‹ Essai sur l'indifférence en matière de religionChapitre 10 sur 51 · CHAPITRE U · texte numérisé non relu

CHAPITRE U

QDIL EXISTE UNE VRAIE BELIGION , QU IL N EN EXISTE QU'UNE SEULE, ET qu'elle EST ABSOLUMENT NÉCESSAIBE AU SALUT.

On a, depuis soixante ans, assez plaidé la cause du désespoir et de la mort : j'entreprends de défendre celle de l'espérance. Quelque chose me presse d'élever la voix, et d'appeler mon siècle en jugement. Je suis las d'entendre répéter à l'homme : Tu n'as rien à craindre, rien à attendre, et tu ne dois rien qu'à toi. Il le croiroit peut-être enfin ; peut-être qu'oubliant sa noble origine, il en viendroit jusqu'à se regarder en effet comme une masse organisée qui reçoit l'esprit de tout ce qui Venvironne, et de ses besoins * ; jusqu'à dire à la pourriture : Vous êtes ma mère; et aux vers : Vous êtes mes frères et mes sœurs ^ ; peut-être qu'il se persuade-

* C'est ainsi que Saint-Lambert définit l'iiomme.

* Putredini dixi : Pater meus es; mater wea et soror mea, vermibus. oh., XVII, 14.

roit réellement être affranchi de tout devoir envers son Auteur; peut-être que ses désirs mêmes s'arrêteroient aux portes du tombeau, et que satisfait d'une frêle supériorité sur les brutes, passant comme elles sans retour, il s'honoreroit de tenir le sceptre du néant. Je veux le briser dans sa main. Qu'il apprenne ce qu'il est ; qu'il s'instruise de sa grandeur, aussi bien que de sa dépendance. On s'est efforcé d'en détruire les titres : vaine tentative, ils subsistent ; on les lui montrera. Ils sont écrits dans sa nature ; tous les siècles les y ont lus, tous, même les plus dépravés. Je les citerai à comparoître, et on les entendra proclamer l'existence d'une vraie Religion. Qui osera les démentir, et opposer à leur témoignage ses pensées d'un jour? Nous verrons qui l'osera, quand tout à l'heure, réveillant les générations éteintes, et convoquant les peuples qui ne sont plus, ils se lèveront de leur poussière pour venir déposer en faveur des droits de Dieu et des immortels destins de l'hommfe.

Et pourquoi périroit-il? Qui l'a condamné? Sur quoi juge-t-on qu'il finisse d'être? Ce corps qui se décompose, ces ossemenis, cette cendre, est-ce donc l'homme? Non, non, et la philosophie se hâte trop de sceller la tombe. Qu'elle nous montre des parties distinctes dans la pensée, alors nous comprendrons qu'elle puisse se dissoudre. Elle ne l'a pas fait, elle ne le fera Jamais ; jamais elle ne divisera l'idée de justice, ni ne la concevra divisée en différentes portions ayant entre elles des rapports de grandeur, de forme et de distance ; elle est une, ou elle n'est point. Et le désir, l'amour, la volonté, voit-on clairement que ce soient des propriétés de la matière, des modifications de l'étendue? Voit-on clairement qu'une certaine disposition d'éléments composés, produise le sentiment essentiellement simple, et qu'en mélangeant des substances inertes, il en résulte une substance ac-

tive, capable de connoître, de vouloir et d'aimer *? Merveilleux effet de l'organisation ! Cette boue que je foule aux pieds n'attend qu'un peu de* cbaleur, un nouvel arrangement de ses parties, pour devenir de l'intelligence **, pour embrasser les cieux, en calculer les lois; pour franchir l'espace immense, et chercher par-delà tous les mondes, non-seulement visibles, mais imaginables, un infini qui la satisfasse ? atome à l'étroit dans l'univers! Certes, je plains les esprits assez foibles pour croupir dans ces basses illusions ; que si encore ils s'y complaisent^ s'ils redoutent d'être détrompés, je n'ai point de termes pour exprimer l'horreur et le mépris qu'inspiré une pareille dégradation.

Et que disent-ils, cependant ? Us appellent les sens en témoignage; ils veulent que la vie s'arrête là où. s'arrêtent les yeux; semblables à des enfants qui, voyant le soleil descendre au-dessous de l'horizon, le croiroient à jamais éteint. Mais quoi, sont-ils donc les seuls qu'ait frappés le triste spectacle d'organes en dissolution? Sontils les premiers qui aient entendu le silence du sépulcre?

