CHAPITRE XXXI
La Sainteté est un caractère du Christianisme.
Au moment où nous nous préparons à traiter un sujet auquel se rattachent tant de graves et importantes , questions , nous ne pouvons nous défendre d'une pensée amère et d'un sentiment douloureux. Où sommes-nous ? dans quel pays? chez quel peuple? à qui s'adressent nos paroles? et pourquoi faut-il toujours prouver le christianisme aux chrétiens ? D'où vient donc cet esprit de doute , de contention , et d'ingratitude? Où prend-on le triste courage de lutter contre Dieu? et quelle gloire y a-t-il à se dérober à ses bienfaits? Hommes malheureux autant qu'insensés! ne vous lasserez-vous point de combattre la vérité qui s*offre à vous ? Où trouverez-vous hors d'elle » la paix, la douce joie de l'âme , et cette félicité que tout être vivant désire? Dites, ne voulez-vous point être heureux ? ou le bonheur est-il pour vous un supplice , sitôt qu'il vous est imposé comme un devoir?
Hélas! dans nos passions aveugles, nous ne savons reconnoître ni le vrai ni le faux , ni le bien ni le mal. Trompés par toutes les erreurs , séduits par toutes les chimères , nous rassemblons avec une avide ardeur autour de nous des maux sans nombre qui ne nous étoient pas destinés ; et , environnés de ce cortège funeste , nous marchons pleins d'orgueil vers un avenir plus funeste encore. Car, que peut attendre celui qui ne sauroît penser que quelque chose lui soit promis, puisqu'il croit que rien ne lui est commandé ? Vous êtes votre unique maître, eh bien ! soyez aussi votre rémunérateur, et cherchez dans ce qui est à vous cette vérité immense , ce bien infini , dont le besoin toujours senti , jamais satisfait, est Téternel tourment de votre cœur.
L'homme ne comprendra-t-il donc point , que dès lors qu'il existe , il y a nécessairement une loi de son existence , et un législateur qui a établi et promulgué cette loi? véritable loi de vie^ qu'il ne peut enfreindre sans violer sa nature , et sans se condamner lui-même à mort; comme il ne peut la connoître que par le témoignage, ou l'autorité perpétuellement une et universelle qui la proclame. Qu'est-ce que sa raison débile, comparée à cette haute raison? ou plutôt qu'estelle autre chose qu'une participation de cette
l'Jli ESSAI SUR L INDIFFERENCE
raison souveraine, qui se (communique à ceux qui récoutent et qui lui obéissent ? Ce qu'elle enseigne , ce qu'elle ordonne , voilà la religion. Nous avons vu que le genre humain , qui ne subsiste que par elle , atteste qu'elle est, qu'elle fut toujours , et toujours la même. Il atteste également qu'elle est sainte ; et ce qui nous reste à montrer , c'est que ce caractère ineffaçable de sainteté appartient manifestement au christianisme. Et comme il a dû le posséder dans tous les temps, puisque dans tous lestemps il a 'été la seule religion véritable , il est nécessaire qu'on se souvienne que, remontant à Toriginc du monde , il s'est développé successivement ainsi qu'il étoit annoncé , sans jamais cesser d'être un; et que dès lors, pour bien comprendre et pour reconnoitre clairement les caractères qui lui sont propres , et particulièrement la sainteté, on doit le considérer dans son ensemble , et embrasser d'une seule vue les différens états sous lesquels il a subsisté depuis le commencement du monde jusqu'à nous.
Or sa durée présente trois époques principales, et semblables &ous plusieurs rapports aux âges de la \ie humaine. La première révélation contenoit le germe de celles qui dévoient succéder , comme les premières vérités que la parole révèle à l'enfant , renferment toutes les vérités
EN MATIliRK DE RELIGION. lao
tju il conuoîtra dans la suite. La révélation mosaïque , opposant une nouvelle barrière aux dérégleœens de l'âge des passions , confirme la révélation primordiale, et préparc les peuples à la dernière révélation. Celle-ci enfin accomplit ce que promettoient les deux autres , et saint Paul même rappelle l'âge de l'homme parfait^ auquel nous devons tous , dit-il , nous hâter d'arriver y dans l'unité de la foi^ et de la connois-^ sance du fils de Dieu jusqu'à la pleine mesure du Christ s afin que nous ne soyons plus des en fans ( i ) . Ces trois révélations ne forment point trois religions diverses , mais une même religion plus parfaite à mesure qu'elle est plus développée ; comme la raison de l'homme n'est point une raison différente de celle de l'enfant, mais la même • raison plus éclairée , plus développée , plus parfaite ; et , si l'on veut pousser encore plus loin cette comparaison , on verra que les devoirs de l'homme ont aussi', en proportion de ses lumières, plus d'étendue que ceux de l'enfant, quoiqu'au fond ^ce soient constamment les aiêmes devoirs invariables.
(i) OccurraiDus omnes in unitatem ficlei, et agnilionis 01ii*Dei, invirum perfectum, in mcnsuram œtatls plenitudinis Christi ; ut jam non simus parvuli fluctuantes. Ep. <idEphes. IF y i3, i4«
\2fi ESSAI SUR l'iNDIFrÉllENCE
C'est ainsi que Thomme est toujours un, toujours identiquement le même homme, malgré les développemens , ou plutôt en vertu des développemens mêmes qui s'opèrent et qui doivent s'opérer dans ses facultés , pour qu'il parvienne à la perfection conforme à sa nature ; et c'est ainsi encore que la religion est toujours une, toujours identiquement la même religion, malgré les développemens ou plutôt en vertu des développemens mêmes qu'elle a .dû éprouver pour atteindre sa perfection , ou pour devenir l'expression parfaite des rapports qui existent entre Dieu et l'homme.
L'unité du christianisme est d'ailleurs, comme nous l'avons montré, un fait perpétuel; puisqu'on n'y peut rien ajouter ni en rien retrancher, sans renverser complètement la religion primitive.
