AUTORITÉ VISIBLE
La proposition énoncée dans le titre de ce chapitre est déjà prouvée : car, s'il existe une vraie Religion, qu'elle soit nécessaire à tous les hommes ; que l'on ne puisse la reconnoître que par un de ces trois moyens, le sentiment, le raisonnement et l'autorité ; que le sentiment et le raisonnement, loin de nous y conduire, nous en éloignent lorsque chacun de nous est abandonné à la foiblesse de son Jugement : il est évident, sans autre examen, que l'autorité est le moyen général que nous cherchions. Nous ne laisserons cependant pas de fortifier cette conclusion par des preuves directes et de nouvelles considérations.
En essayant de découvrir le fondement de la certitude, nous avons reconnu deux vérités importantes : la première, que tous les systèmes de philosophie aboutissent au doute absolu ; la seconde, que le doute absolu est impossible à l'homme *. en sorte que sa raison, quand il ne II. U
consulte qu'elle, le place dans un état contre nature, puisqu'elle le contraint de douter, et que la nature le force de croire.
Or croire n'est autre chose que déférer à un témoignage ou obéir à une autorité ; et tout esprit, en effet, commence par obéir. Nous recevons le langage sur l'autorité de ceux qui nous parlent, et avec le langage nos premières idées ou les vérités nécessaires à notre conservation. Point de peuple chez lequel on ne retrouve ces vérités : au moment où il tira l'homme du néant. Dieu les lui révéla, en se manifestant à lui par sa puissante parole ; et la vie intellectuelle, dont l'obéissance est la loi, -n'est qu'une participation de la raison suprême, un plein consentement au témoignage que l'Être infmi a rendu luimême à sa créature *. Toutes les intelligences créées s'a-
* Un des plus forts esprits de l'antiquité, Tertullien, avoit clairement vu les vérités que nous développons ici. Elles sont le fondement de la méthode par laquelle il combat les hérétiques dans son admirable ouvrage des Prescriptions, et qu'il emploie contre les païens mêmes dans le livre Du témoignage de rame, où il montre la conformité du Christianisme avec notre nature, par la conformité des croyances universelles avec les dogmes chrétiens. « Ces témoignages de l'âme sojit, dit-il, « d'autant plus vrais qu'ils sont plus simples, d'autant plus simples « qu'ils sont plus vulgaires, d'autant plus vulgaires qu'ils sont plus « communs, d'autant plus communs qu'ils sont plus naturels, d'autant
« plus naturels qu'ils sont plus divins Le maître, c'est la nature;
((. l'âme est le disciple. Tout ce que celle-là enseigne, tout ce qu'ap- « prend celle-ci, a été révélé de Dieu, le premier et le souverain Maî- « tre... Dieu est partout, et sa bonté est reconnue partout; le démon « est partout, et partout on le maudit; on invoque partout le jugement « divin; partout est la mort, et. la conscience de la mort; et letémoi- « gnage est partout. Hœc testimonia animse quanto vera, tanto sim- « plicia; quanto simpUcia, tanto vulgaria; quanto vulgaria, tanto « communia; quanto communia, tanto naturalia; quanto naturalia, « tanto divina... Magistra natura, anima discipula. Quicquid aut illa « edocuit aut ista perdidicit, a Deo traditum est, magistra scilicet ip- ('. sius magistrœ.., Deus ubique, et bonitas Dei ubique; dœmonium
niment aux rayons de l'intelligence éternelle. La raison divine, se communiquant par le moyen de la parole, est la cause de leur existence, et la foi en est le mode essentiel *.
11 suit de là que le principe de certitude et le principe de vie sont une même chose ; ce qui ne gauroit nous surprendre, puisque évidemment la certitude doit appartenir à la raison infinie, qui renferme toute vérité, et que la vérité n'est que l'être **. Qui reçoit l'être ou la vie, reçoit donc la vérité ; il la reçoit par le moyen de la parole ou du témoignage ; le témoignage ou la parole' sont donc le principe de notre raison, de notre être intellectuel *** ; c'est par la parole que- nous sommes, c'est par le
a uUque, et maledictio dsemomi uhique; mors ubique et consdenlia « mortîs uhique, et testimonium ubique. » De teslimon. animae, lib. ad vers, gentes, cap. v et vi.
