‹ Essai sur l'indifférence en matière de religion (volume 4)Chapitre 12 sur 23 · JA · texte numérisé non relu

JA

2Ù2 ESSAI SUR L'iNDIFrEBENCE'

seau veut encore qu'il lui soit démontré que cet événement na pu cadrer fortuitement avec la prophétie ^ parce que, dit-il 9 la clarté d'une propliétie faite au hasard n'en rend pas l'accomplissement impossible. D'où il suit que, selon Rousseau, on ne sauroit être certain qu'une prédiction est réellement prophétique , que lorsque son accomplissement est impossible. Ainsi , d'un côté , s'il y a prophétie , il est impossible qu'elle s'accomplisse , c'est-à-dire qu'il n'y a pas prophétie; et d'un autre côté, si elle s'accomplit, ce n'est pas une prophétie , puisque l'événement prouve que son accomplissement étoit possiblco Wadmirez-vous pas cette puissante logique?

Si Rousseau^ quoique ses paroles n'admettent guère cette explication , prétend seulement qu'on doit être certain que l'accomplissement de la prophétie n'est pas un simple effet du hasard , il ne dit rien que tous les hommes n'avouent sans difficulté; et tous encore ils lui diront, avec l'orateur romain, que « le hasard » n'imite jamais parfaitement la vérité, qu'il ne » lui ressemble jamais en tout point (1), » que le sens commun distingue aisément ce qui peut

(1) Quidquam cusu esse lac tu m , quod onines habcl iii se numéros vcrîtalis ? Quatuor laii jacli casu vcneieuui eflicîunt; nuin ctîani ceutum vcnercos, si CCCC talos

^ r*rxig tHU^,

EN MATIÈRE 1)E RELKUON. â33

être un effet fortuit , de ce qu'on doit attribuer à une cause certaine, sans quoi ne pouvant pas même soupçonner l'existence de l'ordre , nous n'en aurions aucune idée.

« Je ne dois point être surpris qu'une chose » arrive lorsqu'elle est possible , et que la diffi- » culte de l'événement est compensée par la j» quantité des jets , j'en conviens. Cependant si » l'on me venoit dire que des caractères d'im- » primerie, projetés au hasard , ont donné l'E- » néide tout arrangée, je ne daignerois pas faire » un pas pour aller vérifier le mensonge. Vous » oubliez. , me dira-t-on , la quantité des jets ; » mais de ces jets-là combien faut-il que j'en » suppose pour rendre la combinaison vraisem- » blable? Pour moi , qui n'en vois qu'un seul , » j'ai l'infini à parier contre un, que son produit » n'est point l'effet du hasard (i). »

Sophiste, reconnoissez vos paroles, et ne dites

)cceris, casu futuros putas? Adspersa temerè pigmenta in tabula , oris lincamenta efïingere possunt ; num etîam Veneris Coœ pulchritudinein clfingi posse adspcrsione fortuits putas? Sus mstro si humi A litteram impresserit, num proptereà suspicari potcris Andromacham Ennii ab eâ posse describi ? . . . . Sic cnini se profectô res habel, ut numquàm perfcctè yeritatem casus imitclur. Cicei\, De dirinat.^ Ub, /, caf). XIII , n, 25.

(i) Emile, liv. IV, tom. II, p. 012,

^H^t^tt^it f^**^*^ AiMAf^ /'^Viif^êU

20^ ESSAI SDK L INDIFFERA JS CE

plus quela clarté d'une prophétie ne rendant pas son accomplissement impossible, cet accomplissement, quand il a lieu, ne prouve rien, à la rigueur, pour celui qui l'a prédit; car la possibilité que cet accomplissement soit l'effet du hasard, peut être telle 5 de votre aveu , qu'elle n'ait en sa faveur qu'une chance unique contre une infinité d'autres chances. Or , quand il y a l'infini à parier contre un, qu'un homme est véritablement prophète, on ose penser qu'à la rigueur, céisL prouve quelque chose pour lui ; et cette preuve est si forte à vos propres yeux, que vous l'employez pour établir l'existence du souverain Etre.

Mais allons plus loin : en excluant la condition contradictoire d'une impossibilité absolue dans l'accomplissement, toutes les conditions requises pjàT Rousseau pour qu'une prophétie /à^^^ autorité, conditions dont il juge le concours impossible, peuvent se rencontrer, et se sont en effet rencou- # trées réellement. Les Apôtres ont entendu , ou \ ils ont pu entendre Jésus-Christ prédire sa résurrection. Les Apôtres ont yu , ou ils ont pu voir Jésus-Christ ressuscité. La résurrection d'un mort est un événement que le hasard n'a pu opérer. Donc il peut y avoir des prophéties qui, suivant Rousseau lui-même, fassent autorité ; et les Pères ont eu raison d'enseigner, que la prophétie est un caractère distinctif et le témoi-

gnagc authentique de la Divinité , qui connoît seule l'avenir , parce qu'elle seule connoît ses volontés et les volontés libres des créatures (i).

En considérant la nature de Thomme et les lois qui en dérivent, nous avons reconnu que la prophétie est une suite nécessaire de ces lois , et que Tordre entier de nos devoirs repose sur la révélation de l'avenir. Mais quand nous serions incapables de concevoir la nécessité ou même l'utilité de la prophétie , quand ses rapports avec l'ordre général échapperoient à notre raison, son existence attestée par tous les peuples dans tous les siècles , seroit encore un fait audessus du plus léger doute, un fait aussi certain que l'existence de l'homme même.

Cet accord universel , qui forme , suivant Aris-

(i) « La prophétie est le caractère distinctif de la Divi- » nité : la connoissance des choses futures est au-dessus » de rintelligencc humaine. L'accomplissement de la A prophétie est donc une preuve sans réplique que Dieu s> en est l'auteur. » Origen. contr. Cels. , Ub, Vï , n, lo. — Idoneum , opiner, tcstimonium Divinitatis veritas divinationis. Tertullian,, Apolog.^ cap. XX. — S.Iren., Ub. I, cap. XIII y n. 2. — Aut. quœst. et respons. ad ortllhd. rcsp. ad qu. 146. — Minut. Félix in Oclavio. — S. Hilar.y Ub. IX de Trinit. — S. August. , De divinat. dœmon. , cap. V .

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336 ESSAI Sun l/lWDlFràRENCE

totc , la plus puissante preuve ( i ) , avoit frappé Cicéron. « C'est , dît-il , une opinion très-an- » cîennc , descendue des temps héroïques jus- » qu'à nous, et affermie par le consentement du » peupk romain et de toutes les nations, qu'il » existe parmi les hommes une certaine divi- » nation que les Grecs appellent d'un nom » qui signifie le pressentiment et la science des » choses futures. Chose magnifique et salutaire , » si elle existe réellement, et qui, plus qu'au- » cune autre , rapproche notre nature de la na- » ture divine — Or je ne vois aucune nation , » si polie qu elle soit et si savante , ou si gros- » sière et si barbare, qui ne croie que l'avenir » est annoncé , que plusieurs le connoissent et » peuvent le prédire (a). »

(i)KpâTiçTov7râvTaç àvôpwTTous, x. t. X. Potenlissiina prohatlo est , si in id quod dicitur omaes consentiant. Arist,

(2) Vêtus opinio est , jam usque ab heroicis ducla temporibus , eaque et populi romani et omnium gentiuni fiiinata consensu , versari quamdam inter bomines divinatiunem , quaui Graeci /xavrty.^jv appellant , id est, praesensionem et scienliani rcrum futurarum. Magnifica quidem res et salutaris , si modo est ulla; quuque proximè ad deonim vjm natura mortalis posait accedeie... Genlem qtiidem nuilam video, neque tam bumauam atque oocffem, neque tam iminanem atque barbaram , quae non siguifîcari tutuia, et à quibusdam inlclligi, praedicique

Cette croyance étoit fondée , en premier Heu, sur la tradition primitive. Il y a eu des prophètes dès le commencement (i). Le premier homme apprit de Dieu qu'il sortiroit de la femme une semence bénie qui écraseroit la tête du serpent (2). Hénoch, suivant saint Jude et Philon{3), Nbé(4), Abraham (5) , Isaac (6), Jacob (7) , Joseph (8) , reçurent de Dieu Tesprit prophétique ; et Ton a vu que tout le genre humain avoit conservé le souvenir des antiques oracles, qui annonçoieut au monde un Libérateur (9).

possc censeat. Cicer.^ DeDhinat.^ lib, /, cap, I ,n, 1 et 2. — Vid. et. Origen, contr, Cels.^ liù. I y n. 36. — Machiavel ^ Disc, surTite-Live, I , 56. — M, de Maistre^ Soirées de Saint-Pétersbourg, XP entret,, not, , tom. II, p, 348 «^ suiv.

(1) Gènes. III, i5.

(2) S. Jud. epist, i4' — V\i\\, lib. Quis rerum divin, hœres., p. 517.

(3) Gènes. VI. (4)ibid.^XX,7.

(5) S. Ëpiphan. adv. hœres. , p. 6.

(6) Gènes., XXVII • 27*et seq.

(7) Ibid., XLÎX.

(8) Ibid., XXXVIL

(g) Voyez le chapitre XXVII.

