‹ Essai sur l'indifférence en matière de religion (volume 4)Chapitre 8 sur 23 · EssM scH l'indifférence · texte numérisé non relu

EssM scH l'indifférence

» couvrant notre délivrance future dès le jour » de notre perte. Sous la figure du serpent, dont » le rampement tortueux étoit une vive image » des dangereuses insinuations et des détours » fallacieux dç l'esprit malin , Dieu fait voir à » Eve notre mère , le caractère odieux et tout » ensemble le jiiste supplice de son ennemi » vaincu. Le serpent devoit être le plus haï de* * tous les animaux , comme le Démon est la » plus maudite de. toutes les créatures. Comme » le serpent rampe sur sa poitrine , le Démon » justement précipite du ciel où il avoit été » créé, ne se peut plus relever.... Dans Tinimi- » tié éternelle entre toute la race humaine et le » Démon, nous apprenons que la victoire nous » sera donnée , puisqu'on nous y montre une » semence bénite par laquelle nôtre vainqueur » devoit avoir la tête écrasée^ c'est-à-dî^e devoit ») voir son orgueil dompté, et son empire abattu » par toute la terre (i). »

Cependant les hommes , en se multipliant, se corrompent de plus en plus , et s'abandonnent à tous les désirs de leur cœur. La science du mal fructifie; l'iniquité monte à son comble. Dieu ne reconnoît plus son image, et il se résout

(i) Bossuet, Dijîn. sur Thist. univers., II* part., cb. I, p. 170, 171. Ed. de Versailles.

EN MATIÈRE DE RELK.ION. ' l^Q

à venger sur le genre huniain coupable Toutrage fait à sa sainteté. Les eaux du ciel et les flots de l'abîme couvrent la terre souillée, at engloutissent toutes les créatures vivantes. Une seule famille s'étoit préservée des désordres' que punissoit la justice divine; elle échappe seule au déluge universel. Dieu la bénît au sortir de Tarche (i); et, pour rassurer les hommes contre la crainte d'une nouvelle inondation , il met son arc dans les nues pour leur être un signe perpétuel de sa promesse et de l'alliance qu'il faît avec eux (2). Noé et ses enfans repeuplent la terre ; ils se dispersent après la division des

(1) Gènes. IX ^ 1.

(•2) Statuam pactum meum voblscum^ et nequaquaui uUrà interfîcietur omnis caro aquis diluvii, neque.erit deinceps diiuvîum dissipans t.erram. Dixitque Deus : Hoc signuin fcederis quod do inter me et vos 9 et ad ODinem aDimam viventem quae est vobiscum iii generatlones sempiternas ; arcura meum ponam in nubibus , et erit signum fœderis inter me et terram. Gènes. IX , 1 1 — 13. — M. le comte de Stolberg observe que les anciens peu« pies regardoienl Tarc-enrciel comme un signe sacré. « Man ûndet sebr deutliche spuren von geheimnissvoUer » Bedeutung der Regenbogens bey den alten Yôlkern. » Il trouve des traces de cette croyance dans la Perse, chez les Grecs et les Scandinaves. Homère dit expressément queZeus a mis Tarc-en-ciel daas le» nues pour êtie un signe aux hommes.

180 ESSAI SUR l/lNl)lFFJÉRENCE

langues (1) , et fondent les premiers empiro-s. L'âge des Patriarches, parmi lesquels Abraham tient le premier rang à causedesa vocation, dure jusqu'à Moïse, ou jusqu'à l'époque de la loi écrite donnée sur le mont Sina, l'an du monde 25i3, selon le texte hébreu (2), ou 3943 selon le texte samaritain (3).

Tpetç , éxàrepS' îpia^tv èftxoTfc j «Ç ts Kpovtwv Év veçet 0T>3piÇê , Tépaç jutepoTrwv àvÔpwTrwv.

Très ab utrâqiie parte iridibus similes , qaas utiqne Saturnius In nabe fizit , signum articulatè loquentibus bominibus.

Iliad. XI s V. ^7 et aS. — Geschichte der Religion Jesu- Christi, Erster TheiLj p. 64. Hamburg, 1811.

(1) Le souvenir de la tour de Babel et de Ist dispersion des hommes s'est conservé parmi les Chinois d'une manière très-remarquable. On sait gue ce peuple n'a poiiit de caractères alphabétiques, mais qu'il représente les idées au moyen désignes dont le nombre s'élève jusqu'à plus de quatre-vingt mille. Or, le signe d'une tour signifie s'en aller y se séparer ^ un fils qui quitte son pèi'e, Expliquez (.e fait sans la tradition. — Vid, Stolberg^ Geschichte derRelig. JesU'Christi; funfte Beylage, Beleuchtungvarschiedene spuren friXher Ueberlieferung, etc. Ers t. Th., p, 496. — Vid. et. Abyden. ap. Eus., Praep. Evaugel., lib. IX, p. ^16. — Herodot., lib. I , cap. GXXLI. — Plat, in politic. — Et ali. ap. Joseph., Antiq., lib. I , cap. IV et V.

(2) 1491 ans avant J.-C.

(3) i85o ans avant J.-C. — Voyez Pczron, l'Antiquité des temps rétablie, p. 35i.

