‹ Essai sur l'indifférence en matière de religion (volume 3)Chapitre 44 sur 64 · LXIV PREFACE · texte numérisé non relu

LXIV PREFACE

cette définition qui suppose une croyance quelconque, ne paroît pas encore assurer une liberté suffisante à la raison, M. Vincent en retranchera ce qui implique la nécessité de la foi , et dira que « la Religion >j» est une affaire de cœur entre Dieu et sa » créature, par le moyen de rÉvangilc(i).« Alors les plus difficiles devront être contens.

Au reste, en montrant l'inconséquence et les dangers de la réforme , notre dessein n'est pas , à Dieu ne plaise ! de contnster nos frères séparés. Nés comme eux au sein de l'erreur , il n'est que trop vraisemblable que nous partagerions leurs pré ventions contre la vérité. Le seul sentiment que nous

son^s charge to fus clergy ; citée par M. Mîloer dam $oa ouvrage intîtolé : ITie end qfreligious contrastera y tic. Part. III, p. ia5.

(i) Observations, etc. , préf. , p. VI.

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éprouvions en combattant , non pas contre eux y mais contre les faux principes qui les abusent ^ est une douleur profonde de \es voir s'^arer loin des voies du salut, et un désir ardent que le jour luise enfin ou nous nous embrasserons dans les bras de notre mère commune^ de VEpouse sans tache du Saui^euTj de TÉglise dépositaire des promesses y et de toutes les espérances des chrétiens : Ut fiât unum oi^ile et unus pastor{\)\

Après avoir répondu aux objections qu'on a Élites contre la première partie de V Essai ' sur t indifférence , il nous rc^e à parler de la seconde. Nous . espérions la faire paroitre peu de temps après la première : 4'autres travaux nous en ont empêché. Nous nous sommes aperçus, d^ailleurs, qu'au

(i) Joan. Cli. X. i6.

LXVI PUBFAGE.

lieu d'un volume, cette seconde partie en cqugeFoit deux 9 ce qui nous. a décidé à donner à part le volume que nous publkiffls 9 et quipourroit, à la rigueur ^ terminer l'oavrage, puisque y pour remplir nos. engage^ ipens , il sufïïsoît de prouver que indifférence en matière de Religion est ausd absurde dans ses principes, que funeste dans ses effets {i).

En réfutant les trois systèmes généraux d'indifiérence religieuse 9 nous avons fait voir qu'elle détruit toute vérité, tout ordre, toute vertu, toute société, et qu'elle est, })ar conséquent, funeste dans ses eftets. Ce que nous ajouteroos sur ce sujet, daos jiotre troisième volume, ne servira qua fortifier une couclusion déjà évidente pour les lecteurs attentifs.

(1) Introduction , p* 4^ y 4-' Mît.

Nous avoas dit, en seccmci lieu, n que' #>. l 'indififérenc^ ne pejii raisonna blemenli » reposer que sur ces deux principes y. que >j nous n'avons aucun intérêt à nous ^ssu-r ^ rer de la vérité de la. religion ; ou qu'il . M est impossible de. découfvrir la vérité. M. qu'il nous importe de connoitre ( t)« a»

Certes ^ il seroit étrange que ]as religion 9 perpétuel objet des pensées de l'homme y la religion , premier besoin de sa raison et de. son cœurj la religion , que tous les peuples, ont regardée comme la base de Tordre son cial , le principe et la sanctioUr des lois., la règle des mœurs ^ ne fût qu'un futil amuv sèment de l'esprit, ime idée stérile en bieu comme en mal , et Tune de ces chimères, dont un être ignorant et foible aime . à nourrir ses vagues espérances. S'il en était

(i) Introdactioo 9 p« 4> 9 ^'^^Ht

ïAVin HIÉPACE.