â38 £SSÀI suK l'indifférence

Secondement, Dieu ne cessa point, même depuis la loi écrite , de susciter parmi les gentils de véritables prophètes , pour procurer à tous les hommes le moyen de parvenir au salut , et pour assurer en particulier celui des élus. Balaam en offre un exemple. « Dans tous les temps , dît » Origène , la sagesse divine descendant dans » les âmes des justes^ en a fait des prophètes et » amis de Dieu (i). »

Saint Augustin s'exprime sur ce point en des termes non moins exprès. « S'il y a eu des pro- » phètes chez le peuple juif, il y en a eu aussi » chez les autres peuples , et ils ont prédit des » choses qui regardent Jésus-Christ (2). » Et encore : « On croit avec raison qu'il y a eu chez » les autres nations des hommes à qui le mys- » tère de Jésus-Christ a été révélé, et qui ont été » poussés à le prédire (3). »

(1) Origen. contr. Gels., lib. IV, n. 7. Traduct. de Gourcy.

(2) Siquidem de populo Judaeorum fuerunt prophètes, per quos ËvangeHuxa, cujus fîde credentes justificantur , ante promissum esse testatur....; fuerunt enim et prophetae non ipsius, in quibus etiatn aliqua inyenîuntur qu8B de Ghristo audita cccinerunt. S, Aug., Epist, ad Rom, inchoat. Exposit.y cap, III y part. II» tom. III „ col. 926.

(3) Non incongrue creditur fuisse et in aliis gentibus

EN MATfKRE DE HELiniON. 239

Clément d'Alexandrie n*en doutoit point , et ses paroles montrent même qu'il regardoit ce sentiment comme une tradition apostolique (i). Il ne faut pas s'étonner de l'entendre nommer les Sibylles. Presque tous les anciens Pères (2), et saint Augustin lui-même (3) , les ont crues

faomincs5qiiibu$hocmjsteriuinreYclatumest9 et qui hoc eliuin praedicere impulsi sunt. De CiviU Dei , /. XV III ^ cap. XLVII , tom. VII ^ col, 53o.

(1) Quod enim queinadmodùm Judaeos Deus salves esse voluit, dans eîs prophetas, îtà etîain Grœcorum spectatissimos proprim suœ linguœ prophetas excitatos , prout poterant capere Dei beneficentiam , à vulgo secre- TÎt, prœtcr Pétri predicationem , declarabit Paulus Apo«tolus dicens : Libros quoque suinite, agnoscitc Sibyllain quoniodo unum Deuin significat • et ea quse sunt futura : et H jdaspen sumite et legite , et inyealetis Dei filiuui multô clariùs et apertiûs esse scriptum , et quemadmodùm adversùsChristum muiti reges instruent acîem, qui cum habcnt odio 9 et eos qui nomen ejus Restant 9 et ejus fidèles 9 et ejus tolerantiam et adventum. Clem, Alexand,, Strom,, lib, VI , p, C36.

(a) S. Justin. G ohort. ad Graec, p. 549 36. — Lad.» Divin. Instit.9 lib. IV 9 cap. XV.

(3) Omninô non est cui alteri prœtcr Dominum Ghristum ^ dicat gcnus humanum :

T(; duce y s! qua manent scelcris vcstigia nusti i , Irrita perpétua suivent formidine terras.

'a4o ESSAI SUR l'indifférence

véritablement inspirées. On a. tout lieu de croire que , sous ce nom, qui ne désigne aucun personnage certainement connu , de vraies prophéties avoient cours chez les Grecs et chez les Romains. • Quoiqu'on en ignorât les auteurs , elles ne laissoicnt pas de produire leur effet , en dirigeant la foi et l'espérance des justes vers le Sauveur attendu , et en préparant les peuples à le reconnoître. 11 est possible qu'on ait attribué faussement plusieurs prophéties aux sibylles; cependant Lactance, après en avoir cité de trèsfrappantes 9 assure que quiconque a'iu Cicéron, Varron , et d'autres écrivains qui vivoient avant Jésus-Christ, ne pensera point qu'elles soient supposées (i).

Quod ex CumaBO, id est , ex Sjbillina carminé se fassus^ est transtulisse Virgiiiiis; quoniam fortassis illa vates ali-r quid de unico Salvatore in spiritu audieraly quod necesse habuît confiteri. S. August. y Epist, CCLFIII ad Martian., n, 5> tom, II y col, 884.

(1) His testimoniis quidam revicti soient eo confugere ut aiaut , non esse illa carmina Sibyllina , sed à nostris conficta, atque composita : quod profectô non putabit, qui Ciceronem, Varronemque legerit, aliosque veteres , qui Erythraeam Sibyllam , cseterasque commémorant , quarum ex libris ista exempla proferimus : qui autores antè obierunt, quàm Chrislus secundum carnem nasceretur. Lactant,, Divin* instit,, lib, IV , cap, XV,

Au reste , nous prions de bien remarquer que nous ne nous autorisons d'aucune de ces prédictions incertaines. Si nous en parlons , c'est uniquement pour montrer que les Pères ont cru , que l'esprit prophétique étoit répandu chez tous les peuples (i) , quoique sans doute

(i) Saint Thomas le dit expressément. « Dicendum, » quod multis gentilium facta fuit revelatio de Christo : » ut patet per ea, quse predixerunt. » 2. -2» Qucest, II ^ art. VII . C'est aussi ce que pcnsoient Sixte de Sienne et le savant cvOque d'Avranchcs. Le premier s'exprime ainsi : <« Gentîlibus Yer6, si qui absquc Mediatoris notitiâ » salutem sunt asseculi , sat fuit habere fideni in unicA » Dei credulitate inclus'am ; hoc est 11 1 Deum esse crede- » rent humani gcneris servatorem, jnxta ordinem in suâ » admirabili Providentiû occultum , et aliquibus ipsorum » vatibus y ac sibylUs peculiari privilegio revelatam.n Sixt Senens, ^ Biblioth. sancta^ llb. VI, Annot, LI y p, Zjoo. Voici maintenant les paroles de Huet, qui attribue une véritable inspiration à Confucius : « Quodque multô ma- » gis mirerc, scriptum reliquit in lib ris suis magnus ille » sinicae doctrinœ autistes Confucius , Verbum aliquando » carnem futurum; annumque quod id facturum esset, eum n nempè ipsum quo Christus Dominud natus est, animo B prœvidit. » Alnetan, Quœst,» lib, II j cap. XIII , p, 235. — Les musulmans croient que Dieu a successivement envoyé dans le monde un grand nombre de prophètes, et Sale présume qu'ils tiennent cette tradition des Juifs et des chrétiens. Prelim.^ Discourse on the Koran , sect, IV ^ vol.Ijp, 99.

2^2 KSSAl SLK l'iM DIFFERENCE

beaucoup moins que chez le peuple choisi de Dieu pour être le dépositaire des promesses. Il y avoit encore entre les Juifs et les autres nations une différence importante. Celles-ci n'avoient point d'Ecriture sacrée, parce qu*il n'existoit point parmi elles de tribunal souverain divinement établi pour en être Tinfaillible interprète. La connoîssance des dogmes et des de-

voirs se conservoit , comme les prophéties , par la traditions Les Juifs seuls possédoîent la parole de Dieu consignée dans des monumens authentiques ; de sorte que la doctrine du genre humain, avant la venue du Messie, doit être cherchée et ne peut être trouvée que dans la tradition universelle , et cette tradition atteste l'existence du don prophétique dans le monde entier. Sans cela , on ne pourroît pas même concevoir la religion , puisqu'elle est entièrement fondée sur un Rédempteur attendu, et par conséquent prédit.

Les prophéties nombreuses que renferme l'Ecriture peuvent être divisées en trois classes :

1°. Celles qui ont eu leur accomplissement avant Jésus-Christ.

2". Celles que Jésus-Christ lui-même a accomplies.

5". Les prophéties de Jésus-Christ et des Apôtres, parmi lesquelles il en est plusieurs qui

£N UATIÈRS D£ RELIGION. 2/^5

ont eu déjà leur accomplissement, et d'autres qui ne l'auront qu'à la un des temps.

Les premières servoient à fortifier la foi des secondes; elles étoient comme la preuve de leur accomplissement futur pour ceux qui n'en dévoient pas être témoins. Qu'elles se soient vérifiées exactement, qui pourroit en douter, après le témoignage unanime de ceux qui en étoient les dépositaires , l'objet , et qui dès lors ont pu mieux que personne et les entendre, et en faire l'application auxévénemens? Nier l'existence de ces prophéties ce seroit nier l'existence de l'Ecriture ; nier leur accomplissement^ ce seroit nier l'histoire des Juifs.

Il jra plus : ce seroit nier encore l'histoire des nations voisines , et celle même des puissantes monarchies de l'Orient, que Dieu faisoit servir à l'exécution de ses desseins sujr son peuple* et dont , par ce motif, les destinées furent souvent prédites. Ainsi la prise de Babylone par Cyrus est annoncée dans Isaïe et Jé^émie (i),, avpc ses plus légères circonstarxçes. Le Prophète a tout vu, jusqu'au moyen que le vainqueur em^ ploieii'Oiift pour se rendra maître de cette ville su-

(i) Voyez Bossuet, ï)isc. sur l^hist. univ. , //* part,^ chap, VI.

