CAPITALES
En adoptant cette forme de lettres, qui s'éloigne beaucoup de la forme ordinaire, on n'a eu égard, ni à l'usage, ni à la régularité; on s'est attaché seulement à les rendre faciles à reconnaître par l'attouchement , pensant que, quelque différence qu'il y ait entre ces lettres et les lettres ordinaires, cet alphabet était néanmoins beaucoup plus convenable que
ceux qu'on avait faits, jusqu'à ce jour , et dont les lettres étaient ou étrangères , ou ne se rattachaient à rien, comme celles dont j'ai parlé plus haut.
Nous avons fait des changemens considérables dans les nouveaux poinçons que l'Administration vient de faire graver chez le sieur Lyons, graveur et fondeur en caractères, et nous avons consulté, pour cela, les plus anciens élèves aveugles, et combiné leurs observations avec les nôtres , afin de rendre cette réforme la plus utile possible.
L'e est aujourd'hui plus largement bouclé que dans les fontes précédentes; ausdi les aveugles ne le confondent plus avec le c et Vo.
Les deux jambages de Vu ont été un peu plus écartés; cette lettre ne se confondra plus avec l'a. La partie supérieure du k a été allongée , l'angle externe se trouve plus ouvert. A l'aide de cette correction, il ne ressemblera plus à l'A, etc. En général , les lettres sont plus fouillées et leur dimension en largeur a été un peu augmentée , ce qui a détruit les équivoques qui existaient, et leur a donné, en même temps, plus de grâce et de solidité.
Le métal de la première fonte était trop mou;
aussi le« caractères qui en provinrent furent de suite arrondis. Il y a eu dans la matière de la dernière fonte une beaucoup plus grande quantité de régule (i) que dans la première. La proportion ordinaire est de quinze à dix -huit livres d'antimoine sur un quintal de plomb, pour les caractères à impression. Cette proportion varie, selon le calibre du caractère : elle augmente pour les caractères très-fins , et diminue pour ceux qui le sont moins. Les nôtres, sujets à de fortes pressions , doivent être com-
(i) L'antimoine (*) est un métal blanc très-brillant, formé de lames facilement oxidables. : on le trouve à l'état de sûlfure dans différentes contrées de la France. Pour l'obtenir dans son état métallique pur, on fait le départ du sulfure, afin d'en séparer les scories ; on fait dégager ensuite, par le feu, une partie du souffre restant, et l'on a, après l'opération, un oxide gris d'antimoine sulfuré. On mélange 8 parties de cet oxide avec 6 parties de tartre et 3 parties de nitrate de potasse; on fond le tout dans un creuset, et le culot qui en provient est le régule cC antimoine. C'est l'antimoine réduit à cet état , qu'on combine avec le plomb , pour l'usage de l'imprimerie.
(*) On l'appelle ainsi parce qne Basile ViXEWTin , supérieur d'une Communauté de moines , en avait donné pour remède à ses confrères, qui périrent tous, comme il le rapporte lui-même dans son traité sur l'antimoine , intitulé : Çurrus triumphalis subit.
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posés d'une partie de régule contre trois parties de plomb , afin de mieux résister aux frottemens.
Nos caractères ne diffèrent pas seulement des caractères d'imprimerie parce que la lettre est tournée dans un autre sens, et n'est pas propre à imprimer en noir; mais encore parce que la queue ( Voyez planche z,fig. t.) est beaucoup plus forte qu'elle ne l'est ordinairement pour supporter une lettre de ce corps ( Petit Canon) , et parce que la lettre repose sur une partie transversale ( figure i. ) égalant en étendue les deux tiers de la longueur de la queue. Cette partie transversale a pour objet d'arrêter les lettres qu'on place sur la planche à composition , que je décrirai plus tard.
Dans l'origine, les lettres, semblables, pour la partie inférieure, aux lettres ordinaires, n'avaient point de chevron transversal, et n'étant point maintenues sur la planche , elles reposaient seulement sur le fond ; ce qui empêchait de transporter les planches d'un lieu à un autre, comme on peut le faire aujourd'hui. Le chevron a un autre avantage , celui d'offrir un appui à l'extrémité des doigts, et d'offrir, par le contraste
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d'une surface plane avec une surface élevée , le moyen de reconnaître le relief.
Les lettres sont placées dans une casse [ Voy. fig. 3. ) ou longue caisse , partagée en divers petits carrés , en tout semblable à la casse des imprimeurs. Chaque petit carré , qu'on appelle cassetin, renferme une sorte de lettre. Les cassetins sont plus ou moins grands , selon que les lettres qui s'y trouvent sont d'un usage plus ou moins fréquent. La casse est partagée en deux parties égales : l'inférieure ( Voy. fig. a), qu'on' appelle bas de casse, renferme les minuscules; la supérieure ( Voy. fig. b. ) ou haut de casse , qui est amovible comme le bas, renferme les lettres capitales , les signes algébriques , les parenthèses , les lettres accentuées , etc.