* La foi, dit saint Augustin, est la santé de l'âme : Fides saftitas mentis,
*' Le vrai, c'est ce qui est; le faux, c'est ce qui n'est pas. Rossuct, Traité de la connoissance de Dieu et de soi-même, p. 70.
*** La déclaration de ce que vous avez dit éclaire; elle donne l'intelligence aux petits enfants : Declaratio sennonum tuorum illuminât, et intellectum dat parvulis. Ps. 18. Il faut donc une déclaration de la vérité, ou un témoignage, pour que l'intelligence naisse; ce qui fait dire à saint Augustin, avec cette sagacité et cette profondeur de jugement qui lui sont propres : « L'ordre naturel exige que, lorsque nous « api)renons quelque chose, l'autorité précède la raison. Naturx ordo a sic se habet, ut quum aliquid discimus, rationem prœcedat auctori- « tas. » Demoribus Ecclcs. calho^ c. ii. Et encore : « Nous ne connois- « sons pas afin de croire, mais nous croyons afin de connoître. — No c( cherchez point à comprendre pour croire, mais croyez afin de com- « prendre. — La foi doit précéder l'intelligence, afin que l'intelligence « soit le prix de la foi. » Credimus ut cognoscamus , non cognoscimus ut credamus. — l^oli quœrere intelligere ut credas; sed crede ut iutelligas. — Fides débet prœcedere intellectum, ut sit intellectus fidet prœmium, Id. Tract. XX in Joan. In Ps. CXYII, et in Is. Vid. et. De liber, arbilr., lib, II, c. n, et Theodoret. De curand. grsec, affect. Id. Sermo de fide.
2i4 ESSAI SUR L'INDIFFÉRENCE
témoignage que nous sommes certains d'être ou de posséder la vérité ; plus l'autorité ou la raison qui rend témoignage est générale, plus la certitude est grande ; et le témoignage sur lequel reposent les vérités pnmordiaîes qui constituent notre raison, notre vie, étant nécessairement le témoignage de l'auteur même de celte vie, c'està-dire de la plus haute autorité ou de la raison infinie, a une certitude absolue *.
On voit en outre que les idées premières, dont le langage, en ce qu'il a d'essentiel, est l'expression, ne sauroient se perdre sans que le langage lui-même se perdît, et sans que l'intelligence fût détruite. Privé de ces idées traditionnelles, l'homme tomberoit dans une impuissance absolue d'agir ou de penser, puisqu'il n'auroit plus en lui d'instrument pour agir, ni rien sur quoi il pût agir. Aussi, quand des circonstances particulières séparent quelques hommes des autres hommes, et que les vérités primitives s'obscurcissent, ou, comme parle admirablement TÉcriture, diminuent^ dans leur raison j dépourvus en partie de ces éléments de toute pensée que la tradition seule conserve, ils n'ont qu'une langue extrêmement pauvre, et qu'un petit nombre d'idées secondaires. Tous les sauvages sont dans ce cas.
Combiner les notions qu'il reçut à l'origine, en tirer des conséquences, c'est à cela que se bornent les opérations de notre esprit. Et comme la raison humaine est faite pour la vérité, puisqu'elle ne vit que par elle, la raison générale ne sauroit errer ou se détruire elle-même ; autrement il y auroit en Dieu contradiction de volontés, ou défaut de puissance.
* Les pensées anciennes sont vraies; il est ainsi : Cogitaliones antiquas fidèles, amen. Is., xxv, 1. Votre parole est vérité : Sermo tuus Veritas est. Joan. xvii, 17.
* DiminuUe sunt verilales a filiis liominuin. Ps. xi.
