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d^mus , non erat cum eis quando Tenit Jésus. Dixcrunt ergo eî alii discîpnli : Vidimus Douiinum. lUo autem dixit eis : Nisi Tidero In manîbus ejus fixuram cloYorum, et mittam digitua» meum in locum olaTorutn, et mittam manum meamln latuse]us, noncredam. Joan. XX, a4 et 25.
(1) Turbœ autein , quae praecedebant et quœ sequebantur, clamabant ^ diccnte.s : Hosanna filio David : Benedic- ,tu0, qui Tenit in nomîne Domini : hosanna în altissimis. Matt XXI , 9.
(2) Dîcit illis Vilatus : Quid igitur l'aciam de Jcsu, qui di^itur Christu*? Dîcuot omnes : Grucifîgatur. Ait illis
étoient aussi des enthousiastes , ou des fourbes qui s'entendoieat pour persuader au monde la vérité de faits innombrables qui n'existèrent jamais.
Car il faut remarquer que ces faits avoieot dû être publics; que les Apôtres en appeloient hautement au témoignage d'un peuple entier , d'un peuple en grande partie ennemi du christianisme, et dont les aveux ont dès lors une force irrésistible, ^aucune de ces choses^ disoit Sainte- Paul , dans la Judée même, au roi Agrippa , aucune de ces choses , ne s' est passée dans un coin obscur, £t vous n'en ignorez oficune (i). Parlet-on de la sorte, quand on peut craindre une solennelle dénégation ? Et que répond Agrippa? Peu s'en faut que vous ne me persuadiez de me faire chrétien (2). ,
Mais on doutera peutnêtre de ces circonstances même* , à cause qu'elles sont rapportées dans le livre des Actes. On ne doutera pas du moins que le christianisme n'ait existé dès le premier
prœses : Quid enîm malî fccit? At ilîi magis clamabant, dicentes : Crucifigatur! Ibid.^ XXV il ^ 22 et 23.
(1) Scit«nim rexadqaem et coastaatar loquor : laterc enîm eum nihil horum arbitfor. Neque enim in anguio quidquam horum gestum est. Act. XVII\ 26.
(2) In modico suades me christianmn fieri. ///<>/., 3^.
siècle de notre ère, ni par conséquent qu'il ait été annoncé parles Apôtres et les premiers disciples. Presque tous les peuples alors connus entendirent la bonne nouvelle du salut , qui se répandit avec la rapidité de la lumière (i). L'authenticité du Nouveau-Testamrent étant démontrée , nous savons certainement ce que racontoîent les Apôtres, ce qu'ila enseignoient , ce qu'il disoient d'eux-mêmes et des œuvres qu'ils opéroient publiquement. La propagation du christianisme prouve qu'on les crut. Le témoignage des prosélytes qu'ils feisoient à Jésus-Christ, est confirmé, comme on l'a vu, par le témoignage des Juifs et des païens. C'est donc le monde presque entier qu'il faut démentir, pour nier les faits évangéliques; c'est pfesque toutes les nations soumises à la domination romaine qu'il faut accuser d'enthousiasme ou de fourberie; c*estle principe de toute croyance qu'il faut anéantir ; car que trouvera-t-on de plus croyable que ce qui a été cru universellement?