* L'homme, par son corps, n'existe que dans le présent; il n'existe, par son esprit, que dans le passé et dans l'avenir ; car le présent est insaisissable à la pensée. Le mode d'existence du corps et de l'esprit diffère donc essentiellement; l'esprit et le corps sont donc d'une nature essentiellement diverse.

** Si la pensée n'ctoit qu'une modification de la matière, il ne pourroit pas y avoir une seule idée commune entre les peuples qui parlent des langues différentes. Quand je prononce les mots Dieu, Jehovah, Tfieos, God, mon oreille, ébranlée par des sons divers, transmet à mon cerveau des impressions diverses. Or, si les modifications de l'organe matériel de la pensée sont la pensée même, il est évident que ces quatre mots, modifiant de quatre manières différentes l'organe matériel de la pensée, doivent produire nécessairement quatre pensées différentes, et qu'il est absolument impossible qu'ils réveillent en moi la même idée.

Il y a six mille ans que les hommes passent comme des ombres devant l'homme ; et néanmoins le genre humain, défendu contre le prestige des sens par une foi puissante et par un sentiment invincible, ne vit jamais dans la mort qu'un changement d'existence, et, malgré les contradictions de quelques esprits abusés par d'effroyables désirs, il conserva toujours, comme un dogme de la raison générale, une haute tradition d'immortalité. Que ceux-là donc qui la repoussent se séparent du genre humain, et s'en aillent à l'écart porter aux vers leur pâture, un cœur palpitant d'amour pour la vérité, la justice, et une inteUigence qui connoît Dieu *,

* Le matérialisme, qui est la plus abjecte des erreurs, est en mémo temps tellement absurde que le bon sens éprouve une sorte de répu« gnance à le réfuter. Si l'on ne consulte que le raisonnement, ce qu'il y a de moins prouvé, c'est l'existence de la matière : il est infiniment moins déraisonnable de la nier, que de nier l'existence des êtres spirituels, attestée d'ailleurs aussi unanimement que celle des corps, par tous les hommes et dans tous les temps. Les physiologistes modernes, du moins quelques-uns, font pitié, lorsqu'avec une morgue ignorante, ils s'efforcent de rendre la science complice de leurs désirs et de leur imbécillité. Qu'ont-ils donc vu qui favorise leurs opinions impies? Une certaine organisation physique s'altère, il en résulte une altération analogue dans les phénomènes dépendants de cette organisation; cette organisation est détruite, les phénomènes cessent entièrement. Que prétendent-ils conclure de là? que tout l'homme est anéanti? Mais il faudroit avoir prouvé auparavant que le corps, et même tel corps est tout l'homme. Encore une fois que veulent-ils conclure? Que c'est lo corps qui pense et qui sent, parce que des organes en dissolution ne manifestent plus le sentiment et la pensée? Mais c'est comme s'ils soutenoient que la pensée n'est qu'une modification de la langue, parce que l'homme dont on a coupé la langue cesse de parler ou de manifester sa pensée par la parole. Ils ne croient, disent-ils, qu'à ce qui frappe les sens, qu'aux choses qui se voient, qui se touchent, qui agissent sur l'ouïe ou sur l'odorat : ils ne croient donc pas à leurs propres idées éternellement invisibles, impalpables, et dont l'expression seule frappe les sens. Qu'ils nous disent à quel sens se rapporte l'idée qu'ex-

Mais laissons ces discussions superflues. La Religion prouvée, tout sera prouvé.

Dieu ayant créé l'homme être intelligent, il existe entre Dieu et l'homme des rapports nécessaires.

Tout rapport entre les êtres dérive de leur nature ; car s'il n'en dérivoit pas, il leur seroit étranger ; ce ne seroit donc pas un rapport, ce ne seroit rien^

Donc les rapports entre Dieu et l'homme dérivent de la nature de l'homme et de celle de Dieu.

Ces rapports constituent, à proprement parler, la Religion. Donc il existe une vraie Rehgion, ou une Religion nécessaire.

