‹ Essai sur l'indifférence en matière de religionChapitre 27 sur 51 · G ESSAI SUR L'INDIFFERENCE · texte numérisé non relu

G ESSAI SUR L'INDIFFERENCE

qu'en ait dit le docte Hyde \ il paroît certain que, même à son origine, il n'étoit pas entièrement pur de toute superstition.

Outre le Dieu souverain du ciel, les habitants de laTartarie reconnoissoient une foule de génies qu'ils croyoient répandus dans les airs, sur la terre, au milieu des eaux, et, comme la plupart des autres peuples, ils rendoieut un culte à ces dieux subalternes^.

Si maintenant nous considérons les anciens peuples de l'Europe, nous trouvons partout le culte des hommes morts, uni au culte de certaines puissances invisibles de différents ordres, de divinités célestes qui présidoienl aux astres, et de divinités terrestres, généralement appelées démons, qui gouvernoient le monde inférieur. Varron donne aux premières le nom d'âmes éthérées, et aux secondes celui d'âmes aériennes ^. C'est également ainsi que Platon les appelle, dans un passage où il les distingue très-clairement du Dieu suprême *. Telle étoit la Religion

un fermer. Ânquetil du Perron, Mém. de l'acad.deslnscrip., t. LXIX, p. 184.

« Les Parsis, dit Mandeslo, croient que les génies subalternes ont un a pouvoir aUsolu sur les choses dont Dieu leur a confié l'administration; « c'est pourquoi ils ne font pas difficulté de les adorer et de les invo- (( quer en leurs nécessités, parce qu'ils sont persuadés que Dieu ne refuse rien à leur intercession. » Voyages d'Ole'arlus, trad. franc., in- 4, t. Il, p. 215.

* His(. relig., vetér. Persar.

2 Voyez les auteurs chinois cités par MM. de Guignes, Abel Rémusat et Kiaproth.

5 A summo circuitu cœli usque ad circulum lunse, œthereae animai sunt astra et stellse, iique cœlestes dii non modo intelliguntur esse, sed etiam videntur. Inter lunse vero gyrum et nimborum ac ventorum cacumina, aereœ sunt animœ; sed ea? animo, non oculis, videntur; et vocaniur heroes, et lares, et genii. Varro, lib. XVI, apud S. Augiist. de Civitat. Dei, lib. VII, cap. vi.

* ©îovs yùp Si} T0Ù5 bpxrobi y., t. \. Visibiles itaque deos maximos,

des Scythes % des Thraces ^ des Gètes ^, des Massagètes *, des Goths *, des Germains % des Celtes '', des Ibériens, des Celtibériens ^ des Hellènes, et des premiers habitants de l'Italie^. Chacun de ces peuples avoit ses dieux pro-

summoperèque hoîiorandos, acutissimèque undiquè cuncta videntcs, ac primos, naturam astrorum et quœ cum astris facta sentimus, fatendum. Deinceps vero sub hos dœmones, genus aerum, in tertiâ mediâque regione, qui interpretationis causa sunt, coUocatos, orationibus colère, gratiâ laudabilis intercessionis interpretalionisque, debemus. ITorum quidem duorum animalium alterum ex sethere, alterum deinceps ex aère est; ac neutrum conspici totum potest : sed quamvis hi daemones propè nos sint, nunquàm tamen manifesté nobis apparent. Prudentiœ mirabilis participes sunt; acuto quippc ingenio, tenacique memoriâ cogitationes nostras omnes cognoscunt. Honestos bonosque homines mirificè diligunt, improbos vebementer oderunt, utpotô qui dolores participes sunt. Sed Deus, qui divinam sortem perfectè possidet, à doloribiis volnptatibusque liber, sapientiâ cognitioneque penitUs fruitur. Plat. Epinomis; oper., tom. IX, p. 259, 260. Édit. Bipont.

* Herodot. lib. IV. — Lucian., Oper., tom. I, p. 592 et seq., tom. II, p. 713. — Tertullian., de Anima, cap. ii.

-Herodot. lib. V, cap. vu. — Lucian., tom. II, p. 152. — Photii biblioth., XLV. — Epiphan., deHseres., lib. I, p. 8.

^ Herodot., lib. IV, cap. xciv. — Plat., Charmid., tom. II, p. 157. Edit. H. Stephan. — Strabo., lib. VII. — Diogen. Laërt., vit. Pythagor., lib, YIII, segm. 2. — Jamblicb., cap. xxx.

* Herodot., lib. I, cap. ccxii. — Blackwell's Mytholog., p. 275.

^ Jornandes, de Rébus gothicis. — Ohixs Magnus, Hist. de gentib. seplentrional. — Adam Bremensis, de Suenonibus. — Grotius, proîeg. hist. Goth. elVandal. — Ancien, hist., vol. XIX, p. 2G5 et seq. Edit.

^ Cœsar., de bello gallico, lib. VI, cap. xx. — Tacit., de morib. Germ. — Scbcdius, de dits German.

'' Caesar, de bello gallico, lib. VI. — Diodor. Sicul., lib. V, p. 554. Ed. Wesseling. — Strabo, Hb. IV, p. 303. — Pelloutier. Hist. des Celtes. — Borlase's Antiquities of Cornwall, book I. — Whitaker's Ilist. of Manchester, toI. II.

« Strabo, lib. HT. *- Macrob. Saturn., lib. I, cap. xix.

^ Voyez les mythologues, Brlant, Faber, Blackwcll, Pluche, Banier, Guérin du Rocher; les Mémoires de V académie des Inscriptions, et

près * et ses rites particuliers; mais les objets de leur culte étoient toujours les esprits chargés de radministration de l'univers, et les âmes des morts. Du reste ce culte varioit sans cesse, comme on le voit surtout chez les Grecs et chez les Romains. On abandonnoit les anciens dieux, et l*on s'en formoit de nouveaux, au gré de l'imagination des poètes, et suivant les caprices de la superstition. Les fables se mêloient aux fables. Dans les divers pays, et dans le même pays à diverses époques, les mêmes noms ne réveilioient pas les mêmes idées. Ainsi le culte du soleil, qui, dans la Chaldée, s'adressoit à l'intelligence céleste qu'on croyoit animer cet astre, n'éloit à Rome et dans la Grèce que le culte d'une divinité humaine ou d'Apollon ^

l'ouvrage intitulé : Vltalia avanti il dom'mo dei Romani, par M. Joseph Micali.

