Maurice ANSIAUX, op. cût., p
3. Emile BRu, Essai sur la règlementation du travail à domicile, p. 304.
lorsqu’elle y entre, elle ne tarde pas à devenir rebelle à la discipline syndicale ; elle y transporte, en effet, cet individualisme jaloux et envieux qu’exaspère encore le contact quotidien dans la pratique normale de l’association.
Mais le principal obstacle est la présence, au sein même de l’industrie à domicile, de forces rivales et antagonistes intéressées à se nuire. Il ne faut pas oublier, en effet, qu’un très grand nombre d’ouvriers en chambre sont eux-mêmes, par rapport aux auxiliaires qu’ils emploient,de véridables sous-entrepreneurs,ayant sousleurs ordres des salariés £qu’ils exploitent. Il ne faut pas oublier non plus qu’un très grand nombre d’ouvriers à domicile ne vivent pas uniquement des ressources que leur apporte l’industrie, et qu’ils nelui demandent qu’un salaire d'appoint, dont ne pourraient passecontenterles ouvriers qui vivent uniquement de la profession. Enfir, les ouvriers urbains et ruraux ont des intérêts qui ne sont pas les mêmes, et qu’il est absolument chimérique de prétendre enfermer dans la même formule.
La bonneterie de Falaise offre un exemple intéressant à l’appui de cette idée. Les ouvriers de Falaise ont tenté de réaliser un groupement pro- -fessionnel englobant tous les travailleurs en chambre. Ils ont fondé à cet effet, en 1891, une « Association syndicale des ouvriers de toutes les industries se rattachant à la bonneterie». Leur
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but était de réagir contre la baisse des salaires et d’imposer des prix de façon aux fabricants. Mais ce groupement réunit aujourd’hui tout au plus 10 membres. Or cet échec a été fatalement amené par la présence, dans la même association, d'ouvriers de la ville et de la campagne, entre lesquels une entente ne pouvait intervenir qu’à la condition de placer les ouvriers ruraux dans un état flagrant d’infériorité vis-à-vis de leurs concurrents. C’est ce que démontre surabondamment l’examen des conditions de la production.
La production de la bonneterie est particulièrement active du mois d'août au mois de janvier ; il y à alors du travail pour tous les ouvriers; mais, seuls ou presque seuls, les ouvriers urbains en profitent parce qu’au moins pendant les mois d'août, de septembre et d'octobre, les ouvriers ruraux sont détournés du travail industriel par les travaux des champs. :
Par contre, la période d’inactivité de la bonneterie (janvier, février, mars surtout)) est aussi caractérisée par le chômage du travail agricole. Alors commence entre les ouvriers de la ville et ceux de la campagne, qui rentrent en scène, une concurrence effrénée pour se partager, au prix de n'importe quels sacrifices, l'offre existante de travail. Or il est évident que, dans cette lutte pour