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« à sa place. Ces dieux du second ordre en ont encore « d'autres au-dessous d'eux, ce qui forme une hiérarchie '.( divine très-nombreuse : chaque dieu mérite des hon- « neurs et un culte particulier ^
« M. Knox, ayant passé vingt ans dans l'île de Ceylan, a « eu occasion de connoître à fond les mœurs et la Religion « de ses habitants. Ils adorent plusieurs diaux, et même « les mauvais génies, craignant d'être détruits par ceux-ci. (( Ils reconnoissent aussi un Dieu suprême, qu'ils appel- « lent le créateur du ciel et de la terre. Ce premier Être a, « selon eux, des dieux inférieurs sous lui, auxquels il a (( donné ses ordres pour le gouvernement du monde, le « maintien de l'ordre et de l'harmonie dans toutes sespar- « ties : ils ont des prêtres et des temples pour les divinités « subalternes ; mais le Dieu suprême n'a aucune sorte de (( culte ^. 11 en est de môme au Malabar, où on reconnoît (( néanmoins une divinité souveraine qui a créé le ciel et (( la terre, et qui jugera les hommes, les récompensera ou (( les punira, selon les bonnes ou les mauvaises œuvres « qu'ils auront faites ^.
(( Les habitants de la Floride adorent aussi un Dieu, « créateur de toutes choses, qu'ils nomment Okée : ils ont « des prêtres qui lui offrent des sacrifices ; mais ils ne (( pensent pas qu'il se mêle des affaires humaines ; il en a « remis le soin à des dieux inférieurs qui règlent tout, et « auxquels, par conséquent, ils rendent un culte religieux. « Le soleil et la lune sont deux des principaux dieux subal- « ternes *. »
* Relation des missionnaires, danois, part. Il, p. 7 et suiv. — Plullip's Account of religion, etc., of the people of Malabar.
2 Leland, Nouv. démonstr. évang., part. I, eh. ii, tom. I, pag. 123 et 124.
5 Voyages de Schouten, 1. 1, p. 556 et suiv.,
* Leland, loc. cit., p. 127 et 129.
Chaque nation, chaque ville, chaque famille, chaque individu même, se choisissoit, selon ses désirs ou ses craint es y un protecteur particulier parmi ces dieux multipliés à l'infini. Ces bizarres divinités qu'enfantoit incessamment la superstition, n'étoient, comme le remarque l'auteur de VHistoire des causes 'premières, « que des « dieux tutélaires, des espèces de talismans, de fétiches ^ (( ou de symboles, qu'on supposoit doués de quelque vertu « secrète et magique, par l'attache de quelque démon ou « génie, pour porter bonheur ou malheur à l'ami ou à « l'ennemi : ce nepouvoit être autre chose. Croire que des (( boucs, des chiens, des chats, des scarabées, de petits (( cailloux d'une certaine forme, des marmousets d'or ou « de laiton, étoient ou pouvoient être, dans l'esprit d'au- « cun peuple civilisé, le plus haut degré de la divinité, « reine et maîtresse de l'univers, c'est une erreur impos- « sible, une absurdité qui rie peut se trouver dans aucune « tête, pensante ou non. En un mot, ces dieux n'étoient « que ce que sont encore parmi nous les patrons révérés (( par les provinces, par les villes, par les bourgades ^ ; que « ce que sont les reliques, les images des personnes dont « le nom a été consacré par la piété, avec cette différence ({ toutefois qu'aujourd'hui l'artisan distingue le culte rendu « au serviteur, de celui qu'il doit au maître, et que les « païens oublioient totalement les droits du maître pour
^ Ce nom, suivant le président De Brosses, vient du mot portugais fetisso, qui signifie chose fée, enchantée, divine, rendant des oracles.
