CHAPITRE XXIX
Nombre et situation des écoles chrétiennes y avant et depuis rétablissement de VUniversitë de France.
-L'uNiVEiisiTÉ , créée par une loi en 1806 , fat organisée deux ans après par un décret, dont toutes les dispositions avaient été clairement exposées au Corps Législatif, au moment même de la présentation de la loi , ainsi que nous le montrerons dans notre second livre.
Quelques jours après la publication du décret du 17 mars 1808, Bonaparte dicta des instructions particulières (1) ? qui devaient diriger le
(1) Nous les ferons connaître dans la suite de cet ouvrage.
( *79 ) grand maître dans le gouvernement général de l'Université.
Conformémentà un article de ces instructions, le grand - maître dut consulter les préfets et les évêques de tout l'empire, sur la situation où se trouvaient l'instruction et l'éducation publiques.
M. de Fontanes reçut des évêques , comme des préfets, des renseignemens aussi étendusque précieux.
Comme le décret du 17 mars contenait plusieurs dispositions relatives à l'instruction primaire, et qu'à cette occasion il parlait explicitement des Frères des écoles chrétiennes , les évêques n'hésitèrent point à comprendre ces instituteurs parmi ceux sur lesquels ils devaient envoyer au grand-maître leurs observations et leurs notes.
Nous pensons qu'il ne sera indifférent pour personne de connaître, par une voie aussi sûre, quelle était alors la position des Frères.
Lyon était leur chef- lieu, comme il l'est aujourd'hui : ils avaient pour supérieur le Frère Frumence, sous le titre de Vicaire-Général.
Le cardinal Fesch, archevêque de Lyon, répondit, le ier octobre 1808, à la circulaire
que M. le chancelier de l'Université (1) lui avait adressée comme aux antres prélats français 5 et voici les détails dans lesquels S. Em. crut devoir entrer.
ce Le diocèse de Lyon renferme un certain nombre de maisons de Frères des Ecoles chrétiennes , qui opèrent un bien sensible partout où elles sont établies. »
a Rien , à Lyon , ne va mieux et n'est plus utile, en ce genre, que l'école des Frères de la doctrine chrétienne. Cette école se partage en six divisions qui embrassent à peu près toute la ville, et donnent l'éducation à près de 600 enfans à la fois. »
« Cette institution est trop connue, pour en dire davantage : elle n'a pas vieilli, elle est encore dans sa première ferveur. »
«Outre ces institutions réunies à Lyon, le déparlement du Rhône renferme encore des Ecoles primaires des Frères de la doctrine chrétienne, à Villefranche , à Beaujean , à Saint- Chamond , à Comlrieux. »
(1 ) M. le baron de Villaret, qui était alors évêque de Casai.
( 181 ) « A Saint-Etienne, il s'en trouve deux, qui y réussissent très-bien comme ailleurs. »
« Il en existe aussi une à Trévoux. »
« Convaincu du grand bien que cette congrégation serait en état de faire > j'ai réuni à Lyon le plus grand nombre qui me fût possible, et j'ai amené de Rome le Frère Frumence , homme vraiment vénérable , vicaire-général de cette société. A son arrivée , on ouvrit le noviciat, dans le petit collège de la ville de Lyon: mais les limites étroites de ce local , et le manque de moyens ne permirent pas de recevoir tous ceux qui se présentèrent pour le noviciat, et c'est avec douleur que je me vis hors d'état de répondre aux demandes de la plupart des évêques. Cependant j'en ai déjà organisé plusieurs écoles dans mon diocèse,etplusieursau très se sont établies dans différens départemens. Je me suis contenté de conserver le germe de ectto belle institution, »
« C'est à vous , Monseigneur, qu'était rcs#vé le bonheur de multiplier ces Frères. Le peuple français sera redevable à leurs soins de la régénération de ses mœurs et do la foi de ses pères. »
« A cet effet, il faut que les chefs de l'Uni-
versïté pensent à leur procurer au plutôt, i°. une grande maison pour le noviciat avec les moyens suffisans pour nourrir et entretenir annuellement de 3 à4oo novices; 2°. une maison pour y recevoir les infirmes et les vieillards qui auraient bien servi la religion et l'état. Car il est évident qu'on ne trouverait pas de Frères, si on ne leur assurait une honnête existence pour la fin de leurs jour3.
