‹ Essai sur l'instruction des aveuglesChapitre 34 sur 48 · CHAPITRE XVII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVII

Des Chaussons à peluche de laine.

Les chaussons de lisière que nous avons décrits dans le chapitre XI, sont très-peu chauds et ne peuvent être portés sans une garniture de feutre ou de peau de buffle. Ceux à peluche, plus épais, et fourrés à l'intérieur, sont beaucoup plus chauds. Le procédé, pour faire ces chaussons, nous a été communiqué par un Hollandais qui en faisait un très-grand commerce dans son pays et dans le nord de l'Allemagne. Les aveugles ont parfaitement réussi à fabriquer ces chaussons, qui sont d'un trèsgrand débit, pendant l'hiver. Nous allons essayer de faire comprendre la manière de les faire, en commençant par indiquer le choix des matières premières.

On se sert, pour la monture, de laine commune qu'on fait filer un peu gros. On peut même substituer de la ficelle à la laine; le travail en est plus solide; mais le chausson est moins chaud. Si l'on peut employer indifféremment de

194 nrsTHtTCTiorr la laine ou de la ficelle pour la monture , il n'en est pas de même de la tissure : sans cela on se trouverait faire un chausson entièrement de ficelle. La laine à tisser est la même qui sert à faire les montures : mais on préfère, pour la peluche, de vieille laine cardëe.

Le métier est composé de deux pièces : d'abord d'une planche (Voy. pl. XV , fig. i* re ) plus ou moins longue , selon la grandeur du pied (a); mais toujours un tiers plus longue et plus large que les formes ordinaires. Cette planche est arrondie et denticulée par le haut [b\ pour recevoir les fils de laine. La partie inférieure se termine par une tige large d'un pouce (c) et percée d'avant en arrière: cette tige entre dans une ouverture pratiquée au milieu d'une pièce de bois arrondie (d) et garnie au pourtour de chevilles plus ou moins écartées, selon la grandeur du métier. La laine montée sur le métier y est disposée, comme on le voit fig. 3. La partie qui est extérieure sur le métier devient intérieure, lorsque le chausson a été retourné, après avoir été terminé.

On passe les fils de laine transversalement, d'un côté à l'autre, et lorsqu'on est arrivé à l'un des bords, on reploie le fil sur lui-même

pour parcourir le même trajet en sens contraire, ayant soin d'interposer, entre les mailles, à la distance d environ six lignes , un flocon de laine lâche. Quand on a ainsi garni tous les cordons tendus d'une extrémité du métier à l'autre, on coupe les ficelles rez des chevilles , et on les noue fortement, les unes avec les autres , afin de fermer le talon. On coupe les ficelles supérieures, à trois lignes des mailles , et on les fait rentrer en dessous , afin qu'elles retiennent les fils et qu'elles soient cachées. On peigne ensuite avec une carde fine la laine qui dépasse les mailles; ce qui fait une fourrure douce , égale , et bien préférable aux peaux de lapins et d'agneaux avec lesquelles on est dans l'usage de garnir les chaussons de lisière. Enfin on retourne le chausson quand il est terminé, et il prend alors la forme indiquée par la figure 4.

La meilleure manière de tenir le métier est de le placer entre les genoux, la partie supérieure appuyée contre la poitrine. Il devra 11'ètre pas assez serré pour qu'il puisse facilement tourner, à mesure qu'on garnit le chausson , comme l'indique la planche XIV.

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