244 KSSAI SUR l/[NDlFF£R£]lfC£

perbe (i). Cyrus lui-même, qu'Isaïe avoiz appelé par son nom deux cents ans avant qu'il fût né (2), reconnoît le manifeste accomplissement de la parole divine, et a ravi des oracles qui avoient » prédit ses victoires, il avoue qu'il doit sonem- » pire au Dieu du ciel (5) que les Juifs ser- » voient (4)« »

Si quelques unes des prophéties qui les concernent particulièrement , nous paroissent obscures aujourd'hui , UtOus ne devons pas nous en étonner , puisqu'elles n'ont point été faites pour nous. Les Prophéties, selon la remarque d'Origène, « n'annonçoient pas seulement de grands » événemens qui intéressoient toutes les nations » de la terre, ou tout le coips des Juifs, comme • ce qui regarde Je Messie, les empires, la con- » version des gentils, mais aussi des faits parti-

(1) Jerem. L, 58. LI, 56.

(a) Qui dico Cyro : Pastor meus es, et omnem voluntatem meam complcbis. Is. XLIV ^ 28. Haec dicit Dominus Christo meo Cyro, cujus apprehendi dcxteram , ut subjiciam ante faciam cjus gentes , et dorsaregumvertam, et aperiam coram eo januas , et porta; non claudcntur. Ego ante te ibo... et vocavi te nomîne tuo. /rf., XLV , 1 e^ seqq,

(5) II Paralip. XXXVl, i5. l Esdr., 1 , 2. (4) Bossuet., loc, cit.

F.N MATIÈRE DE BEUfiTON. 24^

1»^ culîers : c'est de quoi il y a plusieurs exemples » dans les livres des Juifs (i). »

Quand ce peuple n'attesteroit pas que les prophéties de ce genre se sont accomplies , ou quand on refuseroit de croire son témoignage , ' s*il est certain d'ailleurs que ceux qui les ont faites étoient réellement prophètes 5 cela suffit pour être assuré que tout ce qu'ils ont prédit s'est vérifié. Or l'accomplissement incontestable d'une seule prophétie avérée , prouve l'inspiration de son auteur, et l'Ecriture offre un grand nombre de semblables prophéties, sans même y comprendre celles qui ont le Messie pour objet, et dont nous parlerons tout à l'heure. C'est dans l'Ecriture Sainte , que Porphyre et Julien, ces ardens ennemis du Christ , vont chercher des exemples de prophéties véritables (2). Porphyre étoit même si frappé de celles de Daniel, qu'il essaya de tirer de leur clarté même un argument contre elles, prétendant qu'elles , n'avoîentpu être écrites qu'après les événemens qu'elles prédisent, parce que le Prophète paroît bien plutôt raconter le passé ,

(1) Origen. contr. Cels., îifc. II, n. 37. Traduct. de Gourcy.

fa) Porphyr. de Abstin. lib. IV, cap. i5. — Td., Porph» et Julinn. ap. C^rill.,lïb. V et VI. in JuliuD.

2^6 ESSAI Sun L*INDIFFÉn£NGE

qu'annoncer l'avenir (i). Or il n'est pas maintenant un seul incrédule»qui conteste l'authenticité des prophéties de Daniel : et voilà les incrédules des premiers siècles, qui, terrassés par l'évidence de leur accomplissement, vous disent que ce ne sont pas des prédictions , mais une histoire. Je ne sais ce qu'on peut demander , ce qu'on peut désirer encore après ce double aveu.

Mais, comme nous l'avons fait observer déjà , le dernier objet des prophéties étant constamment le Messie qui devoit venir, celles qui se sont accomplies avant sa venue, tendoient toutes au même but, qui étoit d'affermir la foi dans les prophéties qu'il devoit accomplir lui-même ; et certainement personne ne doutera qu'elles n'aient produit leur effet, puisqu'au moment où Jésus- Christ apparut sur la terre ,^ il étoit attendu non seulement des Juifs, mais du genre humain tout entier. Ecoutons Pascal.

(i) Contra prophetam Danielem duodecimum librum scripsit Porphyrius, nolens eum ab ipso, cujus est inscriptus nomine, esse comDOsitum : sed à quodam qui temporibus Anliochi qui appellatus est Epiphanes , fuerît m Judaeâ ; et non tam Danielem ventura dixisse , quàm îllum narrasse prteterita. S. Hierênym,^ lib. XIV » in Daniel, , Prœfat.y Oper, tom, III ^ col. 1071, 107».

9 inùotCti^l^^t^^^^^^Vt

« La plus grande des preuves de Jésus-Christ, » ce sont les prophéties. C'est aussi à quoi Dieu » a le plus pourvu; car Févénement qui les a » remplies est un miracle subsistant depuis la » naissance de l'Eglise , jusqu'à la fin. Ainsi » Dieu a suscité des prophètes durant seize cents » ans ; et pendant quatre cents ans après , il a » dispersé toutes ces prophéties avec tous les » Juifs qui les portoîent , dans tous les lieux » du monde. Voilà quelle a été la prépara- » tion à la naissance de Jésus-Christ , dont » TEvangile devant être cru par tout le monde , » il a fallu non seulement qu'il y ait eu des * prophéties pour le faire croire , mais encore » que ces prophéties fussent répandues par » tout le monde, pour le faire eîElIbrasser par » tout le monde.

» Quand un seul homme auroit fait un livre » des prédictions de Jésus-Christ pour le temps » et pour la manière, et que Jésus-Christ *seroit » venu conformément à ces prophéties, ce seroit )) une force infinie. Mais il y a bien plus ici. » C'est une suite d'hommes, durant quatre mille » ans , qui , constamment et sans variation , » viennent l'un ensuite de l'autre prédire ce » même avènement. C'est un peuple tout entier » qui l'annonce, et qui subsiste pendant quatre » mille années, pour rendre encore témoignage

248 £9SA1 SUR L*INDIFF£ilENC£

» des assurances qu'ils en ont, et dont ils ne » peuvent être détournés par quelques menaces 1 et quelque persécution qu'on leur fasse : ceci » est tout autrement considérable (i). »

Et voyez avec quelle clarté, quelle précision , quelle exactitude de circonstances, Jésus-Christ étoît annoncé; voyez s'il est possible à un esprit sincère et droit de le méconnoître dans ce que les prophètes ont dit de lui ; voyez si la raison peut expliquer par le hasard cette longue suite de prédictions si étonnantes, qu'elles semblent n'être bien souvent que le simple récit de l'Évangile ; voyez enfin si la prévision qui rend l'avenir le plus éloigné et le plus merveilleux présent aux Prophètes , ne sort pas de l'ordre naturel de ft prévoyance humaine ; si elle n'est pas manifestement une inspiration de celui qui contemple en lui-même, sans aucune succession de temps , tout ce qui fut , tout ce qui est , et tout ce qui doit être.

Au moment même de la chute de nos premiers parens, Dieu leur promet un Rédempteur qui écrasera la tête du serpent (2). Les hommes vivent dans cette attente, ignorant

(1) Pensées de Pascal, IP part. , art. XI ^§2, t. II, p. 109 et 110. Edit. deRenouard, i8o3.

(2) laîmicilias ponam iuter te et mulierern , et semen tuiim et semen illius. Ipsa conteret caput tunm. G*-

EN MATIKHE DE AEUGÎON. 2^g

néanmoins de qui naîtroit ce fruit béni de la femme (i). Avant d'en être instruits , il falloît que la famille à qui cette illustre prérogative devoît appartenir, fût formée. Dieu annonce à Abraham^ Père des croyans^ quen lai seront bénies toutes les nations de la terre (2). La même promesse est faite à Isaac (3), à l'exclusion dlsmaël ; à Jacob (4) , à l'exclusion d'Ésaû; à Juda (5) 5 à l'exclusion de ses frères ; et cette prophétie n'étoit pas connue seulement des Juifs, puisqu'un étranger, Balaam , s'écrioit en

nés, III 9 i5. Le pronom ipsa, suivant l'Hébreu et lea plus anciennes versions, se rapporte non à la femme , mais au rejetouqui naîtra d'elle.

(1) Les paroles qu'Eve prononça après avoir enfanté son fils premier-né y montrent qu'elle espéroit que la promesse d'un libérateur s'accompliroit en lui , et qu'elle savoit que ce libérateur seroit Dieu et homme tout ensemble : nin^"" Jl^ X^f^ ^n^STî > Acquism hominem, ipsumjehova/i (Gènes,, IV» i.) , et selon l'ancienne paraphrase : J'ai obtenu L'homme, L'ange de Jehovah, C'est ainsi que Heydeck (Defens, de La relig, christ,), Jamieson (VindiCf Lib, I , cap, V) , et Faber(^^or. mos,, vol, Ily p, 56J , entendent ce passage remarquable.

{p) In te benedicentur universœ cognationes terrœ. Gènes,, XII^ 3. Ibid,, XVIII, \%, et XXII , 18.

(5) Ibid.,XXVI,4.

(4) Ibid.,XXVIIÎ, 14.

(5)Tbid., XLIX, 8—10.

25o ESSAI SLR l'iNDIFFERENCK

présence des Moabites : L'étoile s 'élèvera de Jacob^ et le sceptre d'Israël ( i ).

Les temps s'écoulent , et peu à peu Dieu répand de nouvelles lumières sur la descendance du Messie. Une branche sortira de Jessé, et une fleur de sa racine. Et l'esprit du Seigneur se reposera sur lui^ l'esprit de sagesse et d'intelligence^ l'esprit de conseil et de force ^ l'esprit de science et de piété (2). Ce rejeton de Jessé sera un signe au milieu des peuples^ et les nations le prieront (3). Un autre Prophète l'appelle le germe de David (4) j et ce fut constamment la croyance perpétuelle des Juifs , que le Sauveur qu'ils attendoient seroît de la race de ce saint Roi.