* Les Romains donnèrent le nom de leurs dieux aux divinités des autres peuples, ce qui a jeté une grande confusion dans ce qu'ils disent des cultes étrangers.

* Cicer., de natur. Deor., lib. III, cap. xx. — Schedius, de dits german., p. 94. — « Les Grecs s'étoient livrés de bonne heure aucullc « des héros et des statues. Ce nouveau culte absorba tellement l'ancien « dans la plupart des régions occidentales, que les astres et les élé- « ments n'étoient plus honorés que comme personnifiés avec quelque a génie ou quelque héros célèbre. » Mém. de Vacad. des Inscript., t. XLII, p. 179. M. Guvier fait la même remarque. « Les Grecs, « dit-il, chez qui la civilisation arriva de Phénicie et d'Egypte, et si « tard, mélangcrenf les mylhologies phéniciennes et égyptiennes, dont « on leur avoit apporté des notions confuses, avec les traits non moins « confus de leur première histoire. Le soleil personnifié, nommé « Âmmon ou le Jupiter d'Egypte, devint un prince de Crète; le Phtha, « ou artisan de toutes choses, fut VHephsestus ou Vulcain, un forgeron « de Lemnos; le Cham, autre symbole du soleil ou de la force di- « vine, se transforma en un héros thébain robuste, leur Héraclès ou « Hercule; le cruel Moloch des Phéniciens, le Remphale des Égyptiens « fut le Chronos ou le Temps qui dévoroit ses enfants; et ensuite Sa- « turne, roi d'Italie. » Hecherclies sur les ossements fossiles des quadrupèdes. Disc, prélim.

Des débris de diverses idolâtries qui ont successivement régné dans l'Inde, et de plusieurs dogmes chrétiens défigurés, se composent aujourd'hui les Rehgions de l'Indoslan, de la Tartarie, du Thibet, du Tonquin, de la Chine, et des îles adjacentes. On ne sauroit douter que le Christianisme n'ait pénétré dès les premiers siècles jusqu'aux extrémités de l'Asie K Plus tard les Nestoriens l'y portèrent de nouveau ; d'autres sectaires les suivirent, ou même les précédèrent, et l'on trouve, au Thibet surtout, des traces évidentes de manichéisme^ Georgi s'est trompé, lorsqu'il a cru que le Dalaï-Lhama^ n'étoit originairement qu'un prêtre manichéen*; mais il est certain que la Religion dont il est le pontife a été modifiée par les doctrines de Manès et de Nestorius^

Le culte des astres ^, des esprits célestes et des génies malfaisants % étoit autrefois répandu^ et subsiste encore,

* P. Ant. Andrada, cité par La Croze. Hist. christ. Ind., liv. VI, p. 515. — Assemani, Biblioth. oriental., tom. III, part. II. — Abulfarage, tom, II. — De Guignes, Corograph., cap. i, art. 1. Id. Hist. des Huns, tom. I, part. II, liv. III, p. 223 à 258. —M. de Sainte-Croix, VÉzour-Vedam, observ. prélim., p. 90 et suiv. — La Croze, Hist. du Christian., etc., p. C5.

^ Dubitare vix potest maximam superstitionum partem, quge Indos, Sinas etvicinos populos à seculis multis accsecatoslenent, ex Manichœorumdoctrinâ reliquiisque sectœ zoroastrese, originem inducere.Renaudot, Hist.patriarch. Alexandr.,\}. 44. — Sim. Asseman., Biblioth. orient., cm. III, part. II, in Timotheo patriarchâ Nestorianorum. —De Guignes, Hist. des Huns, tom. part. II, p. 557, sub an. 552 et p. 598, 599.

^ Dalaï-Lhama signifie prêtre universel dans la langue mongole.

* Alphab. thibetan., tom. I.

^ Voyez le savant ouvrage d'Abel Rémusat sur les langues de la Tartarie.

^ Macrob. Saturn., lib. I, cap. xxiii, Alphab. thibetan., tom.I, p. 160.

' Parmi les mauvais génies dont les Thibetains reconnoissent l'existence, il y en a qu'ils nomment Thracen, c'est-à-dire grands dragons. Ces génies malfaisants sontles ennemi? des SAinis.Ibid., Prœfat. , p. xxxi.

8 Strabo, lib. XV, p.49i.

mais après avoir subi de nombreux changements, sur les bords du Gange et de l'indus. On y adoroit aussi des divi- ' nités humaines, et particulièrement Bouddha, que son éclatante sainteté fit placer au rang des dieux, dit Clément d'Alexandrie ^ Les esprits qui présidoient aux fleuves et aux éléments, et les animaux même^ sont encore aujourd'hui dans rinde, comme jadis en Egypte, l'objet d'un culte superstitieux : mais ce culte, les Égyptiens le rapportoient à des génies d'une nature différente de la nôtre, tandis que les Indiens croient par là honorer les âmes des morts ^.

Il y a de fortes raisons de penser que la Rehgion primitive s'est longtemps conservée plus pure à la Chine que dans presque toutes les autres contrées du monde. Cependant le respect pour les ancêtres y a dégénéré en une idolâtrie réelle ; et plusieurs sectes y ont adopté les superstitions indiennes, particuHèrement celles du Thibet. Là, comme dans l'Indostan, ces superstitions reposent sur la croyance des bons et des mauvais esprits*, qui tous doi-

* Elfji Se Tûiv 'IvSôJv oi roiç, BouTra Tïeidôix&vot Trapayyéi/Aafftv, o-j 0 ÔT:£p&oly}v ac/;.vor/îTos £iç ôâôv tc Tirifj.^xaai. Stromat., lib. I, p. 305. Il n'y a pas eu seulement deux Bouddhas ou Boutta, comme on pourroit te conclure d'un passage de saint Jérôme, lib. I, adv. Joviniam. C'est le nom commun d'une longue suite de pontifes de la religion de Bouddha. M. Abel Rémusat a donné sur ces divers Bouddhas une notice très-curieuse dans le Journal des savants de 1820.

