‹ Essai sur l'inflammation de l'utérus; dissertation présentée et soutenue à la Faculté de Médecine de Strasbourg, le samedi 13 février 1819, à quatre heures après midiChapitre 4 sur 8 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

Invasion, sjmptomes^ durée, terminaisons de la

nié t rite aiguë.

C'est avec raison que Lieutaud a regardé Tinflammation de l'utérus comme une maladie grave, peut-être des moins connues, et moins rare pourtant qu'on ne le pense. C'est dans l'état de la femme que certains accoucheurs ont désigné sous le nom de puerpéralité , que la maladie se développe le plus souvent. L'invasion en est subite : la malade se plaint de frissons et de chaleur alternatifs , d'une douleur lancinante et vive dans la région de l'utérus; la sensibilité de cet organe se réveille au moindre attouchement du doigt; la région hypogaslrique est tendue et rénitente; la malade éprouve un sentiment de chaleur dans cette partie et surtout au lieu qu'occupe la matrice. La femme rend -elle compte de la douleur qu'elle éprouve, elle en détermine dans

ses expressions le sicgc, retendue, l'accroissement progressif, le point d'orig-inc , le lieu de terminaison, le degré d'intensité et rinfluence quelle exerce sur loue 1 économie en gênerai. Le médecin puise dans ce récit les indices propres à lui faire reconnoîtrc le vrai s'icge de la maladie. Tantôt, lorsque l'inflammation est partielle, la malade la rapporte à difl'crens endroits du basventre, tels qu'auxlombes, lorsque l'inflammation occupe la partie postérieure du fond de la matrice; au nombril, lorsqu'elle occupe la, partie antérieure du fond de l'organe; au pubis ou à l'anus, lorsqu'elle siège au col de l'utérus ; enfin, à l'une ou à l'autre des aines, des hanches, des cuisses , cjuand elle existe à une des parties latérales de la matrice. Paul d'Egine avoit observé que l'inflammation pouvoit être partielle ; il est rare pourtant qu'une portion de l'organe soit afi'ectée sans que le reste participe bientôt à l'inflammation. On peut observer les progrès de celle-ci en prêtant attention au lieu où la malade rapporte le sentiment de la douleur. Lorsque celle-ci correspond au fond de l'utérus enflamme, on le ressent plus particulièrement à la région ombilicale.

Mauriceau dit que, dans ce cas , le moindre toucher détermine de vives douleurs, et que les malades sont forcées de rester couchées sur le dos: au début les lochies se suppriment; il suinte ensuite par le vagin une matière roussâtre qui coule en plus ou moins grande quantité. Quelquefois la maladie débute sans cause connue , et sans que la personne afiéctée se trouve dans l'état de puerpéralité. Lorsque l'inflammation est vive et que la membrane muqueuse en est affectée, il ne s'effectue aucun écoulement. Si c étoit simplement un catarrhe utérin , la femme ne ressentiroit aucune pesanteur vers le rectum. On regarde comme des effets sympathiques de l'inflammation de l'utérus la difCculté d'uriner et la douleur lors de l'expulsion des matières fécales. On ne doit point penser dans ce cas que l'inflammation a gagné les organes circonvoisins.

La ficvTC qui accompagne la plilcgmasie de la matrice est vive; son intensité semble être liée à la lésion du tissu charnu de rutc'jiis. On sait que, dans les phlegmasies des membranes muqueuses, la fièvre est d'ordinaire moins vive; cependant on ne peut trop g(meraliser cette observation. Combien d'inflammations des muqueuses qui (ai)issent le tube digestif et les voies aériennes , qui s'annoncent et s'accompag-nent de symptômes fébriles violens! Le pouls dans la metrite est d'abord fréquent ; au second jour il donne jusqu'à cent pulsations, et varie par la suite de quatre-vingtdix à cent pulsations par minute; dur et concentre' dans les derniers temps de la maladie, lorsqu'il s'opère une terminaison fâcheuse. La malade éprouve subitement un mal de tète qui se fixe sur lun des orbites, quelquefois vers le sinciput; la langue est d'abord rouge, légèrement humectée, ensuite âpre, sèche; des douleurs sourdes et aiguës se ressentent aux mamelles ; la débilité générale succède au trouble des fonctions. Tantôt la vues'obscurcit; la malade est tourmentée par la soif; des sueurs partielles couvrent les diverses régions de la tête , de la face ; les pieds et les jambes, suivant la remarque de Forestus, s'engourdissent; les genoux deviennent froids; les traits de la face s'altèrent; des vomissemens, le hoquet, les lypothimies, une difficulté de respirer, des mouvemens convulsifs, tourmentent la malade plus ou moins long-temps. Un état comateux, un délire violent, peuvent succéder à cette série de symptômes fâcheux, comme un calme trompeur peut les remplacer: tout semble momentanément rentrer dans j'ordre naturel; mais bientôt une débilité extrême, l'abattement général, l'affaissement du bas-ventre, l'insensibilité, le froid général du corps, la petitesse du pouls, la puanteur qui s.'exhale du vagin, tout annonce la terminaison funeste de la maladie par gangrène.

