‹ Essai sur l'indifférence en matière de religionChapitre 30 sur 51 · ESSAI SUR I/INDIFFÉRENCE · texte numérisé non relu

ESSAI SUR I/INDIFFÉRENCE

principalement sur celte croyance vraie dont on abusoit ; ni enfin les préceptes de justice, puisqu'ils ne se sont jamais perdus chez aucune nation. En servant des dieux étrangers, on outrageoit le Dieu véritable, on transgressoit le plus saint et le premier de ses commandements, on mettoit en oubli le Créateur pour transporter à sa créature l'adoration due à lui seul, on violoit l'alliance qu'il avoit daigné contracter avec les hommes ; et l'idolâtrie, fruit des passions ^ , étoit un crime comme V adultère, auquel l'Écriture la compare souvent^, et, selon la parole de l'apôtre saint Paul, une des œuvres de la chair qui excluent du royaume de Dieu ^.

De ces coi:fcsidérations et des faits sur lesquels elles s'appuient, nous pourrions conclure déjà que l'idolâtrie n'avoit aucune autorité réelle. Cependant, pour prévenir jus-

« n'avouerons-nous pas aussi que les dieux comblent de biens celui « qu'ils aiment, à moins qu'une faute antérieure n'attire sur lui quel- « que mal nécessaire? Ainsi l'on doit penser que, si l'homme juste est « assujetti à la pauvreté, aux maladies ou autres choses semblables « qui nous paroissent des maux, il en résultera un bien pour lui, soit « de son vivant, soit après sa mort; car les dieux ne négligent jamais (( celui qui a la volonté sincère de devenir juste, et qui, par la pratique « de la vertu, s'efforce, autant qu'il est possible à l'homme, de se ren- « dre semblable à Bien. » E/s&jtov /^iv touto à7ro(5cÔ5-£Tâ... où yà/s ^vi? V7Z0 ys deôJv izoze Ùij.zIsXgQo'.i 05 av 7tpo6vf/.eXrcx.i lOéXiri SUex.ioç yiyvecOai, xat lîTTtTvj^sûûjy apzrriv, £15 oco'j Swarôv ccvdpÛTZM o/jLoXo-oadKi 0cw,

Plat., De legib., lib. I, t. YII. Oper., p. 319 et 520. Éd. Bipont.

* Qui... coluerunt et servierunt creaturae p^iùs quàm creatori...., Proptereà tradidit illos Peus in passiones ignominiœ. Ep. ad Roman., I, 25el26.

^ Jerem., xm, 27. — Ezech., xxiii, 43. — Ose, 11, 2, etalib.

^ Manifesta sunt autem opéra carnis, quaî sunt, fornicatio, immunditia, impudicitia, lu;curia, idolorum servitus, veneficia, inimicitise, conlentiones, eemulationes, ira3, rixœ, dissentiones, sectge, invidiae, homicidia, ebrietates, comessationes, et his similia: quiE prœdico vobis sicut praedixi, quoniam qui talia agunt regnum Dei non consequentur. Ep.ad Galat.,yA9'21.

qu'au plus léger doute à cet égard, nous allons montrer qu'elle manquoit visiblement d'unité, d'universalité, de perpétuité, de sainteté, c'est-à-dire, de tous les caractères essentiels de la religion véritable, et dont la réunion forme le plus haut degré d'autorité qu'il soit possible de concevoir.

Et d'abord pour bien comprendre jusqu'à quel point l'idolâtrie étoit dépourvue d'unité, il faut se souvenir que chaque peuple, chaque pays^ chaque cité^, chaque famille, et souvent chaque homme avoit ses dieux particuliers ^ ; comme encore aujourd'hui (îliaque nègre a son fétiche, qu'il choisit et qu'il honore selon le pur caprice de son imagination. En Egypte on tuoit sans scrupule, dans une ville, l'animal qu'on adoroit dans une autre ville. Varron comptoit trois cents Jupiters *, et il y en avoit probablement un plus grand nombre, *car on donno'it ce nom à tous les hommes qu'on élevoit au rang des dieux, pour avoir ou fondé des États , ou contribué d'une manière éclatante à leur prospérité. L'âge d'or seul fournit au ciel

* Les dieux protecteurs de chaque pays étoient les dieux indigètes dont les anciens parlent si souvent. Terre de la patrie, dieux indigètes, et vous, ô toits paternels, recevez-moi sous d'heureux auspices! dit Oreste, dans Sophocle.

'Q. TzciTpûx yvj, diol T lyxdJpto'i, àé^xuds /a' ei)TU;{OUVTK rat 5 es ô5oÏ5, 20t' w TtaTpwov ^w//.a.

Electr., V. 66-68. Sophocl., t. II, p. 159. Edit. Brunck.

- Constat omnes urbes in alicujus dei esse tutelâ Macrob. Saturn., lib. III, cap. IX, p. 523. — S. Athanas., t. I, p. '22. Ed. Benedict.

^ Yid. Varro apud S. August., De civit. Dei, lib. VIII, cap. xxvi. — Unicuique etiam provinciœ et civitati suus Deus est, ut Syrise Astartes, ut Arabiœ Disares, etc. Tertul. Apolog., cap. xxiv.

■* Apud Tertul. Apologit., c. xiv. Suivant Pausanias, ce fut Cécrops qui le premier appela Jupiter le Dieu suprênîe. 'O /jièv yàp Ai«. zs wvd/jia- <7£v U7ÎKT0V TipwTOs. Paus., lib. YIII, p. 456. Edit. Hanov,, 1615.

trente mille dieux, suivant Hésiode ^ Ces dieux, inconnus au reste de la terre, et oubliés en Grèce même où l'on ne voit pas qu'on leur rendît de culte, n'existoient que dans les chants d'un de ses poètes.

