‹ Essai sur l'influence des comètes sur les phénomènes de la terreChapitre 4 sur 18 · TIENNE · texte numérisé non relu

TIENNE

En réexaminant, pour la troisième fois, mon catalogue des comètes à présent beaucoup augmenté, je trouve , en dépit de ce que disent certains astronomes , qu'une liaison entre ces phénomènes célestes et ceux qui s'appellent atmosphériques est soutenue par la balance des probabilités. Si nous admettons que les pestes, les épizoolies et les maladies des plantes sont des pro- , ductions de Pair, les probabilités d'une influence co-

2Sf

mëlaire deviendront bien plus nombreuses (*). Par une longue exaramation de ces maladies et de leur rapport avec les variations de l'atmosphère, je suis convaincu que leurs causes excitantes consistent en certaines conditions morbifiques de l'air qui , agissant d'une manière spécifique, sur diverses parties ou organes de la machine animale des individus prédisposés à recevoir leur influence, produisent les symptômes extraordinaires qui caractérisent les épidémies ; classe de maladies qui mérite d'être étudiée par les médecins avec la plus profonde attention. Infinement variées comme les nuances des couleurs, poursuivant une course invisible dans l'élément dé la vie, attaquant les personnes en appa* rence les plus fortes et portant le fléau de la famine et de la mort à des nations entières , les épidémies ont été regardées , en tous les temps , comme les plus mystérieux et les plus importants des maux de Thomme.

Combien de cités jadis florissantes ont été réduites en ruines par ces fléaux ! Je ne doute pas que ce ne soit

{*) J*ai prédi l'arrivée de la comète actuelle, comme on peut Toir par les journaux de Tété passé, dans un passage cité dans VJnnonce du 10 septembre passé. Ma prédiction, ayant cherché en Tain pour une comète dont les éléments et le précis rendraient son retour probable, était fondé seulement sur un calcul de probabilités dont la base se trouvait dans les phénomènes atmosphériques et terrestres de Tépoque actuelle. On lit dans le Nouvelliste des Flandres : Quoique M. Forster refuse jusqu'à présent d'admettre que le phénomène céleste, qui occupe les astronomes , soit une comète , on doit se rappeler quUl a annoncé publiquement la probabilité d'une apparition prochaine de comète. Nous lisons dans un article du 10 septembre dernier, écrit par lui: D'après toutes les probabilifés , selon le calcul que je viens de faire , une comète sera visible à la fin de Vhiver prochain. Les fortes chaleura de l'été passé augmentent encore cette probabilité. Selon les observations de H. Herschel et quelques autres, M. Forster aura droit malgré lui àThonneur d'avoir prédit Ftstre qu^ili découvrent*

principalement par les épidëmief que Babylone, Niniva, Thèbes, Palmyre, Ecbatane ont cessé d'exister; et que Tyre et Sidon ont été flétris sous le fouet de ladite Justice rétributive: car les troubles civils détiennent les causes prédisponantes des pestes; et quand Bellona a joué son rèle dans la scène sanglante de dévastation , Fébris foule aux pieds les débris qui restent d'une po* pulation presque anéantie par la famine et par la guer* re. Sans accepter cette explication, il serait difficile de s'imaginer comment tant de villes immenses, des nations opulentes de l'antiquité auraient été ruinées I Examinons si ces maux ont été précédés par des co*mètes.

Ricciolus, Eckstorm et Whiston se sont servi des traditions anciennes pour prouver que le déli^ fut occasioné par une comète; et puis, chose qui est au moins curieuse» les calculs astronomiques ont rendu l'apparition de la grande comète de 1680 asses proba* ble» à cette époque: car ateumant la période de la révolution de cet astre dans son orbite elliptique à 575 ans , il correspondra avec les comètes des années 1106, 5S1 et de Tan 43 avant J. C. ; la dernière fut la comète avant la mort de Jules César. Montant Téchelle des dates par des pas de 575 ans, nous arrivons à l'an -^618, époque où l'apparition de cette comète doit avoir en lieu; et cela correspondra bien avec la date de la fameuse Stella candem Sibillae ("). La tradition garde le silence sur don apparition en -^1193; mais retraçant ses retours , nous trouvons qu'elle a retourné au temps du

