‹ Essai sur l'instruction publique, et particulièrement sur l'instruction primaireChapitre 49 sur 58 · CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX

Ordonnances Royales,

Bonaparte avait passe.

Il laissait de funestes exemples de l'abus du pouvoir ; mais, nous n'hésitons point à le dire, il laissait aussi de beaux monumens de législation, qui,sous des rois vraiment pères du peuple, devaient puissamment contribuer à guérir les maux causés par son ambition délirante à la jeunesse qu'elle décimait, ù la liberté qu'elle étouffait, à la morale qu'elle désolait.

L'unité, principe de vie et de force, faisait le fond de nos institutions; et à la place du despote, au milieu des sanglans débris sur lesquels venait d'expirer son effroyable domination, la France revoyait avec transport, saluait avec toute l'ivresse de l'espérance, <juelques Français de plus y qui lui apportaient la paix si longtemps souhaitée.

Louis XVIÏI «liait rentrer flans sa capitale, les premiers Corps de l'Etat s'empressaient à devancer par leurs hommages les acclamations de tout un peuple. Parmi ces Corps, l'Université tenait son rang, digne assurément de prendre sa part de la joie publique, non qu'elle fût capable d'insulter lâchement au pouvoir qui n'était plus, mais parce qu'elle retrouvait dans les légitimes successeurs de Charlemagne, de François Ier, de Henri IV, et de Louis XIV, des garanties pour elle - même et pour la patrie.

Elle aussi, elle reçut, le 2 mai i8i4, de la bouche royale les paroles d'adoption. c< Je suis ce vivement touché des sentimens que m'excc prime l'Université. Je sais le bien qu'elle a ce fait, et celui qu'elle peut faire ; peu de ce lumières conduisent à l'erreur, beaucoup de « lumières conduisent à la vérité : que l'Uni- « versité continue donc à les répandre avec le ce même zèle. Qu'elle veille aussi sur les mœurs. « J'espère que ma famille et moi nous en donce lierons toujours l'exemple. >)

Le 22 juin, une ordonnance confirma l'organisation de l'Université, et maintint les règlemens actuellement en vigueur. Elle y soumit les instituteurs , les maîtres de pension et tous autres.

L'article i.er de l'ordonnance semblait promettre une révision prochaine de toute cette organisation, résultat de lois et de décrets multipliés, qu'il était à propos de refondre, et de coordonner, soit entr'eux, soit avec le nouvel ordre de choses; et l'Université, loin de redouter des modifications, avait été la première à les provoquer dans une note qui lui avait été demandée dès le 29 avril, de la part de son A. R. Monsieur (1).

Huit mois s'écoulent, et l'on voit paraître eu effet'une seconde ordonnance ; mais, il faut le dire, ce n'étaient pas de simples modifications

(1) Lettre de M. B. . . à M. de Foitanes : « Son A. R. MottsiEuit m'a chargé de préparer un rapport sur la situation intérieure de la France, qui puisse être remis au B.oi à son arrivée dans la capitale... L'enseignement public se placera toujours au premier rang, et il n'est pas douteux que cet objet ne doive fixer particulièrement l'attention de S M. Je vous prie d'avoir La bonté de me faire passer une note très - sommaire sur l'état de renseignement public en France à L'époque de 17%,

— Sur les modifications avantageuses ou funestes (pie les méthodes d'instruction ont subies dans le cours de la révolution.

— Sur l'état actuel de l'instruction en France.

— Sur les perfectionnement qu'il pourra recevoir à l'avenir. »

qu'elle faisait au système de la loi de i3o6 : elle donnait à tout une forme nouvelle, et une forme qui aurait fini par détruire le fond. Le mot d'Université restait , mais dénaturé , mais dégradé du sens qu'une loi fondamentale lui avait affecté; et, avec le mot, allait disparaître la chose elle-même. Au lieu d'une forte et féconde unité , on n'avait conservé qu'une centralisation impuissante : les dix -sept universités ne formaient qu'un faisceau mai uni, dont les liens auraient été, de jour en jour, plus faibles : en un mot, le corps enseignant, voulu et créé par la loi , était comme détruit par l'ordonnance.

Au reste , il est remarquable que l'ordonnance même rendait hommage au principe qui doit dominer essentiellement toute cette matière. La nouvelle organisation, aussi bien que celle du 17 mars, était destinée cl faire acquérir au gouvernement l'expérience et les lumières dont il aurait besoin pour se mettre en état de proposer anx deux Chambres les lois qui devaient fonder le système de l'instruction publique.

Mais les conjonctures réclamaient d'autres soins.

Cette ordonnance était datée du 17 ié-

* vrîer i8i5 , au château des Tuileries , et déjà

grondaient, sur les rivages de la Méditerranée, les bruits sinistres , précurseurs de l'orage. Trente-deux jours après, se consommait, dan3 le même palais, la plus épouvantable catastrophe des temps modernes.

Les jours mauvais furent abrégés. La France recouvra son Roi, et quant à l'Université , il était arrivé naturellement, que celui qui l'avait créée, l'avait rétablie sur ses premières bases.

Le i5 août de cette même année, le R.oi voulant surseoira toute innovation importante dans le régime de V instruction , jusqu'au marnent où des circonstances plus heureuses permettraient d'établir, par une loi* les bases d'un syst ème définit ij ^maintint de nouveau l'organisation de l'Université et de ses Académies; une Commission de l'instruction publique fut investie de tous les pouvoirs attribués au grandmaître, au chancelier, au trésorier et au conseil de l'Université.

Ainsi se trouvent confirmés de nouveau, par la volonté royale , le décret du 17 mars 1808, et les décrets postérieurs. L'action de la puissance publique sur l'instruction et l'éducation de la jeunesse, reste entière et sans altéra lion .

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