Le peuple des dieux, pour employer l'expression de Pline ®,n'étoit pas moins nombreux à Rome. « Notre pays, « dit un autre auteur, est tellement plein de divinités « qu'on y trouveroit plus aisément un dieu qu'un homme^ » Que seroit-ce donc si, parcourant le monde entier, nous rappelions, même sommairement, les divinités de tant de nations différentes ? L'Américain sauvage a ses dieux propres, comme l'Indien policé, et comme l'habitant de la Chine. Nulle ressemblance, nul rapport entre ces dieux divers. L'allégorie même, qui explique tout, en dénaturant tout, ne montrera jamais la moindre conformité réelle entre l'Osiris des Égyptiens, l'Adrammelech des Assyriens, le Dyonisios des Grecs, l'Irminsul des Saxons, et le Xaca des Tliibétains.

Ce n'est pas tout : non-seulement les dieux d'un peuple n'étoient pas ceux d'un autre peuple, mais le même, peuple changeoit de dieux avec le temps, comme il arriva aux

* Ce passage d'Hésiode mérite d'être cité : « Les dieux immortels « de Jupiter, gardiens des hommes mortels, sont au nombre de trois « myriades sur la terre féconde : répandus dans l'air et sans cesse par- « courant tous les lieux, ils observent les œuvres justes et injustes. »

TpU yàcp ftvpiot ehiv Ircl x^ovi Tzov).\)ëoT-ipY) 'AôâvaTOt ZvjVQç, (pvXaxsç 6vvjtwv àvô^wîrwv Opà. <pî)XxG7QVf7ty Te SUcn; xat ^yi-zliv. ip-io., Hépoi effuâ/ASVot, ttkvtvj fotT&ivre; stt' «Tav.

"Oper. et dier., lib. I..

2 Major cœlitum populus etiam quàm hominum intelligi potest. Plin., lib. II, cap. VII.

5 Utiquè nostra regio tàmprsesenlibus plena est numinibus, ul faciliùs possis deum quàm hominem invenire. Petron. Satyr.

Romains, qui, à la théologie des Étrusques, substituèrent peu à peu celle des Grecs. L'histoire de chaque dieu et l'idée qu'on s'en formoit changeoient également. Cette histoire, fondée sur une tradition locale qui, attestant l'origine humaine du dieu, ou le représentant comme un esprit céleste, mais subordonné, ne permettoit pas qu'on le confondit avec la Divinité suprême, étoit successivement modifiée par les poètes, et l'on attachoit si peu de croyance à tous ces récits, qu'on leur donna même le nom de fables ou de mythologie S et que Cicéron ne craint point de s'en moquer ouvertement, et de les appeler des superstitions de vieille femme ^. Platon^, Plutarque*, Denys d'Halicarnasse *, Pline®, Sénèque"^, avouent qu'elles sont non-seulement absurdes, mais dangereuses. De même que chaque nation avoit ses divinités propres, elle avoit son culte particulier, qui lui-même varioit sans cesse. On abandonnoit les anciens rites, on en créoit de

* MvdoXoyia, histoire fabuleuse.

* Videtisne igitur, ut à physicis rébus, benè atque utiliter inventis, tracta ratio sit ad commentitios et fictos deos? Quae res genuit falsas opiniones, erroresque turbulentos, et superstitiones penè aniles. De liât. Deor., lib. II, cap. xxvii. Cicéron semble avoir emprunté cette dernière expression d'Ératosthènes le Cyrénéen, qui vivoit deux siècles avant Jésus-Christ. Il jouissoit d'une grande réputation parmi les anciens, qui l'avoient surnommé le second Platon; Uivradloç, ou le vainqueur aux cinq exercices. Ératosthènes accusoit Homère, Hésiode, et les autres poètes de corrompre les croyances religieuses du peuple, et il appeloit leurs ouvrages des contes de vieilles, ypaûS-n ixoBoUyiw. On peut voir les fragments qui nous restent de cet auteur dans YUranologia du P. Petau. Ils ont été réimprimés à Oxford en 1G72; et à Amsterdam en 1703.

s Plat.. De rep., lib. II, Oper., t. VI, p. 247-250.

* Plutarch,, De superstit.

^ Dionys. Halicarn., lib. II, p. 90 et seq.

^ Hist. nat., lib. II, cap. vn.

■^ Senec. ap. August. De civit. Dei, lib. YI, cap. x,

nouveaux, qu'on abandonnoit ensuite comme les premiers. Les traditions, les croyances, les dieux, les cérémonies, tout changeoit perpétuellement ^ Combien le culte des Romains sous Numa ne différoit-il pas du culte des Romains au temps d'Auguste ^? La politique seule avoit conservé quelques vieux usages, certaines superstitions d'auspices et d'augures, dont le sénat se servoit pour contenir le peuple, pour suspendre ou dissoudre ses assemblées tumultueuses.

Partout on voit la même inconstance ; et remarquez qu'outre le culte qu'on peut appeler national, il existoit une multitude infinie d'autres cultes, qui ne s'étendoient pas au delà soit d'une province, soit d'une ville, soit d'une famille, et qui ne varioient pas moins que le culte commun. Un homme revoit un dieu, il lui élevoit un autel, y

* Nec modo barbari hommes diversas ac nos leges sequuntur ; verùm etiam qui Lyciain incolunt, et Athamanlîs successores qualia sacra offerunt, cùm lamen Graeci sint? Nos quoque audivisti, quales quondàm leges circa inferias servaverimus, hostias jugulantes antequàm efferrctur cadaver, prscficasque accersentes : et qui iis antiquiores, defunctos etiam domi sepelientes; quorum non his temporibus nihil omninô servamus. Innumerabilia practereà hujusmodi exempla referre possemus. Platon, Minos, Oper., t. VI, p. 128 et 129.

