CHAPITRE VI
Décrets et faits postérieurs.
x ujsieurs décrets ont suivi le décret fondamental du 17 mars: tous l'ont confirmé; ils ont cela de commun, que l'action de la puissance publique y est fortement empreinte.
Tout marchait.
Le jour même où avait été signé le décret d'organisation, le grand -maître et les deux autres premiers titulaires de l'Université (i) avaient été nommés.
Ils songèrent aussitôt à remplir la tache honorable et immense qui leur était imposée.
(l) Grand-maître y M. de Fontaucsj chancel/sr, M. de Villaret, évoque de Casai; trésorier, M. Dclainbre } l'un des secrétaires perpétuels de l'Institut.
Le premier soin qui occupa le digne chef du Corps enseignant, fut de chercher à connaître ce Corps. Il voulut fixer son point de départ, et savoir quels hommes , quelles institutions il aurait à gouverner.
Oulre le conseil d'une sage politique, c'était l'intention expresse du chef même du gouvernement.
On en trouve la preuve dans les premières instructions, où Bonaparte se complaisait à développer tout ce qu'on pouvait attendre de l'Université pour l'honneur de la France, pour le repos et le bonheur de l'avenir.
Il voulait qu'on fixât, le plus tôt qu'il serait
possible , le sort de tous les établissemens qui
existaient alors, et de tous les individus qui se
livraient à l'enseignement. « Il convient donc ,
« disait -il dans sa note, que tous les pro-
« viseurs, censeurs, professeurs et autres
« a<iens de l'instruction , soient tenus de faire
<r connaître au grand-maître, par Pinterrné-
« diaire du Chancelier , qu'ils sont dans l'iu-
« tention de faire partie de l'Université , et de
« contracter les obligations imposées à ses
« membres. Il faut dresser, à cet effet, des
« modèles imprimés qui puissent présenter les
« notions dont on a besoin sur l'âge , les ser- « vices, la situation des individus, etc.(i). »
L'importance de pareils renseignemens était grande sous tous les rapports. Cet homme , à qui il a été donné de s'asseoir un moment sur le trône des enfans de saint Louis , en a ou quelquefois les nobles instincts et les religieuses inspirations. Il sentit l'avantage de faire concourir, dès le principe , à la nouvelle organisation de l'instruction publique, sous une seule et suprême direction, tous les grands fonctionnaires de l'ordre civil et de Tordre ecclésiastique. Dès le 24 mars, il ordonna spontanément au grand- mai Irç de puiser à toutes les sources où il pourrait trouver la vérité , et , tout en consultant les préfets , d'interroger aussi la conscience et le zèle des évêques.
« Il y aurait dans les états remis par les indice vidus aux préfets une colonne pour les noies (( des préfets. On demanderait aussi des notes « aux évéques.Ge travail servirait aux nominale tions du grand-maître. D'ici au 1er septembre, « les étatsdont il a été question, a vecles notes\des (( préfets et des èveques, lui seront parvenues.»
(1) On voit ici le motif, et presque le texte de Part. 1^ du décret du 17 septembre 1808.
Après avoir pris et reconi mandé ces sages précautions, voici comment il concevait l'édifice qu'il venait d'élever sur les bases de la loi de 1806, et comment, pour nous servir d'un beau mot de Tacite , l'Université de France était montrée à ses destinées (1).
« S. M. a organisé l'Université en un corps, parce qu'un corps ne meurt jamais , et parce qu'il y a transmisssion d'organisation et d'esprit. Dans la situation présente des choses , un particulier, homme de talent et de bonnes mœurs, établit- il une école, celte école a la vogue et la mérite. Mais survient-il quelque malheur à ce particulier , l'instruction se trouve arrêtée surle-champ, et au moment même où tout changement est funeste pour les jeunes gens. Il n'est pas même besoin de supposer un cas fortuit. Si rien n'interrompt la carrière de ce particulier, elle aura son ternie , et, à sa mort , ou l'entreprise se détruira, ou elle passera dans d'autres mains et dans un autre système. Ainsi, en supposant les choses dans le meilleur état possible, ce serait toujours une inconséquence funeste de laisser , pour ainsi dire, à fonds perdus, l'un
(1) Monstratus fatis Vetpasianus* ( Vie d'Agricola.)
des plus précieux intérêts de l}Etat. L'Université a l'entreprise de toutes les institutions publiques etdoit tendre à ce qu'il y ait le moins d'entreprises particulières possible. »
« Des Directeurs > des Professeurs de lycées sont des magistrats importans*. Ils marchent le front levé avec les parensdontilssont les égaux; ils n'ont point devant eux une contenance de salariés* ils n'assujétissent point leurs principes aux caprices et à la mode; ils ne sont point obligés à de puériles et fâcheuses condescendances ; ils peuvent faire tout le bien qu'ils sont iippelés à produire. »
« Enfin , S. M. a voulu réaliser dans un état de quarante millions d'individus, ce qu'avaient fait Sparte et Athènes, ce que les ordres religieux avaient tenté de nos jours et n'avaient fait qu'imparfaitement ? parce qu'ils n'étaient pas un. »
ce S. M. veut un corps dont la doctrine soit à Vabri des petites fièvres de la mode ; qui marche toujours , quand le gouvernement sommeille ; dont V administration et les statuts deviennent tellement nationaux , qu'on ne puisse jamais se déterminer légèrement à y porter la main. »
« Si ces espérances se réalisent , S. M. veut trouver dans ce Corps même, une garantie contre les théories pernicieuses et subversives de Tordre social, dans un sens ou dans urî autre. »
« Il y a toujours eu dans les états bien organisés un Corps desiiné à régler les principes de la morale et de la politique. Telle fut l'Université de Paris et la Sorbonne , les Universités de Pavie , de Pise et de Padoue ; en Allemagne, celles de Gcettingne et de Jena ; en Espagne, celle de Sala manque; en Angleterre, celle d'Oxford j chez les Turcs , le corps des Ulémas. Ces Corps étant les premiers défenseurs de la cause de la morale et des principes de l'Etat , donnerontles premiers l'éveil, et seront toujours prêt.* à résister aux théories dangereuses des esprits qui cherchent à se singulariser, et qui, de période en période , renouvellent ces vaines discussions qui chez tous les peuples ont si fréquemment tourmenté l'opinion publique. »
Du reste, Bonaparte savait très - bien que l'organisation du corps enseignant, telle qu'il la faisait par le décret du 17 mars, avait dans ses détails quelque chose de provisoire ; qu'elle devait recevoir la sanction de l'expérience, comme il l'avait fait annoncer en 1806;
que cetle institution était susceptible d'accroissemens et de modifications ; et il terminait sa note en disant . (( qu'il était dans V intention de s'en occuper, quand il verrait cet établissement formé , et en situation de comprendre et d'exécuter ses vues. »
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