Il n'en est pas ainsi de la raison individuelle. En s'isolant, elle perd l'appui de la tradition. Incapable dès lors de remonter à son principe, elle ne voit en elle qu'un effet sans cause. Le doute Tenvahit de toutes parts. Elle ne trouve en elle aucune certitude, parce qu'elle n'y trouve rien de nécessaire. Pouvant également être, ou n'être pas, son existence lui devient un problème éternellement insoluble * ; car le témoignage est l'unique moyen par lequel il puisse être résolu, et elle ne sauroit se rendre à ellemême un témoignage infaillible ou certain. Et ceci nous aide à comprendre cette profonde parole de la souveraine raison, du Verbe éternel revêtu de notre nature : Si je me rends témoignage à moi-même , mon témoignage n'est pas vrai. Il y a un autre qui rend témoignage de moi^. Par cela seul donc que la raison se sépare do la société, elle meurt ; elle viole la loi du témoignage ou de l'autorité, qui, pour les êtres intelligents, est la loi de la vie.
Nulle loi n'est plus générale ; elle ne souffre aucune exception ; elle embrasse la durée entière de notre existence. Si l'homme, aveugle et corrompu, n'essayoit pas de s'y soutraire, ses magnifiques destinées s'accompliroient sans effort. En ce qui concerne la vie présente, il se résigne aisément à obéir à l'autorité, parce qu'avant tout il veut vivre, et qu'il aperçoit la mort après la désobéissance. Mais ce qui intéresse la vie éternelle, la vie de l'âme, no le touche pas, à beaucoup près, autant. Comme il ignore ce que c'est que cette vie, qu il n'en a pas le sentiment, il n'éprouve point la même horreur de sa privation ou de la mort éternelle. Porté naturellement à ne reconnoîCre
* Voyez le chap. !«■• de la 111° partie.
- Si ego leslimonium pcrbibeo de me ipso, testimonium meum non est veriim. AUiis est, qui teslimonium perhibel de me. Joan., v. 31 et 52. Jésus-Christ parle ici comme homme, et verum est synonyme de cerlum.
aucun maître, il cherche en lui-même la loi de vérité et la loi d'ordre, dont il a puisé la notion dans la société. Il la demande d'abord à sa raison, et sa raison lui répond : Que sais-je*? 111a demande ensuite au sentiment, et le sentiment ne lui répond point, car il n'a pas de langage ; ou, si l'on prend pour une réponse le penchant qui entraîne vers certains objets, ou l'aversion qu'ils inspirent, la vérité et l'ordre deviennent aussi incertains, aussi variables que nos amours et nos haines. Ainsi l'homme, qui ne peut que penser et sentir, s'adresse tantôt à la raison par mépris pour le sentiment, tantôt au sentiment par mépris pour la raison. Il poursuit, haletant de désir, la vérité qui le fuit ; et quand il se croit prés de l'atteindre, ses yeux s'obscurcissent, il chancelle, et ne trouve, dans une nuit profonde, que le doute pour appui. ^
L'orgueil, principe éternel de désobéissance ; l'orgueil, toujours en révolte contré le pouvoir, est la première cause de ce grand désordre, par lequel l'homme, fixé en lui-même, demeure comme suspendu entre la lumière et les ténèbres, entre la vie et la mort. 11 se persuade qu'on exige de lui le sacrifice de sa raison, en le pressant d'obéir à l'autorité; et tout aii contraire, l'autorité n'étant que la raison générale manifestée par le témoignage, il est sou-
* « Notre mal ne consiste que dans notre passion pour raisonner. « C'est notre sagesse intempérante et éloignée de toute sobriété, la- « quelle nous travaille, comme une fièvre ardente qui met en délire. « C'est la vaine curiosité d'un esprit qui veut toujours tenter l'impos- « sible, et qui ne peut ni sortir de son ignorance, ni la supporter hum- « blement en paix. C'est ce mésaise et cette rêverie de malade, que « nous n'avons pas honte d'appeler une noble recherche de la vérité... « L'homme prétend, à force de raisonner, se guérir d'un mal qui est « l'intempérie du raisonnement même : c'est en arrêtant notre raison- « nement téméraire que nous guérirons notre raison. » Fénelon, Letire II", au P. Lanii. Œuvres, tome III, page 349. Édit. de Versailles.
vcrainement raisonnable d'y déférer, puisque, même eu laissant à part les considérations qui en démontrent l'infaillibilité, elle a au -moins en sa faveur les présomptions les plus fortes. Si se soumettre à ses décisions étoit renoncer à la raison, l'homme ne ferait pas- un acte qui ne fût déraisonnabre, car toutes ses actions, comme être physique et coinme membre de la société, supposent une pleine foi dans le témoignage, une obéissance complète à l'autorité ; et, sans chercher d'autre exemple, ce n'est pas à sa raison que l'homme doit le langage ; il l'a reçu, et il l'emploie tel qu'on le lui a donné ; et parler, c'est obéir.