^ Etiam circa deos vestros quaî prospecté decrevérant patres vestri, iidem \os obsequentissimi rescidistis... Ubi religio? Ubi veneratio majoribus débita à vobis? Habitu, victu, instructu, sensu, ipso deniquè sermone proavis renuntiâstis. Laudatis semper antiques, sed novè de diè vivilis. TerluU., Apolog. adv. gent., cap. vi. Aliter Numa Pompilius deos colendos Romanis inslituit, aliter ab eis vel Italis anteà colebantur. S. August., Ub. ad Deo grattas, quaest. II, cap. xiii. Oper., t.. II, col. 277. — Nec corpora modo affecta tabo, sed annnos quoque wultiplex religio, et pleraque externa, invasit, novos ritus sacrificandi valicinando inferentibus in domos, quibus quœstui sunt capti superstilione animi, donec publicus jam pudor ad primores civitatis pervenit, cémentes in omnibus vicis sacellisque peregrina atque insolita piacula pacis deûm exposcendœ. Tit. Liv., lib, IV, cap. xxx.

déposoit des offrandes, et voilà un culte nouveau, qu'uil caprice avoit créé, qu'un autre caprice détruisoit.

Quelquefois un peuple empruntoit celui d'un autre peuple ou voisin, ou conquis ; quelquefois il lui donnoit le sien * ; plus souvent on les inélangeoit, et alors les deux peuples avoient également changé de culte. Il arrivoit aussi que les dieux et le culte d'une nation étoient abominables aux yeux d'une autre nation, et que le même acte qu'on regardoit comme agréable à la divinité dans un pays, passoit ailleurs pourun sacrilège K Ainsi l'onsacrifioit, à Rome, le bœuf qu'on adoroit à Memphis ; la superstition, suivant ses idées Inconstantes, en faisoit tantôt une victime, et tantôt un dieu *.

En Perse, au temps des Arsacides, oncomptoit soixante dix sectes, parmi les seuls disciples de Zoroastre '. Les sectateurs de l'ancienne religion qu'il réforma n' étoient pas moins divisés entre eux *. La même anarchie régnoit

Les Gaulois, après la conquête, adoptèrent les dieux et le culte des Romains.

* Neque enim Icges nostrai hostia humana sacrificare permittunt : sed nefarium est. Apud Carthaginienses autem justum sanctumque habetur; adeo ut eorum nonnuUi Salurno filios litent. Platon,, Minos, Oper., t. YI, p. 128. Ed. Bipont.

2 Quod namque eaedem animantes apud hos quidem numina, apud alios autem ferae, apud quosdam hostise legibus receptse sint, certo scitis. S. Justin., Apol., II, p. 69.

^ The Arsacides, indeed, practised the worship of the Magi; but they disgraced and polluted it with a varions mixture of foreign idolatry. The memory of Zoroaster, the ancient prophet and philosopher of the Persians, was still revered in the East; but the obsolète and m^sterious language, in which the Zendavesta was composed, opened a field of dispute to seventy sects, who variously explained the fundamental doctrines of their religion, and were ail indifferenlly derided by a crowd of infidels, who rejected the divine mission and miracles of the prophet. Gibbon's Hisiory ofthe décline and fall ofthe Roman Empire, vol. I, ch. m, p. 263. Basil., 1787.

* Elmacin, Hist. arab. — » Agathias, lib. II, initio.

en Egypte K La Tartarie, l'Inde % le Thibet, le Tonquin, la Chine, la Corée, le Japon ^, l'Afrique méridionale, et l'Amérique entière, offroient et offrent encore, partout où le christianisme n'est pas étabh, une égale diversité de croyances et de superstitions.

Quelle confusion immense ! quel épouvantable chaos de fables incohérentes, de dieux adorés des uns, abhorrés des autres, de cultes opposés, de rites qui, selon les lieux et les époques, inspiroient le respect ou l'horreur ! Non, le ciel n'est pas plus éloigné de la terre, que cet informe amas d'extravagances et de crimes n'est éloigné d'offrir l'apparence même de l'unité essentielle à la vraie religion.

L'absence d'une autorité générale reconnue, du moins dans la pratique, produisit peu à peu cet effroyable désordre ^ Jamais le genre humain n'oublia complètement la régie antique, mais souvent les passions le portèrent à la violer. Dès qu'on eut cessé d'obéir à la loi que proclamoit la tradition universelle, il n'exista plus aucune loi.

* « Pour ce qui est des Égyptiens, personne n'ignore qu'ils étoient « divisés en un grand nombre de sectes. » Mosheim, Hist. ecclêsiast. anc. et moderne, 1. 1, p. 90. Voyez aussi les remarques du même auteur sur le Système intellectuel de Cudwocth, dans sa traduction latine de cet ouvrage, t. 1, p. 415.

^ II existe dans l'Inde un grand nombre de sectes; par exemple, celles des Vishnouites et des Iswardites. Vishnou est le dieu de ceuxlà; Isivara le dieu de ceux-ci. Alphabet, thibelan., t. I, p. 118. — « La vaste presqu'île de l'Inde, qui s'avance des embouchures du Nil « et du Gange jusqu'au milieu des îles Maldives, est peuplée de vingt « peuples différents, dont les mœurs et les religions ne se ressemblent « pas. » Voltaire, Essai sur Vhist. gêner, et sur les mœurs de l'esprit des nations, cb, cxx, t. III, p. '200. Édit. de 1756.

^ Essai sur Vhist. génér. et sur les mœurs et l'esprit des nations^ ch. cxx, t. III, p. 196.

■* They were abandoned, almost witbout controi, to the natural working of a superstitiouB fancy. Gibbon, The history of the Décline and fall ofthe Rotnan Empire, t. II, ch. xv, p. 292. Basil, 1787.

