CHAPITRE VIII
Comment le clergé avait accueilli rétablissement de V Université > même impériale.
Avant de passer aux ordonnances par lesquelles le Roi, rendu à la France et au troue de ses ancêtres, a plusieurs fois déclaré ses intentions bienveillantes à l'égard de l'Université, il est bon de montrer, pour la seconde fois, et sous un point de vue général , de quel œil le Clergé avait d'abord envisagé ce nouveau corps enseignant.
Nous avons dit que, dès l'année même du décret d'organisation, et conformément aux ordres de Bonaparte, le Grand- maître, heureux de pouvoir éclairer ainsi ses premiers pas et satisfaire sa propre inclination , avaii consulté tout à la fois et les préfets et les évêques.
La circulaire adressée aux évêques, le 10 mai
i8oS , par le Chancelier de l'Université , était conçue en ces termes:
« Monseigneur , S. ML, en conGant à un évoque la place de Chancelier de l'Université, a sans doute eu principalement en vue la fidèle exécution de l'article du décret qui donne pour première base à l'enseignement public les préceptes de la religion catholique , et qui prescrit aux membres de l'Université l'obéissance aux statuts qui tendent à former pour l'Etat des citoyens attachés à leur religion , à leur prince , à leur famille. »
« L'espoir de contribuer à un si grand bien me rend particulièrement précieuse la place dont S. M. vient de m'konorer, d'autant que j'ose me flatter que les évêques des diverses parties de l'empire voudront bien m 'aider à la remplir de la manière la plus utile , en me mettant à même de donner des renseignemens exacts à M. le grand-maître et au conseil de l'Université sur le mérite des sujetsqui sont chargés des diverses parties de l'instruction publique. »
« Dans ces vues , je vous invite, Monseigneur, à me faire connaître les noms des chefs des maisons d'éducation , ainsi que ceux des professeurs, qui par leurs talens et leur bonne
( 233) conduite , se sont acquis l'estime de leurs concitoyens, et que vous jugez clignes de la confiance du gouvernement, par leur attachement à la dynastie régnante , et par la pureté de leurs principes. »
« Je désireraisaussi que vous voulussiez bien me marquer quelle opinion on a de la capacité des professeurs dans les belles lettres et les sciences qu'ils sont chargés d'enseigner, et surtout si les> chefs des Lycées , ainsi que ceux des écoles secondaires , mettent quelque zèle à graver dans le cœur des jeunes élèves les principes de la religion , et les vertus morales dont ces principes sont le fondement. »
« Il doit vous être facile de vous procurer desrenseignemens certains sur ces divers points, en vous faisant rendre compte du résultat de l'éducation morale dans les divers étabïîssemens de votre diocèse. Ce sont en général les parens qui , à cet égard, sont les meilleurs juges : car une maison d'éducation ne laisse rien à désirer sous cet aspect, lorsque les jeunes gens^ au lieu de causer de cruelles inquiétudes à leur famille dès leur entrée dans le monde , reçoivent au contraire avec docilité les conseils si nécessaires à cet âge. Vous avez souvent l'occasion de remarquer, Monseigneur, que le défaut de subordination de la pari de la jeunesse est aujourd'hu
( 254 ) un des plus grands maux qui affligent la société. Je m'estimerais trop heureux , si je pouvais contribuer à faire renaître une vertu dont la pratique peut seule assurer le bonheur des familles , et qui , dans nos législations modernes, ne trouvede motifs puissans que dans la religion dont nous sommes les principaux ministres. »
(( L'exactitude et l'orthodoxie dans la doctrine , l'attachement aux maximes du clergé de France dans les facultés de théologie , l'instruction religieuse et morale dans les lycées , les collèges et les pensions, sont sans doute les objets que doit avoir principalement en vue l'évêque que S. M. a daigné appeler à l'une des principales places de l'Université; mais il ne saurait compter sur le succès de ses bonnes intentions qu'autant qu'il sera aidé par les lumières et lesconseilsde ses confrères dans l'épiscopat. »
Ainsi prévenus par ces généreuses et franches ouvertures, les évêques, qui, jusque-là, osaient à peine user du droit imprescriptible de visite et d'inspection qu'ils oui, parla nature deschoses, dans tout établissement d'instruction publique, sous le rapport de la religion et des mœurs , sentirent ranimer leur courage et leur zèle. La confiance répondit à la contiance; et de toutes
( 255 ) parts , les évêques , comme les préfets , se montrèrent disposés à seconder les efforts de l'Université.
En général, ils gémissaient sur la déplorable facilité avec laquelle se multipliaient les entreprises particulières d'éducation : ils exprimèrent leur contentement de voir enfin s'établir une puissante autorité , qui aurait l'obligation et le droit de réprimer, et, ce qui vaut mieux encore, de prévenir un si grand mal.
Ils se réjouirent au nom et dans l'intérêt de la jeunesse , portion nombreuse et chère de leur troupeau, de ce qu'ils pourraient lui donner avec plus de fruit des preuves de leur sollicitude pastorale; mais ils concevaient que leurs soins religieux auraient d'autant plus de succès, que les autorités civiles concourraient avec eux à environner l'Université de toutes les lumières et de toute la considération dont elle avait besoin.
Nous nous bornerons à quelques citations , fidèlement extraites des réponses de MM. les éveques à la circulaire du chancelier.
