‹ Essai sur l'influence des comètes sur les phénomènes de la terreChapitre 2 sur 18 · ADRESSÉ AUTREFOIS A M. ARAGO · texte numérisé non relu

ADRESSÉ AUTREFOIS A M. ARAGO

MIMMB ]>■ L^IMSTITUT BB FRANCE ETC. BTG.

Après avoir lu, dans votre petit, mais savant ouvrage sur tes comètes, un article sur mon catalogue des co* mêles comparées avec tes phénomènes physiques et moraux qui semblent les avoir accompagnées; il m'est évident que vous ne m'avez pas tout-à-fait compris, li C£^ùse de ma manière de m'exprimer ; ou , que n'ayant examiné que la moitié de la doctrine , vous avez fondé Votre réponse à mon argument sur une opinion im^ parfaitement conçue ! — Je n'ai jamais dit que les comètes soient les causes immédiates et déterminantes de doutés ces productions extraordinaires de TatmospTïèrè et de ces maux sur la terre qui, selon mon catalogue historique, les accompagnent; mais qu'il iexisle une coïncidence fort remarquable entre les deux classes de phénomènes, difficile à comprendre, sans^ admettre que, de quelque manière inconnue , l'une soit la cause de Tautre! Loin d'élre convaincu par Tos observations que j'avais tort, je trouve que vous 'm'avez fourni des raisons encore puissantes pour mon t)pïnion: car vous admettez, avec INewlon, la possi-

bîtiié que les queues des comètes peuvent tomber par

leur gravité dans l'atmosphère des planètes et , par conséquent, dans celle de la terre; et qu'elles peuvent s'y condenser et donner naissance à bien des réactions chimiques! C'est plus cependant que je n'ose avancer, quoique je serais appuyé de Topinion de Newton. J'ai dit simplement, avec Kepler, que la coïncidence existe, que les comètes ont été les signes des catastrophes terrestres, sans prétendre développer, même supposer la manière de leur influence mutuelle. Il est possible qu'il existe bien des sortes d'influences encore inconnues. L'influence par exemple exercée par la nouvelle lune ainsi que par la pleine lune sur l'atmosphère et sur certaines maladies, reste encore un mystère, quoique les faits sont matière d'histoire. Jai vu beaucoup de malades qui éprouvent de fortes migraines précisément à la nouvelle lune; et d'autres qui deviennent toujours malades par le vent d'est. On admet facilement l'influence lunaire, parce que l'attraction de ce corps est déjà prouvée, son influence dans la production des marées étant démontrée mathématiquement. On nie l'influence cométaire , parce que leur attraction sur nous n'est presque rien. Mais combien de causes de maladies il y a dans l'air dont l'origine et la nature sont inconnues! Une malaria semble produire aujourd'hui la peste, demain le choléra, un air malsain excite les catarrhes, un autre la fièvre jaune, un troisième l'apoplexie, et eela seulement sur les corps dans lesquels il existe une prédisposition , chose aussi mystérieuse que la cause excitante ! Sydenham , Meade et les grands médecins ont constaté ces effets atmosphériques et leurs révolutions, sans songer à leurs causes* Newton, en prouvant que la matière des comètes peut descendre dans notre atmosphère , rend la cause atmosphérique encore pliJts

évidente I et donne en même temps à mon hypothèse tine plus haute couleur de probabilité. Car ou peut sup« poser facilement que la matière dont les queues des comètes sont composées , varie dans différents cas; que celle, par exemple, de la comète de 1680 était bien différente de celle de la comète de 1811. De cette diversité des matières que plusieurs comètes laissent tomber dans notre atmosphère , mêlées avec mille autres déjà existantes sur la surface du globe , dépend probablement la variété presque infinie de nos maladies , ainsi que de ces phénomènes brillants qui appartiennent à des constitutions spécifiques de l'atmosphère.

J'ai remarqué aussi dans votre ouvrage les obser^ valions sur les brouillards; mais des circonstances qui attendent la formation de ces phénomènes, m'ont forcé de croire qu'ils résultent presque toi\jours de la décomposition de l'atmosphère. Dans un voyage aérien ayant monté à une grande élévation, j'ai observé attentivement la formation des brouillards; subitement, au moyen où les nuages dits cumuli au niveau de notre ballon disparurent, un gros brouillard se formait au-dessous de nous , et se répandait sur la surface de la terre t mais dans l'espace entre les cumuli et le brouillard, il n'y avait point de vapeur visible. J*ai remarqué la même chose du haut des montagnes darïs les Alpes de la Suisse , à Naples sur «le Vésuve ^ au pays de Galles et dans presque tous les pays de FEurope, où je pouvais me servir des hauteurs pour faire mes observations. Mais je réserve les détails de ces phénomènes néphéologiques pour un autre ouvroge. Je reviens aux comètes. De mon côté, j'ai l'appui de Kepler, ce roi des astronomes, qui a inscrit son nom à jamais dans les cieux, et de presque tous les anciens

observateurs: Hipparchus, Ptolomé, Tycho Brahe^ Copernicus et bieu d'autres. Dans une question obscure et même difficile il ne faut pas négliger l'opinion générale des anciens et la tradition presque universelle des siècles.