Chacun se créa la sienne à son gré, et l'idolâtrie n'étoit qu'un culte individuel, comme le protestantisme n'est qu'une doctrine individuelle, une opinion incertaine et variable; et de même que, chez les païens, chaque homme avoit, ou pouvoit avoir ses dieux et son culte particulier, chaque homme a, ou peut avoir ses opinions et sa doctrine particulière chez les protestants. Nul accord entre ceux-ci, non plus qu'entre ceux-là ; et la foiblesse du cœur abandonné sans règle à lui-même, n'enfanta pas plus de cultes, ni des cultes plus monstrueux parmi les idolâtres, que la foiblesse de l'esprit livré aussi sans règle à lui-même, n'enfante tous les jours d'opinions monstrueuses dans le protestantisme, qui n'est au fond qu'une sorte d'idolâtrie spirituelle dans laquelle l'homme, après avoir fait un dieu de sa raison, consacre et adore toutes ses pensées, comme le païen consacroit et adoroit toutes ses passions ^

L'idolâtrie étoit également dépourvue du second caractère essentiel à la vraie rehgion, l'universalité ; et c'est une conséquence de ce que nous venons de prouver ; car, dans une multitude presque infinie de croyances et de cultes opposés, comment chacune de ces croyances et chacun de ces cultes auroit-il pu être universel? Je ne vois d'uni-

* Les idolâtres eux-mêmes reconnoissoient que plusieurs de leur:} dieux n'étoient que les passions humaines divinisées.

Deum esse amorem, turpiter vitio favens Finxit libido : quoque liberior foret, Titulum furori numinis lalsi addidit.

Natum per omnes scilicet terras vagum Erycina mittit. Ille per cœlum volans Proterva tenera tela moiitur manu ; Regnumque tantum minimus in superis liabet. Vana ista démens animas ascivit sibi, Venerisque numen finxit, atque arcus dei. Senec, trag., HyppoUt., v. 194-200, p. 57. Ed. Elzevir.

verse! qu'un crime, c'est-à-dire, l'oubli, non pas du vrai Dieu, mais de son culte : et encore, outre les adorateurs qu'il eut toujours parmi les nations, ce Dieu, quand l'idolâtrie s'étendit dans le monde, se réserva-t-il un peuple entier, qu'il préserva miraculeusement delà corruption. Tous les peuples d'ailleurs ne se pervertirent pas à la fois ; partout l'idolâtrie suivoit les progrès de la dépravation des mœurs, et l'universalité qu'elle peut réclamer justement est de même nature, et semblable, sous tous les rapports, à l'universalité des vices, qui, n'étant jamais des lois, mais la violation d'une loi, n'acquièrent jamais d'autorité en se multipliant. Des millions de meurtres sont des millions de crimes ; chacun de ces crimes est individuel ; ils ne créent point une autorité, une loi opposée à celle qui dit : Tu ne tueras -point ^ et qui demeure constamment la seule loi, au jugement de tous, et de l'assassin même qu'elle condamne.

Observez d'ailleurs qu'il existe un nombre prodigieux de vices ou de délits contre la loi morale; que nul homme ne sauroit être coupable de tous les vices en même temps, ou dominé par toutes les passions, puisqu'il y en a qui s'excluent ; que dès lors aucun vice ne peut être universel de fait; et qu'ainsi, même chez le peuple le plus corrompu, il est toujours condamné, non-seulement par la loi éternelle de justice reconnue de tous les peuples, mais encore par l'autorité de l'exemple général.

Ce que nous disons des vices s'applique également à l'idolâtrie, qui n'est non plus qu'un coupable égarement du cœur, la violation des devoirs immédiats envers Dieu, un immense assemblage de superstitions et de faux cultes, c'est-à-dire d'actes criminels, mais différents entre eux, suivant les passions qui les inspiroient. Un idolâtre adoroit tel esprit céleste, un autre tel démon malfaisant, un troisième tel être humain, selon le désir, l'espérance, ou

la crainte qui le dominoit. Nul dieu, nul culte universel *; souvent au contraire, comme nous l'avons déjà fait observer, le culte et les dieux d'un peuple étoient en abomination à un autre peuple. La diversité des superstitions engendroit même des haines immortelles et des guerres atroces entre des villes voisines, ainsi que le remarque Junéval au sujet de Coptos et de Tentyra ^. Dion nous apprend que de pareilles guerres étoient fréquentes en Egypte, à cause de la multiplicité incroyable des cultes opposés ^. Les Grecs méprisoient profondément la religion des Égyptiens ; et les Perses avoient conçu tant d'horreur pour celle des Grecs, qu'ils brûlèrent tous leurs temples, lors de l'expédition de Xerxès en Grèce *.

La Religion des Perses eux-mêmes changea plusieurs

* Dans les Suppliantes d'Eschyle, le héraut annonçant qu'il vient au nom de Mercure, le roi des Argives lui dit : Vous parlez des dieux, et vous ne les honorez point. — J'honore, répond le héraut, les dieux des bords du Nil.

05Ot(7tV £17TWV TOÙ5 ÔSOÙç OÙ^SV ffsêst.

T0Ù5 GCfi'^i NsX).ov êdiixQVxç asèH^ofxxi.

JEschyl. îxsTt^ss, scen. VIII, v. 901 et 902, 1. 1, p. 299. Ed. Schûtz,

* Inter finitimos vêtus atque antiqua simultas, Immortale odium, et nunquàm sanabile vulnus Ardet adhùc Coptos et Tentyra. Summus ulrinquê Inde furor vulgo, quod numina vicinovum

Odit uterque locus, cùm solos credat habendos Esse deos, quos ipse'colit.

Juvenal, Satyr. XV, v. 32-38.

' 0/3V55XîûoUTt TS ykp TtolXà. -KspiaaÔTxra àvÔpwTtwv, x. t. X. Ipsi enim (jEgyptii) multitudine eorum, quae venerantur, numinum omnibus hominibus praepoUent, et quia non est una ipsis religio universis, sed inter sese diversissimi cultus, bellis quoque ejus rei causa mutuis se impetuunt. Dio, lib. XLII. Vid. et.Plutarch., De Isid. et Osirid., sub lin. el \.rnoh., adv. gentes.