Ainsi partout l'autorité se découvre à nos regards ; elle anime et conserve l'univers qu'elle a créé. Sans elle, nulle existence, nulle vérité, nul ordre. Principe et règle de nos pensées, de nos affections, de nos devoirs, elle régne sur l'âme tout entière, qui vit uniquement de foi, et qui meurt à l'instant où elle cesse d'obéir. Et l'on ne doit pas s'en étonner, puisque l'empire de l'autorité n'est que l'empire de la raison manifestée par la parole. Qui ne l'a pas entendue ne sait rien, ne connoît rien. L'intelligence n'a point d'autre fondement, la certitude n'a point, ne saliroit avoir d'autre base que ce grand témoignage oj^iginairement rendu par Dieu même , raison universelle , immuable , infinie. .
On ne peut donc trouver ailleurs la certitude de la Religion; et Bossuet insiste sur cette vérité dans les termes les plus forts. « Je dis qu'il n'y eut jamais aucun temps « où il n'y ait eu sur la terre une autorité visible et par- « lante à qui il faille céder... Je dis qu'il .faut un moyen ({ extérieur de se résoudre sur les doutes, et que ce moyen « soit certain^. »
^Xonférence avec M. Claude. Œuvres de Bossuet, t. XXIIt, p. 294 cl 205. Édit. de Versailles.
En d'autres mots, il faut que la Religion soit certaine. Or, comment l'homme, qui ne peut acquérir par sa seule raison, par son jugement individuel, la certitude d'aucune connoissance , môme la plus simple, trouveroit-il dans cette môme raison la certitude des dogmes les plus élevés, des mystères les plus incompréhensibles ; mystères dont il n'a nulle idée avant qu'on les lui révèle, et qu'il ne connoît que par l'enseignement de l'autorité qui lui commande de les croire?
Mais la Religion n'est pas seulement un ensemble de connoissances ; elle est encore, elle est principalement une loi, puisqu'elle renferme toute vérité et tout ordre, ou tout ce qui doit régler la raison, le cœur et les actions de l'homme, tout ce qu'il doit croire et- pratiquer. Or, point de loi sans autorité : ces deux idées sont corrélatives. Donc la Rehgion repose nécessairement sur l'autorité, et la vraie Religion sur la plus grande autorité, sans quoi les hommes ne pourroient la reconnoître, ou savoir à quoi Dieu leur commande d'obéir.
Tous, nous l'avons prouvé ^ doivent parvenir à la connoissance de la vraie Religion. 11 doit donc exister un moyen général de la discerner. Or la Religion est vérité, et le seul moyen que nous ayons de discerner avec certitude la vérité de l'erreur, est l'autorité : donc l'autorité est le seul moyen, le moyen général de discerner la vraie Religion ; en sorte que celle-là est certainement ou nécessairement la véritable qui repose sur la plus grande autorité.
La Religion est l'ensemble des lois qui résultent de la nature des êtres intelligents. Or le genre humain périroit
* Voyez le chapitre r de la Ul" partie. Omnes hommes vuU salvos fieri, et ad agnitionem veritatis venire : Dieu veut que tous les hommes soient sauvés, et parviennent à la connoissance de la vérité, Ep. I ad Timoth. ii, 4.
s'il falloit que chacun découvrît, ou même comprît clairement les lois naturelles, qu'il ne peut néanmoins transgresser sans mourir : donc nous en devons être instruits parle témoignage S donc l'autorité est le seul moyen, le moyen général de connoître les lois de l'intelligence ou de discerner la vraie Religion ; en sorte que celle-là est certainement ou nécessairement la véritable qui repose sur la plus grande autorité.