Et remarquez que dès lors la vérité du christianisme est invinciblement prouvée, et que nous n'avons à la rigueur nul besoin des autres preuves qiie nous exposerons bientôt. Car , et ceci mérite une attention profonde, nous avons vu que si l'on rejetoit l'autorité du genre humain et qu'on refusât de l'admettre pour règle des croyances , on étoit inévitablement conduit au scepticisme le plus absolu, ou à l'anéantissement de la raison.
Or le genre humain atteste l'existence d'une
vraie religion. Il atteste également que cette religion est une, universelle, perpétuelle.
La seule religion qui soit une , universelle , perpétuelle, est le christianisme. Nous l'avons prouvé, et nous défions qu'on renverse Tensemble de nos preuves.
Donc le christianisme est la vraie religion.
Observez, en outre que , quand on croiroit pouvoir montrer, ce qu'on ne fera jamais , que quelqu'un des caractères dont nous venons de parler manque au christianisme, à moins de nniontrerde plus, et on ne l'essaiera même pas, qu'il existe une autre religion qui réunit plus évidemment tous ces caractères, on n'arriveroit encore qu'aune conclusion absurde; savoir, qu'il n'existe aucune vraie religion.
Cette conclusion seroit absurde,' car il en résulteroît que le genre humain s'est trompé en attestant qu'il existe une religion vraie; que par conséquent on ne peut se tenir assuré de rien sur son témoignage; et que dès lors, n'ayant plus de règle certaine de jugement , nous devons douter de tout sans exception : dernier terme de la folie , où il est même impossible à aucun homme de parvenir.
Mais, pour nous renfermer dans le sujet particulier de ce chapitre ; c'est la croyance unanime des peuples , que la religion primitive a Dieu
1^6 ESSAI SUR l/iNDJFFÉKENCE
pour auteur : or la religion primitive et le christianisme sont identiquement la même religion ; donc le christianisme, venant de Dieu , est saint comme Dieu même.
11 n'en faut pas davantage à une raison droite pour croire sans hésiter; et, tandis que l'orgueil défiant et curieux interrogé le souverain Etre, et lui demande comment ses œuvres sont dignes de ]uî , la foi répète avec amour : // a bien fait toutes choses (i)} et ne pense pas que sa vérité , sa bonté , sa justice , doivent, pour être reconnues , subir le jugement et recevoir l'insolente sanction d'aucune de ses créatures.
Ce n'est pas que la religion qu'il a révélée craigne le regard de l'iiomme, et se refuse à l'examen de la raison. Elle ne lui soumet pas sans doute sa divine autorité ; mais sûre d'ellemême, elle lui dit : Je n'ai pas besoin des ténèbres, je suis venu les dissiper. Me voilà ; je ne redoute ni ton œil que j'ai ouvert, ni la lumière qu'il ne reçoit que de moi.
Pourse former une juste notion delà saint'^té du. christianisme , il faut d'abord s'élever jusqu'à Dieu, et comprendre que lui seul est saint par sa
(i) Bcnè omnia fecit. Marc, VU , 57. Sancliis iii 011.nibus operibiis suis. Ps, CXLIV , i3.-
propre nature (i). La sainteté est son être même, en tant qu'il est la vérité et Tordre essentiel.
U suit de là clairement que la sainteté dans rhomme , est la conformité de ses pensées ou de ses croyances avec les pensées de Dieu ou les vérités éternelles; et la conformité de ses volontés et de ses actions avec les volontés de Dieu , qui sont Tordre immuable.
Mais Thomme par lui-même ne conuoît ni les pensées , ni les volontés de Dieu ; il est donc nécessaire que Dieu les lui révèle; et tous les peuples en effet attestent Texistence d'une semblable révélation.
Autant il est certain qu'elle existe et que Dieu en est Tauteur. autant il est certain qu'elle est sainte. Mais en quoi consiste sa sainteté? quelle est l'idée qu'on en doit avoir? Ce qui vient d'être dit le fait assez entendre.
Une doctrine est sainte, quand elle est l'expression des vérités divines.
Une loi est sainte , quand elle est l'expression des volontés de Dieu.
Tout ce qui est un moyen d'union entre Dieu et Thomme, c'est-à-dire, tout ce qui aide Thomme
(i) SancliJS sum ego Domiaus. Levit. XX , 26. — Non est sanctus, ut est Domiiius. / VJ^xj., // 9 '-*•
128 ESSAI SUK l'indifférence
à se rapprocher de Dieu, ou à devenir semblableà lui dans ses pensées , ses volontés, ses actions ( i ) , est saint; et c'est de la sorte que certaines cérémonies du culte, indifférentes en elles-mêmes, sont saintes, et par le caractère que leur imprime l'autorité sainte qui les ordonne , et par leur objet , qui est la gloire de Dieu et la sanctification de l'homme.
Nous ne pensons pas que l'on conteste aucune de ces maximes prises dans leur généralité. Les supposant donc reconnues , nous allons prouver que le christianisme est saint dans ses dogmes, dans sa morale, dans son culte.
Observons d'abord que si on rejetoit entièrement la doctrine chrétienne, rejetant par là même toute idée de Dieu et des rapports qui . existent entre lui et nous , on détruiroit toute religion, toute vérité, toute sainteté. Observons de plus que, lorsqu'on s'écarte de cette doctrine , c'est toujours par voie de négation. Personne' n'ajouta jamais aucun dogme positif au symbole catholique ou universel des chrétiens; personne ne leur dit jamais, quelque chose vous manque; personne ne prétendit jamais avoir découvert, en matière de religion, une vérité que n'enseigne point la religion catholique. Donc elle
(i) Sancti estote, quia ego sanctus sum. Levit,y XIyt\ê^'
renferme toutes les vérités révélées , quelles qu'elles soient, ou tout ce qu'il y a de saint dans les croyances des hommes.