Il n'y a qu'un insensé ou un fou d'orgueil qui puisse essayer d'opposer ses petites idées , ses
(i)Fidesex auditu; auditus autem per verbum Christi. Scd dico:Numquîd non audierimt? Et quîdem in omncm terrain exivit sbnus eorurn : et in fines orbis terrse verba eorum.Ep. ad Roman, ^X^ ly et 18,
lîPC MATIÈRE DE RELIGION. 20'J
petites opinions particulières au consentement commun. Ce que l'homme sait n'est rien en comparaison de ce qu'il ignore , et l'incrédule argumente toujours comme s'il savoit tout. Sa vie même ne lui est-elle pas incompréhensible? Qu'il en cherche la preuve dans ce qu'il connolt de son organisation ^ l'y découvrira-t-il ? Mettez un livre de physiologie entre le;5 mains d'un philosophe; partant de la supposition qu'il renferme une science complète , il prouvera , s'il le veut, par mille raisons , l'impossibilité que l'être décrit dans ce livre existe. Comment lui répondroit-on ? par le fait même de l'existence de cet ^tre impossible. Et comment prouveroit-on ce fait? par le témoignage. Nous ne connoissonspas davantage , nous connoissons beaucoup moins le plan éternel de la Providence, l'ensemble des lois qu'elle a établies, que nous ne nous connoissons nous-mêmes ; l'ordre universel nous échappe : et cependant l'incrédule raisonne constamment selon l'hypothèse qu'il en a une connoissance parfaite. Cela ne se peut pas , dit-il ; donc cela n'est pas. Et qui l'assure que cela ne se peut pas? Il commence par mettre sa pensée à la place de celle de Dieu , et puis il prononce sans hésiter sa décision irrévocable. Qui ne voit qu'en contredisant le témoignage général des hommes , en niant un effet attesté , ou il sup-
2oS ESSAI sun l'indiffékenge
pose qu'il connoit toutes les causes qui peuvent rendre cet effet possible , toutes les volontés de l'Être tout-puissant, tous les motifs qui les déterminent, ou sa négation se réduit à ce triomphant argument : Je ne comprends pas que cela puisse être ; donc cela n'est pas. Comment lui répondre ? encore par un fait. Cela est; donc cela ■peut-être. Cela est , parce qu'un témoignage irrécusable l'affirme. Cela est , parce que , s'il n'étoit pas certain que cela fût , rien ne seroit certain , pas même votre négation^ ou si vous l'aimez mieux , votre doute , qui n'est non plus qu'un fait connu seulement par le témoignage , parle vôtre d'abord, et ensuite par celui des personnes qui l'ont entendu. Cela est, parce qu'à l'instant même où vous dites , cela n'est pas , vous vous ôtez. à vous-même le droit de prononcer aucun jugement, puisque votre raison proteste contre la raison humaine.
L'inspiration de l'Ecriture, conséquence nécessaire de ce que nous avons établi , ne sauroit être niée par quiconque aura compris ce qui précède.
Car, premièrement, la vérité des faits rapportés dans l'Ecriture étant reconnue, l'inspiration de l'Ecriture devient elle-même un fait aussi incontestable que tous les autres. La loi donnée par Dieu même sur le mont Sina ,
EN MATIÈR£ DE RELIGION. âOQ
est UD fait identique avec l'inspiration de cette partie de rEerîture. La mission de Moïse, prouyée par ses œuvres , prouvées elles-mêmes par tant de témoignages ; la promesse que Dieu lui fait de mettre sa parole sur ses lèvres ^ de lui enseigner ce qu'il doit dire (i ) , sont des faits identiques avec l'inspiration de Moïse. Chaque livre de l'Ancien -Testament offriroit de semblables preuves de son inspiration , ou bien on la trouveroît attestée dans un autre livre dont l'inspiration seroit prouvée de la même manière que l'inspiration du Pentateuque. La descente du Saint-Esprit sur les Apôtres et les premiers disciples de Jésus-Chriot, le don des langues qu'ils reçurent , sont des faits identiques avec l'inspiration du Nouveau-Testament; car l'inspiration de l'auteur d'un livre , prouve l'inspiration du ' livre , ou plutôt c'est une seule et même chose. Secondement , sans anticiper sur ce que nous dirons des prophéties, il est manifeste que l'Écriture contient des prédi(;tions successives intimement liées à des dogmes universels , prédictions parmi lesquelles il y en a dont l'accomplissement ne peut être , pour tout homme sensé , l'objet du plus léger doute. On ne peut pas dou-
(i) Ego ero in ore tuo^ doceboque te quid loqiiaris. Eicod. IV ^ ï'i, seqq.
