‹ Essai sur l'instruction publique, et particulièrement sur l'instruction primaireChapitre 34 sur 58 · CHAPITRE XXV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXV

Que les nouvelles Ecoles sont nécessaires.

Mais alors , pourquoi ces nouvelles écoles ? Si cette question ne s'était pas présentée , après tout ce que nous avons dit, nous aurions tout-à-fait manqué notre but.

Les réponses sont nombreuses et faciles.

Nous nous en tiendrons à celles qui ont été faites, il y aune centaine d'années , par le zélé défenseur des Frères (t).

Elles sortent naturellement du récit que nous allons transcrire dans sa naïve et religieuse simplicité. »

« Vers 1687, la divine providence parut ou-

(1) Vie de M. De La Salle, tom. 1 9 pag. 278.

( l63 ) vrîrà M. de La Salle un grand champ pour exercer son zèle , sans le faire sortir des fins de son Institut. L'odeur de ses venus et de celles de ses disciples répandue de tous côtés , le fruit des Ecoles chrétiennes connu enfin dansles villes et les villages voisins de Reims , réveillant le zèle des bons curés, chacun d'eux s'empressa d'avoir des Frères pour se décharger sur eux de l'éducation et de l'instruction d'une jeunesse abondonnée et comme laissée en proie à l'ignorance. Ces bons pasteurs cherchaient remède à un mal sur lequel le serviteur de Dieu gémissait depuis long-temps. Il avait plus de désir qu'eux de guérir une plaie qui devenait mortelle pour la plupart des pauvres gens de la campagne. »

« Mais plus il y pensait , moins il se voyait le pouvoir d'y remédjer. ))

«c Il est vrai que ses disciples pouvaient faire; dans les villages le bien qu'ils faisaient dans les villes: ils l'eussent mètre fait plus facilement , parce qu'ils y eussent trouvé plus de docilité du coté des enfuis, et moins de contradiction du côté de leurs parais: niais où trouverai chaque village les fonds pour la subsistance de deux Frères! Le pasteur le mieux intentionné, quoi-

qu'aidé de ses paroissiens, n'aurait pas été partout en état d'y fournir. »

ce De plus , si un second Frère eût été nécessaire dans les grosses paroisses , il eût été de trop dans les petites. »

« 11 aurait donc fallu , en prenant le part* d'établir des Frères dans les villages, les envoyer seuls: or, c'est à quoi le pieux fondateur ne pouvait se résoudre. I! entrevoyait dans ce projet de trop grands incotivéniens. (i) Quelque zèle donc qriil eût de seconder celui de MM' les curés de campagne , il ne put se prêter à leurs demandes ; et il leur répondit à tous qu'il s'était fait une règle inviolable de ri envoyer jamais un Frère seul. »

On se rappelle que la bulle de 1724 approuva expressément, et répéta cette disposition: elle se retrouve dans les statuts de 1810.

A la vérité, cette règle* inviolable pour les Frères de l'Institut de M. de La Salle y n'est pas aussi inflexible pour les Frères de la communauté.

Ceux-ci ont reconnu de bonne heure la nécessité de se conformer davantage aux lieux et

* ) Y oyez ci- dessus , pag. 46.

aux temps ; ils ont voulu faire économie d'hommes difficiles à trouver , lents à former. Leurs statuts leur permettent expressément d'envoyer un ou plusieurs maîtres ; et par conséquent , ils peuvent satisfaire également aux demandes des pilles et des campagnes.

Mais d'autres obstacles ont arrêté jusqu'ici la multiplication de ces derniers Frères, quelqu'utiles et quelque respectables qu'ils soient ; et en attendant qu'il se forme un assez grand nombre de ces dignes ouvriers , la moisson presse. On peut dire avec autant de raison , pour le moins, qu'on le disait en 1680 et en 1724 : l'ignorance est une source de tous maux ; ignorant ia omnium origo malorum.

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