2 Voyez les Becherches asiatiques. —Hist. des rit. relig. desind. — Parallèle des religions, t. I. — Hist. de Sumatra, par William Marsden, tom. II, p. 101 et suiv. — Hist. des Indes, par Barros et la continuation par Coulo. — Maurice's History of Indostan. — Henry Lord, Beligion of Banians. — Holwell, Hist. events. — Dow, Hist. of Indostan.

5 « Les Indiens rendent un culte aux animaux parce qu'ils renfer- « ment, croient-ils, les âmes des morts. » Mém. de Bernier, tom. III, p. 154. — Vid. etiam Petr. Maffei, Hist. Ind., lib. I, p. 56.

■* Interque deos habent beneficos, alios maleûcos, eosque sibi mutuo

vent leiir origine à la raison primordiale *. Les Chinois reconnoissent même l'existence des anges gardiens et des anges tentateurs de l'homme ^.

L'idolâtrie propre du Japon est le culte des dieux Kamis. « Sin et Kamis, dit Kœmpfer, sont les noms des « idoles qui font l'objet de ce culte... Ces noms signifient « âmes ou esprits. Les Japonais ont deux généalogies de ({ leurs dieux. La première est une succession d'esprits cé- « lestes, d'êtres purement spirituels... La seconde est une « race d'esprits terrestres, ou dieux-hommes... Enfin ils « engendrèrent la troisième race qui habite aujourd'hui le t( Japon ^. )) Nous ne décrirons point les diverses superstitions des Japonais, plusieurs desquelles paroissent avoir

adversantes constituunt. Alphab. thibetan., t. I, p. 1G3. — Voyage à Peking, Manille, etc., par M. de Guignes, t. II, p. 250 et suiv.

* Mémoire sur la vie et les opinions de Lao-tscu, par M. Abel Rémusat, p. 27.

- Sur les religions àe la Chine, voyez les Lettres édifiantes; les Mémoires de la Chine, du P. le Comte; Martini; du Halde; Groziet; l'Hist. des Huns, par M. de Guignes, t. I, part. I; les Mém. de Vacad. des Inscript., tomes X et XV. Le P. d'EnlrecoUes envoya de Peking, en 4722, la traduction d'un livre chinois, qu'il intitule Mœurs de la Chine. On nous a communiqué cet ouvrage inédit; nous en citerons deux passages qui confirment ce que nous disons dans le texte. « Pour ce qui est d'avoir commercé ^vec les esprits, c'est chose ab- « struse et fort creuse; mais supposons que les esprits viennent étant « appelés, pour moi je crois qu'on doit être bien embarrassé et tout « honteux de soi-même, se trouvant devant un de ces saints esprits; « pourquoi donc les faire descendre? Que si ce sont des démons qu'on « appelle, tout commerce avec eux ne peut aboutir à rien de bon. » P. 62 du Ms. — « Dèe que j'ai une bonne pensée, aussitôt un bon « esprit est là pour m' aider à l'exécuter; mais m'en vient-il une mé- « chante, un esprit malin me pousse à l'accompUr. » Ibid., p. 53. «On « appelle généralement Endouri tous ces êtres que les hommes adorent « sans les voir ni les entendre, et à la place desquels ils mettent, pour a leur sacrifier, une image qui les représente. » Dict. Mandchou.

5 Ilist. Japon., lib. III, cap. i et ii.

été apportées de l'Inde ; mais nous ferons observer qu'ils croient à des esprits préposés à la garde des hommes et des lieux ^

Revenons en Afrique, afin de comparer, sous le rapport de la Religion, son état ancien avec son état actuel. Dans l'Ethiopie, dont Meroë étoit la métropole, et qui comprenoit autrefois une portion considérable de l'Afrique centrale et méridionale , l'idolâtrie ressembloit , en plusieurs points, à celle de l'Egypte. On y reconnoissoit des dieux de différents ordres, les uns immortels, et les autres mortels ^. Les Éthiopiens rendoient aussi un culte aux bienfaiteurs du pays, et aux rois, qu'on regardoit, dit Strabon, comme les gardiens et les sauveurs du peuple ^.

On adorait en Libye le soleil et la lune, et des divinités humaines*, entre autres Psaphon, que les Libyens déifièrent pour avoir enseigné aux oiseaux à répéter ces paroles, le grand dieu Psaphon ^

Les Augilites n'honoroient point d'autres dieux que les Mânes ^, c'est-à-dire, les démons inférieurs et les âmes des hommes. Les habitants de Cyréne adoroient Battus, leur premier roi''. Ceux de V Afrique propre, qui étoit située

* "Voyez, outre Kœmpfer, VHist. du Japon, par le P. Charlevoix; la Vie de saint François-Xavier, par le P. B. Bouhours; les Lettres de ce saint; et VHist. des Huns, par M. de Guignes.

^ ©èov ^£ vo/xt^ouo-t TÔv/;.èv àôavarov... tôv ^sÔvïjtov. Strab., 1. XVII, p. 1177.

■^ Kal TOUTÛv T0O5 fxsv ^aort^sws xotvoù^ «ttscvtwv //iv ffWTvjpas xocl Ç3û)iaxaç. Il)id., p. 1178.

* Herodot., lib. IV, cap. clxxxviii, et lib. II, cap. 1. — Diod. Sicul., lib. V, p. 58G. Ed. Wesseling. — Lactant. Divin. Inst., lib. I, cap. x.

^ Maxim. Tyr., dissert. 19.

Augilae inferos tanlùni colunt. Plin., lib. Y, cap. viii. — Pompon. Meia, lib. I, cap. viii.

"' Herodot , lib. IV, cap. CLxr.

entre la Cyrénaïque et la Mauritanie, adoroient Mopsus, roi des#Â.rgives, parce que ce peuple, dit Apulée, nappeloit dieux que ceux qui avaient vécu avec justice et prudence^.

Chez les Atlantes, qui habitoient la partie occidentale de l'Afrique, dans la Mauritanie, à Carthage, on trouve un mélange informe de divinités célestes, de démons, et de dieux humains ^.