A présent je citerai les passages de votre opuscule avant d'y répondre. Vous dites, § S, p. 106 :

<c Newton pensait que les matières , que les exhalaisons dont les queus des comètes se composent , peuvent tomber, par leur gravité, dans les atmosphères des planètes* en général , et dans celle de la terre en particulier; s'y condenser, donner naissance à toutes sortes de réactions chimiques, à mille combinaisons nouvelles.

» Peu de mots suffiront pour prouver , je ne dis pas seulement que la matière cométaire diffuse, peut, en effet, tomber dans notre atmosphère, mais encore que ce phénomène est de nature à se reproduire assez fréquemment.

» Les comètes paraissent être , en général , de simples amas de vapeurs. Or, puisque c'est un principe avéré que l'attraction est proportionnelle aux masses , chaque molécule de la queue d'une comète doit être tr^s-faiblement attirée par le corps de l'astre.

» L'attraction diminue quand la distance s'accrott, non pas dans le rapport de la simple distance, mais proportionnellement à son carré. Aux distances 2, 3, 4... 10, l'attraction exercée par un corps déterminé est 4, 9, 16,... 100 fois plus petite qu'à la distance un.

» Ainsi , une comète , par l'effet de son manque d^ masse, n'exerce, même de près, qu'une attraction très-faible. Quand la distance de la particule attirée

à la tête de la comète est un peu grande , il ne doil donc plus rester qu'une action à peine sensible. Or n'a-t-on pas vu des comètes accompagnés de très-longues queus? Dans la comète de 1680, les dernières molécules visibles n'étaient-elles pas, en ligne droite, à plus de 41 millions de lieues du noyau?

» On comprendra maintenant quune planète , que la terre , par exemple , dont la masse est , le plus souvent , si supérieure à celle des comètes , doive pouvoir attirer à elle, aspirer pour ainsi dire et s'approprier entièrement les parties extrêmes des queues cométaires, lors même que dans sa course annuelle elle en reste toujours Irès-éloignée.

>» L'introduction dans l'atmosphère terrestre de quelque nouvel élément gazeux , pourrait , suivant qu'il serait plus ou moins abondant, occasionner la mort de tous les animaux, ou engendrer desimpies épidémies: telle a été, en effet, suivant divers auteurs, Torigine , la véritable source de la plupart de ces fléaux dont Thistoire nous a conservé le souvenir. »

Et encore p. 108 :

» Un anglais, dont le nom n'est pas inconnu des physiciens , M. T. Forster^ vient de traiter cette même question en détail (^), Suivant lui, il est certain que (depuis rère chrétienne) les périodes les plus salubres sont précisément celles durant lesquelles il s'est montré quelque grande comète, que les apparilions de ces astres ont été accompagnées de tremblements de terre* d'éruptions de volcans et de commotions atmosphérr

(*) lUuslralionea of ihe J tmospheriaî Origin of Epidémie Diêecuot^ Chelmsford, 1839; p. 139 et suiTantes.

ques, tandis qu'on n'a point observé de comètes durunt les périodes salubres.

u Ceux qui examinerons avec un esprit de critique sévère ) le long catalogue de M. Forster, n*y découvri-» ront point f j*ose Tassurer, les conséquences qu'il a cm pouvoir eu déduire.

» Le nombre total de comètes proprement dites dont il fait mention dans les historiens , h. partir de la première année de Tère chrétienne, est d'environ 500, De** puis que, dans Tintérét des sciences, on observe le ciel avec attention ; depuis que les comètes télescopiques ne. se dérobent plus aux regards des astronomes, le nombre moyen de ces astres par année 3*élève è peu près à deux. Accorde», avec M. Forster, qu'une comète agissait avant son apparition que son influence ae con-^ tinue un peu après , et jamais évidemment un de ces astres ne vous manquera , quel que soit le phénomène , le malheur ou l'épidémie que vous vouliez leur imputer. Cette remarque ne s'applique pas moins directement aux; mémoires du célèbre Sydenham, qui, aussi, était par-* tisan des influences cométaires; aux dissertations de Lubienietski , de Riccioli, etc., etc. M. Forster a, d'ailleurs , je dois le dire, tellement étendu, dans son savant catalogue, le cercle des prétendues actions co« métaires, qu'il n'y aurait presque plus de phénomène qui ne fût de leur ressort. »

