CHAPITRE XVIII
Que le sentiment ou la révélation immédiate n'est pas le mojen général offert aux hommes pqur discerner la vraie Religion,
A UTANT l'homme c$t grand quand on le con-* temple dans sçs rapport» avec ses semblables y au milieu de l'ordre dont il fait partie ^ autant sa foiUessc inspire de pitié , lorsque , rompant les lien^ de œxte noble dépendance^ il né veut plus relev/(r que de lui-même. Fuyant toute société i et privé des biens auxquels il participoit comme être social y dépouillé , nu > il emporte au désert une triste souveraineté qui n'est que la servitude de toutes les misères. Il sua ira ce souverain y cet esprili sans maître , cherchant çà et là dans la nuit quelques vérités écartées, pour nourrir sa raison mourante; J9\aisen vain : seul^ iln'e^t neui ne peut rien, pas même vivre. S'il» en doute/ qi/il rqmodale au moment de sa naissance ^ <^'il se représente ce qu'est l'homme au sortir du néant» Qu'apportc-t-il aycc lui? Quç po^séderl^il? Intor-
l52 i;SSAI SUR L'mDIFFERBNCB
rogez vos souvenirs, ils ne vous répond ronlmâine pas. L'enfant n'a d'abord, ainsi que Tanimaly que des sensations obscures et sourdes* Nulle idée, avant qu'il les reçoive d'autrui, nulle connoissance , nul sentiment ; tout lui viendra du dehors, et il n'aura rien qui ne lui ait été donne. Son intelligence langui roi t dans un sommeil éternel , si la parole ne l'éveillôit; elle la tire peu à peu de son assoupissement; elle ouvre ses yeux appesantis et les familiarise aVéc la lumière. La raison se développe, l'amour naît, et cet être qui n'appartenoit qu*au monde des corps , élevé au-dessus du temps , est transporté soudain dans la société éternelle. Et comment? Il a entendu, il a cru, il a obéi. La foi a , pom* ainsi dire , créé cette âme , elle lui a donné la conscience d'elle-même. A travers les profondes ténèbres qui l'environnoienl , elle lui a tracé une route sûre, et l'a conduite à la source de toute vérité et de toute lumière. Cependant, aiTivé là, l'homme rougira de son guide, il le désavouera , il dira dans son orgueil : Je suis venu seul, et seul j'irai plus haut encore; et le voilà qui, seul- en effet, marcbe et retourne aux lieux d où il est parti.'
Ainsi nous avons vu (i) que^ dès qu'il se dé-
(i) Tom. I, chap, n,.ni, IV, V, VI et VII,
EN MATIÈRE DE RELIGION. l33
tache de la société religieuse et refuse d'obéir au pouvoir qui la constitue, ITiomme, s'il est conséquent y passe de doute en doute , par un progrès naturel , de l'hérésie au déisme , du déisme à l'athéisme , et de là dans un scepticisme universel. Soit qu'il suive sa raison , soit qu'il se laisse guider par le sentiment, il arrive également à ce dernier terme où finit l'être intelligent. Si quelques esprits engagés dans ce chemin de la mort, ne le parcourent pas en entier , ce n'est pas leyr force , c'est leur foiblesse qui les arrête.
Et comment l'inspiration particulière ou le sentiment, seroit-il le moyen général offert aux hommes pour découvrir la vraie Religion , lui qui ne peut les conduire , comme nous l'avons montré (i) , à aucune vérité certaine ? Nul esprit fini n'a en soi le principe de la certitude. Elle n'teiste que dans la société , dépositaire des vérités que l'homme reçut de Dieu à l'origine , et qu'elle conserve et transmet par la parole. Les idées naissent en nous avec leur expression , et apprendre à parler , c'est apprendre à penser , comme apprendre à penser, c'est apprendre à croire. La certitude de nos connoissances est donc proportionnée à l'autorité de celui qui nous les
(i) Chap. Xm.
i34 ESSAI Sun l'ihoifféreivce
communique y ou du témoignage qui les atteste , et si l'autorité est infinie , la certitude est infinie.