Le fétichisme est aujourd'hui à peu près la seule ReUgion des peuples idolâtres de l'Afrique^. C'est le culte des mauvais esprits ; aussi ils les craignent et ne les aiment pas*. De là les affreux sacrifices si communs dans ces contrées. Dans la stupide terreur qu'inspirent des êtres malfaisants, on cherche à les apaiser avec du sang et des crimes. Il paroît que les Achantes se croient abandonnés du Dieu de l'univers ^. Ne seroit-ce point comme une sorte de tradition terrible des descendants de Cham? « Ils pen- « sent que leurs fétiches ou divinités secondaires habitent

* Quippe tantùm eos deos appellanl, qui ex eodem numéro juste ac prudenler vilae curriculo gubernato, pro numine posteà ab hominibus proditi, fanis et cœremoniis vulgo adverlunlur : ut in Baeotiâ Amphiaraûs, in Africâ Mopsus, in ^Egypto Osiris, alius aliubi gentium. De Deo Socrat., t. II, p. 689, 600. Ed. Delph.

2 Diodor. Sicul., lib. III, p. 22i et seq. — Strabo, lib. XYIIÏ, p. 1189. — Justin,, lib. XYIII, cap. vi. — Tertul. Apolog., cap. xxiv. — Lact., lib. I, cap. XV. — Les Carthaginois sacrifioient à Amilcar. Herodot., lib. VII, cap. CLXviii. '

^ Voyez Parallèle des religions, t. I, p. 703 et suiv. Dapper, Des^ cript. de l'Afrique; et VHist. des Voyages,

* Relation de Des Marchais, p. 66. — Les Hottcntots adorent la lune : ils rendent aussi des hommages religieux à un être malfaisant qu'ils reconnoisscnt pour l'auteur du mal, et dont ils cherchent à conjurer la malice en l'adorant. Kolbe, Relation du cap de -Bonne-Espérance, 1. 1, ch. viit.

^ Voyage dans le pays d'Aschantie, par T. E. Bowdich, trad. de l'anglais. Paris, 1819, p. 571.

« des rivières, des bois et des montagnes particulières... « Le fétiche favori d'Aschantie est dans ce moment celui « de la rivière Tando *. » Outre le fétiche commun supposé le plus puissant, chacun a ses fétiches particuliers, qu'il honore à sa manière ^.

Le culte des manitous, répandu parmi les sauvages de l'Amérique, n'est non plus que le culte des esprits^. Les Cemis des'Insulaires étoient regardés comme les auteurs de tous les maux qui affligent la race humaine*. Le culte qu'on leur rendait n'avoit d'autre objet que de les apaiser ^. Plusieurs peuples du Nouveau-Monde adoroient aussi les puissances célestes, le soleil, la lune, les étoiles ^ et

* M., ibid.

2 Ibid., p. 377.

^ « La plupart des Américains sont fort prévenus que ces objets « qu'ils consacrent, deviennent autant de génies ou de manitous. Le « nombre en est si peu déterminé, que les Iroquois les appellent en

a leur langue d'un nom qui signifie esprits de toutes sortes La

« prière ordinaire des sauvages aux manitous, est pour en obtenir « qu'ils ne leur fassent point de mal. » Du culte des dieux fétiches, p. 51-53.

« Un sauvage qui avoit un bœuf pour manitou, convenoit un jour « que ce n'étoit pas ce bœuf môme qu'il adoroit, mais un manitou de « bœuf qui étoit sous terre, et qui animoit tous les bœufs. Il convenoit « aussi que ceux qui avoient un ours pour manitou, adoroient un pa- « reil manitou d'ours. » Ibid., p. 58. Voyez aussi Laliteau, Les mœurs des sauvages américains, t. I, p. 553. — Tableau civil et moral des Araucans, extrait du Viagero universal : Annales des Voyages, de la géographie et de lliist., t, XYI, p. 90 et suiv. Charlevoix, Histoire de la Nouvelle-France, tom. III, p. 543. — Creuxii Hist. Canad., p. 82 et seq.

* Oviedo, Hist. des Indes, liv. III, ch. i, p. 3. — P. Martyr. Decad., p. 102 et suiv. — Robertson, Histor. of America, vol. II, book. IV, p. 1()6.

^ Du Tertre, Histoire générale des Antilles, t. II, p. 5G5. — State of Virginia by a native, book III, p. 52, 53. — Bancroft, Nat. hist. of Guiana, p. 509.

,0 Leclerc, Histoire de Gaspésie^ cb. ix et x. — « On a lieu d'assurer

des dieux d'origine humaine, principalement au Mexique et au Pérou*. Les habitants des terres australes reconnoissent également des esprits de différente nature et de différents ordres, qui ont été créés par un Dieu supérieur. Ils se choisissent des patrons, des divinités tutélaires parmi les esprits célestes. Les mauvais génies sont appelés Elus malebus aux îles Carolines. Un de ces génies, nommé Merogrog, fut autrefois chassé du ciel-.

Tel est en raccourci le tableau fidèle des Rehgions païennes qui ont régné, ou qui régnent encore dans le monde. 11 eût été facile de l'étendre; mais nous croyons avoir suffisamment prouvé, que. l'idolâtrie ne fut jamais que le culte des esprits bons et mauvais*, et le culte des hommes distingués par des quahlés éclatantes, ou vénérés pour leurs bienfaits; c'est-à-dire, au fond, le culte des anges **et celui

« que le culte du soleil, de la lune et des astres, étoit le plus général « en Amérique. » Lettres américaines, par M. le comte J. R. Carli, t. I, p. 115.

* Vid. M.- de Humboldt, Vue des Cordillières, et monuments des peuples indigènes de V Amérique, t. I, p. 109 et suiv^ — Jean de Laët., Nov. orbis. — Garcilaso de la Vega, Ilist. du Pérou et des Incas. — Parallèle des religions, 1. 1. — Histoire générale des cérémonies des Peuples du monde.