Mais n'auroit-elle point altéré ces vérités saintes, en y joigna*nt des dogmes faux? Elle oblige à croire tout ce qui doit être cru, ou tout ce qui est vrai et nécessaire à la sanctification de l'homme ; nul doute : mais n'oblige-t-elle point à croire davantage? en d'autres termes , la foi qu'elle exige, la doctrine qu'elle commande d'admettre est-elle une , ou forme-t-elle un tout dont les parties soient tellement liées , qu'on n'en puisse rien retrancher sans l'anéantir? Elle l'assure (i) : voyons.
A moins d'accuser d'erreur tout le genre humain , c'est-à-dire , à moins de, renoncer à toute certitude , à toute vérité ^ on est forcé de convenir que parmi les dogmes de la religion Catholique, ceux qui ont été toujours universellement crus 9 sont saints et vrais. Qui oseroit les nier en présence de tous les siècles et de toutes les nations? Qui oseroit seulement les mettre en doute? N'entendez-vouspascecri qui s'élève : Impiété! blasphème! Le monde entier s'émeut et tressaille d'horreur, sitôt qu'on ébranle ces antiques bases de la foi et de la vertu.
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(i)-Unus Dominus, una fides. Ep. ad Ephes. IF, 5.
l3o ESSAI SLR L'iNDIFF£R£KC£ '
Or cette foi antique renferme et suppose tous les points de la foi chrétienne. L'homme est déchu de son innocence; il naît coupable d'un crime héréditaire qui doit être expié : nulle croyance plus universelle. Où trouverez-vous hors du christianisme cette expiation nécessaire? Les anciens n'avouoient-ils pas l'insuffisance de leurs sacrifices? Le sang couloit à grands flots, et même 9 chose horrible à imaginer, le sang de l'homme; mais ce sang qu'ils versoient, ont-îl» )asnais dit, pensèrent-ils jamais qu'il pût saurer tous les Iwmmes? Et cependant partout existoit l'espérance du salut , fondée sur une expiation qui n'existoit nulle part. Il falloit donc qu'elle fût accomplie, ou la foi perpétuelle du genre humain n'eût été qu'une perpétuelle illusion. Elle s'est accomplie en effet , le christianisme nous l'enseigne, et confirme ainsi la vérité de la doctrine antique, comme lantique doctrine confirme et prouve la vérité de la doctrine chrétienne, dont elle est le fondement. Et quoi de plus saint en soi-même qu'une doctrine qui annonce à l'homme que son crime est effacé; que, rentré en grâce avec son Auteur, il est rappelé à un état saint , par une nouvelle alliance avec Dieu, principe de toute sainteté !
Le genre humain croyoit encore , d'après une invariable tradition , qu'un Envoyé céleste , qui
EN MATIERE J)E RELIGfON. l5l
seroit homme et qui serolt Dieu , vîendroît un jour opérer le salut du monde. Ce Rédempteur promis étoit l'attente de toutes les nations. // nous sauvera y disoit Platon , en noas instruisant de la doctrine véritable. — Pasteur ^ prince, doer teur universel j et vérité souveraine , il aura , disoit Confucius , tout pouvoir au ciel et sur la terre. Quel est ce Sauveur ? Il faut bien le mon* trer, ou soutenir que le genre humain a été dans Terreur pendant quatre mille ans. Excepte les Juifs, qui chaque jour enfantent avec douleur^ une espérance nouvelle que le lendemain détruit p les peuples ont cessé d'attendre ce divin Libérctteur. Donc , encore un coup , s'il n'a pas paru , la foi des anciens temps étoit une foi trompeuse. Le croirez-TOus ?Le dîrez-vous? Oserez-vous ren* verser d'un mot toutes les bases de la religion et de la raison humaine? Vous reculez devant cette inévitable conséquence. £h bien ! appre- . nez-nous donc où , quand , chez quel peuple , dans quel siècle est venu Celui qui devoit venir* Quel est-il? Quel est son nom? Chrétiens, vous le savez ! et jamais un autre nom n'a été opjposé à ce grand nom. Cherchez , demandez, hors du christianisme; tout se tait. Quel autre que le Christ a dit : Me voici ( i ) ? .De quel autre
(i) Tune dixi : ecce venio. Ps. XXXIX , 8.
l52 ESSAE SLIi l'indifférence
a-t-il été dit : Voilà celui qui âte le péché du monde{i)? On peut sans doute , car que ne peuton pas? on peut refuser de le reconnoître (2); les hommes peuvent Texclure de ce qu'ils appellent leur religion ; mais sa place reste vide , et bientôt il s'y forme un gouffre où toutes les vérités s'engloutissent.
On croyoît universellement que le Désiré des nations seroit Dieu , on croyoit aussi quïl seroit homme : mystère impénétrable avant son accomplissement , et qui ne s'explique que par Y Homme-Dieu^ et par les vérités qu'il a révélées. La distinction des personnes divines, la Trinité, rincarnation (3) , tous ces dogmes chrétiens sont , pouf ainsi parler , l'expansion du dogme antique, où ils étoient caches (4) , suivant la
(i) Ecce qui lollit peccatum miy^ndi. Joan. /, 29.
(2) In mundo erat , et mundus per ipsum faetus est , et mundus cum non cognovit. In propria venk, et sui eum non receperunt. Quotquot autein receperunt eum , dédit eis potestatem filios Dei fierî , his qui credunt in nomine e]us. Joan, I , le — 12.
(3) Porphyre avoue la possibilité de rincarnation du Vèrbè. Vid, Alnctan., Quœsf,^ lit, II ^ cap. XIII ^p, 255.