Mais quand paroîtra-t-il? quarid^se lèvera l'étoile de Jacob , pour éclairer lespeuples assis dans t'ombre de la mort (5)? Jacob lui-même nousl'ap-

(1) Orietur Stella ex Jacob, et consurget TÎrga de Israël. Numer, XXI F ^ 17.

(a) Et egredîetur virga de radice Jesse , et flos de radiée ejus ascendet. Et requiescet super eum spiritus Domiai , spiritus sapientiae et intellectûs , spiritus consilii et fortitudiûis 9 spiritus scienliœ et pietati». Isa,, XI ^ 1 et 2.

(3) In die illâ, radix Jçsse , qui stat in signum populorum y ipsum gentes deprecabuntur. Ibid, , 1 o.

(4) Ecce dies veniunt, dicit Dominus, et suscitabo David germen suum Jerem,, XXV III ^b* Conf.; id, XXX, 9. Ezech. XXXIV y aS, 24 ; XXXVII, 24. Ose, III, 5.

(5) Visitavit nos , Oriens ex alto : illuminare his, qui

prend : Lorsque la puissance souveraine sera ôtée à Juda , alors viendra celui qui doit venir ^ et qui sera l'attente des nations ( i).

Rappelez-vous cette parole des Juifs au gouverneur romain : // ne nous est point permis de condamner personne à mort (2) ; et dites si les temps étoient accomplis (3),

Mais il falloft qu'ils fussent marqués d'une manière plus précise encore , et c*est ce que Dieu a fait cinq siècles avant la venue du Messie , par la bouche du prophète Daniel. « Il voit septante » semaines , à commencer depuis l'ordonnance » donnée par Artaxerxe à la longue-main, la » vingtième année de son règne, pour rebâtir la » ville de Jérusalem. Là est marquée en termes » précis, sur la fin de ces semaines, la remis-

■' *mt » ■! Il ^^-^M^ ■ ■■.■■■Il ^l».^ ^IIWI — ^^Ml ■■■ — IW^i^^W^J^i»^^— 1— ^— <P— I II I WW I IMW^^I^^^iW HMl !■■■■ 1^

in tenebris, et in umbrâ mortis sedent. Luc,^ /^ 78, 79.

(1) Non atïferetur sceptrum de Juda, et duxde feinore ejus , donec veniatqui mittcndus est, et ipse erit exspectatio gentium. Gènes, ^ XLIX^ 10.

(2) Dixit ergo ois Pilatus : Accipîte euin vos , et secundum legem vestram judicate eum. Dixeruat ergo ei Jndaci : Nobis non licetinlerficere queinquam. Joan* XV III 9 5i.

(5) £es rabbins David Kimchiet Manassé confessent que les Juifs sont maintenant dans un état de bannissement , sans princes de leur race , assujétis à la puissance des nations , qu'ils souffrent la peine de leurs crimes par leur dispersion s iJ'ayant plus d'état ni d'epipire. Aveugles! quMls nous disent pour q»iel crime ils sont punis.

2D2 ESSAI SUR l'iNDIFFÉRENCE

• sion des pèches , te régne éternel de la justice , » l'entier accomplissement des propliéties , et ronc- » tiondii Saint des Saints, Le Christ doit faire sa » charge, et paroître comme conducteur dix peuple » aprh soixante-neuf semaines. Après soixante- » neuf semaines ( car le Prophète le répète cn- » core ) le Christ doit être mis àjiiort : il doit » mourir de moii: violente; il faut qu'il soit im- » mole pour accomplir les mystères. Une se- » maine est marquée entre les autres, et c'est » la dernière et la soixante-dixième: c*est celle » où le Christ sera immolé , où ralliance sera > confirmée , et au milieu de laquelle l'hostie et les » sacrifices seront abolis , sans doute par la mort » du Christ , car c'est ensuite de la mort du » Christ que ce changement est marqué. Après » cette mort du Christ ^ et r abolition des sacrifices ^ » on ne voit plus quliorieur et confusion : on » voit la ruine de la Cité sainte ^ et du sanctuaire ; » un peuple et un capitaine (jui vient pour tout » perdre ^ l'abomination dans le temple; la der- » nière et irrémédiable désolation du peuple in- » grat envers son Sauveur ( i ) .

(i) Sepluagintahebdomadcs abbreviatœ sunt super populiim tuuiï] 5 et super urbem sanctam luani , ut consummetur praevaricatio, et fmem accipiat peccalum, et deleatur îniquitasy et adducatur justitia sempiterna, et im-

» Nous avons vu que ces semaines réduites en

M semaines d'années, selon l'usage de rÉcriturc, 9 font quatre cent quatre-vingt-dix ans, et nous

» mènent précisément , depuis la vingtième ai>-

» née d'Artaxerxe , à la dernière semaine; se-

» maîne pleine de mystères , où Jésus-Christ

» immolé met fm par sa mort aux sacrilicesde

» la Loi ^ et en accomplit les figures. Les doctes

» font de différentes supputations pour faire ca-

» drer ce tp,nip^ avi juste. Celle que je vous ai pro-

;> posée est sans embarras. Loin d'obscurcir la

» suite des rois de Perse , elle Téclaircit ; quoi-

» qu'il n'y auroit rien de fort surprenant, quand

» il se trouveroit quelque incertitude dans les

plcatur Visio, et prophetia, et ungatur Sanctus sanctorum. Scito ergo, et animadverte : ab exitu sennonîs, ut ïterCim œdiûcetur Jérusalem , usque ad Christum ducem, hebdomades septem , et hebdomades scxaginta duse eriint et rursùm œdifîcabitur platea, et mûri in angustia temporum. Etpost hebdomades sexagictaduas occidetur Christus : et non erit ejus populus,qui eum negaturus est. Et civitatem et sanctuarîum dissipabit populus cum duce venturo: et finis ejus vaslitas, etpost finem belli statuta desolalio. Confirmabit autem pactum multis hebdomada una : et in dimîdio hebdomadis defîciet hostia et sacrifiai um : et erit in tcmplo abomiiiatio desolationis : et nsque ad coh«?nmmalionem et finem perseverabit desolalio. Daniel, IX , ^4 ^^ seqq.

254 ESSAI Sl^R l'iN DIFFÉRENCE

» dates de ces princes (i), et le peu d'années » dont on pourroît disputer , 6ur un compte de » quatre cent quatre-vingt-dix ans , ne feront » jamais une importante question. Mais pour- » quoi discourir davantage? Dieu a tranché la » difficulté , s'il y en avoit, par une décision qui » ne souffte aucune réplique. Un événement » manifeste nous met au-dessus de tous les raf- » finemens des chronologistes ; et la ruine totale » des Juifs 9 qui a suivi de si près la mort de notre » Seigneur, fait entendre aux moins claîrvoyans » Taccomplissement (2) de la prophétie (3). »

(1) Cette incertitude vient de robscurité de la chronologie orientale; les anciennes histoires ne marquent point de dates , ce qui rend les années des princes difficiles à fixer. Voyez l'if i^^ de Perse, par sirJonh Malcolm^ t, Ij c. VII.

(2) Confondus par l'évidenee de cet accomplissement , les Juifs ne savent plus que prononéer d'horribles imprécations .contre ceux qui désormais supputeront les années de la venue du Messie. Inflata rumpantur ossa eorum qui perîodos temporum computant. Talm. cod. Sanhédrin , cap. XL — Et remarquez que le même livre nous apprend que la tradition des Juifs , conforme à la prophétie de Daniel , aunon^^oit la venue du Messie , au temps où Jésus-Christ parut. Traditio domus Eliœ: sex mille annis durât mandas; bis mille minis inanitas (sine lege); bis item mille annis lex : deniquè, bis mille annis dies Christ i. Talm., tom. Sanhédrin, p. 97» k

(5) Bossuet, Disc, sur l'hisl. uuiv. , II* part. , ch. IX , p. 239 , 240. Ëdit. de Versailles.

EN MATIERE DE RELIGION. 2:}'j

Ainsi loQ sayoit que le Messie naîtroit de la famille de David , et le temps de sa naissance est prédit avec une précision rigoureuse. Le Désire de toutes les nations doit venir dans le second temple ^ et le remplir de sa gloire (i). Le dernier des Prophètes , Malachie , annonçoît qu'il alloit paroître. Le Dominateur que vous cherchez^ et l'Ange de l'ai" liance que vous désirez^ viendra dans son temple. Le voici qui vient y dit le Dieu des armées (2).

Ce n'est pas tout : on savoit encore qu'il naîtroit miraculeusement. « Cieux répandez » votre rosée , et que les nuées versent le juste ! » Que la terre s'ouvre , et germe le Sauveur ! » c'est moi Jehovah qui l'ai formé (3). Le Sei- >• gneur lui-même vous donnera un signe : » voilà que la Vierge concevra, et elle enfantera » un fils, et il sera nommé Emmanuel (4), «

(1) Et uiovebo omnes geates ; et venlet Desideratus cunctis geatîbus ; et implebo domum i»tam gloria , dicit Domiiius exercituum. A^q*> il , S,

(2) Et statim veniet ad templum suum Dominator quem vos-quaerkis ; et Angélus testaîïicQti quem vos vu4tis. Ecce venit , dicit Dominus exercituum. Malae/i,y Ifl , 1.

(3) Rorate cœli desuper, et nubcs pluant justum : aperiatur terra , et germinet Salvatorem; et justitia oria- ' tursimul : ego Dominus feci eum. Isa., XLV, 8.