Tout à l'heure j'éclaircirai ces propositions en les dé-

prime le mot donc. Le même motif devra les empêcher de croire à l'existence du sentiment et de la volonté. Pauvres gens ! ils croient plus, beaucoup plus qu'ils ne s'imaginent : on n'est pas toujours maître d'être aussi stupide qu'on le voudroit. Au fond, c'est bien moins au matérialisme dogmatique qu'ils tiennent qu'à la morale qu'ils en déduisent, et aux conséquences rassurantes pour une conscience coupable, qui leur paroissent en découler nécessairement. Voilà ce qui les attire, ce qui les charme; le néant leur sourit, il flatte leurs remords. Mais ils s'abusent encore en cela, et leurs désirs sont également aveugles et abominables. Qu'ils lisent Bayle [Art. Spinosa. Remarque P.), il leur apprendra qu'il n'y a rien dans leurs principes mêmes qui doive les tranquilliser sur les suites de la mort; et que quand l'homme ni seroit qu'un être matériel, quand il n'existeroit point d'autre Dieu que celui de Spinosa, ils n'auroient pas lieu pour cela de se croire à l'abre des souffrances qui peuvent être naturellement attachées à un état dépendant de celui qui forme leur existence présente. Aussi presque toujours l'inquiétude reste au fond du cœur de l'impie, tourmenté par des doutes qu'il ne sauroit vaincre. C'étoit l'état de d'Alembert. M. de Fontanes racontoit que, Hé avec lui dans sa jeunesse, il l'alla voir à son lit de mort. ',( Monsieur, lui dit-il, vous n'avez plus maintenant rien « à ménager; votre fin approche, soyez sincère: Croyez-vous réelle- « ment qu'il n'y ait point d'autre vie? » A ces mots, le mourant se soulève, pose sa main siîr le bras de M. de Fontanes, et lui dit ; Jeune homme, je n'en sais rien.

veloppant. J'arrive aux conséquences immédiates qui s'en déduisent.

La Religion étant l'expression des rapports qui dérivent de la nature de Dieu et de celle de l'homme, il s'ensuit premièrement qu'il ne peut en exister qu'une seule, puisque ces rapports sont invariables ; secondement que toute Religion fausse est opposée à la nature de Dieu et à celle de l'homme; qu'elle les sépare, par conséquent, au lieu de les unir, les détruit au lieu de les conserver : ainsi l'erreur dans la foi sépare l'homme de Dieu considéré comme vérité suprême ; l'erreur dans les actions, ou le crime, sépare l'homme de Dieu, considéré comme ,auteur de l'ordre.

Donc l'homme ne peut se sauver que dans la vraie Religion ; car le salut n'est autre chose qu'une union éternelle avec Dieu, comme la réprobation n'est qu'une éternelle séparation de Dieu.

A moins de nier Dieu et de se nier soi-même, il faut admettre ces principes ; il faut les admettre, ou renoncer à toute philosophie. Si l'on en doutoit, qu'on y substitue les propositions contradictoires : je ne crains point de le dire, pressée de les avouer, la raison consentiroit plutôt à sa destruction; et c'est pour cela, c'est parce qu'elle est faite pour la vérité ou pour Dieu même, qu'après avoir rompu cette magnifique aUiance, vile adultère de l'erreur, et bientôt délaissée, elle se condamne elle-même à mort, et se précipite dans le scepticisme.

Qu'il y ait des rapports naturels entre Dieu et l'homme, c'est une suite nécessaire de leur existence simultanée, et de la dépendance absolue où nous sommes du premier Être. S'il n'y avoit point de rapports entre nous et Dieu, il ne pourroit rien sur nous, il ne nous connoîtroit pas, nous ne le connoîtrions point; un voile impénétrable, éternel, le déroberoit à nous, et nous à lui. L'idée même