(4) Ante Christ) adventum fides Trinitatis erat occultata in fide majorum ; sed per Christum manifestata est mundo, et per Apostolos. S. Tliom.s 2. 2. Quest,^ 11^ art, 8.
juste expression d'un saint Docteur. Les n ier, c'est non seulement nier la foi universelle, c'est couper la racine de toute croyance; car, remarquezle bien, si Jésus-Christ n'est pas le Rédempteur qu'attendoit le monde entier , il n'y a point eu de Rédemption; si Jésus-Christ n'est pashomnie et s'il n'est pas Dieu, si le Verbe ne s' est pas fait chair ^ et ri a pas habité parmi nous (i), tous les peuples ont été le jouet de Terreur pendant quarante siècles. S'il n'existe pas en Dieu trois personnes dans une seule nature; si le Père, le Fils, le Saint-Esprit , au nom desquels Jésus-Christ a ordonné à ses apôtres de baptiser et d'enseigner toutes les nations , ne sont pas ces trois personnes égales et distinctes; si l'Esprit divin, qu'il avoit promis à ses disciples de leur envoyer, n'est pas yenn renouveler la ten^e^ Jésus-Christ est un imposteur. Donc alors point de Rédemption; donc la religion primitive, fondée sur cette Rédemption future, étoit fausse; doncle genre humain s'est trompé perpétuellement dans les choses qu'il lui importoit le plus de connoître; donc on ne peutrien admettre comme certain sur son témoignage; donc un doute universel , et dans l'invincible sentiment
(i) Et Verbuincaro factuni est , ef hahitavit in nobîs. Jonn.I, i4*
l54 ESSAI SUR L INDIFFERENCE
que nous avons de la corruption de notre nature, linë douleur sans consolation et un déses^ poir sans remède.
Tel est l'abîme où tombe nécessairement quiconque rejette un seul point de la doctrine chrétienne. Et qu'ofifre-t-elle qui ne porte en soi le caractère de sainteté essentiel à la vraie religîonPQue commande-t-elle de croire ? Un Dieu saint par essence , et trois personnes éternellement subsistantes dans ce Dieu unique : le Père créant tout ce qui est par son Verbe; le Fils rilchetant par un ineffable sacrifice le genre bumain condamné ; l'Esprit saint concourant ^ par l'infusion de sa grâce, à la sanctification de l'homme racheté. Encore une fois , nous le demandons à l'incrédule lui-même ;- qu'y a-t-il dans cette doctrine qui ne soit digne de la sain-teté de Dieu , puisqu'elle n'est que la manifestation de sa puissance, de sa vérité^ de sa justice et de sa miséricorde infinie ? « Dieu a aimé » le monde, jusqu'à donner son Fils unique, » afin que quiconque croit en lui ne périssepoint, 9 mais qu'il ait la vie éternelle ; car Dieu n'a »' point envoyé son Fils dans le monde pour con- » damner le monde , mais pour que le monde » fàt sauvé par lui (i). »
(i) Sic enim Deus. dilexit mundam, nt Filiuiii suuin
Ne voyez-vous pas dans ce seul mot le sommaire de toute la religion , la substance de la foi ancienne, et Taccomplissement des espérances de ce monde, que Jésus-Christ est venu sauver?
« Celui qui croit en lui n'est point condamné; » mais celui qui ne croit pas est déjà condamné; » parce qu'il ne croit point au nom du Fils uni- » que de Dieu (i). »
Etpourquoi condamné? 0 Christ, fiUdu Dieu vivant 1 peut-être que ce malheureux n*a pas pu vous reconnoître. L'erreur involontaire estelle un crime à vos yeux ? Punissez-vous dans le juste la foiblesse de l'esprit, comme vous punissez dans le mçchant la corruption du cçeur ? La foi dépend-elle de nous? Cet infortuné qui ne croit point, peut -il croire? et sur quel motif est-il condamné ?
« Voici sa condamnation : La lumière est ve- » nue dans le monde , et les hommes ont mieux » aimé les ténèbres que la lumière ; parce que
unigenitum darct; ut omnîs qui crédit in eum,. non pcreat , sed habeat yitam œternam. Non enîm misit Deus Fiiîum suum in mundum, ut judicet mundum, sed ut êalveturmundus per ip3um. Joan, 111% i6, 17.
(i) Qui crédit in eum, non judicatur; qui autem non crédit, jam judicatus est : quia non crédit in nomineuni" geniti Filii Dei. Joan, III , 18.
i36 ESSAI SUR l'indifférence
K leurs œuvres étoîent mauvaises. Quiconque » fait le mal, hait la lumière, et ne vient point à » la lumière, afin que ces œuvres ne soient pas » dévoilées. Mais celui qui fait la vérité , vient à •) la lumière , afin que ses œuvres soient manî- » festées, parce qu'elles sont faites en Dieu ( i). » Comprenez donc que la lumière est offerte à tous , et qu'en choisîssaRt les ténèbres, on rejette librement le don divin , par un usage criminel de la volonté résolue à se fixer dans le mal. On nie la vérité, la sainteté de la doctrine , à cause de la sainteté des devoirs qu'elle impose. Qui ne seroit chrétien, si le christianisme permettoit à chacun de vivre selon ses désirs? On doute, parce qu'on veut douter; on doute, parce que l'esprit traite secrètement avec les passions , et leur livre pour im indigne prix , la vérité qu'il feint d'aimer, comme l'Iwmme de meurtre [2) livra la Vérité vivante.
(1) Hoc est autem judîcium : quia luxvenitln ïnunduin, et dilexerunt homines inag^is tenebras, quàm lucem; erant eaim eorum mala opéra. Omnis enîm qui raalè agit , odit lucam^ et non venit ad lucem , ut non arguantur opéra ejus : qui autem facit veritatem, venit ad lucem, ut'manifestentur opéra ejus, quia in Deo suut facta. Joan. III ^ 19—21.
(a) Judas surnommé Iscarioies. ou Thomme de meurtre, vir occis ionis.