2 Parallèle des religions, t. I, part. I, p. 694. Les anciens Zabéens adoroient Sammaël, qu'ils regardoient comme le prince des démons. Hottinger, Hist. orient., ^\\h. 1, cap, vm. Et Stanley's History ofphilosoph., p. 1065. Les esprits malfaisants étoient appelés Thitzimiones par les Mexicains.

Il est très-vraisemblable que les dieux des Grecs ont été forgés sur l'idée des anges bons ou mauvais ; et de là sont venus aussi les Egregores des Hébreux, les Annedots des Chaldéens, les Ginnes, les Génies, les Bons, les Archontes, les Titans, les Géants, en un mot, les dieux et les demi-dieux du paganisme. Le témoignage de Philon (dans son livre des Géants) est formel sur cet article. « Moïse, dit cet auteur, « a coutume d'appeler anges ceux que les autres philosophes nom- « ment démns. Ce sont des âmes qui volent dans l'air, et personne,

des saints ^ . Afin de rendre celte vérité encore plu s évidente, il convient de montrer qu'en adorant soit des esprits intermédiaires, soit des hommes, on ne les confondoit point avec le Dieu suprême, le vrai Dieu. La preuve la plus invincible qu'on en puisse donner, c'est que la notion de ce Dieu unique, éternel, infini, s'est toujours conservée chez tous les peuples, malgré l'outrageant oubh où le laissoit leur culte : mais comme nous n'ayons pas encore établi ce fait important, et qu'il ne nous est point d'ailleurs indispensable, nous ne nous en prévaudrons pas en ce moment.

?our éviter Terreur où pourroit conduire une fausse interprétation des mots, observons d'abord que le nom de Dieux avoit chez les anciens une signification fort étendue. On le donnoit à tous les êtres qui sembloient avoir

« ajoute-t-il, ne doit croire que ce soit une fable; l'air est plein d'a- « nimaux, mais ils nous sont invisibles, puisque l'air même n'est pas « visible. » Hist. de Vacad. des Inscriptions et Belles-Lettres, t. II, p. 5. — Quoique le mot ^at/Awv, démon, fût communément employé par les Grecs pour désigner les ministres du souverain être, on trouve cependant le mot anges dans Platon, qui appelle Némésis Vange du jugemeht ou de la justice de Dieu. Uxgi yàp lîrtaxoTto; roîç n-pl rà ToicôjTx ÏTÔix^'n oUriq '^iij.zuiç, ayys'Xoi. Delegib., lib. X.

* « Toute la religion des anciens consistoit dans le culte des démons, « qu'on supposoit être, comme les Mânes et les Lares des Romains, « les âmes des hommes décèdes. » Bryant's Analijsis of ancient Mytholog-, vol. II, p. 280. « Il y a certainement une analogie marquée « entre les dieux des païens et nos anges, entre les héros déifiés et « nos saints. On ne peut nier l'existence des génies célestes, que Dieu « emploie dans le gouvernement du monde : il est également certain « que les anges ne sont pas d'une nature si différente des hommes, « que ceux-ci ne puissent leur être associés après la mort, lorsqu'ils « l'ont mérité par leur vertu. Telle a toujours été la croyance du genre « humain; et c'est cette croyance, défigurée et corrompue, qui produi- « sit l'idolâtrie, et spécialement celle des Grecs. » Recherches sur Vorigine et la nature de l'Hellénisme, par M. l'abbé Foucher. Mém. de l'acad, des Inscript., t. XLII, p. 69.

reçu une participation plus abondante de la nature ou des perfections divines. On le trouve employé plusieurs fois en ce sens dans l'Écriture. Les esprits célestes sont appelés des dieux saints dans Daniel*. L'ombre de Samuel, au livre des Rois^; dans l'Exode et dans les Psaumes^, des hommes, même vivants, sont aussi nommés dieux. On ne peut donc rien conclure de cette expression contre les païens, ni les blâmer toujours de l'usage qu'ils en ont fuit*, puisqu'il est incontestable qu'au moins plusieurs nations n'adoroient pas seulement les mauvais esprits, mais encore les bons.

Il est difficile de penser que l'on s'entende soi-même, quand on prétend que les païens attachoient à ces divers esprits la vraie notion de la Divinité *. Qu'on veuille bien y réfléchir : l'unité n'entre-t-elle pas nécessairement dans cette notion? Il faudroit donc dire que les hommes croyoient à la pluralité d'un Dieu unique. A-t-oh une véritable idée de ce Dieu, si on ne le conçoit pas comme infini, éternel, souverainement intelligent et indépendant? Cicéron lui-même répond que non ^. Or s'il y a quelque chose d'avéré, c'est que les dieux du paganisme formoient une vaste hiérarchie de puissances limitées dans leurs at-

* Daniel, cap. iv, 5, 6 et 15; et cap. v, 11. « On les trouvera quelle quefois nommés dieux dans nos Écritures, parce qu'ils ont en eux « quelque chose de divin, » dit Origène en parlant des anges. Contr, Cels., lib. V, n. 4. •

2 I Reg., XXVIII, 13.

^ Exod., V, 1, XXI, 6, XXII, 8 et 28. Ps. xlvi, 10. Ps. lxxxi, 1 et 6.

* Vid. S. Aiigust., De civitate Dei, lib. IX, cap. xxiii, n. 1 et 2.

Presque tous les défenseurs de celle opinion soutiennent en même temps que cette notion, conservée seulement par le peuple juif, étoit perdue dans le reste du monde. Or, comment les païens croyoient-ils à plusieurs dieux, s'ils n'avoientpas la notion de DieM.'^

5 Deum, nisi sempiternum inlelligere qui possumus? De pat. Beor.,

tributionSj et subordonnées les unes aux autres *. Comment donc auroit-on conçu chacune d'elles comme indépendante? Qu'est-ce que ces divinités supérieures et inférieures si elles sont toutes égales, toutes infinies, si elles

lib. ï, cap. X. Vid. et. cap. xi et xii. Eschyle met cette invocation dans la bouche d'un de ses chœurs : 0 vous qui êtes les plus jeunes des dieux! 'Iw dsol veûrspoi. Eumenid,, scen. IX, v. 763. Les païens ne confondoient donc pas leurs dieux avec le Dieu suprême, nécessairement éternel.