(*) Voyes mon Catoiogue dos oomèltié et d«ns EêHsi on fhe ûimoê^^hmic On^in of Epeâemic Dhùrdera, 3« édit. p. 17. Attsii ^ékêtw on iSpoth* mica , et Chronik der Seuchetij en % tel. 80. Tubinf^ IfitS,

déluge d'Ogyges; el puis, encore montani 575 ans, nous arrivons à peu près à l'époque du déluge de Roé ! Une autre grande comète , selon ces chroniqueurs , fut Tisible en — 1 897 , ayant la destruction de Sodome et Gomorra ; et quant à cela , il faut dire que le nombre immense des grands météores qui ont été observés tombant à la fois sur la terre aux temps des comètes de 1811 et 185S, porte à supposer la possibilité d'un pareil phénomène comme la cause de la combustion de ces anciennes villes. Nous cédons asses aux théologiens qui ne voient que la justice divine dans ce cas , en disant que Dieu pouvait employer ces météores comme instruments de sa vengeance ( * ) ; le même argument s'appli-* que à toute question de l'origine des maux. Que ces météores ont été les causes des incendies, est déjà matière d'histoire; dans une ancienne chronique de Londres, sous la date de 1203, nous trouvons qu'après un vident orage avec de la pluie et de la grêle grosse comme des œufs , il tombait , dans la nuit , un nombre de météores, semblables aux charbons ardents, qui ont mis le feu à plusieurs maisons. Ces météores venaient quelquefois si horizontalement, que le peuple s'imaginait

(*) II.de Luo, d'aprèi Aritfote, daot set /cMm êur h Météorohgi0 , regarde les météores oomme occasionés par la combustion de Thydrogène dans Tair. filais avant mon ascension aérostatique , Toulant savoir quel serait le danger de passer par an niiage foodreyant, en montant, nu ooUaboratenr de nos traTaux fit passer réttnoelU électrique plasîeuiv fois par un petit ballon rempli d*hydrogènes, sans faire enflammer le gai* Quelques auteurs prétendent que ces étoiles filantes soient des planétoides ou au moins des fragments faisant des réTolutions autour du soleil. J*ai toujours combattu cette opinion , il serait seulement nécessaire de remarquer qu*eUes n'obéissent pas les lois essentielles du mécanisme céleste, ne décrivant pas des avis proportionnées au temps; dans un monvement rapide comme rétincelle Aeotrique.

qu'ils étaient portés par des oiseaux. ('*') Encore en 1224, le 18 octobre , on a registre un ourangan qui démolit plusieurs églises et déracina une foule d*arbres , pendant que des dragons du feu volèrent dans l'air ('*''''). Outre les nombreuses maisons qui ont été brûlées par la foudre , il est connu qu*en Angleterre plusieurs ont été allumées par d'autres espèces de météores. Cette explication est rendue plus évidente par les circonstances qui ont accompagné la chute des météorolites. Mon grand journal de la météorologie , dont j'ai déjà parlé, contient un nombre immense d'observations sur ces sortes de météores; mais je n'ai pas encore eu le temps de les mettre en ordre pour les publier, ayant été pendant vingt ans voyageur.

Lubieuietski fait mention d'une comète visible pen^ dant la famine au temps d'Isaac , et d'une autre qu éclairait à l'époque où les fils d'Israël allaient chercher de la farine en Egypte chez leur frère Joseph , à cause de la famine en Judée. Je voudrais bien savoir Tautenticité précise de ces comètes* Une autre chose doit être remarquée ici: les anciennes épidémies égyptiennes furent suivies par la peste des mouches ou des insectes ; nos jours nous ont fourni de pareils exemples dans le vaste accroissement de certaines classes des insectes qui ont accompagné en quelques saisons les maladies des plantes, chose qui m'incline à penser, appuie sur l'analogie, que ces ëpibotaniques mêmes peuvent dépendre de certaines animacules invisibles — et si les maladies des plantes , pourquoi pas celles des hommes ?