EN SUtlÈRE DE RELIGION. l?)-]
La morale évangélique épouvante la mollesse, et consterne la nature humaine dégradée. Sous le triste joug de leurs vices (i) , les enfans d'Adam la contemplent, et l'admirent avec effroi. Sa beauté , sa pureté , sa sainteté les subjuguent. Tous rendent hommageà sa perfection; et, quand ils s'écartent de ce qu'elle prescrit , vaincus encore par elle , il leu^ en coûteroît moins de se condamner eux-mêmes, que de l'accuser. La conscience universelle y reconnoît , mais plus développés , les préceptes de j ustice promulgués originairement. La loi qui régloit les actions , pénètre jusque dans le cœur pour en régler les mouvemens les plus imperceptibles. Dans ce qu'elle ordonne , dans ce qu'elle défend , dans ce qu'elle conseille, tout est d'un ordre supérieur; tout annonce un état plus élevé, où l'homme rendu à l'innocence, est appelé par son Sauveur, et dont il voit en lui le modèle. En lisant l'Evangile , si simple et si divin , ou se sent comme ravi par quelque chose du ciel. Je ne crois pas qu'il existe un être humain qui pût , à ce moment, commettre un^ mauvaise action. Il faut auparavant que l'impression qu'il a reçue s'efface ; il faut que la parole de grâce et de vérité, dont le charme indéfinissable suspendoitlapuis-
(i) Jugiiiii grave super filios Adam. Ecclesiast.j XI , i.
|5S 3:SàAÏ SUR L INDIFFKUKNCK
sance du mal , cesse de résonner dans son âme émue.
« Aimez Dieu de tout votre cœur, de tout » TOtre esprit, de toutes vos forces : voilà le » premier et le plus grand commandement. Le > second lui est semblable : Aîmeî votre pro- » cbain comme vous-même. Ces deux comman- » démens renferment toute la loi (i). »
Ils renferment en effet et la justice et la: charité, qui n'est que la perfection de la justice. Nul devoir qui n'en découle. Il est également imrpossible d'y rien ajouter, d'en rien retrancher, et c'est en les observant que l'homme achève de devenir semblable à Dieu , autant qu'il peut l'être. La foi sanctifie son esprit, en rendant se» pensées conforme* aux pensées divines (2) ; l'amour sapctifie son cœur, en le remplissant des
(i) Dilîges Dotninum Deum tuum ex toto corde tuo , et ex totil anima luâ^ et ex omnibus viribus tuis> et ex omni mente tuâ. Luc. X 9 27. — Hoc est maximum , et prîmum mandatum. Secundum ^utem simile est buic : Diliges proximum tuum sîcut te ipsum.... In bis duobus mandatîs unîversa Lexpendet, et Prophetœ. Matt, XXII, 38 > 39 ^ 4^.
(2) Sanctîfica eos in verîtate. Sermotuusveritasest.... Et pro eîs ego sanctifico meipsum ; ut sint et ipsi sanctîficatiîn yeritate. Jean, XVII , 17 et ig.
F.N MATTKf.E DE RBUGIOIf. iZç)
mêmes sentimens que Dieu a pour lui-même ( i ) et pour les êtres qu'il a créés; et par là s'explique ce précepte , jusqu'alors incompréhensible : « Soyez parfaits , comme votre Père céleste est » parfait (a)* »
Quel autre que Jésus-Christ tînt jamais un pareil langage ? Que compare rez-vous à ses enseignemens ? Cherchez , examinez , dites-nous ce qui y manque, ou ce qu'on pourroit y réformer. Il y a dix-huit siècles que les peuples les entendirent pour la première fois : philosophes si fiers de Totre raison, vous qui vantez avec tant de faste les progrès de la sagesse , montrez-nous tes perfeclionnemens que lui doit la règle des mœurs. Vous vous taisez : eh bien , Rousseau va parler pour vous.
a Je ne sais pourquoi l'on veut attribuer aux » progrès de la philosophie la belle morale de » nos livres. Cette morale y tirée de l'Evangile, » étoit chrétienne avant d'être philosophique. . . » Les préceptes de Platon sont souvent très-su- » blimes; mais combien n'erre-t-il pas quelque-
(i) Et notuni feci eis nomen tuum, et notum fuciam ; ut dilectio, quâ dilcxistî me, in ipsis sit, et ego io ]psis. Ihid., îa6.
(2) Estotc ergo vos perfecti, sicnt et Paler rester coc" Icstis pei'fcctus est. MalL^ V , fjfi.
kKm ViK^
l4o ESSAI SUR l'iNDIFFÉKENCE
» fois , et jusqu'où ne vont pas ses erreurs ?..,.*. » L'Evangile senl est, quant à la morale , tou- » jours sûr, toujours vrai, toujours unique, et » toujours semblable à lui-même (i). »
Supposez la morale chrétienne abolie, à l'instant plus de société , plus de famille , plus de lois ; le crime seul régneroit , et la vie même tariroit dans sa source. Supposez au contraire une. obéissance complète à ses commandemens , la terre , purifiée de tout désordre, seroit l'image du ciel , et , comme lui , le séjour de la paix , du bonheur, de l'innocence et de la sainteté {2).
Et remarquez encore dans le christianisme , dans sa morale et dans ses dogmes , un caractère, de divinité bien frappant. Quand Dieu se réso-.
(1) Lettres écrites de la Montagne. UPlet., p. 86, 87, not. Paris, 1793.
(2) Bolingbroke lui-môme n'a pu s'empêcher de le reconnoître : «Il ne parut jamais dans le monde , dît-il , de » religion dont la tendance naturelle ait été plus propre » à augmenter la paix et le bonheur des hommes, que ne » l'est celle de la religion chrétienne. Le système de reli- » gion renfermé dans l'Évangile est un système complet ^ » remplissant tout ce que se propose la religion naturelle
^Z" \ \ «ou révélée. L'Évangile de Jésus-Christ est une leçon
\ ' »> continue de la morale la plus stricte, delà justice » de \ » la bienveillance et de la charité universelle. » Analyse de Bolingbroke y sect. XII*
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EN IvlATlÈBE I>£ RELIGION. l4l
lut à faire éclater sa gloire au dehors par la création 5 c'est-à-dire , à manifester sa puissance , sa vérité, son amour, il \oulut que nul être créé ne pût jamais s'attribuer aucun des dons qu'il tenoit de lui seul , et concourir , en quelque sorte , à se créer lui-même. Et c est pourquoi la puissance de l'homme dispose des choses matérielles qui sont à sa portée , les combine , mais ne produit rien véritablement. De même aussi sa raison combine , rapproche , compare les vérrités qu'elle a reçues, mais n'invente aucune vé- .rîté; et dès lors elle ne peut non plus découvrir aucun devoir, ou inventer aucune vertu. En effet , pendant quatre mille ans , on ne voit pas ique l'esprit humain , quel que fût le degré de .culture et de civilisation des peuples divers , ait ajouté aucun dogme, aucun précepte, à ceux qui avoîent été révélés au commencement. Ils de- Toient cependant se développer , mais non par l'effortde l'homme. Jésus-Christ paroît au'temps «n arqué : // redit dans le monde ce qu'il a entendu de celui qui l'envoie (i). De nouveaux dogmes et de nouveaux préceptes sortent , pour ainsi parler , des préceptes et des dogmes anciens; et depuis cette dernière révélation, an-
(i) Qui me mivSit verax est : et ego quoc aiuîivi ab eo , h«c loquor in itiundo. Joau, FUI y 26.