i02 ESSAI SUR L'INDIFFÉRENCE

de riiomme lui seroil totalement incompréhensible ; car s'il le concevoit seulement comme possible, dès lors il y auroit des rapports possibles entre Dieu et l'homme, et au moment où l'homme commenceroit d'exister, des rapports réels, ou, pour parler avec une précision rigoureuse, des rapports réahsés. Ce n'est pas sans répugnance que j'emploie le temps à développer des notions si simples, et que je ramène l'homme aux éléments de la raison humaine. Enfin il est nécessaire, et peut-être encore ne convaincrai-je pas plusieurs de ceux qui me hront ; tant les ténèbres se sont épaissies autour de nous l Répondez cependant : La suprême vérité n'est-elle pas en harmonie avec votre intelligence, le bien infini avec vos désirs, et votre amour? Ne sentez-vous pas en vous quelque chose qui vous avertit de votre dépendance? Ne devez-vous rien à celui par qui vous existez ? N'avez-vous été créé pour aucune fin? N'y a-t-il aucune relation entre vos facultés et leur auteur, entre votre être et le principe de l'être? Que dis-je? Nous ne pouvons parler de Dieu sans exprimer quelqu'un des rapports qui nous unissent à lui, et notre pensée elle-même est un de ces rapports, et le plus noble, puisqu'elle n'est au fond que la -vérité, ou Dieu même connu de nous. Puissance, sagesse, bonté, justice, tous ces attributs de l'Être divin, inhérents à sa nature, ne nous sont concevables que par leur Haison avec la nôtre ; comme aussi nous ne parvenons à nous concevoir nous-mêmes qu'en remontant à la première cause de toutes les existences, qu'en découvrant nos rapports avec Dieu.

Et partout ne voyons-nous pas des relations analogues? Ainsi l'enfant a des rapports naturels avec le père, les sujets avec le souverain. Ces rapports constituent la famille et la société ; et la Religion n'est non plus que U société de Dieu et de l'homme. Si nos devoirs envers nos

semblables en font partie, c'est qu'ils dérivent nécessairement de nos devoirs envers Dieu, de la volonté du pouvoir suprême , à qui nous devons obéissance par cela seul que nous existons. Nulle société donc, nul ordre sans religion. Aussi remarquez que, sitôt que l'on nie les rapports entre Dieu et l'homme, on est contraint de nier également les rapports entre le souverain et le sujet, entre le père et l'enfant; on est contraint de détruire toute société, et l'élément même de la société, qui est la famille *.

En généralisant ces observations, il est aisé de comprendre que tous les êtres intelligents ou matériels, ont

' Point de famille, point de société, sans des droits et des devoirs reconnus. Or la religion seule nous donne une idée claire du droit, et quiconque en cherche ailleurs l'origine et la notion, ne peut que s'égarer dangereusement. C'est la source de toutes les fausses théories politiques.

Le droit, considéré d'une manière absolue, est ce qui est juste, légitime, ce qui doit être, en un mot, l'ordre.

Ainsi, il y a un droit divin, qui est le principe et le fondement de tous les autres droits*, parce que l'ordre n'est autre chose que les pensées de Dieu réalisées par sa volonté ; un droit politique, civil, domestique, voulu de Dieu : et tous ces droits sont naturels ou conformes à la nature des êtres qui ne se conservent et ne se perfectionnent qu'en obéissant à l'ordre. Il n'y a point de droit particulier qu'on puisse spécialement appeler naturel; tous les droits sont naturels, comme nous venons de le dire, ou plutôt ils sont la nature même des êtres; et ce qui seroit contraire à la nature ne sauroit jamais être un droit.

Le droit ou l'ordre manifesté et rendu moralement obligatoire, s'appelle pouvoir, si on le considère dans la personne qui commande ; il s'appelle loi, si on considère la chose commandée.

Le pouvoir est donc une volonté obligatoire ou légitime. La loi est l'expression de cette volonté. L'un et l'autre émanent de l'ordre immuable, des pensées et de la volonté de Dieu, laquelle n'est elle-même obligatoire ou véritablement pouvoir, que parce qu'elle est toujours

* Constituendi verô juris ab illà summâ Lege capiamus exordium , quae seculis omnibus antè nata est quàra scripta lex uUa, aut quàm omnino civitas conslitula. Cicer., de Lcgih., lib. cap. vi, n. 19.

entre eux des rapports déterminés par leur nature. Les lois physiques, morales, politiques et religieuses sont l'expression de ces rapports, dont l'ensemble constitue l'ordre : et comme il n'est pas au pouvoir des êtres de

nécessairement conforme à l'ordre éternel et universel, que représentent les pensées divines.

Les Romains, faute de remonter à cet ordre immuable ou au droit essentiel, confondirent le droit avec le pouvoir ; ils n'y virent que le commandement, jus; ce qui dut altérer pour eux la notion de la loi, qui n'est pas simplement l'expression d'une volonté, mais, je le répète, l'expression d'une volonté obligatoire ou conforme à l'ordre.