Il suit de là qu on ne saurait par Tinspiration seule jiarvenir à la certitude; car que fait l'inspiration? Elle met dans noire esprit , indépendamment de la parole extérieure » des idées qui nous sont traoismises , dans l'ordre ordinaire, par cette parole. Dés lors y pour en reccmnoître la mérite , il faut y bu les examiner en eUes-mâmes à l'aide ^u raisonnement y c'est*à-dire y chercher la certitude hors de l'inspiration ; ou s'assurer que Tins- |riration vient d'une autorité infailliUe, ce qui ramène encore au raisonnement y à moins d'une nouvelle inspiration, qui auroit elle-même besmn d'être prouvée comme la première , et ainsi à l'infini. La persuasion la plus, invincible qu'on est réedlement inspiré , ne prouve rien y puisque tous les enthousiastes ont cette persuasion. Quand donc les déistes demandent pourquoi Dieu n'a pas fondé le christianisme sur une révâation intérieure faite à chaque homme individuellement, plutôt que sur une révélation eitérieure et générale y c'est comme s'ils deinandoient pourquoi Dieu n'a pas établi une Religion dénu^ de preuves.
Alais il suffit 9 pour décider la question qui nous occupe , de considérer les faits. Consultons notre expérience : parmi les vérités que nous cou-
àlS HATIÈAS 1>£ liaLlGlOâî. l5S
uoissons^ en est-il une seule que nous ayons dë^ couverte en nous? £levcs daus les bois y loin d^ nos seinblaLlesy aurions-nous les même^ içloes^ les mêmes sentim^ens? Que seutioa&-niw^ avaftt qu'on nous eût donné la penséç a^vec la parole ? Quçl dogme avonô-nous trouvé écrit ^u fond à^ notre .cœur? Où cloit Dieu pour fipus., avant quon nous l'eût nommé? Soyons vrais > le se^timox|t ne nous instruit pas plus 4^^ i^^^ de aioti^ conservation comme êtres m^M^aïuL oi^ inteUigens^ que nés sensations ne nous apprennent los lois de notre conservation <x>nuae êtres jpjbysiques. Il ny a point de sentiment juuié> autiKunent il se manifesterpit de laméme manière dans tous les kommes* JLe sentiment naît de la pensée , toujours déter«miné par elle. Qui ne conuQÎtjroit âen., nailae-roit^rico; ne Jbuuroit rion. Qu'est-ce que ies vérités, ^ st^ntiment , sinon l'âme aimant la vérité connue d^ . la raison ? . £Ues passent de l'cmUenderuent 4a^s le, ,çœur^ et le sentiment est bon oa jnau^vaîsj selon la cause qui 1^ détermine., c.esh- .à-dir^ , selon qu'il y a vérité, ou erreur dans .l'esprit; et lorsqu'on fait du sentiment le principe des connoissances nécessaires ^ on est forcé de nier la raison ou d'anéantir letre intelligent.