J2iO ESSAI SLR l'iNDIFFÉllEJNCE
ter que le Messie ne soit annoncé dans l'Ecriture , avec les circonstances de son ayénement , de ses 80u£frances et de sa mort. On ne peut pas douter que le Messie ne soit venu , qu'il n'ait souffert et qu'il ne soit mort, comme l'a voient marqué les Prophètes. On ne peut pas douter que la ruine prochaine de Jérusalem ne soit prédite dans l'Évangile : on ne peut pas douter davantage de l'accomplissement de cette prophétie. Or, point de prophétie sans inspiration ; donc les deux Testamens sont inspirés , en ce qu'ils contiennent de prophétique.
Troisièmement , nous avons montré que le christianisme est l'ensemble de toutes les vérités et de toutes les lois que Dieu a révélées à l'homme , et qu'il étoit impossible à Thomme de .les connoître autrement que par une révélation divine ( i ) . Ces lois et ces vérités sont renfermées dans l'Ecriture (2). Ainsi l'atteste la société chrétienne , à qui l'on accordera sans doute de savoir quels sont les dogmes et les préceptes du christianisme. Les deux Testamens ne sont
(1) Voyez les chapitres XXI et XXXI.
(1) Ou doit toujours entendre que , pour découTrIr avec certitude ces lois et ces yérités dans l'Écriture , qui ne s'interprète pas elle-même , il est nécessaire qu'elle soit expliquée, d'après la Aradîtion, par une autorité Tirante et infaillible.
donc , dans leur partie dogmatique et morale , que la révélation divine ; les deux Testamens * contiennent donc la parole de Tauteur de la ré^ vélation , la parole de Dieu ; parole écrite par ceux à qui la révélation a été faîte immédiatement : donc les deux Testamens sont inspirés , au moins dans leur partie dogmatique et morale» Mais , quatrièmement , les dogmes , les préceptes et les prophéties sont tellement mêlés à ê la narration des faits , dans le même livre , dans . le même chapitre , dans le même verset ; ils forment avec cette narration un tout dont chaque partie est tellement inséparable des autres , que si la narration même n'étoit pas inspirée, il faudroit fort souvent admettre l'inspiration dans la moitié d'une phrase, et la nier dan» l'autre moitié ; chose absurde : donc lesdeux Tes* tamens sont inspirés dans toutes leurs parties.
-Cinquièmement enfin , l'inspiration de l'Écriture est elle-même un dogme du christianisme; d'où il s'ensuit que, si on la nie, on renverse le christianisme , on nie la révélation , c'est-à-dire toutes les vérités, c'est-à-dire la raison humaine. Donc encore une fois , l'Ecriture a été inspirée de Dieu.
Et que de choses seroient sans cela inexplicables dans les Livres saints! Comment concevroit-on cette perpétuelle unité d'enseignement
ai 2 ES8A.I SUR l'indifférence
parmi tant d'écrivains dont plusieurs ont écrit à près de trois mille ans l'un de l'autre ? Moïse , David , Isaïe, Malachie, nous donnent précisément la même idée de Dieu et de nos devoirs en^ vers lui, nous annoncent le même Médiateur, tandis qu'on ne trouve pas deux philosophes , même contemporains , qui , lorsqu'ils parlent d'après leur seule raison , s'accordent sur ce qu'on doit penser de la Divinité , non plus que sur les préceptes fondamentaux de la morale. Comment se faît-il que les Evangiles , les Actes et les Epî- / très des Apôtres ue forment ensemble et avec les
livres de l'Ancien-Testament , qu'un corps de doctrine toujours la même depuis l'origine du monde (i)? Comment n'a-t-elle subi aucune modification , selon l'esprit des dîffcrens siècles, le génie particulier , et les opinions de chaque écrivain ? Cette invariable uniformité est -elle dans la nature de l'homme? Et si l'Écriture n'est pas divine , de qui tient-elle ce caractère qui la sépare si. visiblement de toutes les productions humaines, qui fait des pensées de tant d'hommes dispersés à de longues distances sur la route du temps , une seulcpcnsée , éternelle comme Dieu , immuable comme sa vérité, féconde comme son amour?