1^2 ESSAI SUR L'li\DlF^ÉUE^XE
xjLODcée dès l'origine et perpétuellement attentendue , l'esprit humain, si avide de savoir, si orgueilleux de trouver , n'a pas fait un seul pas dans la eonnoissancede Dieu, et de nos rapports avec lui. Il a douté , il a nié , il a dévasté le royaume de la vérité et de la vertu , mais jamais il ne rétendit par de nouvelles conquêtes. Or , puisque le premier homme connoissoit ; de la religion tout ce que les hommes en ont
I connu pendant quarante siècles , et que nous ne
; connoissons de plus que ce que Jésus-Christ
nous en a appris , elle a donc été , dans toute sa durée , entièrement indépendante de la raison humaine , qui , avant et après la venue du Médiateur, ne put jamais découvrir d'elle-même ni un dogme , ni un devoir : donc le christianisme est évidemment divin , par cela même que son auteur a proclamé de nouveaux devoirs , et manifesté de nouveaux dogmes.
Que si quelqu'un contestoit cette preuve de la divinité de la religion chrétienne , nous lui opposerions Rousseau lui-même , dont voici les paroles : « Nous reconnoissons l'autorité de Jé- » sus -Christ, parce que notre intelligence . ac- » quiesce à ses préceptes et nous en découvre » la sublimité. Elle nous dit qu'il convient » aux hommes de suivre ses préceptes, mais
» quil ètoit au-dessus d'eux de tes trouverai). » Le culte n'étant que l'expression du dogme ^ il s'ensuit que le christianisme , saint dans ses dogmes et dans sa morale , est également saint dans son culte. L'adoration d'un seul Dieu par un seul Médiateur en est le fond , comme clic l'étoit du culte antique ; mais le véritable sacrifice remplace les sacrifices figuratifs. Accompli sur la croix, il se perpétue tous les jours sur VsiMtéi. Depuis le lever du soleil jusqu' au couchant , le nom du Seigneur est grand parmi les nations : on sacrifie en tout lieu, et l'on offre à son nom une ablation pure (2) , l'hostie sainte qui devoit opérer la réconciliation du monde (3). Le Pontife des biens futurs (4) ? dont le sacerdoce est éternel (5), celui qui est tout ensemble le sacrifica-
(1) Lettres écrites de la Montagne, p. 3o. Paris, 1793.
(a) Ab ortu solis usque ad occasum , magnum est nomeu meum in gentibus > et in omni loco sacriûcatur , et oiTertur nomini meo oblatio munda. Malach, / , 1 1 .
(5) Deus erat in Christo mundum reconcllians sibi. Efi. II 9 ad Corinth,^ V ^ 19.
(4) Cbristus autem assistons pontifex futurorum bonorum.... neque per sanguinem bircorum aut vitulorum , sed per proprium sanguinem , introivit semel in sancta ^ œtemâ redemptione inventa. JB/?. ad Hebr.IX, 11 ^M 2.
(5) Hic autem , eo qu6d maneat in œternum , sempitemmn habet saeerdotium undè et saiyare potest acce- Jentesper semetipsum ad Deum. Ibi(Ly VII , a4-» 25.
l44 ESSAI SUR L INDIFFÉRENCE
teur et la victtme, après avoir consommé, parreffusion de son sang, la Rédemption de Thomme coupable, continue de s'offrir pour lui , d'une manière non sanglante , dans le sacrifice eucharistique (i), ots*offrira éternellement à son Père dans le ciel (2).
t Lorsque nous considérons ce qu'opère Jé- » sus-Christ dans ce mystère, et que nous le » voyons par la foi présent actuellement sur » la Sainte - Table avec ces signes de mort, » nous nous unissons à lui en cet état, nous » le présentons à Dieu comme notre unique » victime, et notre unique propitiateur par son
(1) Idîpsum quod serael in cruce perfecît. non cessât mîrabiliter operari , ipse offerens , ipseet oblatio. Prœfat. de SS. Sacram.
(2) Scrutamioî scripturas , in quibus putatis vos habere vîtam aeternam. Et profect6 haberetis , si Christum in eîs intelligerelis , et tenerelîs. Sed perscrutamini eas : ipsse testîmonium perhibent de boc sacrifîcio mundo, quod offertur Deo Israël ; non ab unJi gente vestnl , de cujus manibus non se accepturum prasdixit ; sed ab omnibus gentibus , quae dicunt : Venite asrendamus in montem DominL Nec in uno loco , sicut vobis praeceptum erat in terrenâ Jérusalem; sed in omni loco, usque in ipsam Jérusalem.... Aaron sacerdotium jam nullum est in aliquo temple , et Christi sacerdotium în œternûm persévérât in cœlo. S. Auguste Tract, adv, Judœos. cap. XIII. Oper, tom. VIII, col. XXXIX.