» « ^ K^*^ tvii^ ^^*^

i> AV. * r^ * V , X V'iT'O^ i^SV

EN MATIÈRE DE RELIGION. l8l

Voilà ce que nous apprenons dans la Genèse? et les traditions de tous les peuples , leur chronologie certaine, l'état physique même du globe que nous habitons, rendent témoignage à la vérité de ce récit.

« La nature, dit M. Cuvier, nous tient par- » tout le même langage ; partout elle nous dit » que Tordre actuel des choses ne remonte pas » très-haut; et, ce qui est bien remarquable « » partout l'homme nous parle comme la nature, » soit que nous consultions les vraies traditions » despeup^es, soit que nous examinions leur état » moral et politique, et le développement intellec- » tuel qu'ils avoient atteint au moment où corn- » mencent leurs monumens authentiques (i). »

Il n'est pas une science qui ne concoure à prouver l'exactitude , tous les jours mieux reconnue, des annales rédigées par Moïse {'2). La géologie démontre l'existence du déluge, et s'ac-

(1) Recherches sur les ossemens fossiles des quadru^ pèdes. Disc, prélim.

(a) Voyez l'excellente dissertation de Jacquelot sur rSxistence de Dieu. Il y prouve entre autres choses, que la question de l'âge du monde avoit été discutée avec un soin extrême parles anciens, et que toutes leurs recherches, aussi nonîhreuses que varices, confirment rexactitude de la chronologie Mosaïque , tom. 1 , ch. ÏV et suiv

l83 ESSAI SDR i/iNDiFFKRENCE

corde avec rficriture surTépoquc de cette grande catastrophe. La philosophie du dernier siècle ne parloit que de la prodigieuse antiquité des Egyptiens, des Chaldéens, des Indiens, des Chinois. Aujourd'hui les écoliers mêmes se moquent de cette antiquité chimérique, dont les Goguet (i), les Fréret (2), les Bennettis (3), et d'autres savans du premier ordre (4) , ont mis à découvert la fausseté. Plus On approfondit Thistoire de ces nations, plus on la voit se f'approcher , en ce qu'elle offre de certain , de la chronologie mosaïque. Celle des Indiens , que Voltaire y opposoit avec tant de hardiesse , ne remonte pas plus haut qu'Alexandre (5). Enfin

(1) Oriçine des lois, .des arts , de^ science», etc. Paris , 1778.

(a) Chronologie chinoise, t. XI , XII, XIII et XIV , des Œuvres complètes. Paris, 1796.

(3) Ghronologia critica hîstoriae profante et sacrae in tomos y I tributa. Roms , 1 766.

(4) Bailly lui-même a ramené par des calculs très-simples , la chronologie des Égyptiens , des Chaldéens , des Indiens et des Chinois à la chronologie mosaïque. Voyez Hist, de l'astronomie ancienne, etc., p. 298 et suîv. Paris, 1781.

(5) «Le Malin - Bar aiu des Indiens, ou prétendue » grande histoire , n'est qu'un poëme; leurs Poaranas ne » font que ^t?> légendes; et l'on a beaucoup de peine en

EN MATTÈRK DE RELIGION. .l83

Ton sait comment le fameux Zodiaque de Denderah , transporté à grands frais d'Egypte en France, semble n'y avoir paru que pour détruire les objections qu'en tiroit l'incrédulité (i).

Mais nous avons encore dans la tradition universelle , une preuve plus éclatante de la vérité des faits racontés par Moïse. Toute la terre en a conservé la mémoire. La création du monde, celle de l'homme fait à l'image de Dieu, «on innocence et sa félicité primitive ; la séduction de la femme par le serpent ; l'homme à son tour séduit par la femme , sa chute , sa punition

a ie» comparant avec les auteurs grecs et romains , à éta-

» blir quelque^ lambeaux d'une espèce de chronologie

j» interrompue à chaque instant, et qui ne remonte pas

» plus haut qu'Alexandre.

» Il est prouvé aujourd'hui que leurs tables astronomi- » ques, d'où Ton youloit déduire leur extrême antiquité, ont » été calculées en rétrogadanl; et l'on vient de reconnoître » que leur Suria Siddhanta^ qu'ils regardent comme leur » plus ancien traité scientifique d'astronomie , et qu'ils » prétendent révélé depuis plus de deux millions d'années, » ne peut avoir été composé que depuis environ 75o ans.» M. Cuvier , Recherches sur les ossemens fossiles. Disc, prêlimin,

(i) Il est maintenant reconnu que^ des qualrcs fameux /iodiaqueo découverts en Egypte , ;nicun n'est antérieur n la domination romaine.

l84 ESSAI SUR l'iNDÏFFÉR^CE

pour avoir mangé du fruit qu'il lui étoit défendu de toucher; les maux qu'entraîne bientôt sa dés-^ obéissance ; enfin le déluge , et un seuljuste sauvé des eaux avec sa famille : telle fut , dans tous les temps , la croyance générale; et on doit y joindre l'attente d'un Envoyé céleste, qui vaincroit le serpent, et délivreroit le genre humain (i).