ainsi ^ toutes les nations , depuis rorigme . du monde, seroient convaincues d'iml>écillité. Nou& avons justifié le genre humain, et renversé l'un des fdndemens de Tindifférence dogmatique, en démontrant Fimportance de la religion par rapport à l'homme Considéré individuellement, par rapport à la société, et par rapport à Dieu. Mais s'il importe essentiellement à l'homme de connoître la vérité , et s*îl impbrte à Dieu même qu'elle soit connue de rhomme , donc il la peut connoître. Nous prouvons, en effet, dans ce volume, qu'il existe pour tous les hommes un moyen sûr et facile de discerner la vraie religion , et que ce moyen est V autorité^ en sorte que la vraie religion est incontestablement celle qui repose sur la plus grande autorité visible. Par là nous détruisons le second principe de l'indifférence dogmatique, et

PREFACE; LXnC

a moins qu'on ne lui trouve un plus solide fondement, ce qu'on ne fera jamais, il faut . nécessairement avouer qu'elle est tout ensemble et une folie et un crime.

N'ayant entrepris d'établir , contre les indifférens , que ces deux points , nous pourrions regarder notre tâcbe comme remplie. Mais il nous semble utile ^ et , même , à certains égards , nécessaire de dé* velopper les conséquences du principe important de l'autorité, et d'en déduire la vérité de la religion catholique j ce qui nous fournira l'occasion d'affermir le principe même , et de répondre aux objections auxquelles l'application qu'on en doit faire peut donner lieu. Ce isera* le sujet d'un troisième volume , qui paroîtra dès que nos occupations nous auront |>ermis dé l'achever , mais sans qu'il nous soit pos^ ëible d'indiquer aucune époque fixe> mille

circdristances pouvant nous forcer tfintefrdtopré ce travail. Ofi ne dispose pas toujours de soi-tnéme suivant ses désirs, dans ces temps de désordre et de tempêtes.

Nous avons traite \me tjuestîon d\mc impoi lance extrême, la question ia plus géfiërafle qïie la raison puisse se proposer. De sa solution dépend toute vérité , tout ordre *t toute paix j car il n'y a 4e f»ix pour Tiftteiligence que lorsqu'elle est certaine de posséder la vérité , et il n'y a de paix pour les peuples que lorsqu'ils sont certains d'ofeéiç à Tordre. La société n'est si agitée, si caiamitense , que parce que tout est incertmn, Religion, morale, lois, pouvoir^ et Vincertitude vient de €é que les esprits ne rte- ^connoissent plus d'autorité qui ait ^reux ^e droit de commandement. Le monde est la proie des opinions: chacun ne veut croire que^sei, et dès lors n^obéir qii'À soi. Plus

PHÉFACX. UlXr

de dépendaaces, plus de devoirs , plus de liens. L'édifice social, rëdnît en poussière , ressemble au sable du désert ^ où rien ne croît 9 où rien ne vit, et qui , emporté par les vents , euBevdyit les voyageurs sons sesmontagnes brûlantes.

. Rétablisses l'autorité , Tordre entier renaît, la vérit)^. se replace àwr sa base im^ muable , Fanardbie des opinions cessé , rhomme entend l'ÏMiinme, les înteU

unies par une même foi> viennent se ràniger autour de leur centre qui est Dieu , et se ranimer à la source de la lumière et de la vie.

Ou la raison humaine, n'est qu'une ebimère, ou elle dérive d'une raison supé* rieure, étemelle, immuable; car la vérité, si elle existe , a nécessairement existé tou^ jours, et toujours la même. Aucune raison créée ne peut donc être qu'un écoulement ,

tXSJI BREFACr.

une participatioa de cette raison première et souveraine , mère et maltresse de tou^ les esprits. Vivre y pour eux , c'est l'écouter,, c'est lui obéir , et la plus parfaite obéissance constitue le plus haut degré de raison , puisque refuser d'obéir au delà de certaines bornes^ C'est rejeter une partie du témoignage par lequel la vérité infinie nous^ est manifestée; Ainsi le genre bumain slI-^ teste l'existence d'un Dieu souverainement juste ^ sage,. puissant: la raison- qoi admet en entier ce témoignage possédant plus de vérité, eist plus étendue, plus complète, que celle qui nie quelqu'un des attributs de Dieu : elle est aussi plus conséquente , puisque le motif de croire ou de déférer à l'aatorité, a, quoi qu'elle enseigne, toujours la même force. Sortez de là, vous ne sauriez éviter le scepticisme , qu'en vous déclarant infaillible j c'est-à-dire , que, de manière

PAEFACE. LXXIIt)

OU d'autre 9 vous êtes contraint d'abjurer la raison.