£N MATIÈRE DS RELIGION. l45
» sang, protestant que nous n'avons rien à of- » frir à Dîcu que Jésus-Christ, et le mérite in- » fini de sa mort. Nous consacrons toutes nos » prières par cette divine offrande, et en présen- » tant Jésus-Christ à' Dieu, nous apprenons en » même temps à nous offrir a la Majesté divine » en lui et par lui comme des hosties vivantes. » Tel est le sacrifice des chrétiens , infiniment » différent de celui qui se pratiquoit dans la Loi : . » sacrifice spirituel et digne de la nouvelle al- » liance, où la victime présente n'est aperçue que t par la foi, où le glaive est îa parole qui sépare » mystiquement le corps et le sang , où ce sang » par conséquent n*est répandu qu'en mystère , » et où la mort n'intervient que par représenta- '^
j» tiou ; sacrifice néanmoins très-véritable , en ^
» f e que Jésus-Christ y est véritablement con- *
» tenu et présenté à Dieu sous cette figure de » mort : mais sacrifice de commémoration , qui , » bieti loin de nous détacher du sacrifice de la » croix , nous, y attache par toutes ^^ circon- ; » stances , puisque non seulement il s'y rapporte » tout entier, mais qu'en effet il n'est et ne sub- » siste que par ce rapport, et qu'il en tire toute » sa vertu (i). »
— ^1 - r I -r T - ■ — 1 1 ir 1 ii
(i) Bossuet , Exposit. de la doctr. de l'Église cathol., chap. XIV. '
l46 ESfiAI Sl'R l'indifférence
Toute celle des sacremens vient aussi de cet ineffable sacrifice , qui nous a ouvert les trésors de la miséricorde infini. Et voyez ce que Di«u fait, sous la nouvelle alliance , pour la sanctification de sa créature déchue. Il n'est pas une époque, pas un acte important de la viehumaine, auquel Jésus-Christ n'ait attaché des grâces particulières par l'institution d'un rit sacré. Le baptême nous régénère à notre naissance , il nous rétaMit dans la justice originelle que nous avions perdue en Adam. Lorsque le penchant au mal, qui subsiste toujours en nous (i), se développe, un nouveau secours nous est préparé contre les erreurs de l'âge des passions. A la voix I du pontife, l'Esprit Saint descend en notre â^e , A ! pour l'enrichir de ses dons, et nous confirmer j dans la foi. Bientôt , participant au mystère d'a-
* mour qui s'accomplit et se renouvelle sans cesse ,
nous sommes appelés au banquet céleste , où TAuteur de la vie se fait lui-même notre aliment incompréhensible. Avons-nous souillé par quelque faute la robe d'innocence dont nous fûmes revêtus dans le baptême , la pénitence lui rend sa première blancheur. Les anciens a voient pres-
(i) Seusus etcogitatîo humani cordisjn malum prona sunt ab adolescentiâ siiâ. Gènes, ^ VIII ^ ai.
EN MATIÈRE DE REIIGION. l^-^
senti (i), et les philosophes mêmeg ont arouc
(i) Les Juifs ayoient une sorte de confession. {Maimon, in MauseKorbariy cap. III . — Pugio fideij III pari., D'ist. m, cap. XIV 9 p. 830j et alib. Lipsiœ, 1687, — Outramj Desacrif., lib. I j cap. XV , § 10. ) Cet usaj^e existoit en Egypte, en Grèce , à Rome et partout où s'introduisirent les mystères d'Eleusis. (ArisU apudAnt. Melissa, cap. XVI. — Plut., De superst. — Meursius , c. VII et VIII.) « Savez-Yous, dit Senèque, pourquoi nous cachons » nos yices? C'est que nous y sommes plongés : dès que » nous les confesserons, nous guérirons. Quare sua vitia » nemo confitetur? Quia in illis etiamnum est : vitia sua con^ » fiteri sanitatis indicium est. » (Epist. LUI.) Dans l'Inde et chez les Guèbres, même coutume.. ( Bardesan., ap. Porphyr. De Styg. ) • Plus Thomme qui a commis un » péché s'en confesse yéritablement et Yolontairement , » plus il se débanasse de ce péché, comme un serpent » de sa vieille peau. » ^( Lois de Menu^ fils de Brahma, dans les Œuvres de sir JV. Jones , tom. III , chap. XI , n. 64 ^^ 2^35. J II y a au Thibet un jour solennel où le grand Lhama paroît en public Avant d'entrer dans le temple , il se purifie par la confession , et engage ensuite les assistans à se confesser ausbi , pour recevoir l'absolution des péchés dont ils se sentiroient coupables. ( Alpliab. tibetan, totn. I , p. 264 ^t 265. J Enfin , on a trouvé l'usage de la confession à Siam , dans le Laos, au Japon et jusque chez les peuples de l'Amérique. (Alnet., Quœst.^ lib. Il, c. XX, n. 4j P- 274 ^' seq.-^Càrli, Lettres améric.f tom. /. p. j-55 et 1 54* ) tant cette institution , sanctifiée par Jésus-Clirist qui, en a fait un sacrement, est conforme à la nature de - l'homme.
l48 ESSAI SLtt L INDIFFEEENCE
l'utilité de la confession (i). Elle prévient plus de crimes encore qu'elle n'en efface; elle est le supplément .de toutes les lois humaines, une soujce intarissable de paix et de vertus. La pitié dirinc a éleré au milieu de dous un tribunal où le pardon attend incessamment le repentir. Et quand s'approche le moment qui décidera de notre sort pour jamais, l'onctiou des infirmes nous purifie, nous consoîe, nous fortifie
(i) «Que de restitutions , que de rép arations la confes- » sion ne fait-elle point faire chez kâ catholiques! (Roass,, Emitês iiv. IV s p. 58^ not, Ed, de 1795J « La confession » est une chose excellente , un frein aux oritnes. Elle est » très-bonne pour engager les cœurs ulcérés de haine àpar- » donner, et pour faire rendre par les petits Toleurs ce quUl s » pouTcnt aroir dérobé à leur prochain. » C^o/^^ Dictionn. » philos., art. Catéchisme du curé.) « On peut regarder la » confession comme le plus grand frein des crimes secrets.» ( Id. 9 Essai sur l'hisU génér. et sur les mœurs et l^ esprit des nations 3 tom. I , ch. Xll > pag, ii6« Ed, de iy56,) K Le meilleur de tous les gouyememens , dît Raynal , ce w seroit une théocratie où Ton établiroit le tribunal de la » confession, s'il étoit toujours dirigé par des hommes yer- » tueux, et sur des principes raisonuables.» ( H ist. philos., tûm. III.) « Quel préservatif salutaire pour les mœurs de » Tadolescencc , que l'usage et Tobligation d'aller tous les 0 mois à confesse. La pudeur de cet humble aveu des fautes » les plus cachées , en épargnoit peut-être un plus grand » nombre que tous les motifs les plus saints. » (Marmontel, Mémoires , tom. I , liv. /. )
dans le dernier combat. Enfin la société même est sanctifiée par les saci^mens qui consacrent les deux grandes institutions qui la constituent i le mariage , fondement de la famille et du pouvoir paternel ; et le sacerdoce , qui n'est qu'une plus haute paternité.