(i) Voyei le chapitre XXV
^ a Ci^ / -^
Jusque dans le langage de rÉcriture , son inspiration se manifeste. On pourroit dire des Écrivains sacrés , ce que disoient de Jésus-Christ les émissaires des Pharisiens: Nul homme ne par la jamais comme cet homme (i). On voit, en les lisant, que le doigt de Dieu a touché leurs lèvres. Quelle simplicité naïve dans les récits ! Quel charme de candeur et de vérité! Quelle grâce ingénue 1 C'est la parole dans sa pureté et son innocence primitive. Et puis , quelle force ! quelle profondeur! quelle richesse d'images ! quels regards jetés jusqu'au fond de la nature humaine ! Qui a mieux senti ses misères ? Qui a mieux connu sa grandeur? On entend des plaintes déchirantes sur le sort des enfans d'Adam ; je ne sais quoi de funèbre enveloppe leurs destinées; un long gémissement, des cris d'angoisse, saisissent Fâme de tristesse et d'une secrète terreur : Pourquoi la lumilm a-t^elle été donnée au misérable ^ et la vie à ceux qui sont dans r amertume du cœur? qui attendent la mort, et elle ne vient point (a)"! Voilà l'homme tombé, l'homme qu'un crime antique tourmente intérieurement. Et tout à coup une
(i) Nunquàm sio locutus est homo^ sîcut hic homo. Joan. VII , êfi,
(a) Quarë misero data est lux, et vita hîs qui lu amarîtudine animœ sunt ? qui exspectant moitem , et non ve-< nit. Job, III f ao.
21 J\. ESSAI SUR l'indifférence
voix d'espérance s'élève et domine cette voix de douleur. L'œil du Prophète a découvert le salut dans l'avenir. Sion tressaille d'allégresse ; elle relève sa tête couverte de cendre , et salue par des chants de joie , que l'univers entier redira , le Libérateur qui s'avance.
Tout ce qu'il y a de doux, de tendre , de terrible , de sublime , ne le cherchez point ailleurs que dans l'Écriture. Ici c'est Rachel pleurant ses enfans sur la montagne , et elle ne veut point être consolée^ parce qu'ils ne sont plus (i). Là c'est l'Epouse céleste du vrai Salomon , qui sou-^ pire ses ineffables amours. « Mon bien - aimé 1 est à moi , et. je suis à lui; il repose entre les 1 lis, jusqu'à ce que l'aurore se lève , et que les » ombres déclinent. Filles de Sion , sortez et 9 vovez le roi Salomon le front ceint du diadème » dont sa mère le couronna au jour de ses fian-. > cailles, et au jour de la joie de son cosot (2). »
Bavis au-dessus du temps, les Écrivains sacrés
(1) Voxin excelso audita est lamentatîonis , luctus , et fletus Kachel plorantis ûlios suos, et nolentis consolari .super els, quia nonsunt. Jerem,^ XXXI ^ i5.
(a) Dilectus meusmihi, et ego illi , qui pasciturinter lilîa, doaec aspiret dies, et inclinentur umbrae.... Ëgredlmini çt videte, filiaB Sion, regem Salomonem in diademate^» quocoronavit iilum mater sua in die desponsationis iiiius, eÇîq die lœtitiœ cordis ejus. Cant, 11^ 16, 17, Ifl, 11,
EN MATIÈRE DE RELIGION.. 2lS
semblent le discerner à peine dans Téternité que leur pensée habite. Ils voient Tunivers comme Dieu lui-même le voit. // a déployé les deux ainsi qu'une tente (i) : vient-il à s'irriter, il les roule comme un livre ; et toute l* armée du ciel tombe comme la feuille de lavigne et du figuier (2). Si les cîeux ressemblent à un pavillon qu'on dresse le matin , et qu'on enlève le soir ; si le vent de la colère divine emporte toute la milice du ciel comme une feuille séchée, qu'est-ce donc que l'homme? Un esprit qui s'en va et ne revient point (3). Ses jours sont comme l'herbe, sa fleur est comme celle des champs; un souffle passe , il n'est plus (4). Mais écoutez : Ceux qui dorment dans la poussière ^ se réveilleront , les uns dans la vie éternelle , les autres dans l'opprobre , pour le voir toujours (5).