* L'auteur des Vers dorés, attribués à Pythagore, et qui paroissent être de Lysis, précepteur d'Épaminondas, divise toutes les divinités en trois classes : les dieux immortels, les héros et les démons.

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Suivant Ocellus Lucanus, il doit y avoir dans chaque division du monde une espèce régnante sur les autres, dans le ciel les dieux, l'homme sur la terre, les démons entre deux. 'End oùv xccQ' UàdT^-i ÙTzoTo/j.yiv vnsp é^ov ri yévoç hréruxrut tc5v ccA/wv, Iv /j.èv oupuvù tô twv ôswv, sv ^s y?) av0pwrro5, iv Se tw fxsTupaiu tottw ^at/AOvsç. Cap. m, n. 4. Il parle ensuite d'un dieu unique, o 0sèç, qui a formé l'homme et lui a donné des lois : puis il ajoute que si les hommes, recherchant la volupté pour elle-même, violent celles de ces lois qui sont relatives à la propagation du genre humain, leurs enfants livrés au vice seront des démons méchants, za/.o^at/;.ov£ç, et l'objet de la haine des familles, des hommes, des démons, des dieux et des villes. Cnp. iv, n. 2 et 4. Timée de Locres, f]ui,reconnoît si formellement un Dieu suprême, unique, éternel, appelle la terre /e /i)z/^r desdifiux, éaria Qôcov. Cap. m, n. 1.

Qui cœlum, superi, quique regunt fretum.

Senec, Medea, v. 59, p. 12. Ed. Elzevir.

4 Des démons différents agissent sur les hommes, dit Phocylide; il y a en a qui éloignent d'eux les maux. »

'Ai/' àpù Suîp.ovsç sifftv èrr' ùvSpâutv a/Aore «A>oi, 01 //.sv i'KspxofJi.évo^J xaxàv àvé^aoj IxAûaaaôai.

phocyl. ap. Euseb. Prsep. Evangel., lib, XIII, c. xm, p. 087,

ne sont toutes qu'une seule et même divinité? Soyons justes envers ceux même dont nous déplorons le criminel aveuglement : jamais ils ne tombèrent dans ces énormes contradictions, et l'on peut justement douter qu'un renversement si prodigieux du sens humain, nous ne disons pas ait existé, mais soit possible.

Les écrivains qui parlent des divinitê's païennes nous apprennent quels étoient le rang, les fonctions, la nature particulière de chacune d'elles. Si l'on excepte les fictions poétiques, ils ne disent rien que de conforme à l'idée qu'ils avoient, et que nous avons nous-mêmes d'esprits de différents ordres * ; et lorsqu'ils traitent des dieux, si l'on cherche dans leurs paroles la notion réelle de Dieu, loin de l'y trouver, on verra qu'elles l'excluent formellement.

Catholiques, protestants, philosophes, tous s'accordent sur ce point. « Je vais, dit Beausobre, poser des principes « que je ne prouverai pas à présent, parce qu'au fond ils « sont assez connus... Ces principes sont 1** que les païens « n'ont jamais confondu leurs dieux célestes ou terrestres « avec le Dieu suprême, et ne leur ont jamais attribué « l'indépendance et la souveraineté. Cette observation est « non-seulement juste, elle est importante. Elle détruit « l'objection qu'un philosophe moderne a poussée, pour « invalider l'argument très-sohde de l'existence de Dieu, « que l'on tire du consentement des peuples. Le poly- « théisme, dit-on, a eu le consentement de tous les peu- « pies. Cela est faux dans un sens, vrai dans un autre; « mais le sens auquel cela est vrai n'affoiblit point l'argu- « ment en question. Si par le pi^i/imme on entend plusieurs

* « Les divi des Gentils n'étoient que des démons ou des géants, et des créatures d'une autre espèce que celle des hommes, quoique ceuxci aient été aussi adoptés parmi leurs dieux. » D'Herbelot, fiibliolfi. orknf., art. Dlv., 1. 1, p. 521. Paris, 178^.

« dieux souverains indépendants, il est faux que les peuples •\( aient jamais cru plusieurs dieux. Us se sont accordés dans « l'unité d'un Dieu suprême . Mais si parle polythéisme on en- « tendplusieurs dieux subalternes, sous un Dieu suprême et « maître de tout, il estvrai qu'il y a eu un grand consentement « des peuples là-dessus. 2° Que les païens ont bien su que « ces dieux n'étôient que des intelligences qui tiroientleur « origine du Dieu suprême, et qui en dépendoient comme « étant ses ministres, ou que des hommes illustres par (( leurs vertus et par les services qu'ils avoient rendus au <( genre humain, ou à leur patrie, o^ Qu'à l'égard de ces « derniers, les païens ont cru que ces grandes âmes, en « dépouillant le corps mortel dont elles étoient revêtues, « n'avoient pas dépouillé l'affection qu'elles avoient eue « pour leur patrie, ou pour le genre humain en général. « 4° Que le Dieu suprême avoit permis à ces âmes géné- « reuses de demeurer sur la terre pour y veiller au salut « des peuples, qui avoient été les principaux objets de leur (( affection. 5° Que ces saintes âmes habit oient dans les (( lieux où reposoient leurs cendres, préférablement à tout (( autre, etqu'ilfalloitleshonorersurtoutdansceslieux-là^ »

Voltaire sJexplique à cet égard d'une manière non moins formelle. « Les Romains reconnoissent le Beus optimus « maximus; les Grecs ont leur Zens, leur Dieu suprême. « Toutes les autres divinités ne sont que des êtres intermé- « diaires ; on place des héros et des empereurs au rang « des dieux, c'est-à-dire des bienheureux. Mais il est sûr « que Claude, Octave, Tibère et Galigula ne sont pas re- (( gardés comme les créateurs du ciel et de la terre.

{{ En un mot il paroît prouvé que du temps d'Auguste,

* Histoire de Manichéeetdu manichéisme, llv. IX, ch. iv, t. II, p. 654, 655, Vid. et. Histoire des religions et des. mœurs de tous les peuples du monde. Dissert, prélimin., 1. 1, p. 56. Paris, 1816.

