INSTABILITÉ ET CHOMAGE
I. — L’instabilité est une des caractéristiques profondes de la situation des ouvriers à domicile- La distribution de l’ouvrage se fait en général de la façon la plus irrégulière, et le plus souvent le bon plaisir seul de l’industriel y préside.Il n’y a pas d'autre règle, par exemple, à l’embauchage et au renvoi des ouvriers, auxquels le patron peut cesser brusquement de donner du travail. Le même arbitraire s’exerce en ce qui concerne les fractions de tâche à distribuer. C’est ainsi que l'entrepreneur peut, à son gré, partager la même tâche entre deux, cinq ou dix ouvriers; chacun d'eux dans les diverses hypothèses, recevant une fraction de plus en plus diminuée de la tâche totale supposée in variable.
Le chômage peut encore avoir une ue d’autres causes, qui varient infiniment selon toutes sortes de particularités inhérentes à la nature même des industries et jusqu’au système législatif des Etats. A ce dernier point de vue, l’exemple de l’armurerie liégeoise est significatif : l’ap-
proche de l’ouverture de la chasse est aussi la période d'activité pour cette industrie, qui cesse au contraire complètement de produire du moisde janvier au mois d’avril. — La clouterie à domicile du pays wallon et la ganterie bruxelloise souffrent également certains chômages qu’explique leur organisation économique et commerciale. Les cloutiers abandonnent leur industrie perdant la période de la belle saison pour se livrer à des travaux de construction, de badigeonnage et de plafonuage, plus rémunérateurs que le travail du fer !. De même la ganterie bruxelloise chôme pendant les mois de juillet, d'août et de septembre, parce que cette période est celle de l’achat des peaux ; « comme la quantité de peaux à acheter est considérable, avant de conclure le marché, le fabricant tient à prendre ses informations et ses renseignements. Il attend plutôt que d'acheter dans de trop mauvaises conditions, et comme naturellement sa provision de matière première a presque disparu, il diminue la fabrication ? ».
La même remarque doit être faite en France à propos des ouvriers quincailliers de Tinchebray, qui viennent chaque année faire la moisson dans la plaine de Caen. Les ouvriers ruraux de la bonneterie, à Falaise, se transforment également
1. Les industries à domicile en Belgique, 11, p. 99. 2. Les industries à domicile en Belgique, 11, p. 63.
pendant l’été en journaliers agricoles. Il faut en dire autant des ouvriers tisseurs répandus dans les campagnes de Flers et de Condé-sur-Noireau.
Mais la raison profonde de cette instabilité du travail dans l’industrie à domicile est une raison d'ordre économique général. La plus grande partie, en effet, des industries en chambre sont des industries saisonnières dont la production ne correspond pas à des besoins permanents et toujours identiques, et qui comportent des périodes de travail et de chômage dans des combinaisons diverses. IL est certain que les saisons climatologiques de l’année intensifient diversement un très grand nombre de besoins humains, d’où résulte, pour les industries qui ont pour but de satisfaire ces besoins, une fluctuation très grande dans l'offre du travail et une perturbation considérable dans l’état des forces ouvrières. La production suit donc véritablement unrythme correspondant aux saisons ; mais, à cause de cela même,les mouvements contraires observés dans ces industries revêtent un caractère d’alternance et de périodicité qui atténue dans une certaine mesure, les inconvénients du chômage.
IT. — C’est surtout dans les industries de l’habillement que cette observation peut être faite.
Les ouvriers urbains de la bonneterie de Falaise ont une suractivité de production du Je juin au le janvier, soit 7 mois, pendant lesquels on
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confectionne en masse des tricots, Jerseys, etc.. ete., commandés par l’arrivée du froid et de la mauvaise saison ; puis vient une péricde de chômage ou de demi-chômage, pendant laquelle les ouvriers ruraux, que la cessation des travaux agricoles ramène au travail industriel, disputent de maigres salaires aux ouvriers urbains.
L'industrie des parapluies, à Vire, souffre également d’un chômage occasionné chaque année par le retour de la saison des pluies ; il en résulte une très grande variation dans l'effectif des ouvrières qui s’adonnent à cette industrie ; en effet, le montage des parapluies occupe environ 80 ouvrières en temps de surproduction, 20 seulement en temps de morte-saison.
Une observation analogue peut être faite dans Pindustrie de la ganterie à Bruxelles: « Les patrons, qui travaillent surtout pour le marché belge, signalent une baisse dans l’activité de l’industrie pendant la saison des fortes chaleurs, qui amènent la substitution des gants de tissus au gant de peau !. »
L'industrie du vêtement proprement dit (mesure et confection) est le témoin d’un chômage qui a été très exactement décrit. Iei la production annuelle comprend quatre périodes alternances, dont deux saisons actives'(octobre, novembre et