<c II est encore nécessaire d'obvier à la mauvaise foi de ceux qui viendraient pour s'instruire, avec l'intention de quitter ensuite la congrégation. A cet effet , il faudrait statuer que les déserteurs ne pourraient être admis dans aucun collège ni séminaire, ni tenir école ou pensionnat ; et surtout aviser à trouver quelques motifs d'encouragement quiretiennentles Frères dans la Congrégation, et qui tiennent lieu de l'engagement perpétuel qu'ils con tractaient auparavant.» « Il est surtout nécessaire , dans ce momentci, que le grand-maître s'entende avec le ministre de l'Intérieur, i°. afin que les votes des communes en leur faveur tant pour leurs frais d'établissement que pour leurs pensions, soient confirmés par le gouvernement; 2°. il faut que le ministre de l'Intérieur fasse connaître par une lettre circulaire aux conseils des commu-
nés la nécessité de confier les écoles primaires à ces Frères. En effet , il y a des hommes assez démoralisés pour s'opposer à leur admission. »
« Je cherche , écrivait M. l'Archevêque de Bordeaux, en répondant à la même circulaire, à profiter aussi de la faveur que le gouvernement semble accorder à ces bons Frères des écoles chrétiennes ou Ignorantins. Nous avons déjà établi dans cette ville plusieurs classes quoiqu'assez difficilement; et de plus, j'ai obtenu du régime établi à Lyon le privilège d'avoir un noviciat: il se monte. »
M. l'archevêque de Bourges était à cet égard encore moins avancé: mais l'établissement de l'Université lui paraissait de même une époque favorable.
« N. Lucain, ancien Frère de la doctrine chrétienne, excellent homme, très -zélé pour son état, tient une école dans laquelle il réunit î2oo écoliers auxquels il enseigne à lire, à écrire, l'orthographe , l'arithmétique et surtout la religion, l'attachement par conséquent au souverain. Il s'est donné un aide; il ne demande pas mieux que de pouvoir se réunir quelques-uns de ses anciens confrères; mais il n'en existe plus que deux dans le diocèse de Bourges ; lui
et le Frère Hubert, âgé de 62 ans, qui réside dans la ville de Saint-Amand, où il tient une école d'environ 1 5o écoliers, dans le même esprit et avec le même succès que le Frère Lucain à Bourges. Le vœu du Gouvernement est de faire revivre cette si intéressante Congrégation, que voilà agrégée au corps de l'Université. Je désire bien que le Frère Lucain à Bourges et le Frère Hubert à Saint-Ainand, puissent y former des établissemens solides ; ils trouveraient d'anciens confrères à Lyon et ailleurs „ qui viendraient se joindre à eux. Mais pour cela, il faut leur procurer des maisons convenables, et que leur sort soit assuré : pour que ces Frères se rétablissent utilement et selon l'esprit de leur vocation, il faut que dans les villes où ils prendront des établissemens, ils vivent en communauté. Il en faudrait au moins 6 à Bourges , et 4 à Saint -Arnaud. Pour cela, il leur faut, outre des maisons pour eux, des écoles en différens quartiers; il en faudrait deux dans la ville de Bourges. Il faudrait qu'ils eussent un Supérieur commun en France; leur rendre leur costume, et remettre en vigueur leur primitive règle. lis le désirent. Le rétablissement de cette Congrégation serait d'un prix infini pour les mœurs, et pour assurer des succès à la religion dans la
( i8S ) classe du peuple : on ne pourrait rien mettre de mieux à leur place. »
M. l'évêque d'Arras, plus heureux que beaucoup d'autres prélats, se félicitait de voir jusqu'à dix Frères réunis dans la ville de Saint- Orner. Il en transmettait la liste avec ses notes sur leurs talens et leur capacité.
