CHAPITRE XXII
Suite du même sujet.
.La confiance clans la loyauté, la raison, la candeur, la justice et la bonne foi des enfans, est portée très -loin par tous les Frères des écoles chrétiennes.
Ainsi, dans les écoles de Y Institut, s'il se trouve des écoliers qui ri obéissent point et murmurent à la moindre chose y qui aient l'esprit hardi et hautain, on s'attache tout à la fois à flatter leur amour-propre et à domter leur volonté. Il faut, disent les Règlemens, leur donner quelque emploi dans V école, comme d'inspecteurs si on les en juge capables , ou de collecteurs des papiers , et les avancer en quelque chose, comme dans l'écriture, dans l'arithmétique, ou dans l'orthographe, afin de leur donner de l'affection pour l'école , et d'ailleurs les
corriger et s'en rendre maître, sans les laisser vivre en quoi que ce soit selon leur volonté.(i). Dans les écoles de la Communauté , il v a de même plusieurs pratiques qui font honneur au caractère des enfans. Par exemple, lors de l'appel que les maîtres font chaque jour, à 2 heures, dans toutes les classes, pour vérifier si des écoliers ont manqué aux exercises du matin ou à ceux de la veille, ce sont les coupables euxmêmes qui se dénoncent par l'espèce de réponse qu'ils font à l'appel. Il en est de même pour l'assilance à la messe, les jours où elle est d'obligation : le lundi et le vendredi, les .maîtres font un appel après la leçon du matin, pour s'assurer si tous les enfans sont allés la veille à la messe; dans les deux, cas, les termes de la réponse rappellent naturellement ces enfans à Ja pensée de Dieu : c'est assez pour qu'ils déclarent la vérité. (2).
On a multiplié dans les unes comme dans les autres , les divers ordres d'officiers pour chaque
(1) Conduite des Ecoles, pag. 2lO.
(2) Les enfans qui auront manqué à L'école le malin. ou le jour précédent , ou à la messe , répondront , quand le maître les nommera à l'appel : Que le nom du Seigneur soit béni. (Ail. 87 §. a*i)
classe; les statuts de la Communauté en établis* sent 9 pour les petites, 10 pour les grandes.
« Dans toute grande classe, dit la Règle des Ecoles, §. 5 : il y a dix charges données par le maître, aux enfans les plus capables d'en remplir avec exactitude les devoirs ; ces charges sont celles de sous-maître, de secrétaire, censeur, sous-censeur, conducteur, portier, sousportier, bibliothécaire, sous-bibliothécaire, et balayeur.
ce Les enfans en charge peuvent décheoir ou par inexactitude , ou par inconduite. Dans l'un et dans l'autre cas, ils ne peuvent être réintégrés que quinze jours après leur déchéance. »
« Le Sous-maitre est chargé, quand le maître ne le remplace pas par un autre > défaire la leçon sous les yeux du maître ; de donner la poudre tous les matins avant la classe; de surveiller en l'absence du maître : ce qui , par conséquent , n'arrivera que très-rarement, pour très-peu de temps, et jamais sans une véritable nécessité. Il a par mois une exemption. »
<c Le Censeur est chargé de mettre et de retirer à chaque classe les papiers, les modèles et les plumes , de les serrer très-proprement et par ordre ; et pour éviter la confusion , toujours
(4?) nuisible dans une classe , d'écrire sur chaque plume le nom de l'enfant à qui elle appartient; de faire la prière (i) au commencement et à la fin des exercices. Il a par mois 12 bons points, »
« Le Sous-cf.nseur prend la charge de censeur, quand celui-ci est absent. Iî n'en a pas pour cela le titre, mais les charges. Il doit, si le censeur est présent, répondre la prière que fait le censeur. Il a par mois 1 1 bons points. »
ce Le Secrétaire est chargé de tenir les listes que le maître voudra bien lui confier, et de distribuer l'encre immédiatement après que le sous-maître a donné la poudre. Il a par mois 1 1 bons points. »
ce II y a un Conducteur pour chaque rang de douze enfans , deux pour chaque rang de plus de douze, trois quand le nombre excédera 24, et ainsi de 12 en 12 un de plus. »
<( On choisira pour cette charge les enfans les plus raisonnables et qui savent mieux se faire obéir ; et ils seront pris, autant que possible, par moitié dans chaque classe. »
« Ilsdoivent toujours se trouver avant les au-
(1) Celle prière csl celle du grand catéchisme de Paris
très, c'est-à-dire au pi us tard à 8 heures moins un quart et à midi trois quarts, en tout temps, pour surveiller les enfans avant l'ouverture de l'école. »
a Ils sont chargés de conduire les rangs et de remarquer ceux qui ne s'y conduisent pas bien, qui jouent, qui parlent, qui quittent avant leurs maisons etc. Ils n'abandonnent le rang , que lorsqu'il n'y a plus que 2 ou 3 enfans. Ils marquent dans l'église ceux qui y font du bruit, qui causent , qui ne lisent pas dans leurs livres, etc. Ils notent les absens, et rendent aux maîtres le compte le plus détaillé sur ce qu'ils ont remarqué de mal clans l'église. Ils ont par mois 8 bons points, »
« Le Portier est chargé d'ouvrir et de fermer la porte au besoin ; de voir si les mains des enfans enlrans sont bien lavées , si leurs ongles sont bien coupés et leurs cheveux bien peignés ; de répondre à la prière en l'absence du Censeur et du Sous-censeur. Il doit , sans parler , faire connaître au maître les enfans malpropres. Il a par mois 7 bons points. »
« Le Sous portier prend la place du Porlier, quand celui-ci est absent. Il a par mois 6 bons points. «
ce Le Bibliothécaire est chargé de distribuer les livres , de les remettre en place , proprement et par ordre, et de faire connaître au maître ceux des enfans qui ont sali ou déchiré leurs livres. Il a par mois 5 bons points, »
a Le sous-eibliothécaire remplace le bibliothécaire, quand celui-ci est absent. Il a par mois quatre bons points. »
« Tous les enfans qui le peuvent faire balayent pendant une semaine, tous les jours; rien ne doit traîner dans la classe, eux seuls en sont responsables. Ils doivent avoir soin d'essuyer très-proprement les meubles de la classe, d'arroser avant que de balayer , et détenir tout très - propre. Us ont par semaine deux bons points , et sont payés tous les mois avec les autres. y>
Les mêmes offices , à l'exception de celui du secrétaire , sontexerce's avec le même soin dans les pelites classes.
On y prend seulement une précaution de plus, à raison de l'âge moins avancé des enfans et de leurs officiers. Le maître doit moins se reposer sur ceux-ci, et agir davantage par lui-même. « Le maître , porte Part. irr du 6" paragraphe, ne peut, sous quelque prétexte que
( i5o ) ce soit, abandonner à l'indiscrétion et aux suites que peut avoir l'ignorance du sous-maître et des autres enfans chargés de faire les leçons , les enfans qu'ils font lire : mais il doit veiller avec le plus grand soin à ce que les leçons soient toujours bien faites; et pour s'en convaincre, il doit les faire lui même le plus souvent : lorsqu'il en est empêché par des nécessités réelles, elles doivent être faites sous ses yeux , sans qu'il puisse se distraire du plus important de ses devoirs. »