /? plus saint des devoirs. Jamais , dans le com*8 des âges précédens, aucun peuple n'étoit parvenu jusqu'à ce prodigieux excès de délire , de jprotester, en tête de sa constitution, contre toute espèce de gouvernement : cette absurdité incompréhensible devoit être réservée au siècle de la raison.

Alors, sur- les débris de l'autel et du trône, sur les ossemens du prêtre et du souverain, commença le règne de la force , le règne de la haine et de la terreur : effroyable accomplissement de cette prophétie : « Un peuple entier se ruera, n homme contre homme , voisin contre voisin , et , » avec un grand tumulte, Fenfant se lèvera contre » le vieillard, la populace contre les grands; parce » qu'ils ont opposé leur langue et leurs inventions » contre Dieu (i) ». Pour peindre cette scène

Qi)Et irntet populus , vir ad virum , et unusquisque ad proxùnuin suum : tumidtuabitur puer contra senem , et

43o ESSAI SUR l'indifférence

ëpoavantable de désordres et de forfaits , de dîsso^ lation et de carnage , cette orgie de doctrines, ce choc confus de tous les intérêts et de tontes kl passions , ce mélange de proscriptions et de iètt$ impures, ces cris de blasphème, ces chants sinistres , ce bruit sourd et continu du marteau qui démolit, de la hache qui frappe les victimes, ces détonations terribles et ces rugissemens de joie,' lugubre annonce d^un vaste massacre , ces cités veuves, ces rivières encombrées de cadavres, ces temples et ces villes en cendre , et le meurtre , et la volupté, et les pleurs, et le sang; il fandroit emprunter à Tenfer sa langue , comme quelques monstres lui empruntèrent ses fureurs.

« Si le monde, avoit dît Voltaire, étoît gou- » verné par des athées , il vaudroit autant être sous » l'empire immédiat de ces êtres infernaux qu'on » nous peint acharnés centre leurs victimes (i) »• Des athées gouvernèrent la France, et , dans Tes* pace de quelques mois, ils y accumulèrent plus de ruines qu'une armée de Tartares n'en auroit pu laisser en Europe pendant dix années d'invasion. Jamais , depuis Toriginedu monde , une telle puissance de destruction n'avoit été donnée à l'homme;

ignobilis contra nolilem quia Ungua eorwn et adîn-

ventiones eorum contra Dominum* Is..... c, lu , ^.5,8. ( 1 ) IIomdL sur f Athéisme.

Dans les révolutions ordinulres , le pouvoir se déplace 9 mais descend peu. Il n'en fut pas ainsi quand Tathéisnie triompha. Comme s'il eât fallu que» sous Tcmpire exclusif de Thomme, tout portât un caractère particulier d'abjection , la force , fuyant les nobles et hautes parties du corps social, se pirécipita entre les mains de ses pins vils membres 9 et leur orgueil , que tout ofTensoit , n'épargna lien. Ils ne pardonnèrent ni à la naissance , parce qn^ils étoient sortis de la boue ; ni aux richesses :j parce qu'ils les avoient long-temps enviées; ni aux talens, parce que la nature les leur avoit tous refusés; ni à la science, parce qu'ils se sentoient profondément ignorans; ni à la vertu, parée qu'ils étoient couverts de crimes; ni enfin au crime même , lorsqu'il annonça quelque espèce de supériorité. Entreprendre de tout ramener à leur niveau, c'étoit s'engager à tout anéantir. Aussi; dès lors , gouverner , ce fut proscrire , confisquer, et proscrire encore. On organisa la mort dans chaque bourgade; et , achevant avec des décrets fe qu'on avoit commencé avec des poignards on voua des classes entières de citoyens à l'exlermînation; on ébranla par le divorce le fondement de la famille; on attaqua le principe même de la population , en accordant des encouragemens publics au libertinage (*).

('*') La sagesse des législateurs de 1793 jugea les filles

43a ESSAI SUR L'iNDIFFÉllElICfi *

Cependant la haine de Tordre , trop à rëtroit sur ce vaste théâtre de destruction , franchit ki frontières, et alla menacer sur leur trânc touslei souverains de FEurope. L'athéisme eut sesap6treiy et l'anarchie ses Séides« La guerre redevenant ce qn'elle est chez les sauvages , on arrêta de ne (aire aucun prisonnier. L'honneur du soldat frémit, et repoussa cet ordre barbare. Mais, hors des camps, l'enfance même ne put désarmer la rage, ni attendrir les bourreaux. Je me lasse de rappeler tant d'inexpiables horreurs. La France, couverte de débrb , offroit l'image d'un immense cimetière, quand , chose étonnantel voilà qu'au milieu de ces ruines, les ptinces mêmes du désordre, saiâs d'une terreur soudaine, reculent épouvantés, comme si le spectre du néant leur eût apparOé Sentant qu'une force irrésistible les entraîne euxmêmes au tombeau , leur orgueil fléchit tout à coup. Vaincus d'effroi , ils proclament en hâte l'existence de l'Être suprême et l'immorlalilé de l'anie; et debout, sur le cadavre palpitant de la société, ils appellent à grands cris le Dieu qui seul peut la ranimer.

publiques, ou, comuje on les appeloit, \es filies- mères ^ si utiles à r£tat, qu'on proposa de leur assigner des pensions sur le trésor public. On voyoit sans doute en elles \es prétresses de la Raison ; et pour conserver la Divinité , oa s'occupoit de doter son culte.

Je

Je m'arrête; qu'ajout erois- je à cet exemple éternellemeut mémorable? Leraisoimement, l'autorité, Texpérience s'accordent donc pour démontrer que la Divinité est le premier besoin des nations , la raison de leur existence , et que toute philosophie irrâig;ieuse tend à détruire l'ordre social , le bon* heur des peuples, et les peuples mêmes. Je prouverai maintenant que la Religion seule les consei^e et les conduit au bonheur , en les établissant dans un état conforme à la nature de la société.

aS

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