(1) Extendens «oelum sîcut pellem. Ps. CIll » 3.
(2) Complicabuntur, sîcut liber, cœli : et ornais mililia eorum defluet , sicut defluit foliuin de vineâ et de ficu. Isa. XXXIV j 4-
(3) Spiritus vadens et non reddens. Ps, LXXVII^ 39.
(4) Homo, sîcut fœnum dies ejus, tanquàm flos agri sic efllorebit , quoniam spiritus pertransibit in illo , et non subsistet. Ps. Cllj'i^et 16.
(5) Quîdorraiunt in terras pulvere , evigilabunt, aliiîa vitam setemam , alii in opprobium , ut videant semper Daniel, y XII ^ a .
2l6 C88AI SDR l' INDIFFÉRENCE
Nul autre livre que l'Ecriture ne nous apprend à parler à Dieu , à le prier ; et cela seul prouyeroit que l'Ecriture est divine. Elle dévoile à nos yeux l'ordre entier de la justice et de la Providence du Très-Haut; elle nous fait comprendre sa conduite sur le genre humain ; les épreuves du juste > afin que ce qu'il y a de plus sublime dans la vertu soit révélé ; le supplice du méchant, afin que le crime tremble. Contemplez David , le père et tout ensemble la figure du Messie; voyez-le détrôné par son propre fils , sortant de Jérusalem , traversant le torrent de Gédron , et , sans proférer une plainte , allant où il doit aller (i). « Or, David montoit » la colline des Oliviers , pleurant et mar-
• chant nu-pieds , la tête couverte ; et tout le » peuple , la tête couverte , montoit en pleu- » rant (2). »>
Mais voilà qu'un bruit lugubre s'élève du côté de l'Egypte. Dieu va punir l'orgueil de Pharaon et de son peuple. « Fils de l'homme, dis-lui :
• Tu as été comparé au lion des nations, et au
( 1 ) Ego autem vadam quô iturus sum. II, Reg., XV, ao.
(2)Porr6 David asceodebat clivum olivarum, scandeos et flens , nudis pedibus iocedens et operto capite ; sed et omnis populus qui erat cum eo , operto capite asceodebat plorabs. Ibid., 3o.
^ dragon des mers : tu agitois ta corne dans • les fleuves , tes pieds troubloient leurs eaux, » et tu fouloîs les fleuves. C'est pourquoi , voici » ce que dît le Seigneur : J'étendrai sur toi » mes rets, au milieu de la foule des peuples, » et je te tirerai dans mes filets , et je t'ame- » nerai sur la terre ; je te jetterai sur la » face d*un champ , et je ferai habiter sur toi » tous les oiseaux du ciel, et je rassasierai de » toi tous les animaux de la terre. Les astres » du ciel s'attristeront sur toi, et j'étendrai les » ténèbres sur ton royaume, lorsque les tiens, » blessés à mort, tomberont au milieu de la » terre , dit le Seigneur Dieu. Je troublerai le » cœur des peuples, quand j'amènerai tes débris » au milieu des nations, en des contrées que tu » ignores. — Et le Seigneur me dit : Fils de » l'homme , commence le chant lugubre sur la » multitude d'Egypte : traîne-la, elle et les filles » des nations puissantes au fond de la terre j » avec ceux qui descencjent dans le lac. En quoi » es-tu plus beau ? Descends , et dors avec les » incirconcis. » Là sont tous ceux qui ont été tués par l'épée, chaque monarque au milieu des siens , Assur et tout son peuple, OElam et tout son peuple, Mosoch, Thubal et tout son peuple, Edom et ses rois, et ses chefs, qui ont péri, eux et les leurs par l'épée; là sont tous les princes de
âl& ^ ESSAI SUR LINOIFFÉRENCE
TAquilon, et tous les chasseurs ; ils ont été conduits avec les moits , tremblans et confondus dans leur force. La multitude est couchée autour de leur fosse. « Us ont dormi ayec ceux qui » ont été tués par Tépée , et ils ont porté leur > ignominie avec ceux qui descendent dans le B lac. Ils ne dormiront point avec les forts , (^ui 1 sont descendus dans les enfers avec leurs
* armes, et qui ont posé leurs épées sous leurs 9 têtes. Leurs iniquités ont pénétré leurs os ;
• parce qu'ils répandirent l'épouvante dans la » terre des vivans (i). »
Des chants pleins de douceur, des hymnes d'une beauté sublime , reposent l'âme effrayée par ces sombres tableaux. Quelquefois on entend comme une voix du ciel , comme le son ravissant des concerts des anges ; quelquefois l'oreille est soudain frappée d'un bruit sinistre ; elle a entendu dans la nuit, comme les soupirs de l'abîme.