Rousseau en est un exemple frappant. Confondant à dessein le sQ{itiment et les sensations» « Mous
X36 BSSAI SUR L'inDIFFiRBNCÈ
3» sentons, dit-il, aidant de oonnoitre (i). » Et un peu plus loin : « Bomons^nous aux premiers » sentimens que nous trouvons en nous-mémet, » puisque c'est toujours à eux que l'étude nous s» ramène, quand elle ne nous a point ^ar^ (s). > Dès lors la raison devient inutile ; et dans la concurrence avec le sentiment^ la raison doit se taire, comme il le dit en termes formels : « Quand » tous les philosophes ^roii(^/t>ie/z^ que jai tort, 3» si vous sentez que j'ai raison , je n'en veux pas » davantage (3). » Et que voudroit-il de pins en effet, puisque le sentiment ou la conscienoe,yii^f infaillible du bien et du maly rend Pho¥nme sent* blable à Dieu y et fait F excellence de sa nature et la moralité de ses actions ? « Sans toi , dit-il , » je ne sens rien en moi qui m'élève au-dessus » des bétes , que le triste pri vil^e de in'<%arer d'er- » reurs en erreurs, à l'aide d'un entendement » sans règle et d'une raison sans principe (4)* ^
Le sentiment est donc l'unique voie par où l'homme puisse parvenir \ la connoissance de la vérité , selon Rousseau. Cela ne Tempéche pas de
(i) Emile, tom. II, pag, 253, Edit. de Belin, 1795*
(2) Ibid., pag. 355,
(3) Emile, tom. II, pag, 253*
(4) Ibid,, pag, 356,
BN MATIÈRE DE RELIGION. l5y
recourir ailleurs à cette raison sans principe et à cet entendement sans règle ^ pour découvrir à leur aide la vraie Religion. « Cherchons-nous sin- » cèrement la vérité y ne donnons rien au droit » de' la naissance 9 et à l'autorité des pères et 9> des pasteurs; mais rappelons à l'examen de la » conscience et de la raison , tout ce qu'ils nou$ » ont appris dès notre enfance. Us ont beau me » crier : Soumets ta raison ; autant m en peut dire ^ celui qui me trompe. Il me faut des raisons » pour soumettre ma raison ( i ). » £t encore : .a La foi s'assure et s'affermit par l'entendement : » la meilleure de toutes les Religions est infailli-
M hlement la plus claire Le Dieu que j'adore
» n'est point un Dieu de ténèbres ; il ne m'a point » doué d'un entendement pour m'en interdire >» Tusage. Me dire de soumettre ma raison y c'est n outrager son auteur. Le mii^iistre de la vérité ne 3ï tyrannise point ma raison; il l'éclairé (2). »
D'après Rousseau^ l'on peut donc choisir entre deux méthodes , pour discerner la vraie Religion ; l'une fondée sur le raisonnement , et l'autre qui l'exclut. «« C'est, dit-il, le sentiment intérieur qui
(1) Emile, tom. lU, pag. 9, {pi) Jbid., tom. m, pag. 18.
l58 J^AI SUR L'lllDIFrÉB£NC£
^ doit mê conduire (i).... Oe que I)ieu veut <pim » homme fasse , il ne lui &it ^s dire par m ^ autre homme , il le loi dit iwi-méme , il récrit »> au fond de son cceur* ^
S*il en est ainsi ; tous les hommes doivent trouvier la vraie religien écrite au fond de leur eœur » puisque sans douAe elle renferme ce qae Dien ve^A que les hommes fassent^ et, de {dus, ce qu'il est nécessaire qu'ils croient; car encore £aui^rl croire en Dieu pour lui rendre un <îuUe , et à une loi morale pour y ohéir volontairement. Mais alors qu'on m'explique la dirersité des fidigioRS. « Si , » dit Slousseau , l'on n'eût écouté que ee que 3» Dieu dit au coaur de lliomme , il n'y aiuroit
(i) Ibid., pag. 2. Madame de Staël adopte cette doctrine, et rapplique à la politique même; en sorte que chacun doit chercher ^u soi-même ou dans ses scntimens intimes y quelle est la -meillettre religion, la meilleure morale , la meilleure lëgiilation et la meilleure forme de gouvernement; c^t toutrcela ^ous est connu par une ridélation perpétuelle. Les expressians de cette femme phi. losophe sont trop curieuses pour ne pas les citer ici : « II 9 n^est aucune question, ni de morale, ni de politique, n dans laquelle il faille admettre ce qu^on appelle auto- 3» rilé. La conscience des hommes est en eux une rêvé* » lation perpétuelle, et leur raison un-fait'inaltérable. Ce » qui fait F essence de la religion chrétiemie, c'est rac*
Iî5 MATIÈHE DE RELIGION. IO9
» jamais eu qu'une Religion sur la terre (i); » c'est>^-dire que tous les hommes > dans tous les temps y auroient cru les mêmes dogmes et obéi aux mêmes préceptes.