En lisant ces passages et d'autres dans l'ouvrage , deux choses fixent mon attention , 1^ qu'en recueillant certaines* observations isolées de mon livre, vous avez donné une tournure assez bizarre à Targument , et qui est bien différente de celle qui doit résulter de tous les faits et observations constatés ensemble ; 2" que ^ si c'est une

faute dans les sciences de se servir des hypothèses , tous êtes bien plus coupable que moi ; car votre petite bro^ chure dont j'admets Texcellence et Térudition , est pleine cependant de questions purement hypothétiques! Moi, quand je considère la peste de Londreis ou celle de Florence, les épizooties dans certaines saisons, les nombreuses maladies des plantes et surtout le yaste accroissement de certains insectes {*) , comme choses qui suivent Tapparition des comètes , je ne fais que répéter Topinon de presque toutes les nations de l'antiquité, et fortifier cette opinion par un catalogue historique de ces phénomènes : mais , dites moi , à quel peuple est-il arrivé de penser que Tanneau de Saturne , ou que le brouillard qui couvre la terre, soient les productions d'une queue de comète? Sans nier cela même comme hypothèse possible, je répète que ma proposition qu'il existe quelqu'action cométaire sur l'atmosphère , fondée sur des faits, sans songer à aucune explication , est plus simple et plus philosophique. Il n'y a que trois moyens d'arriver à la connaissance des causes et effets : l'observation des coïncidences constantes , l'analogie , et l'appui de là tradition générale. De ces trois, le dernier est le plus certain; car notre raison nous trompe, et cela trop souvent. L'histoire des erreurs humaines , morales ainsi que scientifiques , nous présentent une preuve humiliante de cette faiblesse de la raison. Plus j'y pense, plus je suis convaincu que l'homme ^ par le moyen de sa force individuelle , ne peut s'assurer d'aucune vérité physique ni morale. Et quand il étend ses recherches à la métaphysique, dans laquelle toute

(*) Il y a des raiiona de croire que toutes les maladies épidémiquea soient aiQooiiipaipnées des insectes propres à elles; mais ce sujet sera discuté dans une autre plaoe, quand je traite de Thypothése qui y a rapport.

question se perd, il trouve encore plus de difficultés à surmonter. Avant d'arriver à une conclusion quelconque, on est forcé à renoncer aux hautes prétentions de la raison , et de se reposer sur l'appui de la tradition, ou, en autres mots, sur ce pouvoir mystérieux qui soutient laT vie de Tintelligence , et qui s'appelle la parole par excellence.

Quand une hypothèse quelconque , par exemple celle de Newtou, ne contient pas de contradictions et est acceptée par les savans de tous les pays et de tous les temps, on doit la considérer comme vraie; mais telle est la faiblesse de la raison humaine , que la plus évidente vérité connue n'est pas placée , par la balance des probabilités, à l'abri de tout doute! L'opération d'une force telle que Tattraction, n'est pas une chose prouvée incontestablement; et l'existence même de la matière et des objets extérieurs à nos sens, reste encore une question que nulle métaphysique n'a su résoudre {*)l Tout ce que nous connaissons immédiate-

(*) Je prendrai la liberté de répéter ici quelques passages de ma brocbure intitulée: « Ontophtloa ou les derniers entretiens d'un phi-losophe, » pour prouyer que nous trouverons une pareille difficulté en expliquant toutes les sciences, rien n'étant prouvé à rhomme; Toute vérité , même les axiomes restent sur la balance des probabilités dont l'âme de Thomme est le juge: mais parceque le jugement individuel est souvent trompeur, il faut s*appuier, en tout cas où il Cst question de choses abstraites, sur le témoignage général, c'està-dire sur le jugement moyeu de Tespôce humaine, autant qu'il est possible j mais ce moyen même n'est pas infaillible, car il demande le petitio prtncipii de l'existence d'autres hommes! Voyez deux ouvrages extraordinaires dans lesquels le système astronomique de Newton ainsi que le système métaphysique de Berkeley sont examinés; intitulés: « Essai on Cause and Effecty » et u Proofs of an Extemal Umtersj 9 tous les deux par Leuly Mary Shepherd, 8^. London 1826. Je

ment sous quelque forme qu'il soit, n'est que sensation. Mais nous nous trouvons forcés, par quelque loi de noire existence, de croire que nos sensations ont des objets , ou plutôt que les effets visibles dans le sensorium ont des causes invisibles dans un monde extérieur. Poussés constamment, en dépit de notre raisonnement philosophique, en présence de Tétre en général, nous admettons l'existence des êtres en particulier, et par conséquent de nos semblables; et puis, en examinant la vérité d'une proposition quelconque, nous nous appuyons sur le grand témoignage de la tradition. Voilà donc, selon moi, la véritable fondation de la certitude.

