FABLE
Dédiée à Madame de Villette, nièce de Voltaire.
Uirx rose déjà flétrie, Déplorait, en ces mots, son malheureux destin:
Devais-je naître si jolie ,
Pour ne briller qu'un seul matin !
Zélis, de mes boutons aime à parer son sein; De ma tige , Aglaé m'enlève épanouie :
Partout je trouve un assassin ; Est-ce m'aimer que m'arracher la vie ?
Une chenille entendit ces accens :
« De quoi te plains-tu (lui dit-elle);
Rose qui vivrait deux momens,
Cesserait hientôt d'être belle. »
Ainsi le goût , chez les mortels ,
Du temps emprunte la vitesse ;
Si la beauté durait sans cesse ,
La laideur aurait des autels.
O Belle et Bonne (*) ! êtes-vous belle encore? Mon destin veut que je l'ignore ; Mais il m'importe : et quand les dieux jaloux Vous auraient pu réduire au sort de cette rose, Lorsqu'on est bonne comme vous, Être belle est bien peu de chose.
Avisse.
(*) Nom <jue Voltaire donnait à madame de Villette.
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