Sophiste, répondez maintenant : N'y a-lril qu une Religion sur la terre? Est-ce là ce que nous voyons? et que devient votre r^le démentie par les faits? En vain prétendrez vous que les hommes n'ont pas écouté. Ce n'est pas d'écouter qu'il s'agit, mais de sentir. Or les hommes ne sont pas maîtres de ne point sentir ce qu'ils sentent. Ils ne pourroient pas plus , dans votre hypothèse , confondre la vérité et l'errenr ^ que la souffrance et le plaisir. Ils ne pourroient ni se méprendre sur leurs devoirs , ni ne les pas remplir, puisque naturellement ils aimeroient le bien, et haïroient le mal. La vraie Religion seroit un sentiment invincible et le même dans tous. Elle seroit leur être même; car, en admettant la supposition des sentimens innés, on se représenteroit aisément l'homme dénué de toute idée acquise , mais il
» cord de nos sentimens intimes avec les paroles de Jésus- » Christ. » Considérations sur les principaux événe^ mens de la révoliuionjrançaise , par madame la baronne «lé Staël; toni. III, pag. i5.
(1) Emile, tom, lïl, pâg. 5,
l4o ESSAI SUR l'iNDIFFÉRETIGE
seroit impossible de le concevoir privé de ce qui constitueroit le fond de sa nature morale et intelligente.
La diversité des Religions prouve donc que le sentiment n'est pas le moyen général établi de Dieu pour nous faire discerner la véritable. Voyez conibien de croyances opposées les bomnries adoptent d'une conviction également ferme. Le sentiment du vrai et du faux, du bien et. du mal , aussi variable que leurs idées, dépend de l'éducation^ des préjugés, et de mille causes extérieures qui le modifient selon les lieux, les temps , les opinions reçues, les institutions. Loin d'être quelque <Jiose de primitif et d'antérieur à la foi , c'est ia foi qui le détermine, comme renseignement détermine la foi. Est-ce par sentiment que le chrétien croit à la Trinité , le Musulman à Mahomet, et l'Indien à Buddah ? Est-ce par sentiment que certains peuples offroient à d'horribles divinités le sang de leurs enfan^ , ou leur sacrifioient la pudeiur de leurs filles? Ils obéissoient à une loi fausse que Dieu certes n'avoit pas écrite dans leur cœur , et ils y obéissoient sans remords, parce que l'erreur de l'esprit enfantoit une erreur analogue de sentiment,
L*homme n'apporte avec lui que des besoins» que la société doit satisfaire , et peut seule satis-
£ff HATIÈRB DE RELIGION^ l/^l
faire» Son corps a besoin d'alimens^ la société leà kii donne ; Son âme a besoin de yérité ^ la société la lui donne. Quel est Tenfant qui ait dit : Je aeâs Dieu y avant qu'on le lui eût fait connoître? On le lui nomrne, il en a l'idée; on lui apprend à le prier, il en a le sentiment; on lui dit; ceci , est bien, cela est mal^ et la conscience se. développe. Voilà l'ordre de la nature. Aussi n'existat-il jamais de peuple dont la Religion fût fondée sur le sentiment ou l'inspiration particulière de chaque individu. Tous > en croyant y se sont soumis à une autorité extérieure, el , selon leur pensée, originairement divine. Jamais il ne leur vint à l'esprit j que chacun ^ sans autre enseignement , trouvât la Religion dans son cœur. Tous les^ peuples déposent donc , avec une parfaite unanimité > contre le système qui fait du sentiment •)' ou de l'inspiration individuelle y ou de la révélation immédiate, le moyen général de rëconnoître la vraie Religion. Or ,. comme nous l'avons- déjà observa? tant de fois , le témoignage du genre humaiini, expression de la raison universelle, est nifaillible : le nier , c est nier la raison et renoncer à la certitude.