Maintenant , qu'on s'explique : veut-on rejeter le récit de Moïse? Il faut rejeter en même temps la tradition du monde entier; il faut nier ce qu'attestent non pas quelques peuples , mais tous les peuples ; il faut détruire , par conséquent, l'autorité du témoignage, et déclarer qu'il est impossible d'acquérir la certitude d'aucun fait • impossible même de le discuter, de jugera quel point il est ou n'est pas probable ; car pour cela il seroît nécessaire de le comparer avec d'autres faits également incertains , et d'où ï'on ne pourroit dès lors rien conclure ; il faut

(i) Les preuves de l'universalité de ces croyances ^e trouvent dans plusieurs ouvrages, auxquels nous renvoyons pour ne pas tomber dans des répétitions inutiles. Voyez Hueî^ Alnetan, Quœst, , Ub, IL — Faher^- Horœ mosalcœ , voL I ^ sfct, I, — Maurice ^ Hist, ofH'mdostau, ■ — Asiatir Research, passim, — Stolberg , Geschichte der Relig, Jesu-Chriati. Erster TheJI ^ p, ^55 et seq. Ham-»

EN MATIÈRE DE RELIGION. l85

dire que Thistoire n'est qu'un grand problème , . un doute étemel , sans distinction de lieux ni/ d'époques ^puisqu'à toutes les époques et dans tous les lieux , les faits qui ne frappent pas immédiatement nos sens , ne sauroient nous être connus que par le témoignage ; il faut oublier cette ombre du passé qui fuît sans laisser de trace , et se renfermer dans le jour présent , incapables^ que nous sommes de savoir s'il eut une veille , et s'il aura un lendemain.

11 est vrai , et nous le confessons , les philosophes ne tirent point dans la pratique les dernières conséquences de leurs principes ; il n'y a point de sceptique parfait. Mais qu'importe qu'ils soient, ou non, d'accord avec eux-mêmes? Ce n'est pas leur conduite , c'est leur doctrine que nous examinons. En la suivant jusqu'au bout , il» ne s'arrêteroient que dans le pyrrhonisme complet ; et s'ils conservent encore avec un reste de foi un reste de raison, c'est en violant leurs propres maximes. On éprouve une pitié profonde à la vue de cet extrême abaissement de l'intelligence. Qu'y a-t-il donc dans l'homme qui le porte à descendre jusque-là ? Esprits superbes, esprits déchus , dites-le-moi, si vous le savez; expliquez-moi ce mystère qui étonne et consterne ma pensée. Hélas ! je vous demande ce que vous ignorez comme moi , l'im-

l8(i ESSAI Sun LlNDlFrKRKNCE

pénétrable secret de Torgueil , qui sera dévoile , maïs non sur la terre. ^

Considérez cependant , vous qui nous traitez d'hommes crédules parce que nous cédons à Tautorîté du genre humain , considérez en quel abime de contradictions vous vous précipitez ; côr il vous est impossible de ne pas céder vousmêmes tous les jours à quelque autorité moins grande. Vous croyez certains faits , ou à certains témoignages ; vous rejetez d'autres faits , ou d'autres témoignages ; et ces témoignages que vous rejetez sont plus nombreux , plus constans , c'est-à-dire , offrent plus de motifs de croyance que ceux auxquels vous déférez* Si les premiers sont incertains , ceux-ci nécessairement le sont davantage. Vous y croyez pourtant , et vous y croyez contre la raison, puisqu'il est absurde qu'après avoir rejeté comme insuffisant un motif de croire, on croie sur un motif plus foiblc. Par quelles règles inconnues de certitude justificrez-vous un pareil jugement? Pourquoi , ne croyant pas cequiestpluscroyableou plus attesté, croyez-vous ce qui l'est moins , et quelquefois infiniment moins? Voici pourquoi : dans le premier cas , vous voulez croire , et dans Tautrc vous ne le voulez pus. C'est la volonté , une volonté libre qui détermine vos croyances. Ne dites dont* plus que la foi n'est pas en votre pouvoir , et

EN MATIÙUK DE KELIGION. 187

comprenez comment rincrédulité peut être un crime.

Nous nous arrêterons peu aux temps qui précèdetit la sortie d'Egypte. Aristée fait mention de Job (1). Abraham fut toujours célèbre dans rOrient (2). Descendu de lui par Ismaèl, les Arabes le reconnoissent pour leur père aussi bien que les iuifs. Ce que TÉcriture nous apprend de. ce patriarche (3) , de Loth et de la destruction des villes criminelles (4)^ de Jacob (5) , de Joseph et du séjour des Israélites

(1) Arist.f ex Polyhistor. 9p. Euseb. Praepar. Eyangel., ïtb. IX, p. 43o. Edit. Paris, 1628.

(2) Les disciples de Zoroastre le r^gardoient oomnie leur premier législateur. D'Herbelot p BibL orient, ^ art. Ust et Usta, tom. Vis p- 466,

^5) Vid. Beros. , Hecatse. , Nicol. Damascen. 5 Êupolem., Artapau., Melon., Alexaud. Polyhîst., ap. Euséb., Prœpar. Eyangel., lib. IX, p. 4^79 4^^ ^^ 433*

(4) Strab., lîb. XVI. — Tacit, Histor., lib. V, 0. VII. — >Sol!n. , -cap. XXXV. — Huet, Demonstr. erang. , proposit. yr, p. ia!5.

