‹ Essai sur l'indifférence en matière de religionChapitre 17 sur 51 · ESSAI SUR L'INDIFFÈJ\ENCE · texte numérisé non relu

ESSAI SUR L'INDIFFÈJ\ENCE

sûr, puisqu'il est la loi même de la certitude et de la vie.

Ici nous pouvons en appeler encore au témoignage universel. Fut-il jamais une Religion qui ne reposât point sur l'autorité? Tous les peuples n'ont-ils pas cru parce qu'on leur a dit : Croyez; parce qu'on leur a parlé au nom d'une raison supérieure? Il n'en est point chez qui l'on ne retrouve les traditions primitives ; donc ils ont obéi à l'autorité du genre humain. 11 est vrai qu'un grand nombre d'entre eux, en conservant ces traditions, les ont plus ou moins altérées par les erreurs qu'ils y ont jointes ; mais ces erreurs mêmes ne se sont établies que par l'autorité, elles ne subsistent que par elle, ou par une fausse application de la règle, qui, mieux employée, les feroit reconnoître pour des inventions humaines, et ramèneroit les esprits à la vérité.

Ainsi les uns, confondant la société politique avec la société rehgieuse, ont reçu leurs croyances ^i pouvoir civil, ou ont obéi à une autorité dépourvue de droit. Les autres, impatients des devoirs que l'autorité générale de la société spirituelle imposoit à leur raison et à leur cœur, se sont révoltés contre elle, et ont obéi à l'autorité particulière d'un ou de quelques hommes : mais toujours ils ont obéi ; et quiconque n'obéit à aucune autorité n'a point de Religion, même fausse.

Le moyen général de discerner la véritable étant connu de tous les hommes, quand ils s'égarent, c'est leur volonté seule qu'il en faut accuser. Distraits par les passions, dominés par l'orgueil, ou ils ne cherchent point la plus haute autorité, ou ils refusent de lui obéir. Indifférence ou rébellion, voilà leur crime; voilà, pour les êtres intelligents, les deux grandes causes de mort. Malheur à qui ferme l'oreille au témoignage ! Malheur à qui se sépare d« la société ! Y su soli^ î Au sortir du néant, elle nous redit

* Eccles. IV, 10.

cette parole que le premier homme entendit de la bouche du Créateur. Le temps s'ouvre pour recevoir la nouvelle intelligence , qui , d'un seul acte , prend possession du passé et de l'avenir. Elle croit, et la foi l'unit à la suprême raison ; elle naît, et elle adore; car croire, c'est adorer. Entrant, si je l'ose dire, dans l'Être infini, elle s'y nourrit de la vérité, en écoutant toujours, en obéissant toujours, et la vie éternelle n'est qu'une éternelle obéissance.

Assurés du moyen par lequel nous pouvons discerner la vraie Beligion, il nous sera maintenant facile de la découvrir ; sans discuter aucun dogme, il s'agit uniquement de savoir quelle est la société spirituelle et visible qui possède la plus grande autorité. Cette société une fois reconnue, toute incertitude s'évanouit. Contester son témoignage, nier ce qu'elle atteste, c'est abjurer la raison; désobéir à ses lois est un crime. En développant les conséquences du principe établi dans ce chapitre, nous prouverons donc :

1* Qu'avant Jésus -Christ il existoit une société spirituelle et visible, société universelle, mais purement domestique, qui conservoit le dépôt des vérités nécessaires ; en sorte que la vraie Religion se composoit des dogmes et des préceptes originairement révélés de Dieu et attestés par la tradition de toutes les familles et de tous les peuples ; que cette Religion, qu'on pouvoit dès lors facilement distinguer des erreurs particulières et des superstitions locales, reposoit évidemment sur la plus grande autorité, ou sur le témoignage du genre humain, manifestation permanente de la raison générale.

'i'^ Que, la Religion primitive s'étant développée, selon l'attente universelle fondée sur des promesses divines, la , société spirituelle s'est développée pareillement ; que, perfectionnée dans sa constitution et dans ses lois, elle est

devenue société publique ; que depuis ce moment, ou depuis Jésus-Christ, la société chrétieane eut toujours incontestablement la plus grande autorité ; d'où il suit que tout homme à portée de la connoître, doit obéir à ses commandements et croire à son témoignage, qui, à l'égard des traditions antiques, se confond avec le témoignage du genre humain, et n'est, sur le reste, que le témoignage de Dieu même.

3" Que, parmi les diverses communions chrétiennes, le caractère essentiel de la plus grande autorité appartient visiblement à l'Église catholique ; de sorte qu'en elle seule résident toutes les vérités nécessaires à l'homme, la connoissance complète des devoirs ou des lois de l'intelligence, la certitude, le salut, la vie.

Du principe de l'autorité on verra sortir, comme des conséquences rigoureuses, les preuves particulières du christianisme. Nous montrerons qu'on ne trouve qu'en lui toutes les marques de la vraie Religion, de même que l'on ne trouve que dans l'Église catholique les marques distinctives de la société dépositaire de cette vraie Religion. Ces marques, conditions nécessaires de la plus grande autorité, appartiennent également et à la doctrine chrétienne considérée en elle-même, et à l'Éghse qui la conserve et la perpétue par son invariable enseignement ; chose naturelle, puisque ces marques ne sont au fond que les caractères inhérents à Vêtre même de Dieu, qui, dans son immense unité et dans les rapports qu'il a voulu établir entre lui et ses créatures intelUgentes, est toute la Religion.

Après avoir ainsi démontré la vérité du Christianisme ou de la Rehgion catholique, nous répondrons à quelques objections sur la foi des simples, et sur l'intolérance de l'Éghse, objections souvent reproduites, et beaucoup plus souvent qu'il ne conviendroit dans un siècle qui se pique d'esprit philosophique.

Nous ferons voir ensuite, en résumant notre argument principal, que le principe de l'autorité conduit nécessairement à la Religion catholique, et que sa négation conduit au scepticisme absolu, sans que la raison puisse s'arrêter entre ces deux termes extrêmes.

Cela fait, il sera prouvé que l'indifférence en matière de Religion est absurde dans ses motifs. Nous prouverons également qu elle est funeste dans ses effets ; ce qui complétera le développement du plan que nous nous étions proposé de remplir.

Que ceux dont la raison, fatiguée du doute, s'assoupit dans une sécurité trompeuse, cherchent enfin la véritable paix, qui n'existe que dans la possession certaine de la vérité. Pauvres intelligences reléguées en des régions lointaines après avoir dissipé leur portion de l'héritage commun, elles fuient la société des autres intelligences, et s'endorment à l'écart près des êtres sans raison, dont elles voudroient, dans leur dénûment, partager la pâture. Qu'elles se réveillent, et tournent les yeux vers la maison où elles naquirent; c'est là que sont leurs souvenirs, là qu'étoient leurs espérances ; infortunées, elles ont tout perdu, mais elles peuvent tout recouvrer. Loin de la lumière et de la vie n'ont-elles pas assez erré dans des ténèbres brûlantes ? A demi consumées, presque éteintes, qu'elles rentrent au sein de la famille, de l'éternelle société d'où elles sont sorties. Dieu les attend ; que tardent-elles ? En retrouvant leur père, elles jouiront d'un repos et d'un iDnheur qu'elles ne connoissent plus.

riM DE LA TROISIEME PARTIE.

ÂTERTISSEMENT

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