CHAPITRE XIX
Travaux manuels, particuliers aux Garçons.
De la Tisseranderie.
S'il est une profession qui convienne éminemment aux aveugles , c'est celle de tisserand à laquelle ils n'ont été cependant appliqués que depuis la translation de l'établissement, quoiqu'il existât, depuis long-temps, à la filature des hospices, dans le nombre des ouvriers clairvoyans , un tisserand aveugle alimentant sa famille du produit de son travail.
A l'exception de l'ourdissure, pour laquelle la vue est indispensable, il n'est aucune partie de la tisse randerie que les aveugles ne puissent exécuter: ils montent eux-mêmes les pièces sur les métiers; ils parent (1) et sèchent les
(1) Les tisserands appellent parer le collage de la chaîne, qu'ils font avec des brosses de chiendent, afin de donner au fil plus de tension et de solidité. Il serait trop long d'attendre que la colle séchât naturellement. On hâte celte dessiccation en passant, dans plusieurs sens, au-dessous de la chaîne , une poêle dans laquelle sont des morceaux de bois allumés, dont on dirige la flamme vers le fil. Les aveugles mettent leurs mains entre la poêle et la chaîne , pour éviter de la brûler.
chaînes, sans brûler les fils. Ils fabriquent du
treillis dont on fait des toiles à sacs et à voile,
et des serviettes ouvrées. Nous sommes même parvenus à leur faire faire des mouchoirs de coton de couleurs variées. Voici quel est le moyen employé pour les leur faire reconnaître et empêcher qu'il n'y ait point d'erreur dans le passage des navettes. Une ficelle sur laquelle sont des nœuds de différentes grosseurs , qui indiquent les changemens de couleurs et le nombre de tours à faire avec chaque navette , est placée au côté droit de la chaîne ( Voyez pl. XVII, fig. a), et est roulée avec elle surl'ensouple(&). Un ou plusieurs crans sur l'extrémité de la navette , selon qu'il a été convenu, sert à faire reconnaître les couleurs.
Nos métiers ne diffèrent des métiers ordinaires que par une roue denticulée, que nous avons fait ajouter au côté droit de l'ensouple (c), sur laquelle repose un loquet en fer ( d) rendu mobile par une cordé (ce) avec laquelle on peut, sans se déplacer, dérouler la chaîne, à mesure qu'on tisse et qu'on plie la toile sur le déchargeoir.