CHAPITRE XVI
Des Tapis de lisière.
Les tapis de lisière ne sont que depuis peu de temps au nombre de nos travaux manuels.
Le mécanisme en est cependant si simple qu'on dirait qu'il a été inventé pour les aveugles; aussi égalent-ils les clair -voyans dans la perfection de ce travail qui n'est point pénible , et auquel nous appliquons indistinctement les jeunes gens des deux sexes.
Nos métiers diffèrent un peu de ceux dont se servent les fabricans de sparterie; c'est ce qui va nous obliger à les décrire. On voit par la figure ci-contre (planche XIII ) , qu'il faut travailler debout ou assis sur un siège élevé. Le métier qui ressemble beaucoup à celui des matelassiers, consiste en quatre pièces mobiles, i° une forte traverse en chêne (a) de douze pieds de long sur trois pouces d'écarissage , retenue contre le mur par deux mains de fer(&£); cette barre est garnie sur son bord antérieur
de clcfus à crochet, qui y sont fichés, à deux pouces de distance l'un de l'autre. De chaque côté de cette première pièce de bois sont deux autres pièces, percées de trous, à six pouces d'intervalle, et fixées, par leurs extrémités (ce), au moyen de cordes qui facilitent le déplacement, à la traverse qu'elles rencontrent, en formant avec elle un angle aigu. L'autre extrémité repose sur deux traiteaux mobiles (dd). A l'opposé de la traverse , et au-dessus des pièces latérales , se trouve un rouleau cylindrique (e), ayant un égal nombre de clous. C'est sur les deux pièces transversales que l'on monte la lisière, en l'accrochant aux clous et aux crochets; le nombre de tours détermine la largeur du tapis, et la longueur varie selon que le cylindre (è) est plus, ou moins près de la traverse (a) qui adhère au mur. Cette pièce (e) tourne sur elle-même et sert à rouler l'ouvrage déjà fait , au moyen d'une poignée en bois (f) que l'on fixe au besoin avec une corde , ce qui n'empêcherait pas néanmoins le cylindre de rouler s'il n'était arrêté à son autre extrémité par une petite cheville en fer qui entre dans les trous de la pièce (c). La lisière ainsi tendue en long, et les couleurs assorties et disposées convenablement,
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il ne s'agit plus que de la croiser par d'autres lisières, en passant alternativement dessus et dessous, de droite à gauche, puis de gauche à droite, jusqu'à ce qu'on arrive aux crochets de la traverse. On détache alors le tapis et on passe la dernière lisière en travers pour l'arrêter: c'est le plus difficile et ce qui termine l'ouvrage.
Nos élèves ont fait un très-grand nombre de tapis de toute grandeur. Il est déjà beaucoup de personnes bienfaisantes qui en ont acheté pour exciter leur émulation, et pour avoir m leur possession quelques travaux exécutés par ces industrieux artisans.
DES AVEUGLES. Iq3