(^) ChroDicleofLondon,1202.

(**) Idem.

Cette grande disproportion dans le nombre des insectes en diverses saisons dépend probablement de quelques causes atmosphériques. Nous allons citer quelques exemples: Tan 1821 les guêpes devinrent , par leur quantité énorme , une peste en Susses ; bientôt après presque toutes les abeilles disparurent^ et en d'autres endroits, pendant Thiver , millions de ces insectes utiles furent trouvés morts près de leurs ruches. En 1826, les bétesà-Dieu, je crois coccinella sexpunctaia^ traversaient en armées immenses le pays , avec le vent du nord , dans leur marche vers le midi , elles sont restées , pendant la nuit, sur la coupole de Téglise de St-Paul à Londres, dont le câté du nord se trouva tout-à-fait rouge à Faube du soleil le malin suivant , au grand étonnement des gens. Que le lecteur s'imagine le spectacle d'un dôme, grand comme celui de St-Pierre de Rome , colorié d'une vive écarlate et cela subitement par Tarrivée inattendue de myriades d'insectes ! Je pourrais citer de mon journal d'histoire naturelle , bien de pareils exemples.

§ 6. DES CAUSES PHYSIQUES DES éPIDiMlBS.

Comme nous sommes entré dans Tinvesligation des épidémies et des phénomènes qui les accompagnent, il ne sera pas inutile de remarquer qu'il y a trois manières par lesquelles les conditions de Fair peuvent agir sur le corps : 1" par réleclricilé , S** par l'oxygénation plus ou moins forte , et S** par le moyen de ces mélanges inombrables de substances étrangères, dérivées des comètes ou autrement , qui agissent sur le système nerveux , ou au moins sur la vie animale et végétale d'une manière jusqu'à présent inconnue. Encore , si un de ces mélanges malsains peut agir seul , deux ou plusieurs

peuTent se combiner el agir ensemble ; et » si Ton réfléchit sur le nombre immense de ces combinaisons morbifiques qui agissent sur des constitutions animales varieusement prédisposées , il serait facile de concevoir des causes suffisantes k produire toutes les tariétés des épidémies. J'ai déjb fait assez d'observations et d'expériences pour m^assurer de l'opération de ces trois classes de causes excitantes. Par le moyen de cet instrument ingénieux, l'ékctrocope de M. de Luc, ainsi que par les électromètres très-délicats , j'ai prouvé que certaines maladies commencent au moment des changements électriques, et que si ces changements arrivent au temps de la nouvelle ou de la pleine lune , les exacerbâtions des conséquentes maladies sont plus fortes. Ce que M. Gall et les médecins allemands appellent les périodes d'irritabilité , semble dépendre de cette influence lunaire. L'efiet produit par le vent d'est , dans presque toutes les parties du monde , sur certaines personnes , est aussi remarquable que son action électrique sur les électromètres. Ce vent fait monter le sang vers la tête, donne des migraines, et en desséchant la peau, rend le malade fiévreux. Mais ce n'est pas tout : les cheveux deviennent plus petits et plus secs , et on ne coupe pas la barbe avec la facilité ordinaire ; un léger brouillard se mêle avec l'air, que j'ai trouvé constamment ou sans électricité , ou électrisé négativement. Les douleurs que des malades éprouvent avant la formation ou l'ap* proche d'un nimbus orageux, et le soulagement que, bientôt après, leur apporte la pluie tombante, prouvent incontestablement Tinfluence électrique sur les organes et les parties les plus faibles de la machine animale* Les expériences nombreuses de l'inspiration de l'oxygène, de Toxyde d'a3K>te gazeuse et d'autres airs malsains

démontrent une seconde sorte d'influence morbifique que peut exercer Patmosphère sur les fonctions nerveuses et pulmonaires ; pendant que mille observations sur les gazes malsains qui se mêlent dans Tair prouvent incon* taataUement le nombre et la variété de leur influence. Quand deux ou plusieurs de ces causes se réunissent on a dû supposer que les effets seraient plus forts et désastreux , il faut examiner maintenant la question , si ces mélanges et les épidémies les plus générales se rappor* tent avec les plus grandes comètes.

