‹ Essai sur l'instruction publique, et particulièrement sur l'instruction primaireChapitre 32 sur 58 · CHAPITRE XXIIL · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXIIL

Réflexions communes aux deux sociétés des Frères des Ecoles chrétiennes.

Quand on examine jusqu'où les Frères por^ terit les soins qu'ils donnent à un si grand nombre d'enfans, et par préférence aux enfan» des pauvres, dont l'instruction est généralement plus lente et l'éducation plus difficile, on conçoit facilement qu'ils aient tous cherché à étendre et à faciliter leurs travaux par le concours des enfans eux-mêmes; et l'on a vu avec quelle confiance, on pourrait dire, avec quel abandon , ils avaient usé de cette ingénieuse ressource.

C'était en effet le seul moyen de pratiquer, avec tous ses avantages, la nouvelle méthode de l'enseignement simultané que M. Do La

( *to )

Salle venait d'introduire dans l'éducation publique.

C'était surtout le seul moyen de succès pour les écoles de la Communauté, où il pouvait arriver, aux ternies des règlemens, qu'un seul maître fut chargé de toutes les classes.

Ajoutez tant d'autres motifs qui rendaient précieuse l'adoption d'un semblable système. Tous les Frères se sont accordés à y voir une source d'émulation, un puissant attrait de récompenses, un louable désir de distinctions légitimes, une crainte salutaire de la défaite et de la honte, du mouvement donné à toutes ces jeunes âmes par une continuelle alternative de succès et de revers, de blâme et de louange, de commandement et d'obéissance; enfin, l'heureux emploi de tous les ressorts qui remuent le cœur de l'homme, à tout âge et dans toute condition. Ils ne se sont point avisés de craindre que les enfans ne retinssent de ces lulîes innocentes, de ces honneurs si modestes , une fausse et trompeuse image de la vie sociale, un insupportable orgueil, une excessive ambition. Ils n'ont point remarque que ces enfans sortissent de leurs écoles avec la haine de l'autorité , l'horreur de la monarchie, la passion des républiques. Mais ils ont pensé que les pau-

vres seraient d'autant moins malheureux, qu'ils auraient l'esprit plus ouvert, et des idées plus étendues; que de là suivrait une plus grande aptitude au travail , des mœurs meilleures, et par conséquent une existence dans le monde moins embarrassante pour eux-mêmes et pour les autres.

L'Institut des Frères s'était proposé, dès l'origine, de former en même temps de bons citoyens, eide bons chrétiens. Tel a toujours été aussi le double objet des Frères de la Communauté. Us ont à coeur d'instruire les enfans, et les pauvres comme les riches, des mystères de la religion, des règles de la vie chrétienne , des devoirs de la vie honnête. Et pour y parvenir, r< les maîtres doivent s'appliquer à étudier les inclinations et le naturel des enfans, à développer leur esprit et leur raison ; à former leur jugement et leurs mœurs : ils doivent les accoutumer à faire réflexion sur eux-mêmes et sur leurs actions, à les comparer avec leurs devoirs et leurs obligations, à écouter la vérité et la loi éternelle en rentrant dans leur propre cœur. » (i).

« Dans les instructions, dit encore la règle

(i) Art. io; §. 9.

( i54 ) des Ecoles, on s'attachera beaucoup à la morale, et on insistera sur les devoirs que les enfans ont à remplir. On tâchera, à chaque instruction que l'on fera, d'en tirer toujours quelques pratiques pour la conduite de la vie. »

(c On inspirera aux enfans un profond respect pour toutes les vérités que Dieu a révélées à son Eglise. y>

ce En parlant des mystères de la religion , les maîtres prendront 'garde de ne jamais rien dire de douteux, et l'on se bornera à exposer la foi de l'Eglise sur le dogme dont il s'agit.

<c En parlant des saints , ils ne diront rien qui ne soit authentique, et puisé dans, des sources pures. »

(f On leur parlera de Dieu avec respect, du ciel avec joie, de l'enfer avec tremblement, des mystères de Jésus-Christ avec attendrissement, du péché avec horreur, de la pénitence avec le goût que l'expérience en donne, et enfin, on s'appliquera à leur inculquer l'amour des vertus qui conviennent à leur âge, comme l'obéissance, le goût pour la prière elles exercices delà piété, la modestie, le respect dans les églises, le mépris du monde et de ses vanités, le respect envers les supérieurs, et principalement envers

( i55 ) les princes qui nou3 gouvernent, et la soumission à leurs lois. »

Chose merveilleuse, et trop peu connue, trop peu appréciée ! cette éducation si propre à éclairer l'esprit et à fortifier les âmes, celle éducation si complète, et si digne de la nature humaine, il y a cent ans et plus, que dans notre France, d'humbles Frères, au nom du Père commun des hommes, au nom du Dieu Sauveur, l'offrent de toutes parts aux pauvres enfans des derniers rangs de la société.

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