* Cicer., De legib., lib. II, cap. x.

fois. Zoroastre ou Zerdhust renversa, quoique avec difAculté ^, l'ancienne idolâtrie, et il y substitua le culte d'un dieu unique, qu'on adoroit sous l'emblème de la lumière ou du feu. Ce culte à son tour fut aboli; à peine, sous les rois parthes, en restoit-il quelques vestiges. Artaxerxès ^ le rétablit, à l'aide d'une violente persécution ^. Peu de siècles après les Musulmans le détruisirent de nouveau. Il subsiste encore cependant quelques débris du magisme parmi les Guèbres ou Parsis.

Plusieurs Religions opposées régnent à la fois dans les différentes contrées de l'Inde. Les Brames sont divisés, comme les Ghaldéens l'étoient autrefois *, en plu sieur sectes dont les unes rejettent l'authenticité et l'autorité des ouvrages reconnus par les autres ^. Il n'existe pas moins de douze sectes au Japon.

A Piome, la loi des Douze Tables proscrivoit le culte des dieux étrangers ® ; et Tite Live fait ainsi parler le consul Posthumius : « Combien de fois, du temps de nos pères, « n'a-t-on pas enjoint aux magistrats d'empêcher l'exercice (( des cultes étrangers, de chasser du forum, du cirque « et de la ville, les sacrificateurs elles prêtres, de recher- ({ cher et de brûler les livres de divination, et d'abolir les

* Hyde, De relig. vêler. Persar,, cap. xxiii et xxiv. — D'IIerbelot, Biblioth. orient, voce Zerdhust. — Vie de Zoroastre; dans le Zcndavesta, t. II.

2 Les écrivains orientaux le nomment Ardislieer Babigan.

5 Moys. Choren., lib. II, cap. lxxiv. — Sozomcn., lib. II, cap. i. — Hyde, De rellg. vetcr. Persar., cap. xxi. — Basnage, Hist. des Juifs, liv. VIII, ch. in. — Histoire de Perse, par sir John Malcolm, t. I, ch. VI.

* Strab., lib. V. — Clerici, philosoph. oriental., lib. 1, sect. i, cap. ix et X.

s Sainte-Croix, Addit. aux observ. préliminaires, sur l'Ezour-Vcdam t. II, p. 249.

* Deos peregrinos ne colunto. Cicer., delegib.yXih.ll.

« rites et les sacrifices qui ne seroient pas conformes à l'ii- « sage romain! Car ces hommes, très-versés en toute es- « pèce de droit divin et humain, jugeoient que rien ne « contribuoit tant à détruire la Religion que de sacrifier, (( non suivant la coutume du pays, mais selon les rites « étrangers ^))

L'an de Rome 701, le sénat fit démolir le temple d'Isis et de Sérapis, et bannit de T Italie les adorateurs de ces deux divinités ^, dont les autels cependant ne tardèrent pas à se relever dans la capitale de l'empire ^. Auguste relégua tous les dieux d'Egypte à une certaine distance de la ville *, et il paroît que Tibère fut plus sévère encore ^.

Ainsi les cultes idolâtriques s'excluoient mutuellement. La tolérance civile même avoit des bornes assez étroites, comme le prouve l'exemple des Perses, des Égyptiens et des Romains ^ Les Païens se traitoient les uns les autres d'hommes impies ou superstitieux ^ Chaque culte parti-

* Quoties hoc patrum avorumque œtate n<igotium est magistratibus datiim, ut sacra externa fieri vetarent, sacrlficulos vatesque foro, circo, urbe prohibèrent, vaticinos libros conquirerent comburerentque, omnem discipUnam sacrificandi, prœlerquàni more romano, abolerent! Judicabant enim prudenlissimi viri omnis divini bumaniquc juris, nihil sequè dissolvendoc rcligionis esse, quàm ubi non palrio, sed externo rilu sacrificaretur. T. Liv., hb. XXXIX, cap. xvi.

2 Dio Cass., lib. XL, p. '252. — Yaler. Maxim., lib. I, cap. m.

3 Dio, Cass., lib.XLVUI, p. 501.

* Dio Cass., lib. LUI, p. G79.

^ Actum et de sacris segyptiis judaicisque pellendis. Tacit. Annal., lib. I, cap. Lxxxv.

^ Datum indè negotium œdilibus, ut animadverterent ne qui, nisi romani dii, neuquo alio more quàm patrio colerentur. Tit. Liv., lib. IV, cap. XXX. Mécène conseilloit à Auguste de haïr et de punir les sectateurs des cultes étrangers, toO^ ^è èii ^eviÇovra? TzirA auro y.où y-isiX xal zd).«Ç£. Dion. Cass., lib. LII. — Dion. Ilalicarnass., lib. II, c.xix. — Mosheim, Hist. ecclésiast., I" siècle, ch. i.

■^ Aliis alibi et arbores, et flumina, et nmres, et fêles, et crocodilos,

culier étoit regardé comme absurde, ou comme sacrilège par les sectateurs des autres cultes, c'est-à-dire, par presque tout le genre humain. A cet égard Tidolâtrie ressembloit encore au protestantisme. De même que les protestants s'éloignent tous de la vérité, mais par différentes voies, l'un affirmant ce que l'autre nie, et niant ce qu'il affirme, ainsi les idolâtres s'éloignent tous du vrai culte, mais non deja même manière, l'un adorant ce que l'autre déteste, et détestant ce que l'autre adore : de sorte que, si l'on consulte tous les peuples et toutes les sectes, chaque faux culte est condamné par le témoignage général des idolâtres, et chaque hérésie par le témoignage général des protestants.

