‹ Essai sur l'industrie à domicile salariéeChapitre 22 sur 99 · Rapports 1904, p · texte numérisé non relu

Rapports 1904, p

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A Vire, une quarantaine de femmes environ s’adonnent au travail de la bonneterie ; elles font des pieds de bas qui leur sont payés 1 fr. la douzaine. Or une bonne ouvrière ne peut guère exécuter que 6 ou 7 douzaines par semaine ; d’où résulte un salaire journalier moyen d’un franc ou 1 fr. 25. Ce salaire a au plus haut degré le caractère d’appoint ; les ouvrières de Vire utilisent, en faisant des pieds de bas, les loisirs que leur laissent les soins du ménage.

AVire,nous trouvons enccre l’industrie du parapluie. Or une bonne ouvrière, travaillant tous les jours d’une façon continue, ne gagne pas plus de 12 ou 15 fr. par semaine, qui représentent un appoint dans le budget domestique ; elle doit, en plus, fournir le fil qui lui est nécessaire, et que le patron se charge de lui vendre.

Les 1.500 ouvriers tisseurs répandus dans les campagnes autour de Flers et de Condé-sur-Noireau gagnent des salaires quotidiens inférieurs à 2 fr. Ce salaire ne représente pas seulement la fabrication du tissu, il sert également à rémunérer une série de travaux accessoires mis au compte de l’ouvrier, tels que la fabrication des trames, le parage et l’encollage des fils. Le patron ne fournit au tisseur que le fil ourdi, c’est-à-dire la chaîne toute préparée ; l’ourdissage est, en effet, la partie la plus importante de la fabrication au point de vue de la qualité du tissu ; il est done

Apte

naturel qu’elle ait lieu en l’usine sous la surveillance directe du fabricant,et non au domicile de artisan. Ces différents travaux, sauf l’ourdissage, sont compris dans le salaire ou prix de façon qui est payé aux ouvriers tisseurs. Dans l'appréciation de ce salaire, il faut tenir compte également de ce que, à la différence de ce qui existe à Falaise, où tous les métiers appartiennent aux bonnetiers, les métiers sur lesquels travaillent les ouvriers de Flers ou de Condé leur appartiennent en propre ; ils supportent donc tous les frais d’entretien et de réparation, qui viennent ainsi en déduction de la consistance nominale du salaire.

A Tinchebray, un ouvrier quincaillier occupé à faire des pièges n'arrive pas à gagner 20 fr. par semaine, en se faisant aider par sa femme et son fils. Patrons et ouvriers s'accordent sur ce point que le salaire individuel ne dépasse pas 2fr. par jour '. Cesalaire non plus n’est pas net ; les ouvriers à domicile doivent, en effet, fournir les limes et les marteaux dont ils se servent. Or, c’est là une prestation très onéreuse, car ces outils s’usent assez rapidement. Le patron, en retour, fournit gratuitement l’étau.

A propos de l’industrie des perles en verres d’Argences, nous trouvons un mécanisme spé-

1. Il peut être intéressant de constater que ce salaire correspond exactement à celui qui est payé aux ouvriers d’une industrie similaire belge : les cloutiers du pays wallon. (Voir supra.)

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