Et que de préceptes admirables , que d'instructions profondes, que de vérités inaccessibles à notre foible esprit , nous sont révélées dans l'Écriture l Ce n'est pas l'homme qui converse avec l'homme, qui se fatigue pour l'éclairer; c'est Dieu qui , d'un seul mot^ illumine son intelli- —*— ■ ' ' ' ■ I ■ — — — «^i^p— — ii^— —
(f)£zecb., cap. XXXIL
gence , et remue tout son cœur. Il jette , en quelque sorte , à pleines mains , dans le style des Prophètes , les merveilles de sa pensée, comme les mondes dans l'espace; et sa parole, élevée à une hauteur infinie au-dessus dulangage humain , a un tel caractère de magnificence et d'empire, qu'on n'est point étonné que le néant lui ait obéi.
L'Evangile , par sa simplicité même , est encore plus surprenant, plus manifestement divin. Il y a dans les Prophètes quelque chose d'ardent , de passionné , et comme un travail du désir pour atteindre un bien qu'ils ne possèdent pas y et auquel toute leur âme aspire : ils l'appellent avec l'accent de l'amour et de l'espérance ; ils demandent ù l'avenir celui qui doit 3auver le monde ; ils s'élancent dans les cieux pour l'y chercher ; ils montent jusqu'au sanctuaire où réside le Très-Haut ; et , lorsqu'on a cessé de les voir, on entend encore , au milieu des tonnerres qui roulent au pied du trône de l'Eternel , leur voix qui invoque son Fils»
Dans l'Evangile , c'est le calme de la possession , la paix ravissante qui suit un immense désir satisfait , la tranquille sérénité du ciel même. Celui que la terre attendoit est venu : le Verbe s'est fait chair ^ et il a liabité parmi nous y ft nous avons vu sa gloire j, la gloire du Fils unique
220 ESSAI SUR l'iNDIFFiSrENCE
du Père y plein de grâce et de vérité (i). Tout prend une face nouvelle : le temps^ des figures est passé ; le salut est accompli; la nature humaine rassurée éprouve comme un grand repos qu'elle n'avoît point connu. Prenez un homme, qui vous voudrez ; qu'il raconte cet événement si long-temps l'objet de tous les vœux , ce mystère impénétrable de miséricorde et de justice ; son langage pourra être pompeux , touchant , sublime. Voici l'Evangile :
« En ce temps-là on publia un édît de César n Auguste , pour faire le dénombrement des » habitans de toute la terre ; et tous alloient » pour se faire inscrire chacun dans sa ville^ » Joseph partit aussi de la ville de Nazareth en » Galilée , et vint dans la Judée à la ville de » David 9 appelée Bethléem , parce qu'il étoit » de la maison et de la famille de David , pour » se faire inscrire avec Marie , son épouse , qui » étoit grosse. Pendant qu'ils étoient là , il ar- » riva que les jours de son enfantenrent s'accom- » plirent : et elle enfanta son fils premier né , et » elle l'enveloppa de langes , et elle le coucha » dans une crèche, parce qu'il n'y avoit point
(i) Et Verbum carofactum est, et habitavît in nobis : et vidimus ^loriam ejus, gloriaai quasi uoigenitià Pâtre, plénum gratiaeet veritatis. Joan, /, i4*