Nier le témoignage général , lui préférer sa raison particulière, est en effet le caractère propre de la folie ; et tout homme qui ne reconnoit point d'autorité ayant droit de commander à son esprit, est fou, soit involontairement si sa folie a une cause physique , soit volontairement si elle n'en a pas. Voilà l'unique différence qui existe entre les insensés qu'on enferme , et ceux à qui on laisse l'usage de leur liberté; et l'erreur sur les objets que nous pouvons et devons connoître, l'erreur sur les devoirs soit de la raison , soit du cœur, n'est qu'une folie volontaire , et c'est parce qu'elle est volontaire qu'elle est un crime.

Qu'un habitant de Charenton soutienne qu'il est roi de France , c'est un fou , l'on en convient; mais est-il fou précisément

parce qu'il soutient qu'il est roi de France? Nop 5 car il existe un autre homme qui dit aussi ,ye suis roi de France^ et qui serait fou s'il ne le disoit pas. Mais tout le monde dépose en faveur de la royauté de c^lui-ci ; il a pour lui le témoignage général ; àH lors plus de doute. L'autre contredit obstinément ce témoignage , c'est un fou ; cette preuve suffit^ et même il n'y «n a pas d^autre preuve certaine. Â la place de ce malheureux^ supposons un homme qui dise, je suis souuerairijnoAis aurons un exemple de la folie volontaire.

Il arrive souvent que la folie, même physique^ a pour cause Tobslination a\'ec laquelle l'esprit s'attache à certaines idées fausses. On doit donc trouver plus de fous de cette espèce dans les pays où le prindpe d'autorité étant aHbibli, les esprits sont moins défendus contre eux-mêmes. £fiecti*

méFAOs» txxv

vemcnt Ve%péviente prouve qu'il en eit oitisi. Sons le règne d'Henri Vlil^le nombre de^ fou^ augmenta jprodigieuseiïient en An* gletérre , et depois ii a toujours été croissant. Il augmente de même chaque année en France (i). NoÙ8 wmmes persuades qu'il y a trente ans^i'Espagne étoit le pays de VËurope oii il y en avait le moins ; ils s^y muhipIieix>Qt sans micun donte , k mesure que la foi diminuera. Un médecin îta* lien aviôit calculé, dan» le dernier siècle, qu'il exiatoit en Italie, proportionnellement à sa population, dix-sept fois moins de foiis que dans les contrées protestantes. Ces f*aits, sous plus d'un rapport, méritent d'être remarqués. Nous sommes loin de nier que

(i) Cela est si marqué , qa^en beaacoap de lieaz les conseils de départefflent dettandeot qu'on forme At nouveans étaUbsentos pour les recevoif.

la folie ne toit ûcqtmiBent prodnite pu des causes particaliercs , clés éBOCims Tires, de profoDdes doulems ; maiseela n'empedie pas de recoonmlre une anse générale de fcAie , dont 1 action se manifeste oniformément chez ions les peuples, il niesare que cette cause s y dërdc^ipe, c'est-à-dire, à mesure que les e^itils sTaffranchissoit davantage de l'obéissance à l'autorité.