La Religion enfin est l'expression de la volonté de Dieu, puisqu'il veut que l'homme vive ^, et qu'il ne peut vivre de la vie de l'âme qu'en se conformant aux lois de la Religion ^ : c'est donc un devoir de s'y soumettre ; or tout devoir suppose une autorité qui commande : donc Tautorité est le seul moyen, le moyen général de nous assurer de nos devoirs comme êtres intelligents, ou de discerner la vraie Religion ; en sorte que celle-là est certainement ou nécessairement la véritable qui repose sur la plus grande autorité.
* C'est uniquement par ce moyen que les hommes s'instruisent des lois de leur conservation physique. Ils croient au témoignage, et ils vivent : qu'arriveroit-il s'ils le rejetoient? La vie de l'âme se conserve donc dé la même manière que la vie du corps, en obéissant à l'autorité. Dira-t-on qu'on est d'accord sur les lois physiques, et qu'on ne l'est pas sur les lois de l'intelligence? Je répondrai qu'il existe des opinions particulières, des erreurs, sur les unes comme sur les autres. Tous les hommes, dans tous les pays, sont-ils d'accord sur les bons ou mauvais eiïcts de telle ou telle substance, sur les règles d'hygiène, et mille choses semblables? Ne se trompent-ils jamais sur ce qui est propre à entretenir la santé, à conserver la vie? Assurément, rien n'est plus commun. Qu'y a-t-il donc de certain en ce genre? ce que l'autorité générale atteste. H en est ainsi à réga:rd de l'intelligence.
^ Je suis venu pour qu'ils aient la vie, et une plus grande abondance dévie: Ego veniiit vitamhabeant, et abundantiUs haheant. Joan. x,
'" Ce que Dieu commande est la vie éternelle : Mandatum eju^, vita leterna est. Joan. xii, 50.
Et remarquez comme tout s'enchaîne dans l'ordre établi par le Créateur.
L'intelligence ne se développe que par la parole ou le témoignage ; le témoignage n'existe que dans la société :
Donc l'homme ne peut vivre que dans la société ; donc il y a eu nécessairement société entre Dieu et le premier homme ; donc Dieu lui a parlé, ou lui a rendu témoignage de son être.
La nécessité du témoignage implique la nécessité de la foi , sans laquelle le témoignage demeureroit sans effet':
Donc la foi est dans la nature de l'homme, et la première condition de la vie.
La certitude de la foi dépend de sa conformité avec la raison, ou de la grandeur de l'autorité qui rend témoigaage :
Donc le témoignage- de Dieu est infiniment certain, puisqu'il n'est que la manifestation de la raison infinie, ou de Ta plus grande autorité.
' Il n'y a de témoignage possible~que dans la société :
Donc il n'y a d'autorité et de certitude que dans la société.
Nulle société humaine ne peut exister qu'en vertu do la société étabhe originairement entre Dieu et Thomme, ou par les vérités, les lois que sa parole a manifestées primitivement :
Donc ces vérités ne peuvent se perdre dans aucune société sans qu'elle se détruise ; donc on doit les retrouver dans toutes les sociétés.
Ces vérités nécessaires à la société ne se conservent que par le témoignage, qui n'a de force et d'effet que par l'autorité ; puisque la raison de croire au témoignage dépend de sa certitude, qui dépend elle-même de la grandeur de l'autorité qui atteste :
Donc, ainsi qu'il n'existe d'autorité que dans la société, la société n'existe que par l'autorité ; donc partout où il n'y a point d'autorité, il n'y a point de société.
L'homme a des rapports relatifs au temps avec ses semblables ; il a des rapports éternels avec Dieu et les autres intelligences :
Donc il y a deux sociétés, la société politique oo civile relative au temps, et la société spirituelle relative à l'éternité ; donc il y a deux autorités, et ces deux autorités sont infaillibles chacune dans son ordre.
La société politique atteste les vérités contingentes ou les faits sur lesquels elle repose, ses institutions, ses lois, etc.; et son témoignage, expression de la raison générale, est certain.
La société spirituelle atteste les vérités immuables sur lesquelles elle rep^ose, ses dogmes, ses préceptes, etc. ; et son témoignage, expression de la raison générale, est certain.
Cette société embrassant tous les hommes et tous les temps , les vérités qui la constituent , ou les vérités nécessaires à l'homme pour se conserver comme être moral et intelligent, doivent être attestées par le genre ]iu= main, ou reposer sur la plus grande autorité visible.