(5) Demetr. et Tbeodot. ap. Euseb. , loc. cit., p. 422 et seq. — Scalig. not. in frag. gr. — Bocbart. Can., lib. ÏI, tap. II. — Selden, de Diis syris, lîb. V. -7- Heins. in Clem. Alex. Strom., lib. VII. — Casaub. ad Theoph., p. 295. — Herald, ad Arnob., lib. I. — Florid. Ouzel. f t Elmenhorst. ad Minuc. de Idolol., hb. I, cap. XXIX.

iS8 ESSAI SUR l'indifférence

en Egypte (i)', est confirmé par les auteurs profanes , et par les traditions des Orientaux (2).

Ce li'estpas tout : ces faits se lient intimement aux, faits qui précèdent et qui suivent; ils en sont inséparables. La véracité de Moïse prouvée , pour ce qui regarde l'histoire prîinitive . de rhomme , par le témoignage <Ju genre humain , ne permet donc pas de douter qu'il ne soit également véridique , lorsqu'il raconte les événemens postérieurs. A l'époque où ilécrivoit, lesenfans de Jacob ne formoient qu'une grande famille qui ne pouvoit pas avoir perdu le souvenir de sa propre histoire , et qu'il eût été impossible de tromper sur ce point. Pense-t-on que les Juifs ignorassent le nom de leurs ancêtres et ies principaux traits de leur vie, depuis Abraham? D'ailleurs , il auroit fallu que Moïse ^ pour n'être point démenti , pour ne pas acquérir la renommée d'un imposteur , qui lui auroit ôté tout crédit, eût trompé encore les Arabes et les nations circonvoîsines séparées des Hébreux par leur cultp. et par une ardente inimitié. Son ^|^it , loin

(1) Artapàn. ap. Euseb., PraBpar. Evang., lib. IX, p. 439. — Justin., lib. XXXVI 'et al. ap. Voss. ,^ De Origin., Idolol., lib, I.

[i) J)'Herbelot , Bibliotb. orient., passifn*

(l*être appuyé sur âau seul témoignage , n'est donc en réalité que la tradition uniforme de plusieurs peuples , tradition d'autant plus certaine que , dans ces temps reculés , les peuples attachoient un prix extrême à conserver exactement la mémoire des faits relatifs à leur origine. La religion , les mœurs , Tiatérêt même , concouroient à augmenter pour eux l'importance de ces annales de familles , qui , en établissant leurs descendance, formoient leurs titres de propriété 5 et prouvoient que les pays dont ils étôient en possession leur appartenoient par droit d'héritage.

Délivrés par Moïse de la captivité d'Egypte , les Juifs reçoivent de ce grand homme envoyé de Dieu pour les constituer en corps de nation, leurs lois religieuses , politiques et civiles. Depuis cette époque jusqu'à Jésus-Christ , l'histoire de ce peuple offre une chaîne de faits dont on ne peut briser aucun anneau sans détruire la chaîne entière , et sans renverser en même temps presque toute l'histoire des anciennes monarchies de l'Orient, qui se rattache par de nombreux rapports à celle des Israélites. La Providence a même permis que les circonstances les plus extraordinaires de la narration -de la Bible fussent rappelées dans d'autres écrits , et par des païens mêmes , comme pour

190 « ESSAi SUR LINDIPFBRENGE

ajouter encore une nouvelle autorité, à lautorité déjà plus que suffisante de l'Écriture sainte.

Un poète , cité par Eusèbe , parle de Jacob et ' de son séjour en Egypte , de Joseph, de Moïse , exposé sur les eaux et sauvé par la fille du roi ( 1 ). Eupolème (2) , Jkrtapan (3) , Démétrius (4) , confirment dans tous 3e$ points le récit de la Genèse et de TExode; l'oppression du peuple Ixébreux , la mission de Moïse , à qui Dieu apparoît au milieu d'un buisson ardent; les pro^ diges qu'il opère devant Pharaon, sa verge changée en serpent, les plaies dont il frappe l'Egypte, et dont la mémoire s'est conservée jusque dans ses coutumes (5) ; le passage merveilleux de la mer Rouge , les Egyptiens engloutis dans ses flots , le voyage des Juifs dans

(1) Ezech. poetatragic. ap. Euseb. , Prsep. ËTangel. , lib. IX, cap. XXYIII, p. 4^ y teqq.

(2) Âp. Euseb., ibtd., cap. XXVI, p. 43i. (5) Ibld., cap. XXVII, p. 4^1. seqq.

(4) Ibid., cap. XXIX, p. 4^$ seqq.

(5) Gœterum memoriaia calamitatis hujus, qu^majojores Datuliberos amistrunt, retinuisse videntur JËgyptii, pecudes suas et arbores minio notare soliti circa yernuin aequinoctium , quo tempore scilicet iti tantos luetus inciderunt Alnetan., Quœst,, lib. II, cap. XII ^ n. XI y p. aoa.