(4) Dabit Dominus ipse vobis signum. Ecce Virgo conciplet, et pariel filium, et vocabilui* uouicn ejus Emma-

Dieu avec nous. David son père avoit vu les rois de Tharsis lui offrir des dons ^ et les rois d* Arabie et de Saba lui apporter des présens (i) ; de l'or et de l'encens , dit Isaïe (2) ; car cette circonstance dévoit aussi être prédite. Osée le voit revenir d'Egypte (3). Micliéc avoit marqué jusqu'au lieu où s'accompliroit le mystère de son enfantement. Et toi y Bethléem y appelée Ephrata ^ tu es une des plus petites villes parmi celles de Juda : de toi sortira le Dominateur d' Israël^ et sa génération est dès le commencement , dès les jours de l'éternité (4) . Le même Prophète qui disoit du Christ , le voici qui rêé^w^, indique un nouveau signe auquel on le reconnoîtra : il sera précédé d'un envoyé pour lui préparer les voies ; et aussitôt^ ajoute le Prophète^ le Dominateur d'Israël^ l'Ange de l'alliance viendra (5).

nuel. Isa.,, VII ^ i[\, — Creavit Dominiis novum super terram: femina cîrcumdavit viruni. Jérénu, XXXI ^ 22. (ï) Reges Tharsis et insulôe munera offerent : reges Arabum et Saba dona adducent. LXXI ,10.

(2) De Saba venienl, aurum et thus déférentes. Isa.,

LXjQ.

(3) Ex ^gypto vocavîfilium meum. Os., XI 9 1.

(4) Et tu, Bethlehem Ephrata, parvulus es în millîbus Juda : ex te mibî egredietHr qui sit Dominator in Israël , et egrcssuscjus abinitio, à diebus œternitatis. Midi.:, V, 2.

(5) Ecce ego mîtto angelum meqm , etprœparabit viam

Et qu'est-ce que cet Ange de Talliauce ? C'est le même qui est appelé le Juste {1)9 té Saint par excellence , le Saint des Saints (2) , te roi Sau-veur (5), comme parle Zacharie ; c'est le Christ qui , selon Daniel , doit accomplir toutes Tes prophéties 9 abolir l'iniquité en mourant de mortvio-lente ^ mettre fin au péc/ié ^ et établir le règne de la justice éternelle (4). C'est donc lui qui sera, le Rédempteur de notre race que Job attendoît (5). C'est lui qui détruira l'empire du démon, quiécrnsera la tête du serpent ^ et relèvera la nature humaine abattue. Il sera prophète et législateur; Moïse l'annonce aux Juifs, en leur ordonnant de lui obéir.

« Le Seigneur votre Dieu vous suscitera un

ante faciom mcam. Et staiim venirt ad templum suuin Dominator, clc. Mafac/t.^ Ill ^ i,

(i) Rorntecœlî (lesuper, ot nubcs pliianl jiislum. Aperîatur terra, et gerniinet Silvatoicin. Isa. XLV ^ 8. — Ecce dies vcniant, et snscîtabo David {^ermoa justuni. Et regnabilrex, et sapiens erit. Jereni,^ XXIII ^ 5.

(2) Exulta et lauda, babitatio Sion, quia mag'iuis ia lïiedio tuil sanctus Israël. I.^a.^ XII, G. — ^Zt unga-nr Sanctus sanctoriim. Z}^(7'/>/., IX, '2f\.

(5) Exulta salis, dia Sion : jubila., fUia Jérusalem. EcceRcxtuusvenittibijuslusct ^alrator. Zar/iar.^ I^^O-

(4) Daniel., IX, 24.

fS) j^^^ Rcdcniptor consangriineus. J^h.. XIX , 25.

258 ESSAI S^UR L'iNmPflBRENCE

» Prophète comme moi , de votre nation et

» d'entre vos frères : vous Técoutereii Et le

» Seigneur m'a "8it. . . Je leur susciterai dumi- » lieu de leurs frèi^s un Prophète semblable à » toi. Je mettrai mes paroles dans sa bouche . » et il leur dira tout ce que je lui aurai com- » mandé. Mais si quelqu'un ne veut pas écouter •• les paroles qu'il leur portera en mon nom , » moi-même je serai le vengeur (i). »

Est-ce tout ? ne saurons-nous point comment ce Prophète, dont la mission est annoncée avec tant d'éclat , sera semblable à M oïde? L'Écriture ne dit-elle rien de plus ? Cherchons , examinons, ne nous lassons point de recueillir tous les rayons de lumière dispersés dans les saints Livres^

« Les jours viendront, ditle Seigneur, et je fe- » rai une nouvelle alliance avec la maison d'Israël » et avec la maison de Juda : non une alliance » pareille à celle que je fis avec leurs pères , au » jour où je les pris par la main , pour les tirer » delà terre d'Egypte. Ils ont violé cette alliance,

(i) Prophetam de gente tuû et de fratribus tuîs sîcut me, suscitabit tibi Dominus Deus tuus : ipsum audles.... Etait Dominusmihi..: Prophetam suscitabo eis de medio fratrum suoriim similem tuî : et poDam verba mea in orc ejus, loqueturque ad eos omnia quse praecepero illi. Qui autem yerba ejus , quse loquetur in nomine meo , audire nôluerit, ego ultorexi»tam. Deuter.^XVlH , i5 et seqq.

HN MATIÈRE DE UELIGtON. âSg

» et je leur ai fait sentir mon pouvoir, dit le Sei* » gneur. Mais voici le pacte que je ferai avec la » maisou d'Israël, lorsque ceajours seront venus: » J'imprimerai ma loi dans leurs entrailles , et » je l'écrirai dans leurs cœurs. Je serai leur Dieu, » et ils seront mon peuple (i). »

Isaïe (2) , Jérémie (3) , Ezéchiel (4) , Daniel (5) , Osée (6) , nous apprennent que cette alliance nouvelle , cette loi que le Prophète distingut clairement de celle promulguée par Moïse » doit être universelle et perpétuelle, qu'elle s'étendra à tous les lieux et à tous les temps; Et voici

(1) Ecce dies veoient, dîcit Dominus ; et feriam domuî Israël et domui Judée fœdus novum : non secundura pactiim , quod pepigi cum patribus eorum , în diequA apprehendi manum eorum , ut educerem eos de terrfi iËgypti , pactum , quod irrituin fecerunt , et ego dominatus sum eôrum, dicit Domînus. Sed hoc erit paclum, quod feriam cum domo Israël post dies illos, dicit Dominus : Dabo legem meam în visceribus eorum , et in corde corum scribam eam : et ero eis in Deum , et ip&i erunt mihi în populum. Jerem. XXXI ^ 3i, 32, 33.

(2) Isa.,XLïï,6et7.XLIX, 8 et 9. LT,6et7.LV, 3 et 4. l'X.1 , 8 et 9.

(3) Jerem., XXXII, 40. L, 5.

(4)Ezecb.,XVI,6o,6i,62.

(5) Daniel., Il , 44.

(6) Ose., LXI, 8 et 9.

260 VS8M SUR l'indifférence

qu'annonçant de nouveau l'Ange de l'aUiance{\ ) , Dieu lui-même déclare que cet Envoyé, ce Législateur céleste , est le Sauveur promis dès le commencement. « Prête Toreille , (S mon peuple ; » écoute-moi, (S ma tribu : la loi sortira de moî^ >» et mon jugement reposera dans la lumière sur » tous les peuples. Mon Juste est proche, mon » Sauveur est sorti (5). » Et, afin qu'on nese méprenne point sur le sens de ces paroles, comme aussi pour fortifier le courage des vrais crc^yans quand le Christ paroîtra , Dieu insiste encore : < Ecoutez-moi , vous qui savez qui est le Juste^ » mon peuple, qui avez ma loi dans votre cœur, » ne craignez point l'opprobre des hommes , et » \ie redoutez point leurs blasphèmes : comme » le ver dévore un vêtement , ils seront ainsi dé- 9 vorés. Mais mon salut sera éternel , et ma jusce tice subsistera de générations en généra- » tions (5). »

(i) Malach. III, 1. Zachnr. IX, 11.

(2) Attenditc ad me, popule meus, et, tribus mca, me audite ; quialex à me exîet, et judicium meum in luccm populorum requicscet. Propè est Justus meus, egressu est Salvator mcus.j Isa.^ Ll^ 4 ^^ ^•

(3) Âudite me qui scitis Justuni , populus meus , lex mea in corde eorum : nolite timeie opprobrium hominum , et blasplicmias eorum ne metualis. Si<"ut enim vestimen-

EN MATIÈRE DE REClGlON. 26 1

Les îles attendront la loi ( i ) du Sauveur. Tous les peuples viendront , disant : Montons à la montagne du Seigneur , à la maison du Dieu de Jacob^ parce que la loi sortira de Sion^ et la parole du Seigneur de Jérusalem (2).

Outre les titres par lesquels nous venons de voir le Messie designé , il est appelé encore Prêtre (3) , Pasteur (4) , Juge (5j , Prince (6)^

tuna , sic comeAet eos vermis ; et sicut lanam , sic devorabit eos linea : sàlus autem mea in sempiternum crit , et justitiamea in generationes generationum. Ibid., 7 et%..

(1) Legcm ejus însnlae expectabunt. Isa. IV, 4-

(2) Ibunt populi multi et dicent : Ascendanius ad inoutem Domini , et ad domum Dei Jacob ,... quia de Siou exibrt lex, et verbum Domini de Jérusalem. Ibld.., H , 5. Mlch. , IF, 2.