^ Il suffit d'ouvrir les ouvrages des anciens, pour reconnoître la vérité de ce que dit ici l'abbé Le Batteux. Dans une de ses tragédies, Eschyle fait ainsi parler le chœur : « Dieux puissants, saints et saintes « de cette terre, vous qui gardez nos tours, ne livrez pas cette ville « belliqueuse à une armée d'hommes qui parlent une langue étrangère î ft Ecoutez les vierges ; écoutez, comme il est juste, les prières sup- « pliantes. Génies amis de cette ville, vous ses libérateurs et ses pro- « tecteurs, montrez qu'elle vous est chère. Vous aimez le culte qu'on
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« lui substituer un rival imaginaire, dont souvent le culte « étoit un crime encore plus qu'une erreur ^ »
Maxime de Tyr distingue expressément les dieux subalternes du Dieu suprême. « Si vous êtes trop foibles, dit-il, « pour bien connoître le Père et l'auteur de toutes choses, « c'est assez pour vous en ce moment d'admirer ses œu-
< vous rend; défendez-le donc; souvenez-vous de nos pompes sacrées e et de nos sacrifices ! »
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Septem adTheb., scen. III. Mschyl. tragœd., 1. 1, p. 95. Ed. Schiitz; llalae, 1800. "On o-éSovrat... xal toùj iyyoipioxji Qtx.iixo'ja.q. Strab., lib. XV, p. 491. Des Bourguignons à qui saint Columban annonçoit l'Évangile, le maltraitèrent, en disant : « Ce sont nos anciens dieux, les « gardiens de ce pays, qui nous ont secourus jusqu'à ce jour. » Aleman. rerum scriptores, 1. 1, p. 236, 257. — Les voyageurs adressoient des prières au dieu tutélaire du lieu d'où ils partoient. Ils en avoient d'autres pour les dieux sous la protection desquels étoient les lieux par où ils passoient; d'autres enfin pour les divinités du lieu où se terminoit leur voyage. La formule de ces prières nous a été conservée dans les inscriptions. Pro sainte, Un, et reditu. Hist. de Vacad. des Inscriptions, t. II, p. 19 et 20. Le dieu tutélaire est appelé dans Virgile, genium loci. ^neid., lib. VU, v. 156. Nullusenim locus sine genio est, dit Servius, in jEneid., V.
* Hist. des causes premières, par l'abbé Le Batteux. p. 148 et 149.
« vrcs, et de l'adorer dans ce qu'il a fait, dans sa progé- « niture, qui est très-nombreuse et de différentes espèces. « Il y a bien plus de dieux que les poètes béotiens n'en « comptent. Il n'y a pas seulement trois mille fils ou amis « de Dieu ; le nombre en est incompréhensible : il y en a « autant qu'il y a d'étoiles au ciel et de génies dans l'éther^ »
Lactance, qui connoissoit parfaitement l'idolâtrie, puisqu'il y avoit été élevé, parle ainsi: « Les païens, qui ad- « mettent plusieurs dieux, disent cependant que ces divi- (( nités subalternes président tellement à toutes les parties « de l'univers, qu'il n'y a qu'un seul gouverneur su- « prême. Les autres ne sont donc pas des dieux, mais les ({ serviteurs ou les ministres de ce Dieu unique, très- « grand et tout-puissant, qui les a préposés pour exécuter « ses volontés ^. »
Nous n'entrerons pas, sur ce sujet, dans de plus longs détails. Les témoignages qu'on vient de lire suffisent pour montrer quelle étoit l'idée que les païens avoient des êtres spirituels qu'ils adoroient sous le nom de dieux. Nous devons montrer de plus qu'en rendant à certains hommes les honneurs divins, ils ne cessoient pas de les reconnoître «pour hommes ; et c'est un point que nous pourrions déjà regarder comme prouvé, puisque nous ne savons nousmêmes que c'étoient véritablement des hommes que par ce que les païens nous en ont appris.
11 existoit parmi eux plusieurs histoires de ces dieux d'origine humaine. Nicagoras, Leontés, Théodore, Hippon,
* Maxim. Tyr. dissert. T, p. 18. Ed. Oxon., 1677. — Yid. et. Julian. ap. Cyril, lib. IV.
^ Isti assertores deorum, ità eos praeesse singuUs rébus ac partibus dicunt, ut tamen unus sit reclor eximius. Jàm ergo cseleri dii nonerunt, sed satellites, ac ministri,,quos ille unus niaximus, et potens omnium ofiiciis his praeficerit, ut ipsi ejus imperio, ac nutibus scrviant. Lact,, Divin. Instit., lib. I, cap. m.