Et en effet , quand Bousseau veut faire du sentiment le principe de la foi et la r^le dés mœurs, n'es^il pas conduit à |iier la raison? £t
14^ $ssAi SUR îJitfmrrÈKEBC^
quand les prétendus réformatseurs de FEglbe^ Juiieu^ Claude, et leurs disciples adoptant la même erreur , se sont persuades que la seule voie pour parvenir sûrement à la yériié en matière de Religion , étoit ce qu'ils appellent la txhc dUmr pression y de sentiment y ou de goût (i)^ nont-^^ pas rejeté, non-^seulement la raison humaine^ mais encore la raison divine elle-même , puisqu'ils n'ont pas craint de soutenir qu'il suffit de proposer aux hommes un sommaire de la doctrine chré^ tienne , et qu'alors indépendamment de toute disoossion f c'estrà-dire de toute raison humaine , et indépendamment même du liifre où la doctrine de l'£vangile et de la véritable Religion est contenue (%) y c'estrÀ-dire de la iiiison divikie , Ja vérité leur est claire; qu^on la sent comme on sent la lumière quand on la Doit, la chaleur quand on. — — .- -t.- -,.. - ^.- j
(i) Le vrai syst. de TEg. , liv. II, chap. îM>, ai ;*liT, III, chap. 'J, 3, 5, 9, lo, etc. • . ,
(a) Lbid., liv. II, cl^p. 25, pag. 455. . — Pour les Protestans, qui n'admettent ni la tradition, ni T infaillibilité de l'Eglise enseignante , T Ecriture est Tunique manifestation de la raison cîîVine. Dans celte hypotlu^se, nier la nécessité de l'Ecriture à l'égard de tous les hommes et ide chaque homme en particulier , c'est nier -qu'il soit nédessaire^ pout connoitrfe la- vérité » que Diea se révvk à itotr^ ra^n, :ou ii^$ vpL^fûS^X^ V^ sjie|m^
£N ILITIÈBE DE KELlCl01!l. l43
iist auprès du feu y. lé doux et Fainer quand on mange {i)P Selon George Fox^ nous devons éctmter r esprit de Dieu qui est au dedans de nou^ , de préférence h V autorité d^un homme j quel qu^ il soit y et de tous les hommes^ de préférence même À l^ autorité de PEi^angile (i).
Or, qu*est-ce que cela, sinon le fanatisme? On se persuade qu'on est éclairé intérieurement , et toutes les extravagances d une imagination écliauf^ fée passent pour des vérités incontestables et des mspifations divines. L'orgueil se complaît dans <5ette persuasion. Les sefctes naissent, s'étendent, ear l'enthousiasme est contagieux. Mais le sentiment ne tarde pas à révéler à chacun des dogmes
- (t) Ije vrai syst. de TEgl. , lîv. H , ^iîp. a5 , pagi 453. -i---'PttUr être conséquent dans ce système, fl faudroît «hiinger la forme du sytiil>dlè ; et au lieu de dire , Je crois ^n Diéetù,e%€. , ondet roit dire : « Je sens Dieu , je sens qu'if » eêi père, qu'U ésl tout-^ptrièsaiit*, qu^il a crëé le ciel et M' let'têtrt ; je sens Jëstis-Glirîsc , etc. » Il en est ainsi àei J^'ii&iek' par sentiment, Le'^ynibôle de Tathéé, dans hf flftème système, se rëdtimit k ces mots, /e ne sens rien; «t oeiîii an sceptique à fceut-ci , est^e que- je sens ?