(3) Juràvit Dominus, et nonpœnitebit eum : Tu es Sacerdos in œternùm secundum ordin<;m Mdchisedech. Ps. CIX ^ 4- — Ecce Vir, Orions nomen ejus. . . Et ipse extruet templum Domino... et erit Sacerdos super solio suo. Zac'/iar,^ VI ^ \^ct i3.

(4) Et suscitabo super eas Pastorem unum, qui pascat cas. . . îpse pascet eas , et ipse erit eis în pastorem. Ezeclu , XXXIV , '^'5.

(i) Egredietur vîrga de radice Jesse. , . . Judicablt in justltîâ pauperes 9 et argue t in aequitatc pro mansuetis terrœ : et percutiet terram virgâ oris sui, et spiritu labiùrum suorum interficiet impium. Is.y XI , 1 et^,

(6)ïbid., IX, ;.

â6â ESSAI SUR LINDIFFÉKENCE

Bot fi) , Docteur (2) , l'agneau dominateur du mondes qui régnera dans la miséricorde et lavé^ rite (3) , la véritable hostie de propitîatîon (4); et cet agneau , cette hostie , c'est le Fils même de Dieu , engendré avant tous les temps (5).

(1) Ego autem constitutus sum Rez ab eo super Siou ihonlem sanctumejus, praedicaos prœceptum ejus< Psal^ mus II , 6. — Ecce dies venîunt, dixît Dominus , et sus^ citabo David germen justum : et regnabit Rex , et sapiens erit; etfaciet judicium et]u8tïtiaminterr3i.Jer,, XXIII , 5. . — ËzuUasatis, filia Sion; jubila filia, Jérusalem : ecce Rex tuus veniet tîbi justus, et salvator. ZacJiar.f IX , 9.

(a) Filii Sion exuUate^ et lœtamîni in Domino Deo vestrp ; quia dédit vobis Doctorem justitiœ. JaeL^ II , 25.

(5) Emitte agnum. Domine, dominatorem terras.... . Et prœparabitur in misericordtâ solîum, et sedebit super itlud în veritate. Isa,, XVI., 1 , 5.

(4) Sacrificium et oblationcm noluîsti : aures autem perfecisti mihi. Holocaustum et pro peccato non postulûstî : tune dixi ; Ecce venio. In capite libri scriptum est de me , ut facerem voluntatem tuam. Deus meus voiui , et legem tuam in medio cordismei. Ps, XXIX, 8, 9.

(5) Dieu et son Fils parlent alternativement dans le psaume deuxième, a J*ai établi mon roi sur Sion, ma » montagne sainte. » Le Fils reprend : «Je rapporterai le » décret môme: ( pTI'bï? » ipsum statutum), Jehovah » m'a dit : Tu es mon Fils ; je t'ai engendré aujourd'hui : » demande moi , et je te donnerai les nations pour héri-

EN MATIÈRE DE RELIGION. â63

Son nom sera éternel : avant qiie le soleil fût^ son nom étoit le Fils : toutes les nations seront bénies en luij et elles le loueront (i). .

Mais est-il le fils de Dieu seulement par adoption , comme l'ont rêvé quelques sectaires dans

» tâge , et pour possession les extrémités dé la terre. » Ps.II ,e,y, 8, (i) Ps. LXXI, 17. Selon l'Hébreu. I^e mot ^3^ veut

dire fils, de la racine ^^3, qui signiGe Juoenescebat, C'est ainsi que le Talmud explique ce passage. Tabn. Pesach ^ p, 59^ et Nedar s p» 69. Les anciens Juifs croyoient que le Messie devoit être le Verbe de Dieu. Philon, de Profug. Le livre Zohar appelle le Messie le Verbe élevé , le Verbe exalté s le Prince de la face , ou le Prince de la présence divine, La paraphrase chaldaïque d'Onkelos sur la Genèse , dit que Dieu créa les cieu^, etCj par le Verbe, La pluralité des personnes en Dieu , marquée clairement en plusieurs endroits de TAncien-Testament, Test sui1;out. d'une manière bien remarquable dans ce passage de Josué : Dixitque Josue ad populum, non poteritis servire Domino , quia enim Dii sancti ipse , ^«j^ D^'tt^'np D^nbt^ , et Deus œmulator est, Jos,, XXIV ^ iq. L'ancien livre Medras Tilim (in Ps, L,) j expliquant ces paroles des fils de la tribu de Ruben et des tribus de Gad et de Manassès : Dieu, Dieu , Dieu connolt nos cœurs ; il sait que nous croyons en lui (Jos,^ XXII , 22J, attribua à la Trinité la créatio.n de l'univers et l'établissement de la Loi. Yoici le passage traduit littéralement : Filii Ruben, et filii Gad dlxerunt : Deus, Deus, Dominus Deus , Deus Dominus , ipse novit : quidnam videi^unt ut hoc idem repe-»

J264 ESSAÏ SCU l'indifférence

le sein même du christianisme? Prophètes de l'ancienne loi, ne confondrez-vous point ces impies 9 « Les jours viennent, dit le Seigneur; et, » je susciterai le Juste, le germe de David... et

terent duabus vlcihas? Dlxerant primât Deus , Deus , Dominas ^ quia Itis creatus mandas; etdeindèdixerant, Deus, Deus y Domiîius, quia inhis quoque tribus data estLex, La distinction des personnes divines et Tunité de nature 5 est encore exprimée plus positivement dans le Zohar ( In Gènes., cap, III ^ et in Deuter.^ cap, VI,) ^ par le fameux rabbin Siméon,âlsde Jabaî. II assure queRabi Ibba, un des plus anciens docteurs des Hébreux y qui vivoit au temps du second temple , expliquoit le verset 6 du "VP chapitre du Deuteronome , en ces termes : « Ait Rabi » Ibba : hic est : Audi Israël, Deus qui est principiuni » omnium rerum, antiquus antiquorum , hoitus radicum, » et omnium rcrum perfeclio, et dicitur Pater : Deus j» noster , profunditas flumînum (vel claritas luminis ) , » fons scientiarum, quae procédant ab iilo Pâtre, et Filins » vocatur : Deus , hic est Spiritus Sanctus , q.ui à duobus » procedit, et vocatur mensura vocis : Unus est^ ut unum » cum alio concludit, et colligit , neque eaim alius ab alio » dîvidi potest (et proptereà ait) : Conçrega, Israël, huno » Palrem , et Filium , et Spiritum Sauclum , eumque tac » unam esscntiam , unamque substantiam, quia quicquid » est in une , et in alio , totus fuit , totus est, totusque » erit. Haec ille fait etiain ibi idem Rabi Simeon) hoc ar- » canum Filil , non reveJabitur unicuique quousquc vcue- » rît Messias, quia tuuc dicit Isaias , Xî , 9 , repleta erit » ?crra scientiâ Dei. »

» voici le nom qu'on lui donnera, Jeliavah noire » juste (i). »

Ainsi ce nom incommunicable (â) » ce nom glorieux que Dieu ne donnera jamais à aucun autre (3) , et gui lui appartient pendant toute /'etemité (4) , lui-même il le donne au germe de David ^ dans lequel tous les anciens Juifs s'aocordent à reconnoîtie le Messie (5) , en même temps qu'ils avouent que ce Messie divin existoit avant tous les temps, qu'il n'a ni commen-

(i) Ecce dies veniunt, dicit Dominus : et suscîtabo David germen justum.... ef Loc noioen , quod vocabunl eum : Dominus (Jehovah) justus nostcr. Jerem, ^ XXIII ^ 5 et 6. Id.3 XXXIII , 1 5 ôM6.

(a) Les Juifs le reconnoissent expressément. Voyez Maimonides , MoreNevochim ^ part. Z, c, LXI et LXIL

(3) Ego Dominus (Jehovah) , hoc e^t nomen meum : gloriam meam alteri non dabo. Z^a., XLII, 8.

(4) Hocnqmen mihi est in œtetnum. Exod,^ III y i5.

(5) L'auteur de la paraphrase chaldécune . Onkelb»^ dit positivement {m Jerem, XXIII , 5 etXXXIII^ i5) : Suscîtabo Davidi Mossiam, Regem nostrum, Rabi Cahana assure que le Messie s'appelle Jehovah le Juste ^ conformément à ce que le Seigneur a annoncé par la bouche de son prophète Jérémie. Medras Tilim, cap, I ^ i6. Le même livre [inPs. XXVI IL) dit que les prophéties que nous venons de citer, se rapportent au Rédempteur : /5tt5eitabo Davidi Messlamjusium : et le môme aveu se trouve dane l'aDcien livre Ja/cut.

cernent ni fin, qu'ayant la création du monde éternel il était avec son Père éternel (i).

 ces caractères qui ne reconnoitroit le Désiré des nations^ le Saint qu attendoit Confucius, ^ qu'on pourra^ disoit-il , comparer à Dieu ; le Docteur qui, selon Platon, de voit nous sauver^ en nous instruisant de la doctrine véritable; le Maitre commun, le souverain Monarque , le Dieu qu'annonçoit Cicéron , et dont la loi une, étemelle, immuable, régiroit tous les peuples dans tous les temps ?