« tous ceux qui avoient une Religion reconnoissoient un « Dieu supérieur, éternel, et plusieurs ordres de dieux, sert condaires, dont le culte fut appelé depuis idolâtrie * . »

Veut-on qu'à ces épreuves nous ajoutions des témoignages ^près des anciens ; nous n'aurons que l'embarras du choix. Hésiode dit que les dieux naquirent en même temps que les hommes. Ceux-ci devinrent à leur tour des dieux ou des démons, par la volonté du grand Jupiter ^. Euripide fait ainsi parler les Dioscures : Après que Jupiter nous eut faits dieux ^. Ces nouveaux dieux, comme- Jupiter lui-même le dit dans Ovide*, n'étoient pas toujours jugés dignes d'être admis immédiatement dans le ciel. Delà vint le culte des dieux incertains ^. Empédocle reconnoît un Dieu suprême auteur de tout ce qui est, et de tout ce qui sera, des arbres, des animaux, des hommes et des dieux ^.

(( 11 y a un dieu au-dessus de la fortune, et auteur de « tous les biens, dit Platon : il est très-juste de l'honorer « principalement et de le prier, comme font tous les dé- « mons et les autres dieux \ »

* Dictionn. pMlosoph., art. Religion, 11^ quest.

Toi (j-kv Scâfiovii £i7t, ^£0$ y.éyxlox) §tôc ^oxjlocç.

Oper. et Dier., lib. I.

'^ 'EîTctTTS/o "^//.ag Zs05 ènotvjvev deoxiç.

Euripid. Helen. sub fin., p. 554. Ed. Basil. * Quos quoniam nondum cœli dignamur honore, Quas dedimus certè terras habitare sinamus.

Metam., lib. I.

^ Dii incerti, ambigui. Varr., lib. II, de reb. div. et human.

^ navra //.èv os'joc rs y}-j o7x t serrât ottio-co,

AévJpa Sk ^sê/â^r/jxc, xce.1 uvspsç v]Ss yuvatxçj, Gvj/îs; r' otoivoi re, -/.ui vSaroBpéij.fj.o-JSi t'x^ûç, Kal TS Ssol Solixoûoi'Jtç, zipv'jt- (pioiaroi..

Empedocl. à Frassen. cit. Disquisit. Mblicse, p. 7G.

' Oîàv è' «ùrôv /A«}J,ov -^ Ttvà rû;^-/jv ^7ou</.«5... zoyj Qcycc6iiv xtxtov

Des dieux qui adorent un autre Dieu, qui lui adressent des prières, n'étoient pas apparemment confondus avec ce Dieu à qui l'on devoit rendre un culte principal. Ailleurs Platon l'appelle le véritable Seigneur de ceux qui jouissent de leurbo7i sens^ ; ^t après avoir dit que la Fable fe nomme Saturne, il ajoute : « Sachant -qu'aucun homme ne pour- « roit gouverner les autres hommes avec une autorité sou- « veraine, sans que tout fût rempli d'orgueil et d'injustice, « il iijiposa aux cités pour princes et pour rois, non des « hommes, mais des démons plus parfaits et plus divins « que nous : et de même que nous ne confions pas la con- « duite des troupeaux, des taureaux et des chèvres, par « exemple, à des chèvres et à des taureaux, mais que nous « nous réservons sur eux l'empire; ainsi, Dieu, ami des « hommes, préposa sur eux des démons d'une nature su- (( pèrieure à la nôtre, qui, entretenant la paix, la pudeur, « la liberté, la justice, prèvenoient les désordres et les sé- (( ditions, et r ondoient heureux le genre humain'^. »

a//.a xal 6êot rt/jiav rz xcù luxeffôat Sixfpepàvrui; «ùrû. EpinOïïi-, t. IX, p. 243 et 24. Oper. Ed. Bipont. Quel est ce Dieu dont parle ici Platon? Le monde, dit-il ; mais il ajoute aussitôt : Cela est absurde dans un sens, et nullement absurde dans un autre sens. Cela est absurde, si on l'entend du monde matériel; cela ne l'est pas, si on l'entend du créateur de ce monde, que Platon croyoit incorporel. Plato sine corpore ullo deum vult esse, ut Grxci dicunt àGoi/j-aTov. De nat. Deor., lib. I, cap. XII. Pourquoi ne s'explique-t-il pas plus clairement dans le passage que nous venons de citer? Apparemment par la raison qu'il en donne lui-même dans IS Timée : « Il est difficile de trouver le Créa- « teur et le père de tout ce qui est : et quand on l'a trouvé, on ne « peut pa& en parler en présence de tous les hommes. » Tôv fxkv oïj-j TTOtïjTyjv xaè rcccTépx toO oè iravrès sùpsiv rè èpyov, xaî evpôvzx eh 7r«vraç à^ûvarov Xéynv. Oper., tit. IX, p. 303. Ed. Bipont.

* ToO àlridoû^ rou r&iv vov'j l^ôvroiv Ss^nô^ovroi Qsod. De Legib., h. IV, t. YIÏI, p. 1 79. Ed. Bipont.

2 De legib., lib. IV, Oper., tom. VIII, p. 180. Ed. Bipont.

Ces démons, si clairement distingués du Dieu suprême, étoient au nombre des divinités qu'adoroient les païens, et Platon lui-môme recommande de ne pas négliger leur culte. Du reste, il suffit de parcourir quelques-uns de ses ouvrages, pour reconnoître combien l'idée qu'avoient les anciens de ces êtres intermédiaires, différoit de celle qu'ils se formoient du souverain maître du monde. S'ils avoient confondu ces deux notions, comment Platon auroitil pu dire : « Invoquons Dieu de tout notre cœur, en ce « moment surtout où nous entreprenons de prouver l'exis- « tence des dieux ^? » Et encore : « Si Glinias et tous ces « vieillards vous ont persuadé que vous ignorez entière- « ment ce qu'il faut penser des rfi^tfo; (lorsque vous vous (( imaginez qu'ils regardent avec indifférence les actions « des hommes), Dieu lui-même vous a fait une grande « grâce ^.

