Les industries à domicile en Belgique, x, p
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leur paie le prix convenu... L’éloignement. des industries des gantiers explique la mission dévolue aux entrepreneurs de couture, et l’on ne voit pas comment, par exemple, on pourrait se priver de ce rouage pour la réception des ordres envoyés de l’étranger...; leur rôle consiste donc à servir de bureau de transmission et de répartition pour les travaux de couture ‘. »
Dans certaines profession enfin, l’entrepreneur n’est plus simplement distributeur d’ouvrage ; il dispose également d’un matériel qu’il prête ou qu’il loue (mais ce n’est jamais un prêt gratuit) aux ouvrières incapables d’en faire l’acquisition. Et-à ce point de vue encore se manifeste l’utilité sociale du sous-contrat. Dans les industries du vêtement, un très grand nombre de machines à coudre appartiennent à des scusentrepreneurs. L’organisstion commerciale de la couture des gants en Flandre repose de même sur cette fonction essentielle de l’intermédisire. « Il faut tenir compte, en outre, de la nécessité d’employer des machines pour la couture des gants. D'ici longtemps, ouvrière n’aura pas les ressources suffisantes pour en faire l’achat. Si l’on supprime l’entrepreneur de couture, qui donne à chaque ouvrière ia machine à coudre, il faudra trouver autre chose”. »
1. Les industriès à domicile en Belgique, xx, p. 95. 2. Les industries à domicile en Belgique, 111, p. 96.
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IT. — Mais ces avantages du sous-contrat ne doivent pas nous laisser ignorer les multiples inconvénients qu’il présente,et qui ne se sont manifestés nulle part avec autant de dommages que dans l’industrie à domicile. I] suffit, pour apprécier ce dommage, d’étudier le fonctionnement de la sous-entreprise appliquée au travail en chambre.
La sous-entreprise ou marchandage consiste, pour l’intermédiaire,à prendre à forfait une certaine quantité de travail pour un certain prix, et à la partager ensuite entre des ouvriers qu’il rémunère à son gré. L'intérêt de la spéculation apparaît immédistement : c’est de réaliser un gain en payant à chaque travailleur, pour sa portion de tâche, un salaire de façon inférieur au prix que l'industriel à payé au sous-entrepreneur pour l2 même portion de tâche, afin qu’il reste une différence. L'exploitation de l’ouvrier est de cette façon fatale ; elle dérive du caractère même de l’opération, qui est un acte de pure spéculation commerciale. En effet, l'intermédiaire, qui ne produit rien,ne peut prélever son bénéfice que sur la rémunération légitimement due à l’ouvrier, qui est le seul et unique producteur.
Réduite à cette limite, la pratique du sous-contrat,quoique aboutissant à priver les travailleurs d’une partie plus ou moins grande de leur salaire, ne devrait cepandant pas être condamnée abso-
lument,parce que le prélèvement fait par l’intermédizire peut être considéré comme la rémunération légitime du service rendu par lui au travailleur en le mettant en rapport avec l’employeur principal.
Mais, dans l’étude de la répercussion du marchandage sur le salaire, il faut tenir compte de certains faits qui viennent fausser le jeu normal du sous-contrat tel que je l’ai décrit plus haut. Il y à, en effet, pléthore de sous-entrepreneurs sur le marché du travail. Il en résulte naturellement entre eux une concurrence effrénée, dont l'effet immédiat est un avilissement du prix du travail et des salaires qu’il doit servir à payer. Le mal sévit surtout dans les grands centres et dans les professions qui groupent un très grand nombre de travailleurs, telles que la couture, la lingerie et le vêtement.
Ce n’est pas tout cependant. La concurrence que se font entre eux les sous-entrepreneurs n’est pas simple ; elle est, au contraire, extrêmement compliquée quelquefois, et se résout dans une série de sous-contrats aux divers degrés de l'échelle qui représente l’organisation économique et commerciale de l’entreprise.Suivons seulement le sort d’une commande de lingerie « accordée » par un grand magasin. Celui-ci s'adresse à un fabricant parisien, qui divisera le lot entre certains entrepreneurs, hommes ou femmes. Ces en-
trepreneurs distribuent les portions du lot à leurs ouvrières, et quelquefois celles-ci travaillent en compagnie d’autres ouvrières qu’elles salarient. & Quelquefois le linge n'arrive à celle qui le coud qu’en quatrième ou cinquième main. Ainsi, entre louvrier qui preduit et l'acheteur qui peie, s’interpose un nombre plus ou moins grand d’intermédiaires qui se repassent la besogne et prélèvent, chacun à son tour, un bénéfice sur le prix de façon, réduisant au plus bas le salaire de l’ouvrier *. »
Mais le sous-entrepreneur peut avoir également intérêt à payer des salaires élevés. C’est que,en effet, l’industrie à domicile est le siège des journées de travail indéfiniment extensibles ; ici, le sous-entrepreneur spécule sur là force de travail de l’ouvrier qui, travaillant un plus grand nombre d’heures que son concurrent dela fabrique, pourra gagner des salaires en apparence plus élevés, tout en ayant des prix de façon plus bas. Il ne faut donc pas se laisser tromper. On à pu différentes fois observer, ici et là, des hauts salaires payés par des «sweaters » ; mais il n’y a là qu’une illusion, parce que ces salaires ne peuvent être obtenus qu’en: allongeant la journée industrielle au delà des limites légales ou rationnelles : l’ex-