Mais quoi, vous me parlez du Verbe incréé , du Fils de Dieu , de TEternel r qu'a-t-il de commun avec notre nature , et comment le reconnoître dans ce petit enfant dont les esprit» célestes annoncèrent la naissance aux bergers de Bethléem? Ecoutez Isaïe :

« Un petit enfant nous est né, un fils nous a » été donné; il portera sur ses épaules les mar- » ques de sa royauté. Il sera appelé l'Admirable, • le Conseiller, Dieu , le Fort , le Père du siècle » futur (2) , le Prince de la paix. Son empire s'é-

(1) Rahi Barachias, ua dea Tanaims ou rabbias de la Misna, cité parR. Moïses Hadarsîn, m Gen.,c. XXXFIL — Zohar. , in Genèse, cap. IIL Medr. Til., in Isa» ^ cap» VII 9 it\et aliàs.

(2) ly-Qîç^ 9 le Père de réternité. Le Medras Ti-

EN MATIÈRE DE nSLlGiOR. 267

» tendra de plus en plus, et la paix qu'il établira » n'aura point de fin. Il sera assis sur le trône » de David , et il possédera son royaume pour » l'affermir dans Téquité et dans la justice , de- » pms ce temps jusqu'à jamais. Le zèle du Dieu » des armées fera ces choses (i). »

Comprenez donc que le Verbe s'est fait chair ^ et qu'il a habité parmi nous (2); adorez le mystère de l'Homme-Dieu , et dites avec le Prophète : Je me réjouirai dans le Seigneur ^ et je

lim applique tout ce passage d^Isaîe au Messie^ et reconnoît expressément qu'il y est appelé Dieu. Rabi Abraham dit que celui qui est appelé dans Isaïe , V Admirable ^ le Conseiller, DieUy le Forl*^ est le Verbe , Inintelligence primordiale 3 Splendeur de l'unité Immuable^y et mère de la foi, Lib, Jezirah. Semit, I ^ II ^ HJ * p- if 4? ^« Ed, Rittangelii Amstelod.j 164a* Vîd. et. Jamlesoifs Vindic, lib, I, cap, V ,

(1) Parvulus natus est nobis , et Filius datus est nobis, et factus est priucipatus super humerum ejus : et vocabiturnomenejus, Admirabîlis, Consiliarius, Deus, Fortis, Pater futUFi sseculi^ Princeps pacîs. Multiplicabitur ejus imperîum, et pacis non erit finis : super solium David, et super regnum ejus sedebit : ut conûrmet illud , etcor-* roboret in judicio, amodô et usquè in sempiternum : zelus Domini exercituum faciet hoc. Isa,^ IX, 6 et seq.

(a) Verbum caro factum est , et habitavit in nobis Joan., /, 14.

Ii68 ESSAI Sun LINDIFFÉRENCE

tressaillerai d'allégresse ^n Jésus mon Dieu (i)! Notre Dieu a été vu sur la terre , et il a conversé ax>ec les hommes (âj).

Ne Tavez-vous pas entendu luî-mcme dire à son Père : Vous m'avez formé un corps (3)t Le Dieu sauveur est un Dieu caché (4). Le voile de son humanité le dérobe à nos yeux , car il a voulu êire véritablement l'un de nos frères ^ suivant la parole de Moïse. L'attente d' Israël ^ son Sauveur au temps de la tribulation ^ il passera sur la terre comme un pèlerin j comme un voyageur qui se détourne de sa route pour s'arrêter un mo- ■ ment , comme un homme errant qui n'a point de demeure ^ et comme le fort qui ne peut sauver (5). « 11 s*est élevé comme un rejeton qui

' ■ a 1 11 n .fil 1 ■ Il ■

(i) Ego autem in Domino gaudebo : et exultaho in Deo Jesumco. Habac, III^ i8. Agg.^ III, 8 , 9.

(2) Hic est Dcus noster.... Ilic adinvenit omnein viam disciplinas et tmdidit illaiii Jacob pnero siio , et Israël dileclo suo. Post hœc in terris visas est , et cuin hominîbus convcrsatiis est. Barucli, , /// , 56, 5^, 58.

(5)Aiires aurem perfecisli mihi [Ps, XXXIX ^ 7.) ; ou, selon les 70, suivis par saint Paul, o-wpLa ^ï y,xTYipTiaoi fiot , corpus autem aptasti mihi. Désigner le corps entier par une de ses parties, est un genre de locution familier aux Orientaux.

(4) Verè tu es Deus absconditus , Deus Israël salvator. Isa,,XLV,\^,

(5) Eispectatio Israël , Salvator ejus in temporc tribu-

EN MATlÈRi: DK KEUGION. StÔQ

» sort d'une terre aride; il n'a' ni beauté, ni éclat: » nous Tavons vu, il étoît méconnoissable , et » nous Tavons désiré : nous Favons vu méprisé , » et le dernierdesliommes,riiomme de douleur, » et connoissant rinfirmité ; son visage étoit » comme caché et abaissé, de sorte que nous » n'avons fait de lui aucun cas. Il a vraiment » pris sur lui nos langueurs et porté nos misères » et nous l'avons regardé comme un lépreux , » comme un homme que Dieu a frappé et hu- >K mille (i). » Aussi vient-il p(7f/r annoncer le sdi- ■ lut aux 'humbles j pour guérir ceux dont le cœur est brisé ^ pour prêcher le pardon aux captifs ^ et la délivrance aux prisonnicrsj, pour consoler ceux qui pleurent (2).

lalionis : quare quasi colonus futuras es in terra , et quasi

yiator declinans ad maiienduni ? Ouare faturus os vclut

Tir vagus, utforlis qui non poîcst salvare ! Jcrem. , XIV ,

(1) Et ascendit sicut virgultuin coram co , ot sicut ra-

dix de terra siticnti : non est specics ei , nequc dccor : et

vidimus eum, et non erat aspectus, et dcsidcravimus

eum : dcspectum, et novissimum yirorum, virum dolo-

rum, et scienîem inlirmitatem ; et quasi abscondiUis vul-

tus ejus et despectus , undc nec reputavinrins eura. Verè

languores tiostros ipse tujit, et dolores nostros ipse por-

tavit : et nos putavimus eum qua^ileprosum et pcrcus?;um

à Dec et hurailiatuiii. Isa.^ LUI .3,3, 4-

(2) Ad aiinuntianduin mansuetiï^ xv.'vÀt ui" ( Doruinus) ,

2J0 ESSAI SUR L'iNDIFFéRENCE

En cet état de gloire et d'abaissement, il est U témoin que Dieu a donné aux peuples , le chef et le maître préposé sur les nations (i). Il les puri-* fiera j et les rois se tairont devant lui (2). Sa mission est universelle ; aucun homme n'est exclu du salut qu'il apporte , il a grâce pour tous ; sa vérité , sa miséricorde , s'épanchent éternellement sans s'épuiser, t Vous tous qui avez soif, » venez aux eaux; vous qui êtes pauvres , hâtez- » vous , achetez , et mangez : venez , achetez r 9 sans argent et sans échange, le lait et le vin. ■ Pourquoi donnez-vous ce que vous possédez , » non pour du pain , et votre travail pour ce qui » ne rassasie point ? Êcoutèz-moi , nourrissez- » vous du bien, et votre âme reposera dans l'a- » bondance des délices. Inclinez votre oreille , n et venez à moi : écoiitez , et votre âme vivra ,

ut mederer contritis corde , et praedicarein captivis indulgentiam , et clausis apertionem : ut praîdicarem annum placabilem Domino, et diem ultionis Deo nostro : utconsolarer omnes lugentes. /jû., LXI , iet2,

(1) Ecce testem populis dedi eum, ducem uc prœceptorem gentibus. Id.^LF^ 4»

(2) Sicut obstupuerunt super te multi, sic inglorius crit iûter vires aspectus ejus, et forma eju3 inter filios homînum. Iste asperget geute« multas, super ipsum continebunt reges os suum. Id.j LU , \/!iet i5.

9 et je ferai av€c vous une alliance éternelle ( i ).

» Voilà mon serviteur, je serai son appui ; » mon élu en qui mon âme a mis ses complaî- » sanees. J'^nv^rrai mon esprit sur lui , et il » portera la justice aux nations. Je vous annonce » deschoses nouvelles; je vous les annonce avant » qu'elles arrivent. Chantez au Seigneur un » cantique nouveau : il sera loué jusqu'aux » extrémités de la terre. Les peuples lui rendront • gloire, et on publiera ses louanges dans les » îles lointaines (2) . »

Ne semble-t-il pas qu'à tant de caractères qui

(1) Omnes sitîentes, venitead aquas ; et qui non habetis argentum , properate , emite , et ooiriedite : venite , emite absque argento , et absque ullû commutatione vinum et Jac. Quare appenditiâ argentum non in panibus , et laborem vestrum rton in saturitate? Audite audicntes me, et co médite bonum, et delectabitur in crassitudine anima vestra. Inclinate aurem vestram, et venite ad me: audite et Yivet anima vestra, et feriam vobiscum pactum sempiternum. Ici,, ibid,^ i , 2, 3.

(2) Eecesei'Yusmeus, suscipiam eum : electus meus complacuît sibî in illo anima mea : dedi spiritum meum super eum, judicium gentibus proferet.... Nova quoquc ego annuntio : antequàm orientur, audita vobis faciam. Cantate Domino canticum novum : laus ejus ab extremi» terrœ.... Ponent Domino gloriam , et laudem ejus in însulis nuntiabunt. Id., XLII , 1,3,9, *o , 12.

