II
Diagoras, et mille autres, avoient écrit leur vie avec un soin scriipideiix, dit Ârnobe *. Mais la plus célèbre de ces histoires étoit celle d'Évhémère, de Messine, qu'Eiinius traduisit en latin ^, de sorte qu'elle ne pouvoit être ignorée de presque personne ^. Il nommoit les parents des dieux, leur patrie, le lieu de leur sépulture *, avec une grande exactitude historique ^, au jugement de Plutarque même ^. Il ne faisoit que suivre en cela les plus anciens écrivains de la Grèce '^, selon le témoignage de Lactance, auquel nous pouvons joindre celui de Cicéron, qui dit formellement que le ciel étoit presque tout entier rempli d'hommes ^.
* Possumus quidem hoc in loco omncs istos, nobis quos inducitis atque appellatis deos, homines fuisse monstrare, vel Agragantino Euhemeroreplicato..., vel Nicagoro Cyprio, velPoUœo Leontc, vcl Cyrcnensi Théodore, vel Hippone ac Diagora Meliis, vel auctoribus aliis mille, qui scrupulosge diligentige cura in lucem res abditas libertate ingenuâ protulerunt Arnob. advers. Gentes.
2 Cicer. de Nat. Deor., lib. I, cap. xlii.
^ Gujus libellos Ennius, clarum ut fieret cunctis, sermonem initalum transtulit. Arnob., lib. IV, adv. Gentes.
* Euhemerus, eorum natales, patrias, sepulchra dinumerat, etper provincias monstrat. Minut. Felic. Octavius, cap. xxi.
^ Euhemerus omnes taies deos, non fabulosâ garrulitate, scd historicâ diligentiâ, homines fuisse mortalesque conscripsit, S. August., De civit. Dei, lib. VI, cap. vu. Vid. et. lib. VII, cap. xxvi.
^ 'E/ouo-iv «710 Twv tîTTO/jou/Asvwv |3o^0£ta5. De Isid. et 0siri4., p. 559. Plutarque regardoit cependant l'ouvrage d'Évhémère comme dangereux.
■^ Omnes, qui coluntur ut dii, homines fuerunt... Quod cùm vetustissimi GrseciîB scriptores, quos illi 6coX6yo\jç nuncupant, tum etiam Romani, Grsecos secuti et imitati docent; quorum prœcipuè Euhemerus, ac nostcr Ennius. Lactant., de ira Dei, cap. xi, p. 152. — Herodot , lib. I, cap. xxv.
^ Quid? totum propè cœlum, ne plures persequar, nonne humano génère completum est? Si vero scrutari vetera, et ex his ea, quœ scriptores Grœciae prodiderunt, eruere coner; ipsi illi, majorum gentium dii qui habentur, hinc à nobis profecti in cœlum reperiuntur. Quœre
Janus % Saturne^, Hercule^, Bacchus*, étoient du nombre de ces hommes qui, pour employer l'expression d'Horace, après d'éclatantes actions, furent reçus dans les temples des dieux ^ « Les premiers hommes, dit Pausanias, (i étoient les hôtes et les convives des dieux, à cause de « leur justice et de leur piété : car il y a pour les bons « des récompenses certaines, et des châtiments assurés « pour les méchants. Plusieurs hommes même devinrent « des dieux, à qui Ton rend encore aujourd'hui des hon- « neurs: tels qu'Aristée ; Britomartis de Crète; Hercule, « fils d'Alcmène ; Amphiaraùs , fils d'Oïclée ; Castor et « Pollux... Mais, de notre temps, où la maUce règne dans « tous les villes et par toute la terre, nul homme ne de- « vient dieu qu'en paroles seulement et par une adulaf tion outrée ; et lorsque ces méchants quittent la vie, les « dieux courroucés leur infligent enfin la peine qu'ils ont « méritée^. »
On montroit dans l'île de Crète le tombeau de Jupiter ',
quorum demonstrantur sepulchra in Graeciâ : reminiscere, quoniam es iniliaius, quaî tiaduntur in mysteriis : lùm denique, quàm latè hoc pateat, intelliges. Tuscul. quœst., lib. I, cap. xn.
* Macrob. Salur., lib. I, cap. ix. — « Ce Janus, ou roy, ou demi-dieu qu'il fust, au premier temps fut civil et politique ; car il changea le vivre des hommes, qui avant luy estoit rude, aspre et sauvage, en manière de vivre plus honnesle, plus doulce et plus civile. »Plutarque, Vie de Nuina; traduct. d'Amyot, p. '2G2. Éd. de Vascosan.
'^ Justin., lib. XLIII. — Tertul. Apolog., cap. x.
^ Pausan. Corinlhiuc, lib. II, cap. x, p. 135. Edit, Kuhnii.
* Les habitants de Delphes croyoient posséder ses ossements. Plutarch., de Isid. et Osir.