S 7. UZr MOT SUE LBS BBOOIUAISS.

Quoique je ne nie pas la possibilité d'une liaison entre les corps célestes et tous les phénomènes atmosphériques en général, je ne puis concevoir aucun rapport entre les comètes et les brouillards en particulier , sans rompre la belle harmonie de ce système néphéologique que j'ai adopté après vingt-sept années de constante attention^ Il n'est pas nécessaire de répéter ici les observations que nous avons faites, — je parle de M. Howard et de moi, — sur la formation des nuages , ni de l'opinion que nous avons adoptée d'après Aristote , de la décomposition de Tair (*); il suffit de dire que cette condition de l'atmosphère qui est favorable à la production des nuages en grande quantité , existe et commence à produire de pareils effets dans ies lieux les plus distants et , en quelques cas, dans l'air de deux ou trois pays entiers à la fois; un brouil* lard n'est qu'un nuage reposant sur la surface de la terre; et il arrive» en général pendant le beau temps.

^i^WaBaS^M^MM«A^«isi>aM^->«a^P^^KiMW*iaM>iM— •iAMaVi******

(*) Voyez Researches b*c. hy T, Forsier, S» éSit. 1S2S, et HowarêTê ClimaH ùf LondoH^ 1S53.

que les particules d'eau ou de vapeur qui se montrent en forme de cumuU pendant la journée, se transforment au soir en brouillards ^ mais ce qui est remarquable c'est qu'en général, quoique les brouillards se forment justement quand les cumuli disparaissent, on ne voit pas les vapeurs descendantes. Ayant été, moi-même, posé justement entre ces deux ^procès simultanés et même au niveau des cumuli évaporants , un peu avant le coucher ' du soleil , dans des voyages aériens et dans les Alpes , j'ai eu l'occasion d'observer que Tatmosphère supérieure est restée sèche longtemps après que la surface de la terre avait été obscurcie par le stratus qu brouillard de nuit.

Le brouillard de l'année remarquable 1783 n'offre point d'exception à la règle ordinaire , à cause de son étendue et de sa sécheresse ; dans des régions très^distantes, mais ayant h peu près la même longitude, les cirri, les strati, les orages etc. se forment à la même fois y et quoiqu'il est impossible que la nubification éphémérique soit momentanée dans plusieurs pays situés eh long les parallèles de l'équateùr , les périodes de leur formation néanmoins suivent les dégrés de la longitude, et arrivent dans des lieux fort distants, au même temps moyen et local , par la montre. Je parle de ce qui arrive ordinairement en beau temps ^ il y a des exceptions. Quand ces opérations générales sont augmentées en force, par quelque cause que ce soit, le résultat est un vaste brouillard , ou une pluie très-étendue. Mon oncle, B, M, Forster de Walthamstow, observa attentivement le brouillard en 1783 , qui fut un stratus électrisé positivement , et par lequel le disque du soleil apparut pâle et rougeâtre. Il observa au con* traire une couleur bleuâtre du soleil, le 18 août 1821 ,

pendant un brouillard de cette espèce ; le même fut observé dans toute TAngleterre {*), L'année 1785 fut très-malsaine : Tair fut partout obscurci par des Tapeurs avec lesquelles le tremblement de terre qui détruisii la Tille de Messina , ainsi que l'éruption 8e Hécla ont été supposées avoir quelque rapport. Le mémorable météore du 18 août 1785 suivit, et tous ces phénomènes furent attribués à la comète qui passa son péri^ hélie le 15 novembre.