EN MAhtKE DE RELIGION. * lyi

le désert , la rocher qui s*ouvre et laisse couler des eaux abondantes, dès qu'il a été touché par la verge du conducteur d'Israël. La tradition des Tables de la loi données au sein d'une nuée , se trouve jusque dans Tlnde (i), et Berose, auteur chaldéen , atteste la destruction miracur leuse de l'armée de Sennacherib (a),

Nous pourrions alléguer d'autres témoignages anciens, et montrer, dgms la fable même d'évidentes allusions aux faits que rapporte l'historien sacré (3).. Mais quel besoin l'E-^ criture a-t-elle de ces appuis étrangers ? Elle se soutient assez par elle-même , et il n'y aura pour l'homme rien de vrai , si elle ne l'est pas. Ce qui fait naître en quelques esprits des doutes sur sa vérité , c'est que , parmi les événemens dont elle nous instruit , il y en a qui sortent visiblement de l'ordre ordinaire des choses. Nous

(i) Ibid., Q. X,IX, p. 214.

{2) Beros., ap. Joseph. Antiq., llb. X, cap. I et IT.

(5) Fid, Noun. Dyonis. , lib. XX , XXIII , XXIV et JLLV. Laissant à part tout esprit de système , on trouvera sur ce sujet des rapprochemens très-curieux dans la Démonstration évangélique de Huet , V Histoire véritable des temps fabuleux de Tabbé Guérin Du Rocher, V Analyse de i* ancienne mythologie de Bryanl , et V Origine de f'idolâtrif payetwe de Faber.

\Q'2 ESSAI SUR i INDIFFERENCE

parlerons de ce genre de faits dans un chapitre particulier. Ici nous prierons seulement d'obser- Ter, que les faits de cette nature que présente rhistoirè des Juifs depuis leur délivrance de la captivité d'Egypte , ne sont pas en eux-mêmes plus merveilleux, que beaucoup d'autres faits de l'histoire primitive. De quoi peut-on s'étonner après le récit de la création, de la chute de l'homme tenté par l'ange rebelle sous la forme d'un serpent , du déluge et de ses circonstances toutes prodigieuses? Or le genre humain atteste ces faits , et son témoignage uniforme et perpétuel leur donne le plus haut degré de certitude possible. Les nier , ce seroit renverser la raison humaine. On est donc obligé nécessairement, ou de renoncer à la raison, ou d'admettre des faits extraordinaires , des miracles. Forcé de croire à plusieurs miracles rapportés dans les Livres saints, il seroit donc absurde de refuser de croireà aucune partie de ces mêmes Livres, sur Tunique motif qu'elle'contient ()[es faits miraculeux. Les temps antérieurs nous offrent des exemples certains de pareils faits. Pour savoir si des faits du même ordre sont également certains, il ne s'agît que d'examiner s'ils sont attestés suffisamment : sous ce rapport, ils. ne diffèrent point de tous les autres faits , et nous ne les en distinguerons point non plus en consi-

£N MATIÈRE D£ RELIGION. IqS

dérant les témoignages sur lesquels repose Thistoire du peuple de Dieu.

Nous avons prouvé que Moïse est l'auteur du Pentateuque, qui, outre le récit des événemens dont les Juifs dévoient garder la mémoire , renferme le code de leurs lois et le détail des nombreuses pratiques auxquelles ils étoient assujétis. Le Pentateuque a donc toujours été connu des Juifs. C'étoit pour eux un devoir de le lire. Les Lévites Texpliquoieat au peuple ; et sans cela comment le peuple auroit-il pu obéir aux ordonnances du Législateur? Mais dès lors il est impossible qu'aucun des faits rapportés dans le Pentateuque soit controuvé ; car ces faits avoîent dû se passer en présence de la multitude , et par quels moyens le chef d'Israël auroit-il persuadé à toute une nation qu'elle avoit été témoixi des faits merveilleux qu'il raconte, si elle ne l'avoît pas été réellement ? Y a-t-il quelque exempled'un pareil excèsde stupidité chez aucun peuple ?^ i;ie voit-on pasquepour nier des prodiges que tant de siècles attestent, on est contraint d'en admettre un plus grand que contredit l'expérience de taus les siècles? Pour qu'un peuple ignorât les prin^ cipaux événemens de son histoire , lorsque la génération qui y a pris part est encore vivante, il faudroît que toutes les lois du monde moral fussent renversées. Or le renversement des lois 4. i3

194 lESSki SUR l'tndifférenge

de la nature inorale, est-il moins extraordinaire, n^oins incroyable, que la suspension des lois de . la nature physique?

Les institutions du peuple juif, ses pratiques religieuses, ses uasges , ses fêtes , ses hymnes , supposent d'ailleurs la réalité des événemens qu'ils rappellent, et dont ils sont destinés à conserver le souvenir. Ainsi , à moins de nier l'existence de ces institutions , de ces pratiques , de ces usages , de ces fêtes , ou à moins de nier l'existence des Juifs , on ne peut nier leur histoire. Quand elle ne seroit pas écrite , on la retrouveroit encore presque tout entière dans leur impérissable législation, et dans la tradition qui en est comme le vivant commentaire.