^ Post ingentia iacta, deorum in templa recepti. Hor. Ep., Ub. I, V. 1. Et Virgile : Quos ardens evexit ad aethera virtus. jEneid., "VI, 130
^ 01 v«p ^-7 TOTS âvQpcinoi ^i-JOt xai bixozpâiTZcl^ot Oîoïç -^cav utiô êiy.xLoaûvYii xoù eucrcêsta?, x. t. 1. Pausan. lib. VIII, p. 457, edit. Hanoviae, 1613.
"' Cjcer., de Nat. Deor., Ub, III, cap. xxi, — Lucian. De sacrificUs
Nous connoissons son père et sa mère, dit un personnage de Plante. Dans une autre pièce du même auteur, un valet, un esclave se moquoit, en présence du peuple romain, de la grand' mère^ de la fille et de V oncle de ce dieu*, qui présidoit au Gapitole ; et l'on peut voir dans Tertullien jusqu'où le mépris des divinités païennes étoit porté publiquement à Rome-.
Hésiode représente les quatre âges des dieux et des demi-dieux de la Grèce, comme quatre générations d'hommes^. Isis, Osiris, Hermès et plusieurs autres dieux de
t. I, p. 267. Ed. Amstelod., 1687. Celse convient de ce fait. Origen. contr. Cels.i lib. III, n. 43. On voyoit encore, au temps de Diodore, les restes de ce tombeau. (Diod., lib. III, 230. Ed. Wessel.). sur ieque Pythagore grava ce vers, que Porphyre nous a conservé :
*Q.^z Ôavwv xsÎTai Zàv, ov Ai'a /.txi^Vzouo-tv :
Ci-gît mort, Zan, qu'on appelle Jupiter. (Vit. Pythag., p. 187. Edit. Cantab., 1655.) Suivant Évhémcre, on lisoit cette inscription sur sa tombe : Zàv Kpôvov, Zan, fils de Kronos (Lactant. Epitome, tom. II, cap. XIII, p. 10.) Suidas [voc. II/jxoç) rapporte une autre épitaphe de Jupiter, qui, dit-il, ordonna en mourant qu'on l'enterrât dans l'île de Crète.
* Cistellaria, acte II, scène P^. Dans le Plutus d'Aristophanes, le poëte se moque aussi de ce dieu nouveau, rou vio\j toutou Oeou. Depuis qu'il a commence' à voir, dit un des personnages, je mène la vie
la plus misérable. 'A9' ou yùp b ôeàç outo? -/jp^aro ^).£7r£tv, àêiWTOv eivat fj.oi -Ks-noi-cy-s tôv j3tov. (Acte lY, scène IV.) Mais il me le paiera dès aujourd'hui, tôv layxiphv toûtov Ôsôv syw TTOt^^ffW T-ny-spov êouvcii êixYiv. Ibid., scène III.
* Caetera lascivige ingénia etiam voluplatibus vestris per deorum dedecus operantur. Dispicite Lentulorum et Hostiliorum venustates, utruni mimos an deos vestros in jocis et strophis rideatis : mœchum Anubim, et mascuium Lunam, et Dianam flagellatam, et Jovis mortui testamentum recitatum, et très Hercules famelicos irrisos. Sed et histrionurn litterœ omnem fœditatem eorum désignant, etc. Apologet. advers. Gentes, cap. xv.
^ Ilesiod. Oper. et Dier., lib. I.
l'Egypte étoient également reconnus pour hommes ^ Les prêtres égyptiens se vantoient même d'avoir les corps de tous leurs dieux. Ils ajoutoient que leurs âmes brilloient au ciel, et que c'étoient les étoiles 2.
Les peuples du nord de l'Europe brûloient ceux de leurs rois et de leurs princes quand ils vouloient faire d'eux des divinités^. Ils donnoient quelquefois le nom d'Odin* et celui des divinités inférieures Freyr, Med-Odin, etc., soit à des guerriers célèbres, soit à d'autres hommes éminents, qu'ils croyoient être devenus des dieux, ou, suivant l'expression d'un historien, les compagnons des dieux ^.
On é.toit si éloigné de les confondre avec le Dieu suprême, qu'on les distinguoit même soigneusement des dieux cé-
ï Plutarch., de Isid. et Osir., p. 559. — Diodor. Sicul, p. 24. — Euseh, Prsepar. Evang., lib. III, cap. xci. Yénus Beleslica, qui avoit un temple à Alexandrie, avoit été l'esclave d'un roi d'Egypte. Plutarch, in Erotico, p. 753.
^ Ta /ASi» aôiix'XTx iza.p' aùrotç xstffôat xa/jto'vra xat 6spâ.n£V'76xi. Plutarch., de Isid. et Osir., p. 356. En parlant de la pyramide de Bel, Strabon la nomme le tombeau de Belus. Irjxoi, sépulcre, signifie aussi, selon Hesychius et Suidas, un temple, et même Vadytutn, ou le lieu le plus secret du temple, dans lequel la divinité étoit censée résider.
^ Reges ac principes suos fatis exutos, ut vel dii fièrent, vel inter deos evelierentur, combusserunt. Olaûs Magnus, Hist. de gent. septentrion., lib. III, cap. I, p. 97.