!à'J2 ESSAI SLR L LMDIFFERENCE

tous dévoient être rassemblés dans le Christ et ne pouvoîent 1 être qu'en lui , il fût impossible de le méconnoître ? Cependant Dieu voulut encore que sa mission fût prouvée aux Juifs grossiers et charnels , par le pouvoir miraculeux qu'il exerccroit en leur présence : et ce nouveau signe , les Prophètes Tout également annoncé.

« Fortifiez les mains défaillantes , affermis- » sez les genoux tremblans. Dites aux folbles : » Prenez courage , et ne craignez point... Dieu » lui-même viendra , et il vous sauvera. Alors » les oreilles des sourds, et les yeux des aveugles » seront ouverts. Alors le boiteux bondira » comme le cerf, et la langue du muet sera dé- » lice (i). »

Nous ne finirions point s'il falloit rappeler tous les saints oracles qui concernent le Messie. Passons aux circonstances de sa passion et de sa mort. Certes Tinspiration divine se manifeste ici avec tant d'éclat . qu'on ne sanroit . pour ainsi dire, comment placer dans ces ctonnaïues pro-

(i) Coiiforlarc manus dissohitas , et ^^cnun dcbiJîa roborate. Dicitc pusillanimis : confortaraini , et nolite

limerc : Deusipse veniet, et salvabit vos. Tune ape-

rienturoculi ccccorum, et aures suriîoniin patebunt. Tiinc saliet sîcut cervus claudus, et apcrla erit ling^na mutorum. Id, , XXXF , 5, 4 ? '^ - 6-

EN MATUÎRE DE IIELIGION. 2"0

phéties une pensée humaine ; tant elles sont opposées à tout ce que Tesprit de rhommc auroit pu suggérer aux Prophètes, Après avoir annoncé que le Christ seroit le Verbe éternel, qu'il seroit Dîeu^ se peut-il que d'eux-mêmes ils aieat dit que ce Dieu souffriroit , qu'il mourroit? Il est impossible. Mais considérons l'histoire des derniers temps de la vie du Sauveur : ouiThistoire, car c'en est une , et la prophétie n'est que la narration abrégée de l'Evangile.

On voit d'abord son triomphe , et la joie de Sion. Le roi juste j le roi pauvre y le roi sauveur , entre à Jérusalem monté sur une ânesse. Ilannon^ cera la paix aux peuples^ et sa puissance s'étendra de la mer à la mer, et depuis les fleuves jusqu'aux extrémités de la terre. Et, pour que ces images de puissance et de gloire ne détournent point lesprit à des pensées terrestres, tout à coup le Prophète s'écrie : F^ous avez délivré dans le sang de votre alliance ceux qui sont enchaînés au fond du lac où il n'y a point d'eau ( i ) !

(i) Exulta satis, filia Sion; jubila, filia Jérusalem : Ecce rex tuus , veniet tibi Justus et Salvator : îpse pauper, et ascendens super asinam , ot super pulium fiiium asinae... Et loquetur paceni gcntibus , et potestas cjus à mari usque ad mare , et à flumînibus usque ad fines teirae. Tu quoque in sanguine testamenti tuî emisisti vincto.s tuos de laeu , in quo non est aqna. Zachar.^ IX ^ 9, 10 , 11.

2'J^ ESSAI SUR l'unDXFFÉR£NC£

L'orgueil irrité des docteurs , des pharisien» hypocrites , de toute cette race perverse , à qui Jésus disoit , Malheur à vous! ne peut plus le supporter. Ces hommes endurcis forment le dessein de le perdre (i). Ils se réjouissent déjà dans cette espérance ; ils tiennent conseil pour rassem-^ bler sur lui les tovrmens que leur haine gratuite lui prépare (2). « Enveloppons le juste dans nos pièges^ parce qu'il est contraire à nos œuvres , et qu'il nous reproche nos péchés. Il se vante d'avoir la science de Dieu , et il se nomme le Fils de Dieu. Il s'est fait le détracteur de nos pensées. Il nous est odieux même à voir , car sa vie est différente de la vie des autres s et ses voies ne sont pas les mêmes. Il nous estime insensés , et il s'abstient de nos voies comme d'une souillure ; il loue la fin des justes , et il se glorifie d'avoir Dieu pour père. Voyons donc si ses paroles sont vraies , éprouvons ce qui lui arrivera , et nous saurons quelle sera sa fin. Car s'il est vraiement le fils Dieu , Dieu le soutiendra , et le

(1) Concîlium malignantium obseditme. Ps. XXI » 17.

(a) Adversùm me laetati sunt , et convenerunt : congregata sunt super me flagella, et ignorayi. . . . Non supergaudeant mihî qui adyersantur mihi iniqiiè^qui oderunt me gratis, et annuunt oculîs. Ps, XXXIX^ 1 5, 19.

j» délivrera des mains de ses ennemis. Interro- » geons-le par Toutrage et par le supplice , afin » que nous connoissions sa vertu, et que nous :> éprouvions sa patience* Condamnons-le à la » mort la plus infâme ; car Dieu le secourra , si » ses paroles sont véritables. C'est là ce qu*ils » ont pensé , et ils ont erré , et leur malice les » a aveuglés ; et ils ont ignoré les mystères de » Dieu (i). »

(i) CîrcumTenîamus ergo justum, quoniam inutilis est nobis 9 et contrarius est operibus nostrîs , et improperat nobis peccata legis , et diffamât in nos peccata discîpliaas nostrae. Promittit se scîentiam Dei habere , et filîam Dei se nominal. Factusestnobis in traductionem cogitationum nostrarum. Grayis est nobis etiam ad vîdendum, quoniam dissimilis est aliis yita illîus, et immutatœ sunt TÎasejus. Tanquàm nugaces œstîmatî sumus ab illo , et abstînet se À yiis nostris tanquàm ab immunditiis , et pracfert noTissima justorum , et gloriatur patrem se habere Deum. Videamus ergo si sermones illius veri sint , et tentemus quas Ventura sunt illî , et sciemus quse erunt noTÎssima illius. Si enim est vcrus filius Dei, suscipiet illum , et liberabît eum de manibus contrariorum. Gontumeliâ et tormento inlerrogemus eum, utsciamus reverentiam ejus, et probemus patientiam illius. Morte turpissimâ condcmnemus eum; crît enim ci respectus ex sermonibus illius. Haec cogitayerunt , et errayerunt : excœcavit enim illos malitîa eorum. Et nescierunt sacramenta Dei. Sopient. , II s 12 et uqq.

Voilà donc les ennemis du Christ qui conspirent sa ruine , (jfui la méditent entre eux secrè-tentent , qui se disent Tun à l'autre : Quand mourra-t-il, lui et son nom (1) ? Ceux-ci sont ses ennemis déclarés ; mais quel est cet autre ennemi , qui , s'il entre pour le voir ^ luiditdes paroles trompeuses , qui amasse l'iniquité dans son cœur ^ et qui sort pour parler le langage de la haine et de la calomnie (2) ? Vous ne le reconnoissez pas encore ; écoutez : « L'homme de ma paix , en qui » j'ai mis ma confiance , qui mangeoit mon » pain, s'est élevé contre moi (3). Si mon en- » nemî m'a voit maudit, je Taurois supporté ; si » celui qui me haïssoit m'avoit outragé , j'aurois » pu me cacher de lui : mais toi avec qui je » n'avois qu'une âme , toi le chef que j'avois » choisi , qui vivois avec moi familièrement , qui

(1) Adversùmme susurrabant omnes inimici mei: adyersum me cogitabant mala mihî.... Inimici mei dîxerunt mala mihi : quando morietur, et peribit nomen ejus? Pj. ^1,8,6.

(2) Et si ingredicbatur ut videret, vana loquebatur, cor ejus congregavit înîquitatem sibi. Ëgrediebatur foras 9 et loquebatur in idipsum. Ib,^ 7^ 8.

(3) Etenim homo pacis meas- in quo speravi , qui cdebat panes meos, magnifîcavit super me supplantationem. Ibid , lo.

» t'asseyois à ma table , qui marchois avec moi » dans la maison de Dieu ( i ) 1 »

Ouvrez TEvangîle : dîtes-moi , y a-t-il eu un traître parmi ceux qui vivaient familièrement avec le Sauveur, parmi les chefs qu'il avait choi^ sis? Voulez-vous une autre circonstance, le Prophète a tout vu, Dieu acheté trente deniers; digne prix auquel ils m'ant apprécié l cet argent jeté dans le temple^ et employé au champ du statuaire (2) ou du potier (3).

// fallait que le Christ sauffrtt et qu'il entrât ainsi dans sa glaire. Combien de fois neTa-t-il pas répété lui-même (4)? Et le Prophète aussi avoît

(1) Si inimicus meus maledixisset mihi, sustinuissem utique. Et si is qui odera* me, super me magna locutus fuisset, abscondissemme forsitan ab eo. Tu verô homo unanimis , dux meus, et notus meus; qui sîmul mecuin dulces capiebas cibos; indomo Dei ambulavimus cumconsensu. P^. JLI^, i3 — 16.

(2) Le mot hébreu signifie également un statuaire , ou un potier.

(3) Appenderunt mercedem meam triginla argenteos. Et dixit Dominus ad me : Projice iUud ad statuarium , décorum pretiiim , que appretiatus su m ab eis. £t tuli triginla argenteos , et projeci illos ad domum Domini ad statuarium. Zachar,^ XI ^ 12 , i5.

(4) Malt., XVI, 21. — XVII, 12.— Maïc, VIII, 5i. — ÏX , II. — Luc, XXIV, 46.

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