Les brouillards sont ordinairement de trois classes: 1^ les stroti qui sont secs et chargés d'une électricité positive; 2* les cirro^^ra/t descendus sur la terre, avec une négative électricité ou non électrisés, et S" les brouillards qui précèdent des orages et ceux qui sont quelquefois signes de grandes pluies qui commencent souvent avant quils disparaissent; ces derniers brouillards répandent une odeur fort désagréable. Cette odeur est semblable h celle d'une briqueterie sentie à quelque distance.

§ 7. EXAMEir DE l'opIITIOIT DE KEPLER SUR DES COMETES COITSI- DÉRÉES COMME SI69ES DES DÉSASTRES MORAUX ET PHYSIQUES; AVEC RÉFLECTIOITS SUR LA SUPERSTITIOIC ET SUR LES STSTÂ- MES DES PHILOSOPHES.

On sait bien que les anciens astrologues des âges superstitieux ont attribué aux comètes de grands événements moraux ainsi que physiques; mais on s^étonne en trouvant cette opinion déclarée par un savant astronome tel que Kepler. Pour approfondir, tant qu'il soit possible, la base de cette opinion apparemment si bizarre , je me suis proposé 1** d'examiner l'histoire des

(*) Voyex, Phihtophical Magazine j toI. 58 , p. 244.

comètes par rapport aux éTënementi qui les ont accompagné , et 2® de savoir s^il y a des moyens d'expliquer une liaison entre ces événements et les comètes. Quant à la première partie de la question, je trouve, par l'his* toire, que ^évidence en faveur d'une influence cométaire sur les désastres et les événements moraux est bien faible. Quant à la seconde , je trouve une manière d'expliquer cette influence; car admettant avec les physiologistes la grande influence des variations atmosphé» riques sur le système nerveux de Thomme , et en même temps celle des comètes sur l'atmosphère, on trouve une chaîne de conséquences dérivantes de l'approche d'une comète qui se manifestent dans les troubles civils de la société. Sans doute le monde n'a pas été trop tranquille depuis la comète de Biela jusqu'à celle de Halley! il est vrai aussi que l'histoire nous donne de pareils exemples; mais, quand à moi, je n'ai pas la hardiesse de prononcer l'opinion que les coïncidences ne soient pas accidentelles dans l'acceptation ordinaire du terme (*)• .

Ayant un grand respect pour cet astronome célèbre , je voudrais bien expliquer ses opinions. Je conviens néanmoins que nous sommes entrés dans l'arène fangeuse de la fantaisie ; mais quel est le fanatisme scientifique que nous ne devions pas attendre dans ce siècle des éclaircissements , quand nous entendons d^un théoricien que les immenses progrès que le catholicisme fait h présent en Europe et particulièrement en Angleterre , est un eJBEet de la position actuelle des planètes; et d'un

{*) En vérité il n*y a pas de hazard ou d*accident; tout effet étant le résultat immédiat de w propre «auae^

autre, Tun de nos plus grands naturalistes , ecclésiastique protestant, que Ton doit considérer comme une des influences les plus intéressantes , galvaniques ou magné* tiques , je ne sais pas , celle que communiquent aux lètes des enfans les mains des évèques dans une cérémonie qui chez nous est un sacrement de l'église ('*')• Malgré tout le respect qu^on doive avoir pour la religion , et surtout pour des institutions catholiques, on rougit quand on voit de telles bizarreries dans des livres d*histqjre naturelle^ on ne saurait se moquer assez de cette démonstration ridicule de l'esprit de métier qui se confond avec le faillible jugement de l'homme.

