‹ Essai sur l'instruction des aveuglesChapitre 45 sur 48 · FABLE · texte numérisé non relu

FABLE

Dédiée à Madame de Villette, nièce de Voltaire.

Uirx rose déjà flétrie, Déplorait, en ces mots, son malheureux destin:

Devais-je naître si jolie ,

Pour ne briller qu'un seul matin !

Zélis, de mes boutons aime à parer son sein; De ma tige , Aglaé m'enlève épanouie :

Partout je trouve un assassin ; Est-ce m'aimer que m'arracher la vie ?

Une chenille entendit ces accens :

« De quoi te plains-tu (lui dit-elle);

Rose qui vivrait deux momens,

Cesserait hientôt d'être belle. »

Ainsi le goût , chez les mortels ,

Du temps emprunte la vitesse ;

Si la beauté durait sans cesse ,

La laideur aurait des autels.

O Belle et Bonne (*) ! êtes-vous belle encore? Mon destin veut que je l'ignore ; Mais il m'importe : et quand les dieux jaloux Vous auraient pu réduire au sort de cette rose, Lorsqu'on est bonne comme vous, Être belle est bien peu de chose.

Avisse.

(*) Nom <jue Voltaire donnait à madame de Villette.

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