‹ Essai sur l'indifférence en matière de religion (volume 3)Chapitre 20 sur 64 · partie · texte numérisé non relu

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partie de Tempire, les païens, délaissant leurs amis et leprs proches , ne songèrent qu'à se met- Ire , par la fuite , à Tabri de la contagion. Les chré* tiens, alors si cruellement persécutés , prirent soin de tous les malades , fidèles et idolâtres , et se vengèrent de leurs ennemis, comme se vengent les chrétiens , en s'immolant pour eux. Combien This* toire de TEglise n'ofTre-t-elle point d'exemples semblables? Les disciples de Jésus-Christ fatiguoient de bienfaits leurs détracteurs. « N'est-il pas bon- 9 teux pour nous , écrivoit l'empereur Julien à » Arsace, pontife d'Asie, que les Galiléens, outre M leurs pauvres , nourrissent encore les nôtres » ?

Le Christianisme ne dégénéra point en vieillis* sant. Ses annales ne sont pleines que des services de tous genres qu'il a rendus d'âge en âge à Thumanité. Le même esprit d'amour qui enfanta tant de prodiges dans les premiers temps , en enfante chaque jour de semblables parmi nous. Qui ne se rappelle , avec une émotion profonde , ces religieux espagnols, parcourant les rues d'une ville pestiférée (*) , en sonnant une petite cloche , afin qu'averti de leur passage , chacun pût réclamer leurs secours généreux ? Presque tous moururent martyrs de leur dévouement.

Mais laissons les traits particuliers , dont on

(*} Malaga.

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remplirolt des volumes sans nombre : ne rappdoof ni les Borromëe , ni les Belzunce y ni ce Vincent de Paulc qui, dans des temps de calamité, noorrissoit des provinces entières, dont Timmense charite s^ctendoit au-delà des mers , jusqu^anx rivages de Madagascar et dans les forêts de la Nouvelle- France , et qui sembloit s'être chargé de soulager lui seul toutes les misères humaines; horame prodigieux, qui a forcé notre siècle de croire à la vertu ; ne considérons que les établissemens durables , les bienfaits généraux et permanens de la Reli^» gion. Ces asiles solitaires de Tinnocence et da re^ pentir , que les peuples apprendront de plus en plus à regretter, ces paisibles retraites du malheur, ce» superbes palais de Tindigence; qui les éleva , si ce n'est elle ? Maîtresse un moment , la philosophie n'a su que les détruire. La raison humaine n'a fait grâce à rien de ce qu'avoit créé la foi en faveur de riiunianitc. Et avec quelle profusion le Christianisme n'avoit-il pas multiplié ces touchantes ins* titutions, si éminemment sociales? Leur nombre presque infmi égaloit celui de nos misères. Ici la fille de Vincent de Paule visitoit le vieillard infirme , pansoit ses plaies dégoûtantes, en lui parlant du ciel ; ou , par une attendrissante charité , devenue mère sans cesser d'être vierge, réchauffoit dans son sein l'enfant abandonné. Plus loin , la sœur Jiospitalière assistoit , consoloit le malade^ et s'ou-

blioît ellç-mêrae pour lui prodiguer , et le jour et la nuit, les soins les plus rebutans. Là, le religieux du Saint-Bernard , établissant sa demeure au milieu des neiges , abrégcoit sa vie pour sauver celle du voyageur égaré dans la montagne. Ailleurs vous -eussiez vu le frère du Bien-Mourir ^ près du lit de Fagonisant , occupé de lui adoucir le dernier passage , ou le frère Enterreur inhumant sa dépouille mortelle. Â côté de ces preux chevaliers, de ces soldais prions , qui , presque seuls , protégèrent long-temps l'Europe contre la barbarie musulmane, on apercevoit le père de la Merci , entouré , comme un triomphateur, des captifs quUl avoit, non pas enchaînés, mais délivrés de leurs chaînes, eo s^exposant à mille dangers et à des fatigues incroyables. Des prêtres , des religieux de tous les ordres , brisant , pai: une vertu surhumaine , les liens les plus chers, s'en alloient , avec une grande joie, arroser de leur sang des contrées lointaines et sauvages, sans autre espoir, sans autre désir, que d'arracher à Tignorance, au crime et au malheur, des hommes qui leur étoient inconnus. Après avoir fécondé de ses sueurs nos collines incultes et nos landes stériles , le laborieux bénédictin , retiré dans sa cellule, défrichoit le champ non moins Vfride de notre ancienne histoire et de nos anciennes lois; L'éducation , la chaire , les missions , aucune œuvre Qtile n'étoit étrangère au jésuite. Son zèle embras-