* Quia vivus totâ Europâ divinilatis tilulum, quod nuUi in arte militari cederct, assecutus fuisset; hinc evenisse creditur, ut Gothi... Martem, quem deum belli putavit antiquitas, apud se dicerent progenitum. IMd., p. 100. Le savant William Jones pense qu'Odin et Budda ou Boudda n' étoient qu'un même personnage [Asiat. Besearch-, vol. I, p. 511, et vol. II, p. 343); mais cette opinion est dénuée de fondement. Voyez Klaproth, Âsia polyglotta, et A. G. Schlegel, Bibliothèque indienne, ïl^ cahier. Le véritable Odin étoit le père des dieux, et avec Vili et Ve, la trinité créatrice de l'antique religion des Scandinaves.
^ Eosque deos, vel deorum complices, autumantes. Olaûs Magnus, p. 101. Les anciens Arabes idolâtres appeloient aussi leurs divinités
lestes, immortels par leur nature, et des démons immortels aussi, quoique d'un rang inférieur. Seulement on croyoit qu'après la mort ils étoient reçus parmi ces dieux en récompense de leurs vertus ^ « Le culte, dit Cicéron, «"que la loi ordonne de rendre aux hommes consacrés, « tels qu'Hercule et autres, indique que les âmes de tous « les hommes sont à la vérité immortelles, mais que les « âmes des hommes bons et généreux sont divines ^. d Voici les pTiroles mêmes de la loi des Douze Tables citée par Cicéron. « Qu'on rende un culte aux dieux célestes, « que l'on a toujours honorés ; et à ceux que leurs méri- « tes ont placés dans le ciel^. »
« On fait des dieux de certains hommes, à cause de (( l'excellence de leur vertu, » dit Aristote*. D'après un passage de Platon, il paroît même que cette espèce de canonisation ou de consécration j comme l'appelle Cicéron, étoit réglée par certaines lois et accompagnée de cérémonies particulières ^ C'est à peu près ainsi qu'au Thibet,
Betian-Ascha, c'est-à-dire les compagnons de Dieu. D'Herbelot, Bibiiotli. orient.., art. Benan-Basclia, t. II, p. 29. Paris, 1783.
* nie qui meruit più
Virtute cœlum, divus Auguslus,
dit Scnèque le tragique iOctavia, v. 505 et 50G); et dans une autre pièce :
Communis ista pluribus cama est deis.
Hercul. fur., v. 449, p. 250. Ed. Elzevir,
* Quod autem ex hominum génère consecratos sicut llerculem et cœ- "teros cdli lex jubet, indicat omnium quidem animos immor laies esse, sed fortium bonorumque divinos. Cicer. de Legib., lib. II.
^ Eos qui cœlcsles semper habiti colunto, et oUos quos eudo cœlo mérita coUocaverunt, Herculem, etc. Legib., XII tabul. 2, sect. 4.
De moriu., lib. YII, c. i. Oper., t. II, p. C5. ^ ©îoù; slvfict TxpÙTOV f 5c<7tv ouTOt T2;^vy7, où f{j(7S(,, X. T. .A. Deos non
le Dalaï-Lliama subit un jugement après sa mort, et si l'on trouve que ce pontife ait vécu saintement, on l'honore avec beaucoup de pompe, après avoir renfermé son corps dans une sorte de châsse appelée cîoten ^ Il y a un grand nombre de ces cioten ; « elles sont, dit un missionnaire, « l'objet du culte que chaque dévot rend à son saint ^. » Les Japonais ont aussi des usages semblables, que les voya- « geurs ont remarqués. « Leur pontife a seul le droit de (( faire des apothéoses et de consacrer des temples aux: (( hommes qu'il en juge dignes^. »
Il existe à la Gochinchine des croyances et des coutumes pareilles. On y rend un culte aux hommes qu'on suppose avoir vécu saintement, on les invoque comme autant d'intercesseurs auprès du Dieu suprême, mais sans jamais les confondra avec l'Être éternel et souverain *.
naturâ sed arte et legibus quibusdam constare volunt, eosque alii alios, prout singuU secum consentientes, lege sanxerunt. De legib., lib. X, t. IX, Oper., p. 76. Ce passage a plus jde force encore, si on le rapproche de ce que dit Servius : « Labeo in libris qui appellantur de diis « quibus origo animalis est, ait esse quxdam sacra quibus animse hu- « manse vertuntur in deos qui appellantur animales, quod de animis « fiant. » Servius in lib. III. iEneid.
* Alphab.thibetan., t. I, p. 249.
2 Sono sempre un oggetto di sacrificio, o offerte divote, che fanno li divoti di taluno de' loro santi. P. Horat. Pinnabileus. Yid. et. Hist. génér. des Voyages, t. XXVIII, p. 5G4, 565.
^ Essai sur l'Hist. générale, et sur les mœurs et l'esprit des nations, ch. cxx, t. III, p. 194.