« L'éducation est aujourd'hui le partage du premier venu , et on a la douleur de la voir exercée par des gens qui n'ont ni savoir ni
principes. On instruit très- mal , il n'y a pas tic subordination ; on instruit très-peu et mal sur la religion.... J'aime à croire , et j'ai confiance que toutes choses rentreront dans l'ordre. »
<c II serait à désirer, écrivait un autre prélat, que qui que ce soit ne fût admis à quelque place dans l'Université., et ses diverses dépendances , qu'au préalable il n'eût présenté des lettres testimoniales de son évêque et des autorités, en telle sorte qu'il pût nous donner, ainsi qu'à Son Exe. le grand - maître, une connaissance assurée qu'il est digne de remplir avec honneur la place qu'on lui confie. »
« Il serait aussi fort à désirer que qui que ce fût ne pût s'ingérer à former des étabiissemens, des pensionnats particuliers , sans être autorisé, et sans être nanti desdil es lettres testimoniales.»
(t On pense communément qu'il serait à propos , et que les bonnes mœurs exigent, que les premiers pasteurs des diocèses, les curés 5 sous leur autorisation, et les desser vans,sous la même autorisation , surveillassent l'enseignement religieux et les mœurs des instituteurs, la tenue des écoles et ia conduite des jeunes gens. »
Dans un autre diocèse , celui de Valence , le concours des deux autorités, ecclésiastique et
( *7 ) civile, était déjà établi, et tout en allait mieux, « En général ; disait l'évêque , on enseigne assez régulièrement les principes religieux dans les écoles primaires , et si quelques maîtres se montrent négligens sur cet article , ou mal édifiant dans leur conduite ., on me les signale , et de concert avec M. le préfet , je les rappelle à l'ordre. »
ce Je vais prendre des mesures pour être assuré , chaque année , de l'état des écoles primaires catholiques sous le rapportde lareligion. Je dis catholiques , parce qu'il existe dans mon diocèse , plus de 00,000 protestans , et que ma surveillance ne peut les atteindre (1). »
« Puisque vous m'y autorisez , répondait l'évêque d'une des principales villes du nord , j'aurai l'honneur de vous écrire de rechef sur l'éducation , et de vous communiquer successivement toutes les notes que je croirai pouvoir servir vos vues d'utilité publique, religieuse et morale. Je vous réitère tous mes vœux pour vous-même et pour le corps entier de l'Université. ))
(1) Nous reviendrons plus tard sur cette observation importante, qu'on sait être applicable à plus d'un diocèse.
Un urchevêque s'exprimait ainsi : « Des instituteurs et des institutrices s'ingèrent dans cet état , sans autre autorisation que celle de leur cupidité. Enseigne qui veut et comme il veut, le plus souvent sans surveillance et sans soin pour la religion. »
« Comme il est important de donner aux évêques et aux curés la surveillance sur ces maîtres et maîtresses, d'exiger qu'ils aient obtenu leur approbation, que des réglemens leur soient prescrits , et surtout qu'on n'en tolère point de scandaleux ! qu'espérer delà jeunesse, si elle est livrée à des maîtres impies et corrompus ? y>
« Voilà la règle sagement établie. Nul désormais ne pourra enseigner publiquement sans la permission du grand maître de l'Université ou celle des chefs de V académie» Mais , ces chefs, si les évêques ne sont pas consultés par eux, et ceux-ci instruits par leurs curés ? de bons choix seront impossibles à faire. Ce serait vouloir s'exposer volontairement à n'en faire que de mauvais, si on ne s'en rapportait qu'aux maires des paroisses. Un très-grand nombre , parmi ceux-ci, est aussi irréligieux qu'immo-
( -~9 ) rai (i) , et beaucoup trop sont indifférens sur l'article de la religion. Sans doute que le grandmaître de l'Université et son conseil remédieront à d'aussi grands abus. »
Un autre archevêque, écrivant directement au grand-maître, à la fin de cette même année 1808 , lui disait : «Vous avez manifesté le désir de voir sortir des lycées , de dignes ministres de la religion : puisse le ciel seconder des vues aussi consolantes pour les vrais amis de la vertu et de la morale ! » Ce prélat pouvait foire Péloge du lycée établi dans sa ville métropolitaine (2) 9 et il le faisait avec toute la joie d'un ami de l'enfance ; mais il ajoutait : « Dans nos maîtres d'écoles , le mal est très-grand. Vous seul pouvez faire cesser ou diminuer cette source de désordres. »
(1) Ceci a été écrit en 1808. Aujourd'hui nous devons penser qu'à l'aspect de l'abîme où l'ordre social a failli s'engloutir, tout fonctionnaire public , tout père de famille, tout bon citoyen , tout homme raisonnable,, a senti l'urgente nécessité des bonnes mœurs et d'une religion éclairée.
(2) liesançon. Ce collège royal, sous la direction de M. l'abbé d'Aubonne , chevalier des deux ordres royaux de Saint- Louis et de la Légion-d'Honneur , continue de tenir une place honorable parmi les elablisseniens de l'Université.
Ce n'était point uniquement sous le rapport de l'enseignement profane et de l'éducation en général , que l'Université apparaissait à tous les hommes sages comme une institution bienfaisante. Nous avons vu que son chancelier , évêque lui-même ? et écrivant h tous les évéques français , plaçait au nombre des garanties qu'il désirait trouver dans les professeurs de théologie , rattachement aux maximes du clergé de France. Il avait été compris ; et l'évêque d'un diocèse du midi , où il importerait tant de répandre ces salutaires maximes , lui faisait cette réponse: «Pendant une visite dans mon diocèse, <c j'ai vu avec la plus grande satisfaction tous les <t protestans qui avaient reçu quelqu'éducation, « désirer la réunion avec les catholiques. Je ne « crois pas cette bonne œuvre aussi difficile ce qu'on le pense communément... Les prèten- « tions ultramontaines , et non pas les véri- « tables prérogatives du pape , m ont paru le « principal obstacle à la réunion. C'est la « grande objection des protestans. »
Telles étaient les vues de l'Université naissante: telles elles furent toujours. Telles étaient
aussi les dispositions du clergé qui depuis
mais alors
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