Mais l'homme devant, comme tous les êtres, atteindre sa perfection, et ne pouvant se perfectionner qu'à l'aide de la vérité, il est dans l'ordre, c'est-à-dire qu'il est naturel ou nécessaire que les vérités primitives se développent ; et elles ne sauroient se développer sans que la société spirituelle elle-même se développe ou se perfectionne.
Si les vérités primitives se sont réellement développées, on doit les retrouver toutes dans la société spirituelle perfectionnée, qui doit elle-même se fan^e reconnoître par le caractère delà plus grande autorité; puisqu'elle imposeroit
à l'esprit de l'homme, à son cœur et à ses sens de nouveaux devoirs, et que l'homme ne doit une plus grande obéissance qu'à une autorité plus grande. Il n'existeroit donc point d'autorité visible égale à celle de cette société ; et, en effet, d'après ce qu'on vient de dire, elle se composeroit de l'autorité du genre humain attestant les vérités primitives, et de l'autorité postérieure, qui attesteroit à la fois ces vérités et celles qui en sont le développement. Et de même que, de ce développement connu avec certitude , on pourroit conclure rigoureusement l'existence de la société spirituelle perfectionnée, ainsi de l'existence certaine de cette société, l'on doit conclure le développement de la vérité, seule cause possible de perfectionnement.
Tout, dans le choix d'une Religion, se réduit donc à savoir s'il existe quelque part une autorité telle que nous l'avons définie ; ou, en d'autres termes, s'il existe une société spirituelle et visible qui déclare qu'elle possède cette autorité. Nous disons, premièrement, une société visible, parce que tout témoignage est extérieur ; nous disons, en second heu, que ce témoignage prouveroit avec certitude l'autorité dont il s'agit, parce qu'il serok l'expression de la raison la plus générale *.
S'il n'existoit point de société qui eût ces caractères, la seule vraie Religion seroit la Religion traditionnelle dugenre humain, c'est-à-dire l'ensemble des dogmes et deS'
* Le témoignage particulier, ou la négation individuelle d'un ou de quelques hommes, n'ajoute ni n'ôlc aucun degré de force au témoignage de la société. Ainsi, quand Bossuet et Newton affirmoient que Dieu existe, et quand Spinosa et Diderot le nioient, l'existence de Dieu, attestée dans toas les siècles par le genre humain, n'éloit ni plus ni moins certaine. Le témoignage de l'autorité ne peut être infirmé, ou confirmé dans le sens rigou' eux du mot, que par une aulorilé plus grande.
préceptes consacrés par la tradition de tous les peuples, et originairement révélés de Dieu.
S'il existe une semblable société, la vraie Religion est l'ensemble des dogmes et des préceptes conservés par la tradition dans cette société, et perpétuellement manifestés par son témoignage. Ces préceptes et ces dogmes ne sont qu'un développement des dogmes et dos préceptes qui forment la croyance générale du genre humain.
Tout homme que des circonstances quelconques mettroient dans l'impossibilité de connoître la société spirituelle développée ou perfectionnée, no seroit tenu d'obéir qu'à l'autorité connue de lui, ou à l'autorité du genre humain .
Tout homme qui pourroit connoître la société spirituelle développée ou j)erIectionnée, seroit tenu d'obéir à son autorité, parce qu'elle seroit la plus grande autorité visible.
En un mot , l'iiommc est toujours obligé d'obéir à la plus grande autorité qu'il lui soit possible de connoître, parce que ia raison est sa régie, et qu'une plus grande autorité, n'est et ne peut être qu'une plus haute raison.
U existe donc, pour tous les hommes, un moyen de discerner la vraie Religion ; seulement quelques-uns peuvent n'être pas à portée de la connoître dans toute sa per^ fection, ou d'en connoître tous les développements.
Ce moyen est universel, puisqu'il a son principe dans la nature de l'homme, qui partout croit au témoignage ou obéit à l'autorité.
Ce moyen est aisé, puisqu à chaque instant l'homme en fait usage, que c'est par lui qu'il fixe ses jugements et règle ses actions, en tout ce qui se rapporte à son existence présente.
Enfin, comme nous l'avons démontré, ce moyen est 11. 15