* Les peuples de la Gochinchine, dit BuUet d'après le P. Borri, adorent surtout les âmes de ceux qui étoient tenus pour saints pendant qu'ils vivoient sur la terre. Les pagodes sont ornées des idoles de ces bienheureux. Ges idoles sont rangées à droite et à gauche dans la pagode, les plus petites les premières, les moyennes ensuite, après celles ci les plus grandes; de sorte qu'elles ressemblent assez bien à des tuyaux d'orgue. Get ordre marque le mérite et la distinction des âmes. Au milieu de ces deux rangs d'idoles il y a un vide, et ce vide est l'en^
Observez en outre qu'il est peu de nations qui n'aient rendu un culte aux âmes des ancêtres, et même à des hommes vivants. Rome en offre de nombreux exemples, et ce n'étoit pas seulement ses tyrans qui se firent ainsi adorer. Aurélien lui-même reçut ou s'arrogea le titre de dieu^ Or, pense-t-on qu'on cessât de le croire homme ^ ?
droit le plus honorable de la pagode. « On n'y voit qu'une niche pro- « fonde et obscure qui fait entendre, dit le Jésuite italien, que le Dieu « qu'ils adorent et de qui dépendent toutes les pagodes, qui ont été « hommes comme nous, est d'une essence invisible. »
On voulut, continue notre voyageur, faire voir aux Cochinchinois que tant d'idoles étoient inutiles, puisqu'il n'y a qu'un seul Dieu. Les Cochinchinois répondirent : Nous sommes de votre avis; mais vous devez supposer avec nous que ces idoles, rangées aux deux côtés du temple, ne sont point les créateurs du ciel et de la terre, mais des hommes distingués par leur sainteté, que nous honorons de la même manière que vous honorez vos saints, vos apôtres, vos martyrs et vos confesseurs; on leur défère plus ou moins d'honneur, selon les degrés de vertu que Ton reconnaît en eux. Par la suite du discours ils déclarèrent encore mieux au missionnaire qu'ils concevoient Dieu comme un être invisible qui n'est point soumis à nos sens, et qui ne se peut représenter ni par images, ni par figures; que le vide et l'obscurité qu'on voyoit entre les deux rangs d'idoles marquoit l'incompréhensibilité de la nature divine; et enfin, que toutes les idoles qui l'environnoient étoient autant d'intercesseurs auprès de l'Être suprême. L'exist. de Dieu démontrée, etc.; t. II, p. 127, 128.
* On a de lui des médailles qui portent cette inscription : DEO ET DOMINO NATO AURELÏANO. Carus et d'autres empereurs l'imitèrent en cela. Adrien prenoit le titre d'Olympien, 'ASpiu-Jo^ o).u/ji7r£oç. Vid. Spanheim, deprxstant. et usunumismat. antiq. dissert. 12, p. 489.
* Celui à qui tout prospère, dit un ancien pocte, et à qui Dieu donne les richesses et l'empire sur les autres hommes, oublie que ses pieds touchent la terre et qu'il est né de parents mortels; dans sa coupable arrogance, il imite Jupiter tonnant; et, petit qu'il est, il dresse *et élève sa têie, et supplie Minerve de lui montrer une roule pour arriver à l'Olympe, aiin que, compté parmi les dieux immortels, il ait part à leurs festins.
'Os o£ x£V eùoxôvjcij 0£Ô; ^' IttI ô/ê&v OTrâ|vj
On pbuvoit donc être Dieu, selon le sens qu'on attachoif souvent à ce mot, en conservant la nature humaine K Et le fils qui sacrifioit aux mânes de son père, qui répandoit • sur sa cendre des libations, dira-t-on qu'il le confondoit dans sa pensée avec le souverain Dieu de l'univers^? Non, sans doute. Le fils pieux se plaisoit à honorer, selon l'antique coutume consacrée par les lois, la mémoire de ceux qui lui avoient donné le jour. Son père, en quittant la vie, devenoit pour lui un dieu, c'est-à-dire, un être immortel désormais, heureux, saint, et qui, du ciel où il habitoit, veilloit encore sur ses enfants, écoutoit leurs vœux^, et les environnoit de sa protection et de son amour. On avouera qu'on peut s'en rapporter au témoignage des
Koù TToAuxotpavt'vjy, l-tzdi^OsTat ouvôxa yatav Iloffalv ÏTZKTTSîèsi, 6v/]Tol Se oi et7t tox-^î?.
'A/V ÙTXSpOTzltYj Xal àlJLXpT0iX-^<7t 'JÔOIO
'*1<7V. à.ù' ^poy.ési, xsfo(.y.-r]v S' VTzèp aù^svaç Tirxst Kat TTSjo Iwv oliyoi' fi'JXTXi S' a'^-K-oyy^ 'AÔvjvvjv, 'Hè TU «.vrpxTztrbv TcX/x«ipsTat OvIdixttqv Ss, 'ûç xs fxsx' «.dKvxTQii vja.piB[iiOi si^aTrivaÇv?-
Riani fragm. Gnomici poet. graeci; p. 131. Ed. Brunckli.