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soit tout , et suffisolt à tout. L^humble capucin parcouroit incessamment les campagnes pour aider les pasteurs dans leurs saintes fonctions , descendoit au fond des cachots, pour y porter des paroles de paix aux victimes de la justice humaine; et semblable à Tespérance dont il étoit le ministre , accompagnant jusqu'à la fin le malheureux qui alloit mourir , partageoit ses angoisses , ranimoit son courage défaillant , et le fortifioit également contre les terreurs du supplice et contre celles du remorck. Ses mains compati3santes ne se détachoient , pour ainsi dire , de l'infortuné qu'elles avoient reçu au pied du tribunal inflexible de Thomme , qu'après l'avoir déposé au pied du tribunal du Dieu clément.

Mais voOlez-vous arrêter vos regards , attristés de cette scène douloureuse , sur un spectacle aussi doux qu'aimable? Contemplez le frère des écoles chrétiennes, enseignant à l'enfance les élémens des lettres, la doctrine des sciences, et la doctrine plus précieuse des devoirs , lui parlant de Dieu avec onclîon , et la formant au bonheur en la formant à la vertu. Ne l'oublions jamais , la Religion est l'unique éducation du peuple. Sans la Religion , U ne sauroit rien , rien surtout de ce qu'il importe le plus à la société qu'il sache, et à Iiri de savoir. Il ignoreroit également et les devoirs de riiomme et sa destinée ; il végéteroit , au milieu

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des académies , des universités , des gymnases , dans un féroce abrutissement, cent fois pire que réfat sauvage. La Religion le civilise; elle nourrit le pauvre de vérité, comme elle le nourrit de pain; elle éclaire , elle agrandit son intelligence ; et le dernier des petits enfans instruits à son école , plus véritablement philosophe qu'aucun des prétendus sages qui ne reconnoissent d'autre guide que leur raison , confondroit , le Catéchisme à la main , cette raison altière, par la sublimité de ses enseigne-^ mens. Il étoit digne d'une philosophie matérialiste de croire perfectionner l'éducation du peuple , en substituant des évolutions à des instruc-* tions, et en mettant entre ses mains une pierre muette , en place du livre où il puisoit ces hautes et importantes leçons.

Je ne finirois point , si j'essayois de rappeler, même sommairement , tous les services rendus à la société par le clergé catholique. Ce fat certes une bien belle pensée, que de placer, à côté des inexorables ministres des lois, des ministres sacrés des mœurs et de l'humanité , que de faire de la miséricorde une fonction publique. Pénétrez dans le sein des familles, interrogez-en les membres, ils vous diront ce qu'ils doivent à cette admirable institution. Combien d'inimitiés apaisées , combien d'époux, de parens, de concitoyens réconciliés, de victimes arrachées au vice, de torts ré-

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parés, d'iniquités prévenues, de peines consolées,' de secrètes misères adoucies ! Savez-vous ce que c'est qu'un prêtre , vous que ce nom seul irrite oa fait sourire de mépris? Un prêtre est, par devoir, Tami , la providence vivante de tous les malheureux , le consolateur des affligés , le défenseur de quiconque est privé de défense , Fappui de la veuve , le père de Torphelin , le réparateur de todi les désordres et de tous les maux qu'engendrent vos passions et vos funestes doctrines. Sa vie entière n'est qu'un long et héroïque dévouement au bonheur de ses semblables. Qui de vous consentiroit à échanger, comme hii, les joies domestiques, toutes les jouissances, tous les biens que les hommes recherchent si avidement, contre des travaux obscurs , des devoirs pénibles , des fonctions dont l'exercice brise le cœur et rebute les sens, pour ne recueillir souvent d'autre fruit de tant de sacrifices , que le dédain , l'ingratitude et i'insulte ? Vous êtes encore plongés dans un profond sommeil , et déjà Thomme de charité , devançant l'aurore , a recommencé le cours de ses bienfaisantes œuvres. Il a soulagé le pauvre, visité le malade , essuyé les pleurs de Tinfortune , ou fait couler ceux du repentir, instruit l'ignorant, fortifié le foible , aflermi dans la vertu des âmes troublées par les orages des passions. Après une journée toute remplie de pareils bienfaits, le soir arrive.