Cette casse est ordinairement placée sur des trétaux ( Voy, fig. 3. ) , et penchée d'avant en arrière, en formant un angle d'environ quarante-cinq degrés, afin que le compositeur ait la facilité de porter sa main dans les cassetins les plus éloignés du haut de casse , sans être obligé de faire de grands mouvemens , et aussi pour que les lettres ne glissent point d'un cassetin dans un autre.
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Après avoir été prises dans les cassetins , les lettres sont rangées immédiatement sur la planche à composition ( Fig. 4- )? tandis que dans la typographie , le compositeur range ses lettres dans une réglette en fer ( le composteur) qu'on allonge ou qu'on raccourcit, selon l'étendue que la ligne doit avoir, ce qu'on appelle justifier.
Il y a sur la tige de nos caractères, comme sur celles des caractères à impression , un cran {Voy. fis* 5.) qui sert à indiquer la partie supérieure de la lettre: l'aveugle, en ôtant la lettre du cassetin, au lieu de la toucher pour reconnaître la position du cran, traîne la tige sur la cloison inférieure du cassetin: si elle n'est pas accrochée , il comprend que le cran se trouve en haut et que la lettre est dans la situation où il doit la placer sur la planche ; si, au contraire, il sent que le cran l'arrête, il retourne la lettre en treses doigts, pendant le traj et qu'il parcourt en la portant de la casse à la planchette. Les compositeurs clair-voyans font ce que nous venons d'expliquer sur le bord de leur composteur.
L'aveugle ne se trompe, en prenant les lettres dans la casse, que lorsqu'il est tombé des lettres d'un cassetin dans un autre. La faute qui en
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résulte, que les clair-voyans commettent également, s'appelle coquille; elle consiste dans la substitution d'une lettre pour une autre, ce que tout le monde peut remarquer, même dans les éditions les plus soignées.
Exercés à ce genre de composition, les aveugles acquièrent assez de vitesse pour transcrire^ en un quart-d'heure, sur la planche dix à douze lignes d'un volume in -8° ordinaire. Ce procédé, qui servit originairement à leur apprendre à lire , sert ensuite à leur apprendre les langues et toutes les parties de leur éducation.
La planche à composition dont nous nous servons aujourd'hui ( Voyez fig, 4» ) est bien préférable à tous les moyens imaginés jusqu'à ce jour. Cette planche peut être plus ou moins grande , mais ne doit pas avoir moins d'un pouce d'épaisseur , être en chêne ou en noyer. Elle se compose d'abord d'un cadre ou châssis ( cccc) large d'environ dix -huit lignes, et de réglettes ( dddd) séparées entr'elles par un intervalle égal à l'épaisseur de la queue des caractères, afin qu'ils puissent y entrer aisément et y être placés comme le mot Dieu qui sert d'exemple. Le nombre et la largeur de ces réglettes horizontales est proportionné à la di-
mension de la planche , qui doit être garnie dans les angles et par- dessous d'équerres en fer vissé, qui s'opposent à la dislocation et à l'écartement du châssis qui supporte tout le poids du caractère.
Quant au replacement du caractère dans la casse , on y procède comme pour les caractères ordinaires: l'aveugle prend, entre le pouce et l'index de sa main droite, un ou plusieurs mots à-la-fois, et , portant sa main au-dessus de chaque cassetin respectif, il y laisse tomber la lettre, qu'il y avait prise pour composer $ cela s'appelle distribuer.
On exerce les jeunes enfans qui arrivent à l'Institution à reconnaître les lettres ; mais on ne commence point l'alphabet comme on le fait pour les clair-voyans, par Va, le b 9 le c, etc. ; ce serait créer gratuitement des difficultés. On débute, dans cette étude, par leur faire toucher le point , puis la virgule, en leur faisant sentir la différence qu'il y a entre le point et le point avec une queue au-dessous, ce qui en fait une virgule ; ensuite les deux-points , le point d exclamation , les parenthèses. On a toujours soin, dans cette étude, de comparer un signe avec un autre, et de faire toucher } de temps en
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temps, un quadrat (i) , afin de rendre plus sensible la forme des signes. On passe ensuite à l'étude des lettres ; on commence par YO des capitales , et immédiatement après on voit Vo de bas de casse, avec toute la série des lettres que nous appelons simples , /, b> *,/, d, etc., et comparant, chaque fois que cela est nécessaire , une lettre à l'autre, afin d'exercer le toucher. On évitera que l'aveugle lise avec les ongles, qu'il ne presse pas trop les lettres, afin qu'il ne durcisse pas la peau de ses doigts, dont la pulpe doit être molle et sensible, pour bien sentir, en l'engageant dans les creux, la forme du relief.
Les lettres isolément connues , on lui apprend aies distinguer en voyelles et en consonnes, puis à former des syllabes, des mots, et enfin des phrases. Les devoirs se font ensuite avec ces caractères, comme les clair- voyans les font avec l'écriture.
(i) C'est ainsi qu'on appelle une tige , ou queue de métal, au-dessus de laquelle il n'y a point de lettre, et qui, par conséquent, demeurant au-dessous du niveau des autres lettres , ne laisse sur le papier ni foulage ni couleur. Il y a des quadrats de différentes largeurs; on les appelle alors, selon leur épaisseur , quadratins et espaces. Les quadrats servent à faire les blancs.
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