Dès ma jeunesse j*ai examiné avec un plaisir infini et jamais languissant les problèmes de Kepler et le système de Newton , mais m'occupant aussi de la phi* losophie, et essayant de sonder la base des connais* sances humaines, je suis convaincu que Thomme, faible et imparfait, ne sait le tout de rien. La chose la plus nécessaire pour l'appui d'une hypothèse quelconque est l'assentiment d'un grand nombre de savans

sens bien la difficulté des questions physiques, mais je sens aussi que tonte question physique se résoud dans la métaphysique.

La terra, diceya io, è solamente un picciolo punto fra innumerabilë roondi di grandezze e di distanze troppo vaste pcr esser prese nella mente, e tutti sostenenti la vita animale in ogni varietà di organizzazione.

Ove, allor, si troTa il fine di questo universo pieno di mondi? E il spacio infinito in grandezza ed eterno in durazione? E la legge degl Omnipotente un principio eterno di varietà e di yariazione iiifinita? Sta TEssere necessario, o potrebbe il Dio abolir e il passato? Senza dubbio il mondo è un sistema di cose invisibili manifesta al nostro senso Tisbilmente, in qualche maniera che ci non è conoscinta.

ne contienne pas des problèmes contradictoires. Je repète que Tinfluence des comètes sur l'atmosphère et , par elle, sur la santé des habitants de la terre, reste sur une pareille base; car, admettant que leurs queues peuvent tomber dans notre atmosphère et, en même temps, qu'elles sont varieusement composées, — chose que l'analogie porte èi croire — nous gagnons une haute probabilité qu'elles soient les causes de cette variété des effets atmosphériques qui ont accompagnés les comètes dans tous les temps, et dont les savants observateurs et les historiens de tous les siècles ont été les témoins. Examinons encore l'influence des astres, sous un autre point de vue. Admettant l'existence d'un Être infini comme cause nécessaire de tous les effets , nous ne pouvons pas éviter les conséquences; nous sommes obligés de regarder toutes les lois physiques et morales du monde comme des manifestations du pouvoir de cet Être exercé sur la matière dans la production des phénomènes. Sous quel nom que ce soit, Jehova, Jupiter, ou Dieu, c'est toujours la puissance infinie, le créateur par excellence, la vérité qui est une: par conséquent je ne saurais admettre un corps quelconque aussi indépendant, qu'il existe à l'abri de l'influen^ ce , plus ou moins directe , de tous les aulies. Considérant l'harmonie qui doit régner sur l'ensemble de la création, il m'est difficile de supposer, parmi les millions d'astres qui remplissent l'espace , l'existence d'une seule étoile qui n'ait pas de liaison avec le ciel entier, soit par l'atlraction, soit par quelqu'autre influence. Dans tous les cas où il est question de cause et effet, il ne faut qu'examiner s'il y a un assez grand nombre de coïncidences de deux ou plusieurs phénomèues, pour de tous Ifisaièciefl, moyennant toujours que l'hypothèse

en faire dériver la probabilité d*une relation intime existante entre eux.

Il semble que Texamen du rapport de cause et d'effet est justement celui dans lequel notre raison individuelle nous trompe le plus souvent : il y a probablement mille causes dont nous ignorons l'existence, qui opèrent continuellement sur la terre et sur ses habitants , et mille autre» dont le modus operandi est inconnu. Toutes noi recherches poussées un peu trop loin , tombent insen*siblement dans le vaste océan des doutes, par lequel nous sommes environnés; et quand nous essayons de regagner la certitude par le haut chemin de la méta^ physique, il nous conduit k la conclusion bien peu satisfaisante que Tunivers est un système de choses invisibles dont la puissance créatrice nous a permis de connaitre une petite portion manifestée visiblement !

Quittons maintenant ces méditations abstraites qui ne servent qu'à ^humiliation de l'homme en démontrant la faiblesse de sa raison ; et examinons la probalilé d'une influence cométaire exercée sur noire planète; et, s'il y en a une, quelle est la nature de cette influence?

§ 1. LE TÉM01GIIAG6 D)S I^'aUTIQUITÉ S1I& I«'lIlFLURirCB DES

COMITES COirSIDéRÉ*

Depuis le temps le plus reculé jusqu'à nos jours, l'opinion publique a été constamment en faveur d'une influence exercée par les astres sur la terre ; il est évident aussi que l'atmosphère a été toujours regardée comme le moyen de cette influence. Les anciens Bramins de rinde et les astronomes chinois , ainsi que les astrologues de Babylone et de la Grèce noua ont rendu leur témoignage à ce fait, que les oomites sont les

signes des plus funestes événements. Nous lisons dans riliade d'Homère, au commencement du vingtième

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