* On cherchoit à se consoler de "la mort des personnes chères en se persuadant qu'elles étoient saintes ou sauvées. C'est ainsi que Stace dit de Lucain :
Cedat luctus atrox, genisque manent Jam dulces îacrymse, dolorque fessus Quidquid (lever at ante, nunc adoret
Stat. Papin., Genethliacon Lucani; Silv., lib. II,
2 Un trait curieux, rapporté par Cicéron, prouve que, loin de confondre les hommes divinises ou consacrés avec le Dieu suprême, on les distinguoit soigneusement des divinités subalternes. « Nostri quidem, « Publicani cùm essent agri in Bœoliâ deorum irr.niortalium excepti « lege censoriâ, negabant immortales esse uUos qui aliquando homines d fuissent, » De nat. Deor., lib. III, cap. xix.
s Plat., De legib., lib. XI, t. IX, p. 150. Ed. Bipont.
anciens, sur ce qui concerne leurs croyances ; qu'on écoute donc l'un d'eux. « Je ne sais quel destin trouble l'esprit « des mortels : semblables à des cylindres, ils roulent çà « et là, accablés d'une infinités de maux. Père de tout ce' « qui exist(i, vous les délivreriez de ces maux , si vous « leur montriez quel est le démon qui les inspire. Mais, « prends courage, la race des hommes est divine : lorsque, ({ dépouillé de ton corps, tu t'élèveras dans les régions « éthérées, la mort n'aura plus sur toi de pouvoir ; tu (( seras un dieu immortel et incorruptible K »
Un des principaux objets des mystères, étoit de rappeler aux initiés l'origine mortelle de la plupart des dieux ^.
* Tot'vj [xoipa, ^pOTuv ^Xânrîi ^pétiocç. Ot ck xxiÀi)/Spoii 'A^/ot' 67r' aXlx fépovTxt àndpovx TtriiKQtx e;^0VT£ç... ZsO Tuàrsp, ^ TTO/Aâiv t£ xa/.cjv ^ûffètas aTcavras, *Hv Trâfftv tiei'Çats, otw tw Sccifjiovt ^^pûvTUi. 'A^ià ffù ôûpactf IttsI 6îlo-j ysvos èart ^poTOÏGiv.,» *Hv S* ànoXd^ocii aûiiu Iç uidîp' llsùQspov e/ô/jç, 'Effasai àôâvaTO? Oeàs, a/j.&poTOi, oux in ôvrjràç. Carmina aurea.
Les Chrétiens même ont employé le mot Dieu dans le même sens, et l'Écriture les y autorisoit. Synésius, dans un des hymnes que nous avons de lui, parle ainsi à son âme : « Monte, ne larde point, laisse à « la terre ce qui appartient a la terre; aussitôt réunie à ton père, lu a seras un dieu. »
'Avâêatvî, jj//]êè fj.éX}.î HOovi rà x^o^ô? /iTroïaa, Tdxa. Se av /Aiysï^a -KocTpl 0405 èv 6îù ^/^opîuvoiq.
Hymn. I, v. 151.
Ailleurs il appelle Dieu le créateur des dieux, 'Oxervjve Ocwv, 'Aurovpyk 0ÔWV.
Hymn. III, v. 166 et 266.
2 Cicer. Tuscul., lîb. I, cap. xiii, et De uat. Deor., lib. I, cap. xlii. — Diodor. Sicul., lib. I, p. 24. Ed. Wess. — S. Âugust. De civitat. Dei, lib. VIII, cap. v, — S. Cytuian. De idol. vanit. — Julius Firmicus, p. 13.
Nul ne pouvoit l'ignorer : aussi les premiers Pères, qui vivoient au milieu des païens, qui presque tous avoient été eux-mêmes élevés dans le paganisme, provoquoient-ils avec confiance, sur ce point, le témoignage des idolâtres. « Nous attestons votre conscience ; qu'elle nous juge, « qu'elle nous condamne, si elle peut nier que tous vos (( dieux n'aient été des hommes ^ » Ainsi parloit Tertullien ; et, parmi les anciens apologistes de la Religion, il n'en est pas un seul qui n'ait tenu le même langage ^
Pour tirer maintenant les conséquences des faits que nous venons d'établir, on voit d'abord la nécessité du culte, de l'adoration, de la prière et du sacrifice, prouvée par le consentement unanime des peuples.
■ Que nous offre encore l'idolâtrie de constant et d'universel ? Sur quoi fut-elle toujours fondée ? Premièrement sur la croyance traditionnelle que le monde étoil gouverné, sous l'empire d'un Dieu suprême, par une multitude d'esprits de différents ordres ; d*esprits bienfaisants, dont il importoit de rechercher la protection ; et d'esprits mauvais, dont on devoit craindre la malice et la haine ^. Secon-
* Provocamus a vobis ad conscientiam vestram. 111a nos judicet, illa nos damnctj si poterit negare omnes istos deos vestros homines fuisse. Apolog., cap. X.