De l'autre côté, on n'est pas moins étonné de lire dans les ouvrages de Dupuis, dans ceux de Yolney, et de Drummond d'après lui , que les douze tribus d'Israël , les douze apôtres de Jésus Christ, avaient des rapports avec les Signes du Zodiaque , et représentaient des phénomènes astronomiques ; que l'agneau pascal ne fut qu'A- ' ries etc. ( '*'*)• Ces essais fantastiques dirigés contre la religion ont provoqué un contrecoup de la part de l'abbé Guerrin du Rocher , qui , dans son savant traité sur les temps fabuleux , a voulu prouver que toute la mythologie égyptienne, grecque et romaine fut une réflexion obscure des vérités bibliques ou des anciens événements recordés des juifs; que la fable de la toison d'or n'était que la toison de Gibeon , que la ville de Troye n'exista jamais , et que Hérodote fut l'historien du peuple hébreux sans le

(*) Voyei les articles eniomologiquea dans les Bridgewater Treatùeê, et plusieurs articles dans les journaux.

(**) Voyez Dupuis, Origine des constellations. — Yolney , les Ruines , et Drummond^s Oediput Judaicus,

sfiToîr {*). Sans nier le mërife de cet ouvrage, on dira qu'il a employé une immense érudition en développant un système purement idéal , quand il essaie d'identifier Samsom , Hercule et Bootes.

Le comte d^ Maistre, écrirai u pieux et aimable, regarde les comités comme des signes de la vengeance de Dieu , et tous les maux et maladtee de l'homme comme des TÎsitations pénitentielles , qui servent à établir l'exiatence de cie {n^incipe général de justice rétribotive cpiî règne sur les événements moraux {**).

Fontenelle, Bumet et Boffon nous ont amosé de leurs systèmes, en excitant des idées sid^licnet sur l'origine et la pluralité des mondes, saiia rien prouver» Les comètes ont été regardées comme des messagers employés par Dieu à tniiisporler miUe matières utiles et nuisibles d'une planète à Tautre. Enfin la superstition s'empare , en tous les temps , de l'imagi^atioi^ de f homme , où la raison ost faible , ^ l'ambition se sert de celle*là pour accomplir la conquête du peuple crédule*

Btaîs il feut toujours distinguer entre les super^itîonë vagues et ses usages religieux que le temps a consacrés pour leur utilité pratique. On lit dans l'essai «Des Ciomètes» etc. p^ 114, que nous sommes redevable il ki comète de Halley , de la petite prière dite Vjt^^!mif, ordonnée par Calixte III en 1456> Je suis content que nous devions à la comète une si douce hartiionte , et les

(*) Guerrin du Rocher, Temps fabuleux , 7 vol. Paris.

(**) Voye* les Soirées de St. Pétersbourg; 2 toI. 8», par le comte de Maistre, ouvrage fbrtintéMsMat;-^ M. r«bbédn la MentiaiB) ))9inê80|)lie encore plus profond que les autres sam -être moins érudit^ a ptaicé U «ar*. titude dans leconsenCemetrt luiiinersel des honuans: v»3p9c JUsnvwVindifférence etc. vol. 2.

meilleures occasions , le matin , le midi et le soir , pour faire des observations sur le passage des sons, sousdiver»ses conditions de l'atmosphère , comme je l'ai souvent éprouvé. L'effet de cette Ave Jtlarie du soir à Rjome est très-iagréable « quand presque toutes les cloches de quatre cents églises commencent à sonner à la fois avec une merveilleuse diversité de tons, remplissant l'air d'uijje nwsique de vibration diâJicieuse. La question « pourquoi il nous est ordonné de prier au temps des comètes , du tonnerre etc. ? — qui provoqua la risée de nos écrivains , est, en fait, la question: si nous devons prier ponr une chose quelconque?! On peut raisonner là-dessus comme ça. Considérant qu\>n a déjà dénombré plus de «inq cents comètes» et qu'il est bien possible qu'une d'elles heurterait la terre , selon la doctrine des probabilités , la meilleure espérance que ce choc fatal n'arrivera pas, par quelque hazar)!^ serait trouvée dans la doctrine métaphysique que la première cau$e comprend des çawfis finales; ou en autres mots « que tout l'univers est un sys* tème de motions harmonieuses dirigées rigoureusement vers un objet; rien si'élant laissé au gré de ce que nous appelions accident. la question donc est toujours : si les prières des hommes eutr-ent dans la catégorie des choses qui servent à former la chatne des causes et effets par lesquelles la consommation ^rait accomplie? Les conseils de l'église dans tous les siècles répondent que oui, en nous commandant de nous confier à Dieu , et de lui demander la protection journalière. Il faut laisser là la question !