Tel est le culte chrétien, culte immortel, culte universel , puisqu'il ne diffère point , en ce qui en fait l'essence , du culte que les esprits anpéliques rendent au Tout-Puissant, dans les cîeux. Leurs prières, comme les nôtres , unies à celles du souverain Prêtre , toujours vivant pour intercéder pour nouf[i) , acquièrent par cette union un prix infini. Les vœux, les adorations de toutes les intelligences , ne forment . qu'un seul vœu , qu'une seule adoration, qu'éternellement le Fils de Dieu présente à son Père. Par lui tout est saint dans nos pensées, nos désirs, notre amour, nos offrandes; parce que les pensées du chrétien sont les vérités divines que le Verbe est venu nous révéler; ses désirs détachés des créatures , ne s'arrêtent qu'en Dieu, et l'embrassent tout entier; son amour , produit par l'Esprit Saint que 'Jésus-Christ avoit promis d'envoyer à ses dis-
(i) Semper vivons ad interpellandum pi'o nobîs. Ep, ad Hebr. VII, 25.
l50 ESSAI SLR l'iNOIFF£&ENC£
ciples (i) , est une participation de Tamour infini que Dieu a pour lui-même; son offrande est la victime sainte, en qui toute la plénitude de la Divinité habite corporellement (2).
Après avoir contemplé ce merveilleux ensemble du christianisme, la grandeur et la simplicité féconde de ses dogmes, qui, plus ou moins développés , forment la raison du genre humain; la perfection de sa morale , base immuable de toutes les lois; la sublimité de son culte, qui unit étroitement l'homme à Dieu, sans abaisser Dieu, sans flatter l'orgueil de l'homme: qui de tant de corruption , fait sortir tant de iiautes vertus ; qui près d'une immense misère place un amour immense , un Rédempteur pour tout expier , un Médiateur pour tout sanctifier ; je cherche comment ces dogmes, cette morale, ce culte, pourroient être une invention de l'homme, comment il auroît créé la lumière qui éclaire son esprit , les lois qui règlent son cœur, un ordre infini de rapports qui embrasse et lie tous les êtres , depuis l'Etre souverain jusqu'à la plus foible intelligence; la seule supposition d'un fait si absurde
(1) Accipietîs virt^teni supervenientis Spiritûs-sancti in Tos. Act. Jj 8.
(a) In ipso inhabitat omnis plenitiido divinitatis corporaliter. Ep. ad Colossens, II ^ g.
humilie et révolte le bon sens. Remontez d'âge «n âge pour découvrir Tépoque de cette étonnante invention, bientôt Thomme dîsparoît dans les profondeurs du temps ; le temps lui-même s'évanouît ; on ne voit plus que Dieu et l'éternité.
Vous qui hésitez à reconnoître dans la religion chrétienne l'œuvre de ce grand Dieu , tournez vos regards vers l'autre extrémité du temps : qu'apercevez-vous? l'éternité; encore et toujours l'éternité! Immobile^, elle reçoit toutes les créatures dans son vaste sein : vous y entrerez, mais le doute n'y entrera point avec vous. Les derniers nuages s'arrêtent sur la tombe. La mort dépouille l'esprit superbe du vêtement de ténèbres dont il s'enveloppoit. La lumière l'investit de toutes parts; elle commence son supplice. Il croit alors, il croit à la vérité i qu'il repoussoit , au ciel, qu'il a perdu, à l'enfer, qu'il a conquis; et, au fond de ses goufres videç d'espérance , il découvre , avec une certitude terrible , la place que lui assigne l'ordre invariable qu'il a méconnu.
INous venons de voir que le christianisme , considéré dans ses dogmes , sa morale , son culte, est manifestement divin. Nier sa doctrine , c'est détruire toute foi ; rejeter ses préceptes , c'est anéantir toute vertu. Il est la loi
l52 ESSAI SLR L indifférence:
de vie , donnée en héritage aux enfans d'Adam ( i ) ; et hors de cette loi il n'y a point de vie, parce que hors d'elle, on n'appartient point à celui
. qui est la vie et la vérité (2) , au Désiré des nations (3) ^ au Sauveur attendu si long-temps par le genre humain.
Mais la divinité de la religion chrétienne peut encore être reconnue à d'autres marques non moinsjéclatantes. Les prophéties , les miracles , le caractère de son fondateur , les vertus qu'elle a produites, les bienfaits qu'elle a répandus ,
;^ «ont autant de preuves de sa céleste origine. Nous les exposerons successivement ; mais il est nécessairede parlerd'abord de l'Ecriture-Sainte , où sont consignés la plupart des faits dont nous avons à nous occuper.
(1) Âddidit illis disciplinam, etiegem vitae hereditavit illoB. Ecclesmt, , XVII j g.
(a). Ego 8um via, et veritas, et vita. Joan, XIV , 6. (3) fx veniet Desîderatus cunctis gentibus. Agq^ II, 8.
EN MATIÈRE DE fiïlLIGION. l55
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