{û) ¥»yeeVexce{leiit otrvrageduD'.'MIlner, intitulé: ï%e ^ùd^ religions eontréif'ei^sy , in afriendly cor*' respoHdence hel^^en a rèligious societjr hf protestant:^, and a Roman catholic divine; Part. F; p. i^S. Second
l44 ESSAI SUR L^INDIFFÉRENCH
diirérens^ rien de plus divers que son langage. On se divise y on se combat; les discif^es deviennent maitresàleiu^ tour; les sectes se multiplient. Chaque homme a sou sentiment j sa doctrine. Montresnous deu^ déistes qui soient d accord sur tous les points. Les sectaires ne s'entendent pas mieux. L'un nie ce que l'autre affirme et réciproquement Que s'il se rencontre un enthousiaste d'un caractère ardent et sombre , il n'y a point de crime qu'il ne puisse commettre spus prétexte d'inspine tion. Combien de guerres et de forfaits sont d» à cette seule cause depuis Mahomet jusqu'à Jean de Leyde y et depuis^ Cromwell jusqu'à Sand (") !
(*) On citeroit des exemples sans nombre des excès de tout genre où oondyit ce dangereux fanatisme. Les Ana« baptîstes prétendoient avoir reçu de Dieu Tordre de mettre à mort les impies, de confisquer leurs biens, et «TétaUir un nouveau nionde , compose des seuls justes [Sleûian « De stat, rel, et reip. comment. Liv. JJJ, p, 45). Jean Bockler, chef de cette secte ^ déclara que Dieu lui an>it ùil présent d'A'psterdam et de plusieurs autres YÎUes; il envoya , pour en prendre possession , quelques-uns de ie« disciples , qui parcoururent les rues , 4«M un état de nif dite complète, qp criant : Malheur à Biilfj'loHe t mAlkaw çua: impies! {flistoire abrég. de la réforme , par Gérard firandi, tom. I, pag. J^^.) Ui^rman, autre anabaptisUff pour obéir à Vimpulsion intérieure de l'esprit-, enseigna qu^il étoit le Messie , et se lyiit à évajigéiîser le peuple <s
£N MATIERE DE RELIGION. l/^6
La vérité n'est plus que les pensées d'un esprit sans règle , et la loi que les passions du cœur. Enfin
ce3 termes : Tuez les prêtres , tuez tous les magistrats. RepenteZ'Vous ; votre rédemption approche. (Ihid,, pag. 5 1 . ] Les Anabaptistes ne tardèrent pas k pénétrer en Angleterre. Un certain Nicolas, disciple de David George, y fonda la secte des Familistes, ou la Famille d^amour , très -nombreuse à la fin du seizième siècle. Selon sa doctrine , l'essence de la religion consistoit dans le sentiment de Famour divin ; la foi et le culte étoient inutiles. Ilrejetoit également les préceptes fondamentaux de la morale , enseignant qu'il ëtoit bon de persévérer dans le péché, afin que la grâce pût abonder. [Mosheiin Eccles» hist,, voL IV y p. 4B4* ) Qui n'a pas entendu parler de Venner , et de ses liommes de la cinquième monarchie ? Poussés par Vitispiration , ils se précipitent hors du liea où ils tenoient leurs assemblées dans Coleman^Street , déclarant quils ne reconnoissoient d'autre souverain que le seigneur Jésus , et qu^ils ne remcttroient leurs épées dans le fourreau qu'après avoirjait de Babylone , c'està-dire de la monarchie, un objet de risée et d'exécra-tiofk» non-seulement en Angleterre , mais dans les pays étrangers. ( Echard's hist, ofEngL ) Le même fanatisme produisit les mêmes effets parmi les Quakers. George Fox , leur fondateur , prétendit que le vrai culte est ins" pire par un mouvement intérieur et immédiat qui vient de l'esprit de Dieu, et qui nest limité à aucuns temps, à aucuns lieux, à aucunes personnes. [Barclay Apo" log. y Propos* XI. ) C'est la règle de sentiment , dans s«