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mais non le repos. A Theure où le plaisir vous appelle aux spectacles, aux fêtes, on accourt en ^ande hâte près du ministre sacré : un chrétien touche à ses derniers momens; il va mourir, et peut-être d\ine nialadie contagieuse : n'importe; le bon pasteur ne laissera point expirer sa brebis^ sans adoucir ses angoisses, sans Tenvironner des consolations de Tespérance et de la foi , sans prier à ses côtés le Dieu qui mourut pour elle, et qui lui donne , à cet instant même , dans le sacrement d'amour , un gage certain d'immortalité.

Voilà le prêtre , le voilà ; non tel qu'en en ju*géant sur. quelques exceptions scandaleuses, votre aversion se plaît à se le figurer; mais tel que réellement il existe au milieu de nous. Oui» la Reli* gion est aujourd'hui ce qu'elle fiit à son origine. Il y a moins de chrétiens, mais les chrétiens ne sont pas changés. Les plus pures vertus, des vertus dignes des premiers siècles, honorent encore le Christianisme. 3e n'en voudroîs j)our preuve que ces pieuses associations, ces utiles établissemens qu'un zèle aussi vif qu'éclairé forme tous les jours sous nos yeux. Que d'hommes et de femmes de toutes conditions, que de jeunes gens même, se dérobant à tous les regards pour faire le bien , selon le précepte de l'Evangile , consacrent à chercher le malheur et à le soulager , le temps que fous perde/, dans de frivoles amusemens, ou que

5o/|. ESSAI SUR LINDIFFÉRENCB.

VOUS employez petit-éire à insulter la Religion sainte qui leur inspire ce merveilleux dévouement. Vous ne les connoisscz pas , je le sais ": mais on les connoît dans les hôpitaux, dans les prisons, dam les réduits obscurs où Tindigencc qu'ils ont secourue les bénit. La dame de charité n'a point oublié le chemin qui conduit à la demeure du pauvre; et si vous ne Vy rencontrez jamais , c'est à vous que nous on demandons la raison.

Je la dirai cette raison , car il importe qu'on la sache; c'est que vos froids raisonnemens et votre apathique philanthropie ne tendent qu'à détruire, dans son dernier germe , tout sentiment d'humanité. Lorsque le Christianisme s'afToiblk chez un peuple, aussitôt on voit ce peuple , embarrassé da malheur , conspirer contre tous ceux qui soutirent. Ou invente mille prétextes pour s'exempter de les secourir. Faire raumônc à im mendiant , c'est favoriser le vagabondage, la fainéantise. A-t-il faim? e.Nt-il nu? qu'il travaille. Mais c'est un vieillard: à tout âge , il y a des moyens de s'occuper. C'est un enfant : gardez-vous de l'entretenir dans l'oisiveté; on ne sauroit combattre trop tôt les habitudes vicieuses. C'est une mère chargée d'une nombreuse famille : elle le dit , maïs dit-elle vrai ? Avant de la gratifier magnifiquement de quelques llards, il faudrolt s'Informer; on n'en a pas le temps. Cet autre désire du travail, tu cherche, et n'en trouve

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^ point : c^est peut-être qu'il a mal cherché; au reste, [ on y songera ;«t , en attendant , on ne donne point , ^ de peur du mauvais exemple. Règle générale : quif conque demande, dès lors est suspect; écouter ces gens-là , c'est nuire au bon^ordre, c'est leur nuire à eux-mêmes, c'est encourager la faim.

