ESSAI SUR L1N1)]F1£RENCE
alors se connoissoit en efFet si peu , qu'il s^évaluoit à prix d argent; on Tachetoi^ on le vendoit comme un vil bétail; et, pour abolir ce trafic infâme, il fallut que Dieu lui-même fût vendu trente dénias. Cet te exécrable vente fut le t raité de notre rachat (*).
{*) Lors de la conquête de l'Amërique par les Espagnols, la Religion, couvrant de son manteau les peuples vaincus , protégea de tout son pouvoir leur liberté. Les proteslans , les philosophes même ont loué la conduite du clergé catholique en cette occasion ( voyez Robertson , Histoire de V Amérique , et M. de Huniboldt). Lui seul , à celte mémorable époque, s*occiipa des intérêts de Thumanité, et les défendit avec une courageuse persévérance contre Tavaricc des conquérans. Et voyez, ici même, combien les faits s*accordent avec les principes établis dans ce chapitre et le précédent. Partout oii la politique, guidée par Tintérêt particulier, agit seide, les malheureux indigènes , opprimés , enchaînés , furent détruits en trcs-peu de temps. Là, au contraiic, où on les remit entre les mains de la Religion, ils lui durent ces deux grands biens, la civilisation et la liberté. Quant à l'esclavage des noirs, TEglise ne Tapprouva jamais ; elle le toléra , parce que Tesclavage est plutôt opposé ù Tesprildcla Religion chré- .tienne, qu'interdit formellement par ses lois. Elle en pré« paroit peu h. peu Fabolition dans nos colonies , en adoucissant le sort des esclaves, en les formant à Télat social, en cultivant avec soin , dans ces enfans tardifs , les facultés et les vertus dont le développement annonceroit pour eux Tâge de majorité. La Religion , non plus que la sature, ne fait rien brusquement. Elle amène de loia les
Les lois païennes , non moins barbares que les moeurs , se jouoient de la vie des hommes avec une effrayante indifférence. S^il arrivoit à Rome qu'un citoyen fût assassiné, on met toit à mort ses esclaves. Leur mattre étoit-il accusé lui-même, on les torturoit. Que si la loi avoit oublié de prévoir quelque caprice du prince ou de la multitude , on y remédioit par un double crime, comme Thistoire le remarque à propos du meurtre de la fille de Séjan. Cela ressemble bien peu , il en faut convenir « aux sacrés devoirs que la Religion impose à nos rois. « Je m ]ure » I c'est le serment qu'elle exige d'eux avant de répandre l'huile sainte sur leur front , <c je jure j» de garder et faire garder justice et miséricorde en » tout jugement , afin que Dieu tout-puissant et M miséricordieux me fasse aussi miséricorde ». La sévère équité et la mansuétude chrétienne , le devoir et la raison du devbir , le précepte et sa sanction , tout est là.
Un des caractères de la Religion est de ne ja-
cbangemens désirables, et les opère par des voies douces et des degrés insensibles. Voilàla marche de la sagesse. La phUosophie est venue tout à coup déranger cette marche : elle a proclamé à grand bruit la liberté des noirs , sans précautions, sans prévoyance , sans examiner si les hommes qu'elle aflranchissoit subitement étoient capables d'é« tre libres. Qu'en est-il résulté ? l'embrasement âes colonies, le massacre des colons, une anarchie com^dète, ei des guerres d'extermination.
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mais raisonner avec les hommes. Elle dit aux sociétés, comme à chacun de leurs membres : Faùes ce/a , et vous vivrez ( i ). Rien de plus admirable que cette méthode; mais elle ne convient qa*à Dieu. La Vérité suprême seule a le droit de prescrire avec autorité des croyances, et la souverâne Justice, le droit d'imposer des lois qui obligent sans examen. Et comme les peuples ne vivent que de croyances , et que Tordre ne se maintient qu^à Vaidc des lois, il s'ensuit qu'aucune société ne peut subsister sans un pouvoir divin, sous lequel ploient tous les esprits et toutes les volontés. Réduit, pour unique moyen de conservation , à sa faculté de raisonner , l'homme périroit dans un temps trèscourt : il en est de même des nations. Le raisonnement s'égare et chancelle, dès que l'autorité cesse de le soutenir. Les passions alors en disposent, et lui prêtent leur force toute destructive. Que seroit-ce, par exemple, si Ton remet toit le droit de propriété à la merci de la raison ? Que ne dîroit-ellc point , que nVt-ellc point dît, pour en montrer la ijultité et rînjustice? Philosophes, point de phrases, répondez nettement : A quel titre aimez -vous mieux posséder votre champ, et quelle garantie vous paroit plus sure, ou la loi qui dit : « Tu ne » désireras point la maison de ton prochain, ni
(i) Hocfac^et vives ^ Luc. x , î8.
» son champ, ni son bœuf, ni rien qui lui appar- » tienne ( i ) » ; ou les raisonnemens de Raynal , de Diderot et de Rousseau, sur Torigine et le fondement de la propriété?
Les bonnes mœurs achèvent Touvrage des bonnes lois. Quid leges sine moribus vanœ proficiunt? disoient les païens mêmes. A quoi sert d'écrire Tordre dans un code, si la Religion n'en grave Tamour dans les cœurs? Les lois d'ailleurs se bornent à proscrire certains délits ; elles ne commandent aucune vertu. La Religion s'est réservé à elle seule celte sublime partie de la législation , qui règle tout dans l'homme , jusqu'à ses désirs les plus secrets et ses affections les plus fugitives. Que de crimes échappent à la justice humaine! Que d'autres elle est contrainte de tolérer ! La Religion ne tolère aucun désordre : elle défend la pensée même du mal ; elle nous ordonne de tendre à une perfection infinie : Sayez parfaits comme votre Pore céleste est parfait (2). Et , chose merveilleuse , en même temps qu'ell* abat l'orgueil humain sous la hauteur de ses préceptes, et réprime tout sentiment de présomption dans le juste, en lui montrant sans cesse au-dessus
(1) Z7euf ^ron, chap. v, ai.
(2) Estole ergo vosperfecti, si eut et patcr vesi^'r cœleslis perfectus est, Malih. eh. v , 4'^*