Cette multiplicité de symptômes peut se lier à l'existence d'autres phlcgmasies des organes contenus dans le bassin,. Le praticien

poiuToit souvent tomber dans des nu.'priscs desavantageuses sur le véritable siège de la maladie , s'il n'aualysoit avec soin chacun des symptômes. Il est arrive' IVëqucmment, à la suite des couches, de confondre la metrite avec la pe'ritonile. Le toucher peut servir à établir les distinctions entre ces deux pldegniasics. Dans la metrite, comme l'observe Levhet, l'orifice est exactement clos, très-eleve , d'une chaleur ardente, d'un volume plus considérable qu'à l'ordinaire 5 le vagin est brûlant; le col très-sensible au toucher. Dans la péritonite , le col oflVe peu de dureté' et de sensibilité', son orifice n'est pas aussi exactement ferme' ; l'anxiete générale, les nause'es , les vomisscmcns, la prostration, le métcorisme l'accompagnent presque toujours : mais, pour la tension de l'hypogastre , elle est la même à peu près dans l'un comme dans l'autre cas. Des détails plus étendus sur le diagnostic de la péritonite appartiennent à ceux qui traitent ce sujet, et l'on ne saurctit trop étudier les Monographies de Laennec, Gasc , Gardien, BoER, et les articles insérés dans le Dictionnaire et le Journal des sciences médicales.

L'inflammation de la matrice ressemble-t-elle à celle de la vessie ou du rectum? peut-on les confondre? par quels signes établir leur différence ? La douleur , la chaleur , la fièvre , la tuméfaction, accompagnent ces phlegmasies. La douleur varie par rapport à son siège : le gonflement est plus considérable dans le cas de métritis; la douleur est rapportée à des régions différentes dans chacun de ces cas : extérieure et basse dans le cas de cystite ; plus postérieure, si le rectum est enflammé; profonde, s'il y a métritis. Le trouble des fonctions propres à chacun de ces organes aide encore le diagnostic. On a recommandé aussi de ne point confondre l'hystérie à la suite des couches avec l'inflammation de l'utérus ; des méprises fréquentes ont réveillé l'attention des praticiens.

Le pouls diffère essentiellement dans ces deux affections. Les

lo

i'oinincs Iiyslcriqucs éprouvent un sentiment de strangulation , rare dans la niclritc : dans celle-ci le pouls est dur et fréquent, et se développe |)ar la saignée ; dans l'aflection nerveuse il est petit et concentré. Les douleurs sont intermittentes dans l'hystérie, constantes dans la métrite; la pression est dans ce cas douloureuse, dans l'autre le ventre est peu sensible au toucher. Mais, à la suite des couches, on obsCive, dans l'un comme dans l'autre cas, la suppression des évacuations utérines. Les indications sont bien opposées: l'une est combattue par la saignée et les antiphlogisliqucs ; l'autre réclame l'administration des antispasmodiques les plus puissans.

La durée de l'inflammation aiguë varie suivant l'intensité des symptômes el le mode de terminaison: la résolution, la suppuration et la gangrène sont les terminaisons les plus ordinaires de la mélrite aiguë. La résolution est une terminaison heureuse, qu'on reconnoît aisément au décroissement progressif des symptômes inflammatoires; elle arrive du quatrième au dixième jour: tous les soins du médecin doivent tendre à procurer à la maladie une issue heureuse. M. Landré-Beauvais en rapporte un exemple recueilli à l'infirmerie de la Salpêtrièrc.

Page 1