CHAPITRE III
Des Livres à l'usage des Aveugles.
Nous aurions voulu pouvoir parler des livres; dans le deuxième chapitre, immédiatement après avoir traité de la lecture; mais comme beaucoup de choses relatives à la composition de ces livres tenaient aux détails de l'imprimerie, nous avons été forcés d'intervertir l'ordre naturel de classification que nous avions adopté.
Aussitôt que les feuilles sont ôtées de dessus la presse , on les étend isolément sur des cordons pour les faire sécher , en évitant que le foulage ne se détruise par le frottement.
On réunit ensuite les feuilles les unes avec les autres, en les colant par la marge seulement: on tâche de faire rencontrer les lignes du verso avec celles du recto ; enfin , en brochant les feuilles les unes avec les autres, on en fait des volumes qu'on recouvre de carton épais.
On a changé, plusieurs fois, la manière de faire ce collage : on avait cru , dans l'origine ,
qu'en interposant, entre les deux feuillets, une matière compacte capable de résister à la pression des doigts , le relief en serait plus durable ; et c'est dans cette intention que, dans les premiers livres, l'agglutination fut faite avec de la colle épaissie par de la vermoulure dont on remplissait les creux ; mais la colle , dont l'humidité ne pouvait s'évaporer , ne séchait point et bosselait le papier en le ramollissant. On a reconnu depuis que l'air enveloppé entre chaque feuille suffisait pour empêcher l'affaissement du relief.
On a vu, par ce que nous avons dit jusqu'à présent, qu'il avait été fait bien des essais pour apprendre à lire aux aveugles , mais que tous ces pénibles efforts s'étaient réduits à leur apprendre à connaître l'alphabet. Vers le milieu du siècle dernier , un savant étranger avait cru avoir trouvé le moyen de faire des livres en relief. Voici en quoi consistait son procédé : on écrivait sur de fort papier , avec une liqueur visqueuse et mordante; on saupoudrait cette écriture avec de la raclure de laine très-fine, comme on le pratique pour faire le velouté des tapisseries; mais les lettres faites ainsi étaient
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lourdes; les parties déliées ne ressortissaient pas, et le frottement les avait bientôt détruites.
En 1783, MM. Adet et Hassenfratz essayèrent infructueusement de composer, pour les aveugles, une encre épaisse qui, après la dessiccation, aurait conservé le relief. Cette tentative a été renouvelée depuis par M. Robertson, également sans succès.
La découverte de l'impression des livres en relief est une des plus importantes pour l'instruction des aveugles. C'est à l'aide de ces livres, qui n'ont d'autre inconvénient que d'être volumineux, qu'on leur apprend les élémens des langues , et qu'on perpétue dans leur esprit les beaux traits d'histoire et de morale qu'on leur a fait connaître ; car ils savent beaucoup mieux ce qu'ils ont lu que ce qu'ils ont entendu :
aussi augmentons-nous, autant que nos facultés nous le permettent, la bibliothèque des aveugles des ouvrages que nous croyons propres à les instruire. Ils ont déjà deux catéchismes , l'office du matin et du soir , une grammaire française, une grammaire latine, une grammaire grecque, une grammaire anglaise et une grammaire italienne qu'on imprime actuel-
lement. On se refuserait à croire avec quelle rapidité ils lisent sur ces livres, si on n'en était témoin aux exercices publics.
On avait cherché à diminuer la grosseur des volumes , en faisant des abréviations qui consistaient principalement dans la suppression des 772 , des n , des u , des doubles lettres , etc. ; mais comme pour indiquer l'abréviation il fallait un signe sur la lettre précédente , cela augmentait singulièrement rembarras du lecteur : on y a renoncé.
On verra par l'exemple ci-après comment ces abréviations se faisaient.
Un bo père done tojors
à ses efas la norîture et le
désir du bië ë tôt.
Lorsque Yo devait être suivi d'une n, on plaçait la barre au-dessus. Pour indiquer l'enlèvement d'une double lettre , on plaçait un point au-dessous de celle qui restait. L'u après Yo était remplacé par une barre sous cette dernière lettre , etc.
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A laide des livres en relief, les aveugles enseignent à lire à de jeunes clair- voyans , qui , plus tard, leur sont utiles en qualité de lecteurs. Ils commencent par leur faire connaître les lettres, au moyen des fiches dont nous avons parlé à la page io4- Ces lettres, qui sont en carton découpé et collé sur la fiche, sont sensibles pour l'aveugle qui peut les toucher , et pour le clairvoyant qui les voit. Quand les vingt-six lettres de l'alphabet sont connues au clair-voyant, l'aveugle, ayant dans ses mains un syllabaire en relief, semblable à un exemplaire en noir qui est sous les yeux du jeune enfant , il le fait épeler > et c'est ainsi qu'en très-peu de temps les lecteurs de nos aveugles ont appris à lire et à chercher, avec vitesse, dans les dictionnaires.
MS AVEUGLES. l3r
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