Que les incrédules se résolvent donc à nier qu'il existe et qu'il ait jamais existé des Juifs; ou qu'ils prouvent que les Juifs sont régis et lef urerft toujours par des coutumes et des lois différentes de celles qu'on lit dans l'Ecriture, qu'ils avoient d'autres institutions , un autre culte , d'autres fêtes; ou qu'ils nous montrent le rapport de ces fêtes , de ce culte , de ces institutions , de ces lois avec une histoire autre que celle qui est consignée dans les Livres saints. Qu'ils nous disent où ils ont découvert cette autre histoire , qu'ils en produisent les preuves , qu'ils citent les témoignages qui l'appuient ; et, lorsqu'ils auront

KN MATIÈRE DE RELIGION. igS

achevé ce léger travail, qu'ils sachent que leur tâche est loin d'être remplie, et qu'ils n'ont rien fait encore.

Car enfin il sera nécessaire que cette histoire nouvelle et jusqu'à ce jour inconnue du monde entier, remonte jusqu'à Moïse, qu'elle explique et l'autorité qu'il exerçoit sur les Juifs , et les lois qu'il leur donna, et les fables sur lesquelles on prétend qu'elles sont fondées. Elle devra rendre clairement raison de l'imposture du Législateur, et de l'incompréhensible crédulité du peuple.

Le penchant des Juifs à l'idolâtrie est certain de leur aveu. Jamais ils ne réclamèrent contre cette imputation si souvent reproduite dans leurs livres , ni contre les reproches de leurs prophètes , ni plus tard contre ceux des chrétiens. Ils confessent leur inclination à ce crime si énorme à leurs propres yeux ; et l'on conçoit qu'un peuple sensuel dut aisément être porté à cette violation de la loi divine , par l'exemple général des peuples qui l'environnoient. Le contraire seroit opposé à tout ce que l'on connoît del'homme. L'idolâtrie n'étoit que le règne des passions. Or dira-t-on que les Juifs étoient exempts de passions , qu'ils étoient au-dessus de la nature humaine?

Si l'on avoue qu'ils ressembloient à tous les autres hommes, il n'est point d'absurdités égales à

196 E58A2 SUB l'iNDXFF^AENCE

teHesqu'oïi seroit oblige de sorutenir pour nier le récit delà Bible. Car il faudrait dire que Moïse a contenu dans le devoir, et soumis axixlois les plus sé'vères, auxpratiqiies les plus gênaiitea, aux châtimens les plus rtertiililes^ un peuple violent , opiniâtre, «t toujours prêt à la révolle, en Ini persuadant ^4i'il 4^it loumellemeat témoin d'une suiteide{>rodJge6 doat pas un n'avxHt frappé ees regards. Ctkoisissons pour exemple le passag-ede la D^bcr Biouge. Pense*t-on quïl y ait un peuple au inonde à qui Ton pût faire croire conti»e le témoignage unîformede ses sens et de sa mémoire, <|ii 'il alfiav^etiséàipied sec un bras de mer dont les eaux , pendant ;soii passage, «ont restées miraculeusemeeit suspendues, pour engloutir ensuite en mtxttnÎKaûi ses ennemie qui le poursuivoient ? Voilà ce que raconte Moïse, voilà ce qu'il rappelle aux Israélites pour les raimener au culte du vrai Dieu, lorsqu'ils l'abandonnent. Or , si ce fait eût été faux^ oonçoit-KWi rien de plus extravagant que de ralieguter à un peuple emporté par ses passions , pour le détdui^ui^r de l'idolâtrie et le faire rentrer dans l'obéissance ?

L'AngleteiTe , en se séparant de l'Eglise de Jiésus^Cbrist, a renoncé depuis plusieurs siècles au véritable culte de Dieu. Supposons que pour ramener les habitans de Londres à ce culte saint , un catholique leur tînt ce ian-

EN Bl^TlERE D^ RELIGION. I97

gagel « EU quoi : avez -vous donc oublié »i* » vite les miracles opérés eu votre faveur; » la Tamise suspendant son cours , son lit des- » séqhé pour vous ouvrir un libre passage , ses » flots arrêtés sans aucune digue , et recommen- » çant à couler quand vous avez atteint l'autre » bord ?» Se trouveroit-il un homme , un seul , que ce discours persuadât ? Quel autre effet produiroit-il que d'exciter la risée des eafansinêmes? £t que devroit eu attendre Fauteur sinon d'être aussitôt enfermé comme fou?

Or toute l'histoire des Juifs est remplie de faits aussi étonnans que le passage de la mer Rouge. Il n'y a presque point eu chez ce peuple de génération à qui, de siècle en siècle , on n'ait dit qu'elle avoit été témoin de semblables prodiges. Il y en avoit de perpétuels , tels que le rational dii grand prêtre, la nuée qui couvroit le prc^itiatoire ; et toujours les Juifs ont cru ces prodiges, et pas un doute ne s'est élevé dans un seul esprit sur leur réalité , même après que les Sadducéens eurent attaqué l'immortalité de l'âme ; c'est-à-dire, que pendant quinze cents ans , il a existé une nation de fous , qui croyoient voir ce qu'ils ne voyoient pas, entendre ce qu'ils n'entendoient pas ; çn un mot dont les sens et la raison, toutes les fois qu'ils avoient un puissant intérêt à ne se point abuser , étoient constamment en.

198 ES5AT SLR l'iNDIFFÉRENCE

contradiction avec la raison et les sens des autres hommes.