1. André SPIRE, Le Sweating-system. Pages libres, 20 juin 1903, p. 521.
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pédient ne change rien à la réalité, et le malheureux ouvrier est exploité d’une façon détournée dont il a moins conscience ; mais il est aussi sûrement exploité que dans la première hypothèse.
Naturellement, ce sous-entrepreneur, à la recherche d’ouvriers à embaucher, ne s’adressera pas à n’impcrte qui; au contraire, il profitera habilement de la concurrence des forces ouvrières ; il connaît à merveille les besoins de chacun, qu’il épie sournoisement pour en profiter, et c’est d’abord à ceux qui sont économiquement les plus faibles qu’il s'adresse, parce qu’ils sont prêts à accepter n'importe quelles conditions de travail pour ne pas s’exposer à mourir de faim. Ainsi, il doit choisir de préférence ceux qui sont chargés de famille ou qui ont des besoins pressants d’argent.
M. du Maroussem à expliqué ainsi, d’une façon saisissante, le rôle de l’intermédiaire dans l’industrie du meuble * : « Voici le premier procédé dont l'instrument peut être indifféremment l’agent du grand magasin ou l’intermédiaire, l’un commis semblable en tout à ses collègues.…., l’autre commissionnaire établi au cœur de la place. Agent ou commissionnaire s'adressent donc au fabricant, et lui « accordent » des com-
1. P. Du MarousseMm. Le système parisien de l’industrie du meuble et le Sweating-system. Revue d'Economie politique, 1892, p. 579.
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mandes.Si la spécialité du petit patron porte une marque originale, défense lui est faite d'exposer en son nom et de vendre à qui que ce soit. ; enfin, lorsqu'il s’est engagé dans des achats de matière première en vue d’une surproduction, en pleine confiance dans l’avenir, on l’abandonne sous prétexte d'avantages exceptionnels consentis par un concurrent, et l’on achète le stock au premier prix offert, c’est-à-dire bien au-dessous du prix de revient. Tout autre est le second procédé... Ici, agent direct et commissionnaire travaillent encore en concurrence, avec une supériorité marquée pour le second,qui, en fait de moyens trop énergiques ou trop habiles, n’éprouve pas la même répugnance que les maisons fameuses et tenues, par suite, à un certain décorum. Par les syndicats, les conciliabules de la foire du samedi, les retards et l’achat à la tombée de la nuit, ils abaissent,jusqu’àlanéantir, l’idée delavaleur dans le cerveau de cet homme qui a besoin d’argent pour le dimanche, et qui, souvent, est ivre d’un vin qu'il n'a pas payé. Nous voilà bien au-dessous de la loi d’airain, et cependant, durant des semaines, des années, le même homme revendra les mêmes meubles à ce même prix dérisoire, parce que certaines fournitures n’ont pas été soldées : le vernis, les serrures sont dus; le loyer n’est versé que de temps à autre, parce qu’une continuelle émigration de quartier en quartier
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vient relever le prestige d’une solvabilité périodiquement déconsidérée, parce que l’assistance publique, grâce à ses secours, vient permettre les concessions encore plus faciles et les marchés encore plus onéreux. »
Il est impossible d'établir d’une manière générale le montant des bénéfices que les sous-entrepreneurs prélèvent sur le travail dans l’industrie en chambre ; ils diffèrent sans doute, suivant les professions et suivant les endroits. L'enquête de l'office du travail français sur le vêtement à Paris donne cependant un chiffre pour la confection des vêtements de femme où sévit surtout l2 pratique de la sous-entreprise : 50 % du prix de façon ‘.Ce chiffre ne paraît pas exagéré, surtout si on le rapproche de constatations faites ailleurs dans des productions similaires. Ainsi, par exemple, une enquête allemande nous apprend qu’un intermédiaire, ayant reçu pour un costume 5 marks 50, donne à l’ouvrier 2 m. 50 ; un autre intermédiaire, pour un costume de petit garçon, donne 15 à 25 pfennigs, s’il en à recu 25 à 40, et il en donne 35 à 40, s’il à reçu 50 à 90 *.
Le sous-entrepreneur peut être aussi, ainsi que jy ai fait allusion tout à l’heure en parlant des répercussions successives du sous-contrat