» pour eux de place dans rhôtellerie. Or, Il y » avoît dans le même pays des pasteurs qui veîl- » loîent, gardant tour à tour leur troupeau pen- » dant la nuit ; et voilà qu'un ange du Seigneur » s'arrêta près d'eux , et une clarté divine les » environna, et ils furent saisis d'une graqde » crainte; et l'ange leur dit : Ne craignez point; » je vous annonce ce qui sera pour tout le » peuple une grande joie : il vous est né aujourï d'hui un Sauveur qui est le Christ, le Sei- » gneur, dans la ville de David : et ceci sera le » signe auquel vous le reconnoîtrez : Voustrou- » verez un enfant enveloppé de langes , et posé » dans une crèche (i). »
Pour nous élever jusqu'à lui, le Verbe divin descend jusqu'à nous. Ce qu'il y a de plus humble dans l'homme , c'est là ce qu'il choisit pour se l'approprier. // ne disputera point ^ Une criera point , sa voix ne retentira point dans les places publiques (2). Il vient à nous plein de douceur [Z). Sa parole est simple, et cette parole est visiblement celle d'un Dieu. Voyez, dans saint Jean , Tcntretien de Jésus avec la Sama-
[l)LUC,y II y 1 12.
(2) Non contendet, neque clamabit , neque audiet aliquis in plateîs vocem ejus. Matt,, XII ^ 19.
(3) Ecce rextuus venit libî mansuetus. Ibid,fXXIs 5.
222 ESSAI SUR I INDIFFiÉRENCE
ritaîne; voyez le Sermon sur la Montagne, le Discours après la Cène , dont chaque mot est une source de vérité et d'amour , inépuisable j ici-bas à notre cœur et à notre intelligence; voyez le récit delà Passion; voyez tout; car tout est également divin. Beaucoup de péchés lui sont remis , parce qu'elle a beaucoup aimé (i). Laissez les petits enfans venir à moi {2). Venez à moi^ vous tous qui souffrez^ et qui êtes oppressés^ et je vous ranimerai. Prenez mon joug sur vous ^ et apprenez de moi , parce que je suis doux et humble de cœuTj et vous trouverez le repos de vos âmes ; car mon joug est aimable^etmon fardeau léger (3). Jamais rien de semblable ne sortit d'une bouche humaine. Et cette prière qui contient tout ce qu'une créature peut demander, tout ce qu'elle doit désirer, cette prière merveilleuse qui est comme le lien du ciel et de la terre , est-elle d'un homme ? Est-ce un homme qui a dit : Toiit
(1) Remittuntur eî paccata multa, quoniam diiexit multùm. Luc,<f VII y 47*
(a) Sinite parvulos venire ad me , et ne prohibuerîtid eos : talium enim est regnum Dei. Marc.^ X ^ 1^.
(5) Yenite ad meomnes^ qui laboratis, et onerati estis, et ego reficîam vos. Tollite jugum meum super vos, et discite i\ me, quia mitis sum et humilis corde : etinycnietis requiem animabusvestris. Jugum enim meum suaye est, et onus meum levé. Malt,, XI , a8 — 5o.
est consommé? Non, noH, cette parole, qui annonce le salut du monde, n'appartient qu'à celui qui le créa.
L'authenticité, la vérité et l'inspiration de rÉcriture étant établies , il est impossible de nier la sainteté ou la divinité du christianisme ; car leslivres qui contiennent sa doctrine ne peuvent avoir été inspirés de Dieu , que le christianisme lui-même ne soit divin. Les prophéties vont encore nous en fournir une nouvelle preuve.
2^4 ESSAI dCR L*IND1FFÉRENGK
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