CHAPITRE XVIII
Suite des objections faites clans le temps contre les Frères des Ecoles chrétiennes.
1^'iNTÉRÊT des villes, l'intérêt des instituteurs déjà établis, étaient autant de considérations que pressaient les adversaires des Ecoles chrétiennes, pour en tirer des moyens victorieux contre l'Institut naissant,
A l'égard des villes, « Il faut , disaient-ils , aux communautés un grand espace de terre ; — les nouveaux établissement, en amenant dans une ville de nouveaux habitans, la peuplent; et en la peuplant, contribuent à la cherté des denrées et de toutes les choses nécessaires à la vie ; — si ces nouveaux Instituts vivent d'aumônes, la ville s'en trouve surchargée : s'ils peuvent posséder des rentes, il leur faut de nouvelles acquisitions qui augmentent les fonds et les mettent à un plus haut prix. » etc.
( t27 ) On se croyait obligé de réfuter sérieusement ces pauvretés; de faire observer que les services rendus par les communautés bien tenues, dédommagent le public de l'espace de terre qu'occupent leurs bâtimens , leurs cours et leurs jardins ; que ce que les villes craignent le plus, ce n'est pas précisément de voir s'accroître leur population ; que l'augmentation raisonnable du prix des fonds , des maisons , des denrées , loin de nuire à l'aisance d'une ville, y contribue; qu'elle fait circuler l'argent, encourage les travaux et anime le commerce.
On ajoutait que la communauté des Frères avait essentiellement pour objet le bien public; que si leurs écoles et leurs maîtres se multipliaient, ils procureraient d'autant plus le bien public; qu'il ne fallait, après tout, ni un grand terrain pour les loger, ni de vastes bâtimens pour les mettre à leur aise; que comme leur étal ne leur permettrait jamais de grandes possessions, ni des fonctions d'éclat, ni rien qui fût capable d'exciter l'envie ou d'irriter l'ambition d'aulrui , ils n'avaient rien qui dût les faire repousser.
On terminait ce plaidoyer par une réponse sans réplique. « A qui est- ce à juger de ce
qui regarde le bien public, le bien de l'état, du royaume et des villes?Sans doute, c'est au prince qui gouverne et qui est chargé de le procurer. Or, nos princes ont jugé quel'établissementdes Ecoles chrétiennnes et gratuites est un bien nécessaire à l'Eglise et à FEtat. C'est pourquoi, i°ils ont fait plusieurs édits en leur faveur ; 2° ils ont tellement favorisé cetteœuvre, qu'ils exemptent du droit d'amortissement les fondations qui s'en font ; 3° ils îa croyent si nécessaire à l'église et à l'état , qu'ils autorisent une levée de deniers sur les paroisses de la ville et de la campagne, pour fournir à l'entretien des maîtres et des maîtresses. »
Les objections qui venaient des anciens maîtres ne restaient pas non plus sans réponse.
Les nouveaux Instituts leur font préjudice, ce mais, en premier lieu, c'est la jeunesse pauvre et abandonnée qui remplit les nouvelles écoles. »
& Quand même les Ecoles gratuites se rempliraient d'enfans dont les parens seraient riches, l'intérêt de quelques particuliers doit -il l'emporter sur celui du public?
« Parce que plusieurs particuliers trouvaient
( 129 ) leur intérêt à enseigner la grammaire, les belleslettres et la philosophie, fallait -il fermer les portes de toutes les villes aux Jésuites et aux Oratoriens?»
a Qu'on laisse donc aussi mettre au proMt du public la charité et l'habileté de ceux et de celles qui se consacrent aux Ecoles chrétiennes et gratuites, »
Enfin (on aimait à répéter cette réponse sans réplique:) « Personne ne peut mieux juger a du bien de l'état que celui qui le gouverne. « Or, il n'a point laissé à deviner ses intentions ce sur les avantages des Ecoles gratuites, et sur « l'institution des personnes consacrées à les <c tenir, puisqu'il les a favorisées par des déplace rations authentiques. »
Et alors la cause semblait terminée.
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