Dans le diocèse de Metz, il n'existait point de Frères, quoique l'évêque fut bien prononcé en faveur de leur Institut. « Ce qu'il y a de mieux , écrivait-il à M. le chancelier de l'Université, c'est d'avoir des Frères I;<norantins; et ces contrées vous auraient une bien grande obligation, si vous m'obteniez d'avoir un noviciat de ces Frères à Metz. Je me suis abstenu jusqu'à présent d'en appeler, parce qu'ayant concouru dans les commencement à solliciter leur approbation, et ayant formé sous les ordres de M. le cardinal -archevêque de Lyon, leur premier établissement dans celle ville, je devais attendre que l'empereur se prononçât pour songer à les appeler dans mon diocèse. La position de Metz est unique pour former une maison-mère, composée de poslulans des deux langues française et allemande, et je répondrais que si j'y étais autorisé, il sortirait bientôt de Metz des maîtres en ce genre, instruits dans
les deux langues, et qui porteraient l'amour du Gouvernement et la connaissance de la langue française dans toutes les parties allemandes de l'empire. J'ose dire qne Metz est un point unique pour cette maison-mère; c'est ce que je vous demanderai de ne point perdre de vue, lorsque vous en serez à celte partie de l'enseignement et aux moyens d'exécution. »
M. l'évêque de Montpellier ne connaissait dans tout son diocèse qu'un seul ancien Frère des écoles chrétiennes , qui s'était établi institua teurprimaire à Clermont-PHérault.
En un mot , sur tons les points de la France, cette insiiîution était, à peu de, chose près , en 1808 , dans le même état de languenr et d'anéantissement où l'avaient vue les conseils généraux des départemens , lors de leur session de 1801 (t) ; c'est-à-dire à l'époque 011 la France, faisant elïort pour sortir du chaos, rappelait tous ses souvenirs , et recherchait , au milieu des ruines, tout ce qui pouvait s'y
(1) Voyez l'article Ecoles primaires , tlans le Recueil publié en 1802, par ordre du ministre de l'Intérieur, sous le titre <F Analyse des procès-verbaux des conseils généraux de départemens.
trouver des matériaux propres à reconstruire l'édifice social.
L'Université parut : elle avait mission d'encourager les Frères des Ecoles chrétiennes; et, comme on vient de îe voir . !e clergé partagea toutes les espérances qu'elle fit naître.
Ces espérances n'ont pas été trompées.
Depuis dix ans , l'Université n'a cessé de donner aux Frères tous les encouragemens que permettaient leurs statuts, les lois générales et ses propres ressources.
La terrible loi de la conscription , la loi plus douce du recrutement , la rivalité qui s'est établie entre les écoles des Frères et les nouvelles écoles, ont contribué et contribuent encore à multiplier leurs établissemens ; et malgré toutes ces circonstances, malgré le zèle ardent dont ils sont animés, malgré la faveur qui les environne , ils n'ont, aujourd'hui même, que Go à 80 maisons réparties, comme il suit , dans les 2G académies qui composent l'Université de France.
{Arles.
Foroalquier
Àix
Amiens.
Beauvais.
Amiens 5 ( Laon. (11 y a un hot. et 2 écol.)
Soissons.
Compiègne.
Angers o
Besancon 5
Bordeaux 1
Bourges ...... 2
Besançon.
Dole. *.
Gray.
Vesoul.
Ornans.
Bordeaux. (Il y a un no v. et 3éc.)
Bourges.
Saint-AmancL
Caen.
Lisieux.
Alencon.
Auch.
Clermont.
Aurillac.
Rioni.
Dijon .7. T. . . . 2
f Dijon.
1 Langres.
(Il y a un noviciat.)
Douai 7. 777.7. 6
Calais.
Boulogne.
Cambrai.
Aire.
St-Omer. (Il y a un noviciat.)
Béthune.
Grenoble .7.77 2 <
Limoges 7Ï77V7 1 Limoges.
renoble.
Valence.