2 "Vid. Euseb. Prœp. cvang., lib. I, cap. ix, p. 31; etlib. II, cap. v, p. 70. Id. Demonstr. evangel., lib, VIII, p. 364, — Arnob. advers. gentes, p. ^1. — Theophyl. ad Autolyc, lib. I, cap. viii et seq. — Lactant. Bivin, institut., lib. I, cap. xiv etlib. Y, cap. xx. — S. Cyprian. De idol. vanit., t. 1, oper,, p. 405. \Yirceburgi, 1782. — Tatian. orat. ad Grsecos, cap. xxxvi, p. 50, 51 et 79. Ed. \Yortb. — Minut. Folie, cap. xxîi, p. 113 et 114. Ed. Davis. — Recognit. S. Clément., lib. X, cap. xxm et xxiv, p. 594 apud Patres apostol., t. I. Ed. Clerici, — S. Âugust. De civit. Dei, lib. YI, cap. vu, et lib. YIII, cap. v etxvi.
^ Qu'il y ait dans le monde un certain genre d'esprits malfaisants que nous appelons des démons, outre le témoignage éclatant des Ecritures divines c'est une chose qui a été reconnue pnr le consen-
dément sur la croyance également traditionnelle de l'immortalité de l'âme ; on étoit persuadé que les hommes vertueux, élevés après la mort à un haut degré de gloire et de puissance, continuoient de prendre intérêt à ce qui se passoit sur la terre, et qu'il étoit utile de les invoquer ^ Qu'on examine tant qu'on voudra, nous le disons avec une pleine assurance, jamais on ne trouvera d'autres croyances universelles dans l'idolâtrie : et qu'est-ce que ces croyances, sinon la doctrine des anges et des saints ^,
tement commun de toutes les nations et de tous les peuples. Bossuct, Sermon pour le I^"" dimanche de Carême, t. II, p. 170. Édit, de Versailles.
* L'usage d'invoquer les âmes de ceux qui avoient vécu saintement est bien marqué dans l'AIceste d'Euripide. « Ne croyez pas, dit le « chœur, que le tombeau de votre épouse soit comme les tombes du « vulgaire. Les voyageurs lui rendront un culte semblable à celui des « dieux; et en suivant l'oblique sentier, le passant dira : Celle-ci mou- « rut jadis pour son époux, et maintenant elle est une divinité beu- « reuse. Je vous salue, ô femme vénérable ! soyez-moi propice. Telles « sont les paroles qu'on lui adressera. »
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Total vOv TvpOŒspovat f vj/zai.
Alcest., act, IV, ad fin.
Le mot même se trouve dans Eschyle et dans Virgile :
Sequimur te, sancte.deorum Quisquis es.
jEueid. IV, v. 576.
îd est, sequimur le, sancte, dcorum quisquis es, dit un commentateur.
doctrine aussi ancienne que le monde, doctrine qui fait encore et qui fera perpétuellement partie du symbole de la vraie Religion?
Mais allons plus avant : considérons l'idolâtrie en
0 saint! nous te suivons, quelque dieu que tu sois. Vid. Virgil. Oper., cum notis Âbrami et varior., p. 280. Divus etoit l'expression ordinaire^ et nous l'employons encore dans le même sens. Clément d'Alexandrie explique, selon cette pensée, un passage d'Empédocle. « Si nous vict vous, dit-il, dans la sainteté et dans la justice, nous serons lieu- « reux ici-bas, et plus heureux après avoir quitté cette vie; car nous a ne le serons pas seulement pour un temps, mais nous jouirons d'un a repos éternel, habitant avec les autres immortels {olQxvxtoiç ccHol" a <jvi), assis à la même table que les héros, et partageant leur sort, dit Empédocle. » Quod si sanclè et juste vixerimus, beati hic quidem, sedpost excessum à vitâ beatiores; non qui aliquo tempore felices futuri simus, sed in asvum quieturi,
Unà cum superis habitantes : mensâ in eâdem Quà fortes Danai, communi et sorte f mentes,
ait philosophica Empedoclis poëtica. Clem. Alexand. Strom., 11. b V, p. G07. — Plutarque explique plus clairement encore la doctrine des anciens, en la dégageant des idées superstitieuses qu'on y mêloit. Yoici ses paroles : a On dit aussi que le corps d'Alcmène disparut, ainsi que « l'on le portoit en sépulture, et qu'en son lieu on trouva une pierre « dedans le lict. Brief, les hommes racomptent plusieurs autres telles a merveilles, où il n'y a apparence quelconque de vérité, voulant déifier « la nature humaine, et l'associer aux dieux. Bien est-il vrai que co « seroit laschement et meschamment faict, que de réprouver et nier la « divinité de lu vertu : mais aussi de vouloir mesler la terre avec lo « ciel, ce seroit une grande sottie. Pourtant faut-il laisser ,là telles fa- « blés : estant chose toute asseurée, que, comme dit Pindare,
« 11 n'est point de corps qui ne meure ; ■
« L'âme seule vive demeure, ' <?