Quand quelques esprits obstinément aveugles admettroient la possibilité d un pareil renversement de toutes les lois de Tordre moral ; que s'ensuivroit-il , si ce n'est que quelques esprrts peuvent dépasser toutes les limites connues de l'extravagance? Condamnés parle sens commun universel , qu'importeroit leur opinion particulière opposée à la décision sans appel du genre humain ? La question n'est pas de savoir si l'homme est maître de résister à l'évidence, jusqu'au point de nier la vérité de TEcriture-Sainte; mais si la vérité de rEcriture-Saîntc est certaine ou appuyée sur des témoignages irrécusables ; et là-dessus nous en appelons au jugement du monde entier.

On ne choqueroit pas moins la raison en rétoquant en doute l'histoire évangélîque attestée par une multitude d'auteurs juifs et païens, dont les témoignages ont été recueillis parBuUet (1) et Lardner (2). Pendant plusieurs siècles, ceux

(1) Histoire de l'établissement du christianisme tirée des seuls auteurs juifs et païens , où Ton trouve une preuve solide de la vérité de cette religion , in-4*''

(2) A large collectiolî of ancîent Jew^îshandHeathentestimonies of the truth of the Christian religion , with notiî* and observations. 4 vol. in-4°-

EN MÂTIÈBE DE t^ELIGION. IpQ

mêmes qui attaquoien-t la religion chrétienne , n'ont point contesté les faits sur lesquels elle repose; tant ils étoient avérés, tant leur certitude paroissoit inébranlable : et Ton viendroit aujourd'hui, sans autre preuve qu'une haine forcenée contrele christianisme, nier ce que confessoient Celse, Porphyjre , et Julien !

Deux sociétés ennemies s'accordent à reconnoître la vérité de ce que l'Evangile nous apprend de Jésus-Christ ; et certes on ne pensera pas que les Juifs et les Chrétiens (i) se soient concertés pour tromper l'avenir de la même manière, sur celui que les uns blasphèment et que les autres adorent. Interrogeons d'abord les Juifs.

Peuple autrefois le peuple de Dieu , devenu non pas le tributaire , le serviteur d'un autre peuple, mais l'esclave du genre humain, qui malgré son horreur pour toi, te méprise jusqu'à te laisser vivre : peuple opiniâtre , dont aucune souffrance, aucun opprobre n'a pu lasser ni l'orgueil, ni la bassesse; qui ne trouves pas en toimême un remords, un humble regret, une plainte

(i) Aux Juifs et aux chrétiens il faut joindre les musulmans, qui admettent comme nous les faits évangéliques. Nous ne les nommons pas dans le texte , parce qu'ils ne sont, comme nous l'ayons déjà dit et comme nous le prouverons dans le volume suivant , qu'une secte du christianisme.

200 EâSAI SL'K L INDIFFERENCE

pour désarmer le bras qui tefrappe, etquî portes sans étonnemeot, depuis dix-huit siècles , tout le poids de la vengeance divine r peuple Incompréhensible, cesse un moment le travail dont tu te consumes sous le soleil, rassemble-toi des quatre vents où le souffle de Dieu t'a dispersé , viens et réponds : Est-il vrai qu'il ait existé dans ton sein un homme nommé Jésus, qui sedisoit le Libérateur annoncé par tes prophètes (i)? Oui.

Est-il vrai qu'il ait paru au temps où l'on croyoit que le Messie devoit venir (2)?

Oui.

Est-il vrai qu'il soit né dans le lieu où il ctoit prédit que le Messie naîtroit?

Oui.

Est-il vrai, laissant à part ce qu'il disoit de sa

(i) Tolmad Babil. Tract Sauhedr., cap. VI.

(2) Vid. Talmud-Hierosol. Tract, de Sanhedr. et libr. fierachoth , cap. Haiha Kore. Echa Rabbethi, seu Explic. Lamentât. Jerem. , in cap. L Rabbi Moys. Hadartau , Gomment, in Gènes, ad h. verb. Et scriba de fomoreejus. Id. Gomment, in Isa. cap. ultim. Le Rabbin Moïse , dit rÉgygtien , dans le livre Sophrin ^ dit que « Jésus de Na- » zareth a paru Être le Messie , qu'il a été mis à mort par » le Sanhédrin, ce qui a été la cause qu'Israël a été détruit » par l'épcc. » Galatin, de Arcan, cathol, verit.j pag. 179.

EN UATIÉRE D£ RELIGION. 20 1

mission, que sa vie étoitpure (i) et sa doctrine sainte (2) ?

Oui.

Est-il vrai qu'il ait opéré ainsi que ses disciples des œuvres miraculeuses ?

Il est manifeste et nous ne pouvons le nier (3).

Malheureux! et qui t'a donc empêché de le

(1) Le Toidoth Joschu^ quoique rempli d'iavectives sacrilèges contre Jésus-Christ , ne lui fait aucun autre reproche que de s*être dit le Messie et le fils de Dieu.

