‹ Essai sur l'instruction des aveuglesChapitre 44 sur 48 · POÉSIES · texte numérisé non relu

POÉSIES

Sans même changer de couleur J'écoute ton nom, ton langage; Et quand je fixe ton visage, Je ne sens plus battre mon coeur»

De mes songes, quand je sommeille Tu nés pas toujours le sujet ; Tu n'es pas le premier objet Qui m'occupe quand je m'éveille.

Sans émotion , sans désir, Je sais supporter ton absence , Et je me trouve , en ta présence , Sans peine comme sans plaisir.

Si je m'entretiens de tes charmes, Je ne me sens plus attendrir; Je rappelle sans repentir Mes torts, jadis source de larmes.

Je ne sens plus , quand je te vois, Ce trouble ai doux lorsqu'on aime; Je puis, avec mon rival même, Parler tranquillement de toi.

Regarde-moi d'un air farouche,

Parle-moi d'un ton de pitié;

Tes dédains et ton amitié

N'ont désormais rien qui me touche.

Ce sourire , trop séducteur,

Sur moi n'a plus aucun empire,

Et ces yeux, j'ose te le dire,

Ne savent plus trouver mon cœur.

Jadis ma gaité, ma tristesse, Mon infortune, mon bonheur, Étaient le fruit de ta froideur Ou de ta perfide tendresse.

Aujourd'hui, maitre enfin de moi, J'aime les coteaux , les bocages, Et dans les lieux les moins sauvages Je me déplais même avec toi.

Écoute si je suis sincère :

Je te trouve encor des appas;

Mais, comme autrefois, tu n'es pas

L'unique objet qui peut me plaire.

Ose entendre la vérité : "

Je vois sur ton charmant visage

Tel défaut, qu'avant d'être sage,

Je croyais être une beauté.

A ma honte, je le confesse, Lorsque je rompis mes liens, Je crus voir finir mes destins; Mon cœur se brisait de tristesse :

Mais , je le sens , pour s'affranchir D'un si rigoureux esclavage , Le mortel même le moins sage Consentirait à tout souffrir.

L'oiseau qui dans la glu s'empêtre, Quelquefois perd, en se sauvant, Ses plumes , et chante pourtant Des qu'il se voit libre et sans maitre.

Il renouvelle en peu de jours Ses plumes, et l'expérience Fait qu'il évite avec prudence Les pièges qu'on lui tend toujours.

Je le sais , tu crois que ma flamme N'est pas éteinte pour jamais; Tu te flattes que tes attraits Subjugueront toujours mon âme.

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Non , non , d'un amour qui n'est plu», Nice, si je parle sans cesse, C'est qu'on rappelle avec ivresse Tous les dangers qu'on a courus.

Je m'entretiens de tes caprices, Je parle de mes maux passés, Comme on voit des soldats blessés Montrer leurs nobles cicatrices; Comme on voit, libres et contens, Les esclaves conter leurs peines, Et montrer les pesantes chaînes Qui les accablèrent long-temps.

Je parle ; mais ma seule envie Est de me distraire un moment, Sans me soucier nullement Que Nice à mes discours se fie.

Je parle avec sincérité, Sans redouter qu elle me blâme , Et sans m'informer si son âme Conserve sa tranquillité.

Tu perds le cœur le plus sincère ; Je perds l'objet le plus léger :

Qui plus long-temps doit s'affliger De la perte qu'il vient de faire?

Nice va bientôt éprouver Qu'il n'est point d'amant si fidèle, Et qu'une perfide comme elle Est toujours facile à trouver.

Roques.

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