« Image de l'éternité. '
a Car elle est venue du ciel, ei là s'en retourne, mais plus tost, lorsque « plus elle est esloignée et séparée du corps, quand elle est nette, « saincte, et qu'elle ne tient plus rien de la chair... Pourtant n'esl-il « pas besoing de vouloir envoyer, contre la nature, le corps des hommes II. 21
elle-même, daiis ce qui la constituoit essentiellement. La moindre attention suffit pour faire d'abord reconnoître qu'elle n'étoit point, à proprement parler, une Religion, mais seulement un culte superstitieux ; car de quoi se compose nécessairement toute Religion? de dogmes, de mo-
« vertueux, quand et leurs âmes, au ciel : ains fault estimer et croire « fermement, que leurs vertus et leurs âmes, selon nature et selon jus- « tice divine, deviennent d'hommes, saincts, et de saincts, demi-dieux, c et de demi-dieux, après qu'ilz sont parfaittement, comme es sacrilices « de purgation, nettoyez et purifiez, estans délivrez de toute passibilité « et toute mortalité, ilz deviennent, non par aucune ordonnance civile, « mais à la vérité et selon raison vraysemblable, dieux entiers et par- « faits, en recevant une fin très-heureuse et très-glorieuse. » Vie de Romulus, Hommes illustres, t. I, p. 126 et 127. trad. d'Amyot. Ed. de Vascosan. — « Quand un chrétien leur parle (aux Indiens) de leur dieu « Raîn, que les gentils adorent, ils ne soutiennent point qu'il est dieu, « et disent seulement que c'étoit un grand roi, 'dont la sainteté et. le « secours qu'il a donné aux hommes lui ont acquis une communication « plus particulière avec Dieu qu'aux autres saints, et qu'ainsi ils lui « portent beaucoup plus de respect. » (Thevenot, Voyages des Indes, part. III, liv. I, cap. xxxvni), Georgi, et M. de Guignes ont prouvé que le Fo des Chinois, le Sommona-Codom, ou le Samanéen Codom des Siamois, et le Budda des Indiens, étoient le même personnage. Quoique ces peuples lui rendent un culte religieux, ils ne le confondent pas avec l'Être suprême, éternel, incorruptible, qu'ils appellent Om. « De là, « dit M. de Guignes, cette exclamation tant de fois répétée, Omi-to Fo, « c'esl-à-dire, ô Fo qui procédez d'Om! » Les Siamois le nomment Prah-pondi-tchaou, le Saint d'une haute origine. Me'm. de l'Acad. des Inscript., t. XLY, p. 557. Les livres zends contiennent des prières adressées à Zoroastre ; on l'invoquoit après Ormusd et les génies célestes. « J'invoque Zoroastre, «am/, pur, grand. — Je vous prie, ô vous « grand, vous terrestre Zoroastre. — Esperteman, Destour excellent du « peuple terrestre, du monde terrestre. — Je fais izeschné (invocation) « à Sapetman-Zoroastre et à son saint et pur férouer. » Izeschné et Vispered, p. 86, 93, 117, 148, 149. — Jescht. farv., p. 285, etc. — Gah. Evesroulh, p. 109, 110. — On voit dans les villes de la Chine des collèges qu'on a bâtis en l'honneur de Confucius, avec ces incriptions et d'autres semblables : Au grand maître. A l'illustre roi des lettrés. Au Saint. Morale de Confucius, p. 45.
raie et de culte. Chacune de ces trois choses prises à part n'est pas plus une Religion, que l'entendement, le cœur et le corps, envisagés séparément, ne sont l'homme. Des dogmes sans culte et sans morale ne sont que des opinions philosophiques ; une morale sans dogmes et sans culte n'est ou qu'une loi arbitraire, ou que des conseils dépourvus de sanction ; un culte sans morale et sans dogmes n'est qu'un spectacle, des fêtes, de vaines cérémonies. Conçoit-on une Rehgion sans dogmes, une Religion sans morale, une Rehgion sans culte? Ce seroit concevoir une contradiction manifeste. Pour former une Religion, il faut donc que les dogmes, la morale et le culte, unis ensemble et dépendants l'un de l'autre, fassent un tout indissoluble.
Or le paganisme n'avoit point de symbole, point de dogmes, point d'enseignement. Il ne parloit point à la raison, et n'en exigeoit rien ; il ne réclamoit sur elle aucune autorité, ne lui prescrivoit aucuns devoirs, n'entreprenoit même pas de la guider par des conseils ; il Fabandonnoit à elle-même^ et la laissoit, sans loi et sans règle, dans une parfaite indépendance.