Sans recourir d'abord au même expédient que Galère, qui ordonna de rassembler sur des barques qu^on submergea, les mendians de son empire, une douce philosophie atteint à peu près le même but , par ses savans systèmes et ses bienfaisantes institutions. Elle appelle à son aide toutes les sciences physiques , pour arracher à la nature le secret de quelque aliment si vil, que l'avarice même puisse l'offrir sans regret au nécessiteux; et pour calculer avec précision la mesure d'angoisse, le degré de besoin au-delà duquel l'homme meurt s^îl n'est secouru : tant elle redoute le luxe de la commisération ! Heureux encore , heureux l'indigent, s'il n'avoit à gémir que de celle assistance dérisoire : mais on ne s'arrête pas là. Afin d'épargner aux heureux du siècle la vue importune des misérables, on les séquestre de la société, on élève d'épaisses murailles entre les soupirs du pauvre et l'oreille du riche, on ravit la liberté à ceux qui ont perdu tous les autres biens , on traite en cri niinels ceux dont le seul crime est de souffrir; et cependant Ion nous vantera celle horrible inhu-^

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inanité comme an chef-d'œuvre d'admLQÎstratioii. Eh! sî vous êtes indifférens, du mgins ne soya pas badbares : ouvrez vos cachots philanthropiques; ne Craignez rien , les infortunés qu'ils reofermenl ne vous demanderont pas même les miettes de pain qui tombent de vos tables somptueuses; ils ne vous demanderont point la vie , ce seroit trqi; ce quUIs demandent, c'est que vous leur permettiez de mourir en jetant un dernier regard sur les lieux qui les virent naître , sur ces champs qu'ib cultivèrent pour vous , et qui ne les nourriront plus; ce qu'ils demandent , c'est uniquement ce que la nature accorde à tous les êtres, et que vous ne refusez pas même aux animaux.

Cependant, apprenez-le du grand Maître : quoi que vous fassiez, il y aura toujours des pauvm parmi vous (i). Il y aura toujours des pau\Tes, afin d'empêcher l'homme de s'endurcir ; afin de troubler le funeste repos de l'opulence ^ de réveiller au fond des cœurs la pitié, la miséricorde; it y aura toujours des pauvres, afin qu'il y ait toujours des vertus. Il y aura enfin toujours des pauvres , des êtres souffrans , pour représenter la race humaine, si souffrante elle-même, et si pauvre, qu'un seul mouvement d'orgueil dans un enfant

(i ) Sempcr pauperes Imhetis vobiscwn, Mallli. c. xxYi j 7* II*

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U^Adatn , est un prodige éternellement inexplicable m la raison.

Mais s'il existe toujours dés pauvres , il existera ;too]ours aussi une Religion qui les console. J'ai rappelé une partie de ses bienfaits; ils sont aussi grands qu'incontestables. Comment se fait-il qu'une i^ Religion si favorable à l'humanité ait des ennemis j>amii les hommes? Est-il possible que tant d'amour ne désarme pas la haine? Hélas! ce qui l'ex*» cite, cette haine, c'est la beauté, la perfection même de la loi évaugélique. La sévérité des devoirs qu'elle impose eflVaie les passions , et l'on conteste le bien qu'elle fait , à cause du bien qu'elle ordonne de faire.

Il n'est point de sophisme plus commun que celui par lequel on rend le Christianisme responsable de tous les crimes qui se commettent chez les peuples chrétiens. Il y a eu des guerres de Religion ; donc la Religion commande de verser le sang. Il y a des vols, des assassinats; donc la Religior» ne réprime ni le vol ni l'assassinat. Il existe de mauvais prêtres; donc la Religion n'est quç le manteau dont le clergé recouvre ses désordres. Mais, dites-moi, pensez-vous que la morale soit une chimère, une source de calamités? Si vous le pensez, je conçois que vous accusiez la Religion. Si vous ne le pensez pas, réponde^s yous-niême à votre objection, autrement je la ré^

Ju8 ESSAI SUR l'indifférence

torqucrai avec plus de force contre la moral

Assurément c'est faire preuve d'une rare alKJ négation d'esprit , que de répéter ingénument èA vieilles déclamations qui faisoient sourire de jiiàà] Montesquieu. Voyez avec quel dédain il écntt| le sophiste Bayle : <c Dire que la Religion n'est ptf I » un motif réprimant , parce qu^elle ne répAat V pas toujours, c'est dire que les lois civiles M » sont pas un motif réprimant non plus. Ctà » mal raisonner contre la Religion , de rasscoH » bler , dans un grand ouvrage , une longue éoo- » mération des maux qu'elle a produits , si l'on ne » fait de même celle des biens qu'elle a faits. Si je » voulois raconter tous les maux qu'ont produits M dans le monde les lois civiles^ la monarchie, » le gouvernement républicain, je dirois des » choses effroyables (i) »>.