« Au commencement le monde fut créé à cause des (( dieux et des hommes : tout ce qu'il renferme a été pré- « paré pour l'usage de l'homme ; car le monde est comme « la demeure commune, ou la cité des hommes et des « dieux ^. » C'est Cicéron qui s'exprime ainsi, et l'on croit presque entendre les premières paroles de la Genèse.

* 'A'/s 5-n, ©îôv eÎTzors, Tzapaxl-riréav vi/mXv, x. t. X. Ago igitur, modo magis, quàm unquàm, Deum omni studio invocemus, cùm deos esse diligenter demonstrare conemur. De Legiù., lib. X. Oper., tom. IX, p. 85.

^ Et //.èv (7â îTSiôct K^tviaç oSe ^ai ^u/A7ra<Ja yi/xûv yjSs r) yspouat'a, "jzsoi ôcwv wâ ou/c otffOa 6, zi Aé'/ct,, xa/w, «v <;ot h 0£O5 «utÔî |uiAa/ji- &d^JOi.md., p. 108,109.

^ Principio ipse mundus, deorum hominumque causa factus est : quaeque in eo sunt omnia, ea parala ad fructum hominum, et inventa sunt. Est enim mundys quasi comruunis deorum alque hominum domus, aut urbs ulrorumque. [De nat. Deor., lib. II, cap. lxii.) Voulezvous voir comment l'unitc de la foi se manifeste dans l'accord de la tradition nouvelle et de la tradition antique, écoutez saint Augustin ;

Plutarque veut cju'à l'exemple de Platon, de Pythagore, de Xénocrate et de Chrysippe, qui suivoient en cela, dit-il, les anciens théologiens, on range Isis, Osiris, Typhon, parmi les grands démons phis robustes que les hommes, et d'une nature supérieure, quoiqu'elle ne soit pas entièrement divine. Ces démons sont, selon lui, susceptibles de changement, de plaisir, de douleur, et autres afjpctions qui les troublent plus ou moins; car, ajoute-1-il, il y a parmi eux, comme parmi les liommes, différents degrés de vice et de vertu ^

Qu'étoit-ce que ces démons et les dieux supérieurs, dans l'opinion des anciens? des puissances ministérielles, dit Plutarque ; et remarquez la conformité de cette expression avec celle de saint Paul, qui appelle les anges des esprits administrateurs. « D'une mesme Intelligence qui « ordonne tout le monde, et d'une mesme Providence qui « a soing de les gouverner, et des puissances ministériales « sur tout ordonnées, autres noms et autres honneurs se- (; Ion la diversité des loix ont été données, et usent les « presbtres de marques et mystères aucuns plus obscurs, « autres plus clairs, pour conduire notre entendement à (( la cognoissance de la Divinité^- )) Presque tous les anciens philosophes ont reconnu d'une manière non moins formelle un seul Dieu infiniment supérieur aux autres dieux, qu'il avoit produits, et qui participoientà sa nature^.

'« Omnis ergo numerus fideliutn., ex hominibus commutandorum ut « fiant sequales angelis Dei, adjuncti etiam ipsi angelis, qui modo non « peregrinantur, sed expectant nos quando à peregrinatione redeamus, c( omnes simul unam domum Dei faciunt, et unam civitatem. » Eîiarrat. in Psalm. CXXVI, tom. W.Oper., col., 429. Edit. Bened.

* rtvovrat yxp &>; èv àvOpÛTtoiç, xxi Sai/j.o<7iv, ocpsrrli Sîufopai /.al

y.(xxio(.ç. De Isid. et Osir., Oper., t. II, p. 360.

2 D'Isis et d'Osiris, traduct. d'Amyot. Œuvres mor,, t. III, p. 857, Éd. de Vascosan.

^Damasius ab Huet. cit. in .\lnet. quœst., lib. II, cap. iv, p. 129

Loin que cette opinion leur fût parti-culière, on la retrouve chez tous les peuples, à toutes les époques. On offroit anciennement à la Chine des sacrifices à divers anges tutélaires. « Mais, dit un auteur instruit, c'étoit dans la « vue de les honorer infiniment moins que Xam-ti, le sou- « verain maître du monde * . » Zoroastre enseignoit « qu'il « y a un être souverain, indépendant, existant par lui-même « de toute éternité ; et que sous cet Être souverain il y a « deux anges, l'un de lumière, qui est l'auteur de tout bien, « et l'autre des ténèbres, qui est l'auteur de tout mal \. » Une multitude d'autres anges bons et mauvais étoient soumis à ces deux esprits supérieurs. Telle étoit la doctrine des anciens Perses : ils croyoient que le monde est gouverné par le ministère des anges, chacun desquels a ses fonctions propres, et c'est encore aujourd'hui la croyance des Guébres ^.

« 11 paroît par les relations anciennes et modernes de « l'Inde, qu'il y a plusieurs tribus ou nations indiennes qui « reconnoissent et adorent un Être suprême, cause pre- « miére et productrice de toutes choses : ils pensent aussi « que ce Dieu, trop grand pour s'abaisser jusqu'à se mêler « des affaires de ce monde, qu'ils jugent trop au-dessous « de lui, a créé des dieux subalternes pour en prendre soin

Les dieux inférieurs, rangés parmi les créatures, étoient nommés les dieux engendrés, Qsoi oî ysvrirol, tandis que l'indépendance de tout autre principe que lui-même distinguoit le Dieu souverain, Q-b^ b oL'ivi'jT^To-,. Diog. Laert. in proœmio. — Apollon, dit Pindare, est né dans le temps : 'Ev xp»'-'" ^s yhzT 'ArroAAwv. Pindar. Carmina, Frag., t. III, p. 128. Ed. Heyne.

* Morale de Confucius, avertiss., p. 18.

^ Prideaux, Hist. des Juifs, I" part., liv. IV.

^ The ancient Persians firmly believed the ministry of angels, and their superintendence over the affairs of this world (as tlie Magiàns still do] and Iherefore assigned them distinct charges and provinces, giving their names to their months. Sale, the Koran transîated, etc., vol. I, Prelim, dise, sect, IV, p. 95. London, 1764.

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