Leibnitz en fait l'observation, car peu de choses ont échappé à cet esprit pénétrant. «Les païens, dit-il, avoient « des cérémonies dans leur culte, mais ils ne connoissoient « point d'articles de foi, et n'avoient jamais songé à dres- « ser des formulaires de leur théologie dogmatique.... « Leurs mystères ne consistoient point dans des dogmes « difficiles, mais dans certaines pratiques secrètes, où les « profanes, c'est-à-dire ceux qui n'ètoient point initiés, « ne dévoient jamais assister. Ces pratiques étoient bien « souvent ridicules et absurdes, et il falloit les cacher pour « les garantir du mépris ^ . »
* Remarçtues critiques sur le système de feu M. Bayle, touchant l'ac^
364 ESSAI SUR L'INDIFFFÉRENCE
Non-seulement le paganisme n'ordonnoit de croire aucun dogme, n'enseignoit aucune doctrine, mais il n'imposoit aux hommes aucune loi morale, ainsi que le remarquent Bayle^ Locke^, Barbeyrac^, Leland*, après les Pères de l'Église. Écoutons Lactance : « On n'y parle de « rien qui serve à former les mœurs et à régler la vie, « on n'y cherche point la vérité, on ne s'y occupe que des « cérémonies du culte, où l'âme ]i'a point de part, et qui « ne regardent que le corps ^... Entièrement séparées, la « philosophie et la Rehgion des dieux n'ont entre elles « aucune relation ; autres sont les professeurs de la sagesse, ({ autres les pontifes de la Rehgion ; ceux-là n'enseignent « point à s'approcher des dieux , ceux-ci n'enseignent « point à régler les jugements et la conduite : ce qui mon- « tre que ni cette sagesse n'est la vraie sagesse, ni cette « Rehgion la vraie Religion^. »
Et saint Augustin : « Pourquoi les dieux des gentils n ont- « ils pas voulu prendre soin de corriger les mœurs détes- « tables de leurs adorateurs ? Pourquoi ne leur ont-ils « donné aucunes lois pour les aider à bien vivre ? Au lieu
cord de la bonté et de la sagesse de Dieu, avec la liberté de l'homme, et l'origine du mal, t. I, préf. Londres, 1720.
* Continuation des pensées diverses, etc., art. XLix.
* Christianisme raisonnable, etc., ch. xiv, §2.
^ Préface de sa traduction du Droit de la nature et des gens, de Puffendorf.
* Nouvelle démonstration évangélique, 1. 1, part. I, ch. vu.
^ Nihil ibi disseritur quod proficiat ad mores excolendos, vitamque formandam, nec habet inquisitionem aliquam veritatis, sed tanlummodo ritum colendi, qui non* officio mentis, sed ministerio corporis constat. Lactant., Instit. Divin., lib. IV, cap. m, n. 1 et 2. Ed. Cellar.
^ Philosophia et religio deorum disjuncta sunt, longeque discreta; siquidem alii sunt professores sapieritiae, per quos utique ad deos non aditur; alii religionis antistites, per quos sapere non discitur; apparel nec illam esse veram sapientiam, nec hanc veram religionem. IHd., n. 4.
« de cacher aux peuples qui les servoient les préceptes de « la morale, n'étoit-il pas convenable qu'ils les en instrui- 1 « sissent par un enseignement public ? Ne devoient-ils (( pas, par la voix de leurs prêtres, réprimander le vice, « le menacer du châtiment, et promettre à la vertu des « récompenses ? Mais qui jamais entendit rien de sembla- « ble dans les temples des dieux ^ ? »
Dénué de morale, dénué de dogmes, n'imposant aucuns devoirs ni au cœur ni à l'esprit, le paganisme, nous le répétons, n'étoit donc qu'un culte superstitieux. « Je n'y « vois, dit Lactance, que de simples rites ^. » Onpouvoit être idolâtre sans nier aucune vérité ; ni l'existence du Dieu suprême, comme le prouve l'exemple des Juifs ; ni sa providence, puisqu'elle s'exerce par le ministère des anges *, et que tous les cultes idolâtriques étoient fondés
* Primo ipsos mores ne pessimos liaberent, quarè dii eorum curare
noîuerunt ? Cultores suos ad benè vivendum quarè nullis legibus
adjuverunt...? Pertlnebat ad consultores deos vitae bonse prsecepta non occultare populis cultoribus suis, sed clarâ prsedicatione praebere : per va tes etlam convenire et arguere peccantes; palàm minari pœnas malè agentibus, praernia rectè viventibus polliceri.i... Quid unquàm taie in deorum illorum templis promptâ et eminenti voce concrepuit? S. Aug. De civit. Dei, lib. II, ch. iv; Ibid., cb. vi. Vid. et. Greg. Nazian. Orat. III, advers. Julian, t. I, p. 107. Ed. Billii. — Il en étoit ainsi chez tous les peuples, et sous ce rapport l'histoire parle des Tartares, comme saint Augustin parloit des Romains. « Leur culte religieux, qui ne leur en- « seignoH point la morale, n'avoit point poli leurs mœurs grossières, « ni adouci leur caractère âpre et sauvage comme leur climat. » Michaud, Hist. des croisades, IV" part., liv. XÏII,*t. IV; p. 4,
2 Quae est enim superstitio illorum deorum...? in quâ nihil aliud video quàm ritum ad solos digitos pertinentem? Lactant. Divin, inslitut., lib. Y, c. XX.
* Cette doctrine est clairement enseignée dans Platon, a Première- (t ment, dit-il, vous m'accorderez que les dieux reconnoissent l'homme « juste et l'homme injuste, et que dès lors ils aiment celui-là et haïs- 0 sent celui-ci, comme nous en sommes convenus précédemment. Or