En cherchant par quelles voies llionime parvient à la connoissance certaine de la vérité, nous avons été conduits à examiner une question peu éclaircie jusqu'à ce jour , et qui a fait naître un grand nombre d'erreurs. On s'est imaginé qu'il eidstoit des vérités indépendantes de la raison , des vérités senties avant d'être conçues , et qu'à cause de cela l'on nomme ^vérités {le sentiment. On ne pouvoit confondre

PRÉFACE. L3DLVIX

plus dangereusement des facultés distinctes^ et, par une suite nécessaire de leur nature, liées entre elles dans Tordre inverse de icelui qu'on supposoit. Les déistes ont étrangement abusé de ce faux principe; les athées mêmes s'en accommodent , et ils en ont tiré une espèce de religion où tout entre , excepté Dieu.

Nous montrons que tout sentiment suppose une vérité ou une idée préexistante dans Fentendement ; car il faut connoftne avant d'aimer, et l'homme aime naturelle^ment la vérité qui est le bien des intelligences. Ainsi la foi précède l'amour, et lamour n'est que le mouvement de Tâme , qui se porte vers l'objet de sa foi. Le bon croit à la vertu , il la regarde comme son véritable bien , et il l'aime; le méchant , qu'elle fatigue , la hait , parce que dans l'erreur de son esprit offusqué par les pas-

siens , elle est à ses yeux un mal. Le bien, pour lui j c'est ce. qui flatte ses penchans corrompus ; il croit au plaisir, et cette foi aveugle et déraisonnable détemotine un amour désordonné. Chaque crûyanœ Traie ou fausse produit ainsi un sentiment analogue^ et si l'on observe chez tons les peuples des sentimens généraux inaltérables pour le fonds, c'est qu'il s'y trouve aussi des croyances générales, conditions nécessaires de l'existence du genre hu«main.

Considérons sous ce point de vue la plus

importante des vérités et la plus universelle des croyances. Partout, dans tous les temps, les hommes ont eu l'idée de Dieu 5 mais, avant Jésus-Christ , ils ne le cemnoissoient pas selon tout ce qu'iF est; il n'avoit encore pleinement manifesté, que sa puissance^ et cette notion du souverain Être produisoit

PRÉFACB. LXXn

un sentiment de respect et de crainte , dont le culte public ëtoit l'expression •

La sagesse étemelle se revêt de notre nature, Dieu se manifeste comme vérité; aussitôt on voit naitre un sentiment noU'veau ; la vérité a ses témoins , ses martyrs, et les hommes qu'elle a éclairés, se dé-* vouent à tous les travaux, à tous les op-^ probres , à tous les tourmens, pour la défendre, et la propager; et aujourd'hui encore

des millions de chrétiens moarroient avec )oie dans les supplices, plutôt que de i^-

noncer à cette vérité qu'ils ont connue*

Dieu achève de se découvrir , il se mat*

nifeste comme amour, et un amour im-

men^ s'empare du cœur de l'homme; alors,

et alors seulement il commence à aimer

ses frères jusqu'à se sacrifier pour eux , en

vue. de celui qui nous a tant aimés (i]u

(i) Joan. m, i6.

tXXX, PRiFACE.

Un esprit de miséricorde pénètre toute k société ; chaque misère trouve un asile • i^haque douleur une consolation , chaque larme une main compatissante qui l'essuie. £t cet amour qui vient de Dieu , remontant jusqu'à lui , se perd et se renouvelle sans cesse dans le sein de l'Être infini, devenu l'objet d'un sentiment qu'il faut éprouver pour le comprendre ^ sentiment si vif, si profond , qu'on a vu des hommes mourir, n'en pouvant supporter l'inexprimable douceur (i) : heureuse mort qui n'éloit qu'un extase d'amour !

(i) XX O mon Sauveur ! s'écrie sainte Thérèse , quel at-

p trait dans ces eaux vivifiantes du pur amour ! Heureux

» qui pourroit s'y voir subinergé , jusqu'à j perdre la

I» vie , au milieu de ses transports et de ses ravissemens ! — '

» Pensez-vous que cela soit impossible P Non , sans donte.

» Notre amour pour Dieu , le désir de le posséder , de con-

» fondre notre néant avec sa gloire, peut croître à rinfi»; et

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