‹ Essai sur l'inflammation de l'utérus; dissertation présentée et soutenue à la Faculté de Médecine de Strasbourg, le samedi 13 février 1819, à quatre heures après midiChapitre 6 sur 8 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

Sjmptônies, ditréCy terminaisons de la métrite chronique.

L'inflammation chronique de l'utérus est difficile à reconnoîtrc à son début. Souvent elle succède à la phlegmasie aiguë, et alors son diagnostic est moins incertain. De légères douleurs à la région hypogastrique l'annoncent ordinairement ; les menstrues coulent en plus grande abondance, ou bien diminuent, cessent ^ et reviennent après un temps plus ou moins long. Les règles tardent-elles à paroître , la douleur se ressent plus vivement; le sang s'accumule dans la cavité de la matrice et la distend. Si l'on introduit le doigt par le vagin , et que de l'autre main posée

sur l'hypogasde on la soulève, on sent un volume plus considclahlc clans le corps de cet organe : la matrice s'eng-orge de plus en plus cl dcNicnt le centre d'un mouvement fluxionnaire. La lièvre qui a lieu est légère, mais continue; le bas-ventre est distendu plus qu'à l'ordinaire : la malade a de la peine à se mouvoir ; elle éprouve des tiraillemens incommodes dans les aines , les hanches : les déjections sont pénibles , un sentiment de pesanteur se fait ressentir au fondement ; l'urine de'pose un sédiment grisâtre; on observe un écoulement séreux ou bien sanguinolent. Rarement les symptômes se bornent là ; il en survient d'autres qui annoncent les changemens qui s'opèrent dans la substance de l'organe, et qui marquent l'issue plus ou moins fâcheuse de la maladie.

Observation d'uijlammation chronique de V utérus, recueillie par le docteur Lagneau.

INIadame , âgée de 36 ans , d'un tempérament lymphatico-ner-

veux, n'ayant eu qu'un enfant, à l'âge de 3o ans , qui n'a pas vécu, éioit sujette depuis deux ans, après avoir éprouvé beaucoup de chagrins domestiques, à des douleurs hypogastriques très-incommodes , sans être extrêmement aiguës. Ces douleurs existoient d'une manière continue et sourde , s'exaspéroient à l'occasion de la moindre contrariété, et principalement après le coït, qui, sur la fin de la maladie, étoit presque toujours suivi de l'écoulement de quelques gouttes de sang par le vagin. Les lombes, les aines, le pourtour des hanches et l'intérieur des cuisses étoient toujours plus ou moins douloureux.

Elle éprouvoit en outre un sentiment habituel de pesanteur au rectum , accompagné de ténesmes. A ces symptômes se joignoit un léger écoulement , tantôt blanc , tantôt jaune ou verdàtre. Le toucher fit reconnoître à plusieurs médecins que le col de l'utérus étoit

iviméfie dans toute sa circonférence , et que le fond de cet organe laisoit une saillie proiioncee à lliy^jog-astre; la pression exercée sur cette partie etoit douloureuse. L'on prescrivit un régime sain et doux, un exercice modéré, la distraction et la tranquillité de l'esprit; en outre une saignée du bras, plusieurs applications de sangsues au fondement et à la vulve. Lorsque les menstrues ctoient retardées, ou qu'elles ne couloient point en suffisante quantité, l'organe restoit dans un état d'engorgement qui renouveloit ou augmentoit les douleurs. Les bains de siège et les bains généraux furent encore conseillés , ainsi que les injections d'eau de guimauve , rendues calmantes par l'addition de plusieurs têtes de pavots, ou par une suHisantc quantité d'opium brut. Ce traitement calmoit les symptômes; la malade s'éloigna de Paris et recouvra la santé dans une habitation saine , à la campagne , loin de tout ce qui pouvoit renouveler ses chagrins.

La durée de l'inflammation chronique est indéterminée : des années entières s'écoulent , et la maladie subsiste sans changemens notables ; d'autres fois elle se termine dans le cours de quelques mois. Rarement l'inflammation chronique se termine par résolution; la suppuration et le squirre ou l'ulcération de l'organe en sont les suites les plus fréquentes et les plus fâcheuses. On lit dans un des premiers numéros du Bulletin de la Faculté de Paris, de Tannée 1818, l'observation d'une méirile chronique qui se termina par un cancer véritable de l'organe. A l'autopsie on trouva toute la cavité de l'utérus remplie de matière putride, offrant l'aspect de la substance dite encéphaloïde par M. Laennec. Les parois de cet organe étoient très-amincies et blafardes; les ovaires étoient sains, et n'ont rien ofiert de particulier; la vessie avoit contracté des adhérences avec la membrane péritonéale, qui avoit acquis une épaisseur remarquable. Au côté droit de l'utérus existoit une tumeur osseuse considérable , qui s'étoit déve-

Joppc'c clans ses parois ; le col et le vag-in e'toîent dans l'état naturel. La masse totale des parties qui font le sujet de cette observation, est du poids de cinq livres et demie. Cette pièce a e'té déposée dans les cabinets de la Faculté'.

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