Ses mille hypothèses conlradictoires , il s'écoule une espèce d'opinion moyenne et négative , qui mérite le nom de l'ignorance , semblable à la résolution des forces antagonistes en mécanique. De. cette insouciance même

qu*on se sent en réfléchissant sur Torigine des choses et les systèmes des spéculateurs « on est forcé pour ainsi dire de rentrer en soi-même et de chercher là la fondation des connaissances humaines. Voulant toujours passer ce voile qui est suspendu entre l'être créateur et les êtres créés, le philosophe fait rouler perpétuellement la pierre de Sisyphe jusqu'aux limites de la raison , mais il retombe toujours de ce vain travail sur les simples vérités que la Nature lui présente en foi me de phénomènes , et se contente de multiplier ses observations de leur variété et de leur ordre.

Je voudrais bien m'épargner le ridicule de ces réflexions : mais voyant que pendant que les physiciens du zviii'' siècle se moquent de toute théologie, ceux du xix*' , par quelque réaction assez bizarre , cherchent à mêler leurs spéculations religieuses avec les simples inductions de la science; je crois de mon devoir de faire tout mon possible, pour leur indiquer la vraie course de la philosophie par des éclaircissements métaphysiques 9^ afin que, en évitant Scylla , ils ne tombent pas dans Charybde. L'athéisme, véritable génie du néant, est passé comme un orage , après avoir dévasté l'empire du fanatisme ; mais il est à craindre , voyant que l'intelligence moyenne de tous les hommes ensemble dépend d'une organisation cérébrale constante ou peu variable, que la superstition, pas encore déracinée, regagnerait son influence sur la société. Pour éviter ce malheur, il faut faire répandre sur là terre la science actuellement achevée , comme base de celle qu'on attend à l'avenir. Il faut se rappeler que c'est toujours la société et non pas les individus , qui fait progrès , que la science ne s'avance d'un seul pas utile qu'en vertu .de celui qu^elle a déjà fait!

La haute astronomie tend toujours à débarrasser Timagination de l'homme des préoccupations du fanatisme en étendant la carrière de ses rechercties. Forcé, par Tanalogie, en contemplant les millions d'astres qui remplissent l'espace apparemment illimité , d'admettre l'existence des myriades des habitants vivants , notre espèce orgueilleuse ne saurait plus s'approprier un paradis exclusif k condition d'un culte intolérant, ni se regarder comme le seul objet du soin divin et les autres animaux comme faits à son usage , erreur fatale , source abondante des cruautés et des crimes! Après avoir examiné la variété infinie des animaux vivants sur la terre par le mycroscope , le philosophe prend la lunette et, pénétrant l'espace, se trouve au milieu des cieux, théâtre immense de la puissance créatrice de Dieu; il y contemple la même loi de variété et de combinaisons innombrables constamment manifestée par la production des systèmes solaires et sydéréales , maintenus par toute sorte de mécanisme qu'il trouve sur la terre, et en divers dégrés de progression , de la plus diffuse nébulosité jusqu'à la plus parfaite étoile. Il ne se laisse plus effrayer par les queues des comètes , ni ne s'étonne par l'anneau de Saturne; les questions en particulier se résolvent dans la question générale : il demande , il cherche l'être d'où s'écoulent les conséquences immenses dont il a vu les signes visibles dans l'univers , et croyant , par un acte de foi naturelle , en Dieu comme le pouvoir générateur de tout le mécanisme céleste, comme le père universel de tous les êtres existants ; il y repose son esprit fatigué du travail , des vaines recherches.

Page 1