Lyon....... 12
Lyon. (Chef-lieu de l'Institut.)
Yillefranche.
Conclrieux.
Trévoux.
Beynost.
Belley.
Roanne.
Rive de Gier.
Saint-Etienne.
Saint-Chamond.
Saint-Galrnier.
Saint-Bonuet-le-Château (1).
Metz.
Charleville.
Rethel.
Montpellier.
Saint-Dié.
Avignon. (Noviciat).
Privas.
Annonay.
Beaucaire.
]Nîmes.
Orléans.
Montargis.
Paris.
Reims. (Il y a un noviciat)
Fontainebleau.
Tenncray. (Deux-Sèvres.)
(1) On compte dans CM dottM maisous,y compris U'uuvicut It l'iustitut, ccul vingt-neuf Frères.
Rennes.
Nantes.
Vannes.
Auray.
Rouen o
Strasbourg . . . o
( Toulouse.
Toulouse 3 < Castres.
( Albi.
Ce tableau , que nous avons dressé d'après les derniers renseignemens recueillis par nousmêmes dans le cours de nos inspections, ou parvenus directement à l'Université, en dit plus que de longs raisonnemens.
11 est trop certain que s'il fallait, s'en tenir aux écoles des Frères, l'instruction et l'éducation primaire manqueraient dans la majeure partie de la France. Il y a donc nécessité de favoriser, ne disons pas la nouvelle méthode, car la méthode est ancienne , mais les nouvelles écoles qui appliquent celte ancienne méthode avec tant de succès et de bonheur.
C'est, au surplus, ce que finissait par reconnaître, dès l'année dernière, le journal intitulé Y Ami de la religion et du roi, (i) , d'un ton , il est
(1) Journal du mercredi 3o juillet 1817; no 3 10.
( »9* ) vrai, plus chagrin qu'encourageant : « Si la « mélhode de Lancaster (1) doit être admise, « ce n'est que parce que les Frères des Ecoles « chrétiennes ne pouvant suffire pour l'inslruc- « tion de tous les pauvres, il faut bien les rem- « placer dans les lieux où l'on ne peut s'en « procurer. »
Cette première raison est tellement pérernptoire, qu'elle peut nous dispenser d'en chercher d'autres.
Bien mieux encore en sommes-nous dispensés par ce que le ministre secrétaire d'état de l'Intérieur aditau Roi, dans ses deux rapports sur les votes exprimés par les conseils généraux de tous les départemens de la France, lors de leurs sessions de 1817 et de 1818.
«Votre majesté a vu avec intérêt que les coûte seils, en s'occupant de l'instruction publique, «rivalisaient de zèle pour multiplier à la lois, « et les Ecoles chrétiennes proprement dites , et « ces Ecoles d'enseignement mutuel non moins
(1) On sait que ceux Qui ne goûtent pas les nouvelles écoles continuent à les désigner de préférence sous 01 nom d'un étranger et d'un quaker, par un double espoir qui n'est qu'un double mécompte.
( *92 ) ce chrétiennes, qui concourentlesunesetlesau- « très à répandre dans les dernières classes du « peuplel'cspril d'ordre et de discipline, et cette « instruction qui , sans détourner des travaux « de l'agriculture, fait aimer à chacun sa concc dition, en répandant partout et rapidement ce des idées morales et religieuses. »
Ainsi parlait le ministre dans son rapport sur la session de 1817.
Un an plus tard, témoin des bons effets que produit partout l'enseignement mutuel, protecteur éclairé des nouveaux éiablissemens qui la propagent de jour en jour, il n'hésite pas à
dire :
ce Ce qui était en question , il y a deux ans , ce a aujourd'hui toute la force d'une chose exa- (( minée et jugée. Il est reconnu que cette méec thode est particulièrement propre à répandre ce avec célérité, dans routes les classes, le degré ce d'instruction qui convient à chacune d'elles, ce Ces écoles et celles des Frères de la doctrine k chrétienne , qui ont rendu et qui continuent d de rendre encore tant de services , complet" a feront le système de V instruction éléments taire, r>
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