Ces principes établis, tous les droits deviennent clairs, ainsi que le moyen de les reconnoître.

Les droits de Dieu, c'est l'ordre complet. Le moyen de les reconnoître, c'est la révélation; car comment connoîtrions-nous autrement ses pensées et ses volontés? Il commande, voilà le pouvoir : ce qu'il commande, voilà la loi. Et tout pouvoir dérivant du sien, sans quoi il n'auroit aucun fondement, nul n'a le droit de commander ce qu'il défend, de défendre ce qu'il commande; en d'autres termes, nul n'est véritablement pouvoir quand il s'oppose à Dieu ; nulle volonté, nulle loi, n'est légitime ou véritablement loi, quand elle est contraire à la loi divine. Où commence le désordre, le droit cesse. Et comment, en effet, une volonté désordonnée ou injuste, ou illégitime (car tous ces mots sont synonymes), seroit-clle obligatoire?

Du reste, de ce qu'une volonté n'est pas obligatoire sur un point, il ne s'ensuit pas qu'elle ne soit plus obligatoire sur aucun point. Le pouvoir peut errer sans cesser d'être pouvoir; et s'il y avoit des cas où il cessât de l'être, les peuples n'en seroient pas juges; car le droit de juger, inhérent au pouvoir, ne sauroit jamais leur appartenir.

De même que la raison de Dieu est le seul droit universel, sa volonté le seul pouvoir universel, l'expression de sa volonté la seule loi universelle ; ainsi, dans l'ordre domestique et politique, la raison et la volonté du père et du Roi, conformes à la raison, à la volonté et à la loi divine, sont le seul droit, le seul pouvoir, la seule loi.

La paternité est la royauté dans une famille; la royauté est la paternité dans plusieurs familles. De là cette expression antique, les pères des peuples, en parlant des rois ; expression plus juste que celle d'Homère qui les appelle pasteurs des peuples, 7:oiiJ.ivsi Xxw, et quand les peuples cessent d'être les enfants, et que le pouvoir cesse d'être le père

changer leur nature, il faut qu'ils meurent, ou qu'ils se conforment aux lois qui en dérivent; et le désordre dont toutes les langues ont fait le synonyme de maladie, et que tous les peuples, avertis par la raison et par l'expô-

de la grande famille (je prends ces mots selon toute l'étendue de leur acception et des conséquences qui en découlent), la société est déjà profondément malade ou dégradée.

L'essence de la royauté et de la paternité consiste en ce que la volonté du Roi et du père est obligatoire pour les sujets ou pour les enfants.

La mesure de l'obéissance due au Roi et au père, est la mesure de leur droit.

Hors de la loi divine, il n'y a de loi dans l'état que la volonté du Roi. Hors de la loi divine, politique et civile, il n'y a de loi dans la famille que la volonté du père.

La loi politique regarde les personnes; la loi civile regarde les choses.

Le droit de propriété est la faculté de disposer des choses, ou de certaines choses selon sa volonté. Les propriétés en elles-mêmes sont les choses soumises à notre volonté.

L'homme soumis comme personne à la volonté légitime d'un autre homme, voilà le sujet. L'homme soumis comme chose à la volonté même légitime d'un autre homme, voilà l'esclavage.

Dans cet état il n'est homme encore que par la loi divine. Par la loi politique il est exclu de tout pouvoir, même paternel, de toute propriété, de tout droit, parce qu'en le considérant comme chose, on le suppose privé de raison et de volonté.

Sans droit, sans pouvoir, sans loi, nulle société ne seroit possible, et la perfection de la société n'est autre chose que la perfection du droit, du pouvoir et de la loi.

Plus le droit, le pouvoir et la loi sont parfaits, c'est-à-dire plus l'ordre est complet, plus la liberté est grande; car la liberté consiste dans l'exclusion des bornes arbitraires mises à la volonté ; et quand elle n'est bornée que par des volontés obligatoires ou légitimes, l'homme alors jgyit du plus haut degré de liberté possible.

Le droit primitif, essentiel ou divin, qui est la source de tous les autres droits, s'appelle religion. C'est le lien universel des êtres. Donc sans religion, point de droit, point de pouvoir, point de loi, point de société, point de Uberté, nul ordre enfin, et par conséquent nulle vie.

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