Au reste, pour montrer que jamais le caractère d'universalité n'appartint au paganisme, il n'étoit pas besoin de tant de preuves. Il suffisoit de faire observer qu'une collection de cultes entièrement différents, comme un assemblage d'opinions contraires, excluent essentiellement l'idée d'universalité. Des croyances, des cultes opposés ne sauroient être universels ; autrement 11 faudroit soutenir que des cultes incompatibles sont le même culte, que des croyances contradictoires sont une même croyance, en un mot, il faudroit tomber dans un excès de foHe, qu'on ne peut pas môme supposer possible.

Les cultes idolâtriques, dépourvus d'universalité par rapport aux lieux, manquent encore plus visiblement, d'universalité à l'égard des temps, ou du caractère de perpétuité que doit offrir la vraie Religion. Ils n' étoient point au commencement j dit l'Écriture, et ils ne seront jms perpétuelle^

et ratione carentium animantlum multa colentibus ; et quidem non eadem cunctis, sed alla alibi venerantibus, ità ut in universum impii alii aliis sint, quia non eadem colent sacra : w^r' zvjxt àcrcêôt,- à).l-/iloii Ttâvraç, s toc to /a»j t^ «ùt« aiQîiv. S. Just. Apolog., II, p. G8. Edit. Paris. 1615.

ment : leur fin est p7'ompte ^ : et encore : « Ils ont sacrifié « aux démons, et non pas à Dieu ; ils ont offert des sacrifices « à des dieux qu'ils ne connoissoient pas, à des dieux (( nouveaux et récents, que leurs pères n'avoient point (( servis ^. »

Tous les monuments historiques confirment cette vérité ^, que le sceptique Hume "*, Bolingbroke ^ et un petit nombre d'autres écrivains ennemis du christianisme, ont seuls essayé d'obscurcir, en opposant à des faits prouvés des conjectures vagues et de vains raisonnements. La tradition du monde entier nous parle d'un premier âge où régnoient la piété, la justice, avec un culte pur comme les mœurs ^, et simple comme les vertus de ces temps heureux. Les hommes déchurent peu à peu de cet état d'innocence. Livrés à leurs passions, ils cherchèrent, comme Adam après son crime, à se cacher du Créateur, à l'oublier, et l'idolâtrie naquit.

Plus on s'éloigne de l'origine, plus la Religion primitive s'altère. On voit, dans le cours des siècles, les divers cultes idolâlriques s'étabhr, varier, se corrompre toujours davantage, et enfin disparoître entièrement. Combien de

* Neque enim erant ab iiiilio, r.cque erunt in pcrpetuum... Brevis illorum finis est iiiventus. Sapient., xiv, 15 cl 14.

2 Immolavei'unt da3moniis et non Deo, iliis quos ignorabant; novi recentesque vcnorunt, quos non coluerunt paires eorum. Deutei'on., XXII, 17.

^ Leland, Nouvelle démonslr. évangél., t. I, part. î, cb. ii. — Fabricy, Des titres prlmil ifs de la révélalion, t. I, Disc, prclini., p. 45 et suiv. — Uist. de Perse, par Malcobn, 1. 1, p. 273.

* Natur. bist. of religion.

^ Posthumous Works.

^ C'est l'âge des poêles, et le Crila-Youga des Indiens. Voyez la Loi de Manou et les Pouranas.^ Strab., lib. XV, p. 492. — Tacit., Annal., lib. III, c. xxvi. — Varron., de re Rusticâ, bb. I, c. ii. Porpbyr., De non esu animal., lib. lY, p. 545.

fois, on chaque pays, ces faux cultes n'ont-ils pas changé et d'objet et de forme? Des dieux nouveaux faisoient bientôt oublier les anciens, et c'est ainsi qu'à Rome on passa du culte des esprits qui président à l'univers *, au culte des divinités humaines. Or, comment ce qui changeoit sans cesse auroit-il pu être perpétuel ** ? Un culte succédoit à un autre culte, de même qu'une secte, chez les protestants, succède à une autre secte; et comme, parmi ceux-ci, il n'y a rien de perpétuel que la violation de la loi sur laquelle reposent toutes les vérités, il n'y avoit non plus rien de perpétuel parmi les idolâtres, que la violation des devoirs qui constituent le vrai culte. Les uns et les autres nous représentent un peuple qui a cessé d'obéir au pouvoir légitime, et où chacun est son propre maître. Le gouvernement, les lois, les institutions de ce peuple violateur de l'autorité, varient continuellement au gré des passions et des opinions. Rien n'est stable que le désordre; tout change , hors l'habitude et le besoin de changer

* Ce culte même varioit chez les diverses nations qui le conservèrent. « Les génies ou les âmes des planètes, dit Malcolm, sont adorés « par les Hindous, mais sous des figures absolument différentes de celles « que leur donne le Dabistar. Il paroît aussi y avoir une grande diffé- « rence entre la manière dont les anciens Persans adoroicnt les pla- « nètes, et celle qui étoit en usage chez les Arabes, qui les adoroicnt « également avant l'introduction delarehgion mahométanc. » Ifist. de Perse, t. I, p. 278, not.