(a) Triphon dit que les préceptes de l'Évangile sont si parfaits qu'on ne peut les obserrer. f f^cic ^ f^aroiav à^wiit v<xr poi^e^asvot , Xpi^rrov savToîç ttva àvaTrXaffO'f Tt , zot àuTÔv X^^^ rà v5vàffxÔ7rû)çdbr©7>uffôe. Dialog, cumTrjrph, Jud, , cap, X»

(5) Et conferebant ad invicem 9 dicentes : Quid faciemus hominibus isûs ? quoniam quidem notum signum factum est per eos, omnibus habitantibus Jérusalem : mar nifestum est 9 et non possumus negare. Aet, IV y i^et 16/ et Joan. XI, 47* — ^1 ^t dit dans le Toidoth , que Jésus* Christ guérissoit les lépreux et ressuscitoit les morts, par la vertu du nom ineffable de Dieu , qu'il avoit dérobé dans le temple. Le même livre atteste les miracles de saint Pierre, qu'il appelle Simon Céphas. Le savant Heydeck , rabbin converti, nous apprend qu'encore aujour* d'hui les Juifs continuent d'avouer les miracles de Jésus- Christ. « Prosiguen en nuestro tiempo en confesar los » prodîgios obrados por Jesu-Christo , con la dîferencia » que prctendcn de haberlos obrado en nombre de Bel- » zehn, ^i D^fcnsa de la Relig, Christian,, tom, III,, /?. 3i6, not, 385.

202 ESSAI SlJR l'iN DIFFÉRENCE

reconnoître ? Que te falloît-il de plus ? Tu demandois un signe du ciel (i) : quelle force ce nouveau prodige eût-il ajoutée à tant de prodiges? Et ce juste qui rendoit la vue aux aveugles , Fouie aui sourds , qui guérissoit toutes les langueurs ^ qui chassoit les démons , qui ressuscitoit les morts , qu'en as-tu fait ? Est-il vrai que tu Taies crucifié (2) ?

Tout à coup un grand cri : Que son sang soit^ sur nouSj et sur nos enfans (3) !

Juif! tu n'as pas fait en vain cette demande; ton souhait est accompli : ce sang est sur toi , il y sera toujours. Va; retourne à ton supplice; que le monde entier en soit témoin , jusqu'au jour où , reconnoîssant et détestant ton crime , ce sang, ce même sang que tu as versé l'effacera.

La vérité des faits rapportés dans l'Evangile ne fût-elle attestée que par les chrétiens, ce seroit assez pour en établir invinciblement la certitude. Je crois j dîsoit Pascal, des témoins qui se font

(i)Et accesserunt ad eum Pharisaîi et Sadducaei teu" tantes : et rogaverunt eum ut signum de cœlo ostenderet eis. Matt, XVI ,1.

(2) La trahison de Juda et toutes les, principales circonstances de la passion du Sauveur, sont rapportées dans le Toldoth Jeschu, et dans le Talmud de Babylone , au traité du Sanhédrin , chap. VI.

(3) Et respondens universus populus, dixit : Sanguis ejus super nos , et super filios nostros. Matt, XXV II 9 af).

égorger; et tout homme sensé les eiroira, car on ne se passionne point pourdes faits; et je ne sais d'ailleurs où seroit la séduction du mensonge qui ne conduit qu'aux tortures et à Téchafaud. Le désir de la gloire, des richesses, du pouvoir, peut créer des imposteurs; mais on ne trompe pas les hommes, afin d'être pauvre, méprisé, persécuté , et ce sont là des biens qu'on n'est gjnère tenté d'acquérir au prix de sa vie. Cherchera-t-on à expliquer par le fanatisme ce sacrifice entieï desoi-même? aussitôt se présentent de nouvelles absurdités. Le fanatisme est une passion ardente, sombre, implacable : que voit-on de pareil dans les Apôtres ? Leur caractère c'est le calme , la simplicité , la douceur , et avant la mort de leur maître, une excessive timidité qu'ils avouent avec une candeur naïve. Saint Pierre reniant Jésus-Christ et tremblant devant une servante , étoit-il un fanatique ? Les autres apôtres dispersés comme des brebis sans pasteur (i); Saint Thomas refusant de croire que le Christ est ressuscité , s'il ne le voit de ses yeux et ne le touche de ses mains (â); Saint Paul devenant de persécuteur,

(i) Tune (lîcit illis Jésus : Omnes vos scandaliim patiemini in me , in ista nocte. Scriptum est enim : Percutiam pastorem , et dîspergentur oves gregis. Mat t. XXV h 5i .

(2) Thomas aiiteni unns ex iluodecim, qui dicitnr Di-

:io4 KssAx SUR l'indifférence

le plus humble discJple de ce même Christ qu'il doit annoncer aux Gentils : tous ces hommes, que le monde n'a connus que parleurs bienfaits, leur parfait désintéressement, leur charité com^ pâtissante, étoient-ils des fanatiques? Le fanatisme combat, domine^ écrase ce qui lui résiste; eux n'ont su que mooiir.

Qu'oD en pense, ^près tout, ee qu'on voudra; qu'on suppose que les Apôtres étoient où des fourbes, ou des enthousiastes,, on ne gagne absolument rien par cette supposition, à moins qu'on ne suppose de plus que tous les premiers chrétiens , tous les Juifs qui aceouroient pour être témoins des œuvres de Jésus-Christ, et ceux qui le bénissolent , disant i Gbire au fils de David? ( 1 )! etceux qui crioient : Qu'on leerucifie (2) !

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