De quoi les hommes ii'abusent-ils pas? Ils aba* sent des alimens destinés à les nourrir , des forces qui leur sont données pour agir et se conserver ; ils abusent de la parole , de la pensée , des sciences , de la liberté, delà vie; ils abusent de Dieu même. Faut-il, pour cela, dire que ces cIios(?s sont pernicieuses? Faut-il dire qu'il n'y a de bon que le néant ?

l^s guerres, les massacres, et tous les forfaits

'^i) Esprit {les Lois, liv. XXlV,chap. ii.

int le Christianisme fut le prétexte , doivent si lui être attribués , que , pour ôter TefFet, il au-^ Ai suffi d'accroître Ténergie de la cause prétente. Quelques degrés de foi de plus, et la vertu iomphoit avec la Religion.

Qu'est-ce qu'un voleur, un meurtrier, un avare, ipn prêtre impitoyable , ou de mauvaises mœurs ? C'est un homme sans foi , ou d'une foi foible , puisqo^elle cède à la passion qu'elle devroit dompter; c'est un rebelle que la Religion condamne à mort, s*il ne se condamne lui-même par le repentir; c*esl un incrédule , ou dogmatique ou pratique , un athée conséquent , ou le plus inconséquent des chrétiens. Il ne se commet donc pas dans le monde un seul crime dont nous n'ayons droit de demander compte à l'incrédulité. C'est elle qui les prodoit tous , et même ceux qu'elle reproche arrogamment au Christianbme : c'est elle qui enfanta la Saint-Barthélémy; c'est elle qui conduisit le fer de Ravaillac.

Sitôt donc qu'on écarte et les préjugés et les sophismes, il ne demeure en propre à la Religion que ses bienfaits. Elle seule met Tordre dans la société, en donnant la raison du pouvoir et des devoirs, en perfectionnant les lois, en épurant les mœurs, en unissant par des liens d'amour tous les membres du corps social. Nicra-t-on l'importance d'une institution si bienfaisante et si nécessaire ?

5 10 ESSAI SUR L'tNDIFFÉRENCB

Et si on Tavoue, sur quels motifs se fondera4pour justifier Tapathique IndifTérence où Vod fecte de se maintenir, à Tëgard d'une doctrine tTi dépendent le bonheur de Thomme et le bonhev] d,es peuples ; j'ajoute , et la gloire extérieure Car, en supposant Texistcnce d'une Religion, ritable, cette Religion , unique moyen de sodâfj entre Dieu et Thomme, est aussi, comme noosk prouverons dans le chapitre suivant, le moyen que Dieu a choisi pour manifester extérieurement ses perfections ou sa gloire, et pour établir ToVdic dans la société des intelligences, dont il est k monarque. Violer cet ordre est donc un des plos' grands crimes qu'un être intelligent puisse commettre; et s'exposer à le violer, en refusant de s'assurer qu'il existe , est une si étonnante folie, que je n'ai point de termes pour qualifier la créature qui en seroît capable.

Et maintenant, peuples, entendez : de l'abîme de malheurs où vous a précipités votre crédule confiance en une fausse sagesse , mère du désordre et de la mort, écoutez la Religion qui vous crie: Venez à moi , vous tous qui travaillez vainement à renaître , vous qui succombez sous le fardeau des institutions humaines et des doctrines du néant: nations mourantes , venez à moi ; abandonnez ces médecins trompeurs qui vous promettent la force, et ne savent qu'user celle qu/ vous reste , dans de

M màtièhe de KELlGlOlV; 5ll

oureoses convulsions. Venez, hâtez-vous, le M presse : chaque jour la vie s'afToiblît en vous, irruption gag;ne, la dissolution se consomme; tôt vous ne serez plus qu'un cadavre infect : z à moi , et je vous recréerai : f^enite tut me es qui laboralis et onerati estis^ et egorefi- I vos ( I ).

) Matth. G. XI ^ a8.

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5l1 ESSAI SUR l'iNDIFFEABMCE

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