*' Le Paganisme manquoit si visiblement du caractère de perpétuité, qu'Hérodote lui-même en fait la remarque. Il attribue à Homère et à Hésiode l'invention de la théogonie grecque. 'Evtsv oè lyévsTO exacro? Twv Occôv, X. T. >.. Undè autem unusquisque deorum extiterit, an verb cuncti semper fuerint, aut quâ specie, ignorûnmt nsquè priùs et heri, ut verè dicam. Nam Hesiodus atque Homerus [quos qmdringentis et non ampliùs annis antè me opiner extitisse) illi fuêre qui Grsecis tlieogoniam fecenint, diisque et cognomina dederunt, lionoresque et artificia separaverunt, et figuras eorum designaverunt. Herodot., 1. II,

toujours; c'est la perpétuité du crime et de l'anarchie. Après avoir montré qu'aucun des trois premiers caractères essentiels à la vraie Religion, l'unité, l'universalité, la perpétuité, n'appartient au polythéisme, jugeroit-on encore nécessaire de prouver qu'il étoit dépourvu de sainteté? Ne seroit-ce pas profaner ce nom sacré, de supposer seulement qu'il pût jamais s'allier à celui de l'idolâtrie? Quelle loi m»orale, quels devoirs imposoit-elle à l'homme? Elle l'invitoit à les violer tous ; elle assoupissoit la conscience par le charme enivrant de ses fêtes ; puis plaçant sur d'infâmes autels, au milieu d'un nuage d'encens, le vice couronné de fleurs, elle convoquoit les passions pour l'adorer. Voyez dans Cicéron l'affreuse peinture des divinités païennes *. La haine, la vengeance, la volupté, l'orgueil, l'intempérance, l'avarice, chaque crime étoit un dieu, et les temples dépeuploient l'enier ^. Qui ne connoît les mystères d'Isis *, de Cybèle et de Bacchus? Rome même s'en effraya, et les proscrivit : mais, comme si elle n'eût

* Ira inllammatos et libidine furenles induxerunt deos; fecerunlquc ut eorum bella, prœlia, pugnas, vulnera videremus; odia prsetercà, dissidia, dispordias, ortus, interitus, quœrclas, lamentalioncs, clTusas in omni intemperanliâ libidines, adulteria, vincula, cum humano gencrc concubitus, morlalesque ex immortalibus procreatos. De nat. Deor., lib. I, c. XVI. Yid. et. S. Justin. Apolog. II, p. 67 et 69. Ed. Taris.,

2 Est enim malus splritus fornicationis, est malus spiritus avaritia;, malus spiritas superbise. S. Ambros. Exposit. in ps. 118, serm. xx, n. 45.

* Juvénal flétrit d'un seul mot cette déesse égyptienne :

Aut apud Isîacée potiùs sacraria lensB.

Satyr. vi.

Ovide recommande aux jeunes filles de ne point entrer dans les temples, si elles veulent demeurer chastes.

Quis locus est templis au^^uslior? Hœc quoque vilct.

Trist,, lib. Il, v. 287.

redouté que les désordres commis dans l'ombre, elle célébroit au grand jour cette fête de Flore que Gaton ne voulut pas troubler ; et chaque année, chez les graves Romains, on immoloit à une courtisane la pudeur d'un peuple fntier.

On sait par quels rites abominables les Assyriens honoroient la déesse Myhtta K Presque partout on mêloit le meurtre * à la prostitution^. Des chants de débauche, des cris de douleur, du vin, des parfums, des larmes, du sang, la profanation de la vie et celle de la mort, voilà le culte des idoles, principe et fin de tous les maux, comme rappelle l'Écriture sainte *.

Gelse, dans un ouvrage consacré à l'apologie du polythéisme, avoue que le culte des démons est sujet à de graves inconvénients ; qu'il porte les hommes à la volupté, parce que les démons eux-mêmes sont sensuels et voluptueux, et n'ont de pouvoir que sur les corps ^. Porphyre dit « qu'ils ont trompé non-seulement le vulgaire, mais encore a des philosophes habiles, qui, par leur éloquence, ont

* Herodot., lib. I, c. cxc. — Strab., lib. XVI, p. 1081.

^ Observations and inquiries relating to various parts of ancientblslory; by Jacob Bryant, p. 267 et seq. — Lust hard by hatc. Milton.

^ Lucian., de deà Syriâ. — Justin., lib. XYIII. — Valer. Maxim., lib. II, c. VI. — S. August., de Civit. Dei, lib. IV, c. x. — Spencer, de Legib. Hebrxôr., lib. II, c. xxii et xxm. — Philo, Uepi à'jz.cftpojxévMv, etc., p. 545, 546.

* Aut enim lilios suos sacriticantes, aut obscura sacrificia facientes, aùt insaniœ plenas vigilias habentes, neque vitam, neque nuptiâs mundas jam custodiunt, sed alius alium perinvidiam occidit, aut adultcrans contristat : et omnia commixta sunt, sanguis, honiicidium, furtum et fictio, corruptio et infidelitas, turbatio et perjurium, tumultus bonoruni, Dei immemoratio, animaruni inquinatio, nativitatis immutatio, nuptiarum inconstantia, in ordinatio mœohiae et impudicitise. Infandorum enim idolorum cultura, omni mali causa est et initium et finis. Sapient.f xiv, 23-27.

8 Origeu., Conlr. Cels., lib. VIII, n. GO.

« entraîné les autres dans l'erreur ; que ces esprits sont « violents, fourbes, dissimulés et trompeurs; qu'ils veulent « se faire rendre le culte qui n'est dû qu'aux dieux ; « qu'il n'est aucune espèce de mal auquel ils ne se plai- « sent. ^ )) Telle est l'idée que des païens même avoient de l'idolâtrie.

On s'effraye avec raison d'un égarement si prodigieux ; toute la corruption du cœur humain s'y montre à découvert ; et, quand on vient à considérer ce mélange épouvantable de dissolution et de barbarie, de rites impurs et de sacrifices atroces, l'âme consternée détourne ses regards de cette vaste scène d'horreur, et se persuadant à peine qu'un pareil excès de dépravation soit possible, dans son effroi, elle croit avoir eu comme une vision de l'enfer.

Cependant cette corruption toujours la même et que le Christianisme seul contient, existe encore sous nos yeux, et forme, au sein même des peuples éclairés par la vraie Religion, cet éternel combat du bien et du mal, de la lumière et des ténèbres, qui durera autant que le monde. On ne le remarque pas assez : qu'est-ce qu'un homme sensuel, orgueilleux, libertin, vindicatif, avare ? C'est un homme qui oublie Dieu en violant sa loi, qui le nie par ses œuvres, qui met sa passion à la place de Dieu ^, qui l'adore dans son cœur, et lui sacrifie tout ce qu'elle demande, et la vie même de son semblable. L'intempérance, la débauche, le meurtre, tel est encore aujourd'hui le culte de cet idolâtre ; et l'idolâtrie publique n'est qu'une grande manifestation de cette idolâtrie intérieure dont chaque homme a le germe en soi. Nous sommes tous tentés , qui ne le sait? Les anciens rapportant aux puissances invisibles

* Porpbyr., de Abstin., ii.

^ Quorum deus venter est* Bp. ad Philip., x, li

dont l'existence leur étoit connue par la tradition, tout ce qu'ils sentoient de bon ou de nriauvais en eux-mêmes, adorèrent ces divers esprits, et rendirent sous leur nom un culte à leurs propres vices : maintenant l'homme foible ou pervers leur rend un culte direct ; ses désirs invoquent le mal que des êtres malfaisants suggèrent à sa pensée, et ses sens l'accomplissent. Les dieux, les victimes, le fond des rites, tout est semblable. Au milieu même des chrétiens, l'enfer a encore son culte. Mais, sous le paganisme, la vraie Uehgion, proscrite par l'autorité publique, célébroit ses mystères de paix et de vertu dans l'obscurité des catacombes, ou d'une égUse solitaire : sous la vraie Rehgion, l'idolâtrie, proscrite par l'autorité publique, célèbre ses mystères de crime et d'infamie dans le secret d'une retraite obscure, ou dans les ténèbres plus profondes du cœur de l'homme. Il n'y a de différent que l'ordre où se présentent ces deux Religions dans la société ; elles ont changé de place : voilà tout.

On ne doit pas croire cependant que l'idolâtrie, dont nous venons dépeindre les derniers excès, ait été toujours et chez tous les peuples également abominable. Elle alloit se corrompant sans cesse, comme tout ce qui est mauvais dans son principe. Mais les honneurs que d'abord on rendit aux esprits célestes n'étoient certainement pas un désordre aussi profond que le culte exécrable des génies du mal. Il n'en est pas moins vrai que, quelque distinction qu'on établisse entre les divers genres d'idolâtrie, toute idolâtrie est un crime énorme, un criirte direct contre Dieu, que non-seulement elle laisse dans TouMi, mais qu'elle outrage doublemêiit, et par la violation du premier de ses préceptes et par le renversement de l'ordre cterne), qui veut que la pensée, l'amoiu', l'adoration, la prière, remontent à la source de toute puissance, de toute intelligence, et de tout bien. Se séparer de l'Être infini, c'est se séparer de la lu-

mière, de la vérité, de la vie. Transgresser le commandement sur lequel est fondée la société de Dieu et de l'homme c'est rompre cette société, c'est dire au Pouvoir suprême: Nous ne sommes plus tes sujets, nous ne voulons plus l'être ; nous avons élu un autre roi. Transporter à la créature la gloire du Créateur, c'est adorer le néant *, c'est tenter de lui rendre la souveraineté de l'univers, qu'une parole du Tout-Puissant lui ôta ; c'est dégrader l'auteur de l'homme, et l'homme même, l'homme si grand par sa nature qu'il ne doit se prosterner que devant Dieu. Que de crimes dans un seul crime ! et qui oseroit s'étonner des châtiments dont l'Écriture menace les idolâtres, et de l'anathéme que prononce contre eux le Dieu trois fois saint !

Nous pourrions encore faire observer comment l'idolâtrie, en assujettissant l'homme aux sens, en fixant son esprit sur des objets matériels, arrête le développement de l'inteUigence, et forme un obstacle invincible au perfectionnement de la société : mais ces considérations nous entraîneroient trop loin. Il suffit d'avoir montré que tout ce qu'il y a d'universel dans l'idolâtrie est vrai, et fondé sur une tradition qui remonte à l'origine du genre humain ; que dans ce qu'elle a de faux, elle manque et a toujours manqué des caractères essentiels de la véritable Religion, d'unité, d'universalité, de perpétuité, de sainteté. Nous prouverons maintenant que ces caractères appartiennent fous au christianisme, et n'ont jamais un seul moment cessé de lui appartenir.

0 Dieu, qui êtes un, infini, éternel, saint ! du fond de votre être incompréhensible, daignez abaisser vos regards sur un faible mortel qui essaye en tremblant de défendre ■votre immuable vérité, contre l'erreur qui la combat et

"•^Confidunt innihilo; et sequuntur vanitates. Isa., L., ix, 4. II. 2'2

rimpiété qui la blasphème. De moi-même je ne sais rien, je ne peux rien : faites descendre jusqu'à moi un rayon de votre lumière ; pénétrez-moi de cette force qui subjugue les âmes rebelles, de cette ardente charité qui les persuade et les attendrit. Ce n'est pas pour moi que je demande à connoître davantage, à voir plus clairement ce que, par votre grâce, je crois déjà d'une foi inébranlable ; mais puisque, choisissant ce quHl y a d'insensé selon le monde pour confondre les sages, et ce qu'il y a de foïble selon le monde pour confondre les forts \ vous m'avez donné le désir de ranimer cette foi languissante dans les uns, presque éteinte dans les autres, donnez aussi à ma raison, si débile et si incertaine, l'appui qu'elle implore de vous, et à mes paroles la vertu qui les rendra puissantes sur les cœurs, et fécondes pour le ciel.

* QuaE! stulta sunt mundi elegit Deus, ut nonfundat sapientes; et infirma mundi elegit Deus, ut confundat fortia. Ep» l, ad Corinth., 1,27.

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