CHAPITRE XL
Lois et décrets y de 1791 à 1806.
Convenons d'abord , que ce n'est pas le des» polisme de Bonaparte qui aurait introduit une pareille innovation : elle serait l'ouvrage de cette Assemblée célèbre, qui voulut la liberté, et qui fonda la licence.
On n'a pas oublié la constitution de 1791 , et les travaux tour à tour gigantesques et brillans qui Pavaient préparée,
L'idée d'une éducation publique et nationale était une de celles qui depuis longues années travaillaient les têtes. En 1789, les cahiers de la noblesse et du clergé, aussi bien que ceux du tiers-état, l'avaient sollicitée, comme un remède pour le passé, comme un préservatif pour l'avenir.
L'Assemblée constituante avait entendu un
( *49 ) homme d'Etat lui exposer la nécessité de remplir à cet égard l'attente générale.
Delà, cet article de la loi constitutionnelle de 1791 : « Il sera créé et organisé une instruc- « tion publique , commune à tous les citoyens , « gratuite à l'égard des parties d'enseignement « indispensables pour tous les hommes, et dont « les établissemens seront distribués graduellece ment, dans un rapport combiné avec la dite vision du royaume. » Article, où il est difficile de ne pas reconnaître le germe de la loi de 1806, du décret du 17 mars 1808, et enfin de l'ordonnance royale du 29 février 1816, qui comme nous le verrons tout-à-l'heure, a réglé d'une manière digne de la France et de son Roi, ces parties d'enseignement indispensables pour tous les hommes.
Les lois, les décrets, tous les actes du Gouvernement, qui, depuis 1791, ont eu pour objet l'instruction publique, ont maintenu le principe que notre première constitution avait consacré.
Nous n'avons ni le besoin ni le courage de nous replonger dans le chaos de ces lois, de ces décrets et de ces actes. Un grand nombre appartiennent à l'histoire des folies humaines : le génie de la destruction en a dicté plusieurs;
d'autres sont dus à la manie d'innover, sans autre but que l'innovation, et au plaisir barbare de faire des expériences sur les peuples.
Nous ne parlerons que des lois qui ont été d'un intérêt général* et qui , à travers les ruines que souvent elles - mêmes amoncelaient , ont cependant posé quelques pierres d'attente pour des temps meilleurs.
Un décret du i5 septembre 1793, rendu sur une seule pétition , attribuée à la ville de Paris, supprima, sur toute la surface de la République , les collèges de plein exercice et les facultés de théologie , de médecine , des arts et de droit. En même temps, ce décret portait qu'indépendamment des écoles primaires dont la Convention s'occupait, il serait établi trois degrés progressifs d'instruction : le premier, pour les connaissances indispensables aux artistes et ouvriers de tous les genres ; le second , pour les connaissances ultérieures , nécessaires à ceux qui se destinent aux autres professions de la société, et le troisième, pour les objets d'instruction dont l'étude difficile n'est pas à la portée de tous les hommes.
Bientôt , il est vrai , toute idée raisonnable |nt proscrite. Le char révolutionnaire roula d'abîme en abîme , dans le sang et clans la
( *5ï ) lange ; la licence et la mort régnèrent seules d'un bout de la France à l'autre : le présent fut dévoré, l'avenir sacrifié, la jeunesse et l'âge avancé furent poussés pêle-mêle au tombeau ; l'enfance même fut abandonnée comme une proie au premier occupant ; les sources publiques furent livrées à qui voudrait les empoisonner; i/enseignement fct eibre (loi du ig décembre 1795.)
Mais cet abandon ou ce délire de la lésislation ne pouvait être d'une longue durée. L'excès du mal en fut le remède , et la Convention elle-même sentit ce qu'il est impossible que hs hommes qui gouvernent, quels qu'ils soient, s'obstinent à méconnaître. Elle fit , au mois de février 1795, un premier effort pour rentrer dans, le domaine de l'instruction publique, en créant les écoles centrales; et , vers la fin de la même année , elle organisa un système entier d'instruction, depuis les écoles primaires jusqu'à l'Institut national des Sciences et des Arts ( loi du 3 brumaire an IV, ou 26 octobre \ 795. )
Des vices essentiels ne tardèrent pas à se manifester. La fièvre de l'insubordination était brûlante , et l'on établissait des maîtres sans autorité. Les doctrines avaient été bouleversées , et l'on offrait à des espi iN tournicotes et
inquiets, des études sans liaison , sans proportion et sans ordre. L'enfance avait été horriblement négligée, et Ton n'ouvrait d'asiles publics*, pour l'instruction du second degré, qu'à dés auditeurs bénévoles, qu'à des élèves externes et au-dessus de douze ans.
Six ans s'écoulèrent , pendant lesquels le vide et la faiblesse de la législation devinrent de plus en plus sensibles.
Cependant tout tendait à prendre une face nouvelle.
En 1800 , les conseils-généraux de département furent interrogés sur les maux de toutgenre que l'anarchie avait accumulés; et comme on Ta dit ailleurs, ces conseils furent véritablement lesorganes de l'opinion publique à cette époque mémorable de la première année du dix-neuvième siècle, alors que les Français, lassés de tant de vaines théories essayées à leurs risques et périls sur tous les ressorts de la machine politique, aspiraient au repos, voulaient l'unité du pouvoir, et se hâtaient vers la monarchie. Au milieu de la ruine universelle où la Franeese cherchait elle-même et ne se trouvait p'ùs, les conseils généraux, jetant un regard douloureux sur l'état déplorable de l'éducation , retracèrent avec l'accent d'une juste recon-
( 255 ) naissance , les services rendus par les anciennes corporations enseignantes , et exprimèrent leurs regrets avec énergie. Mais , en même temps qu'ils gémissaient sur le terrible naufrage qui avait tout englouti, corps et biens, ils ne se bornèrent point à des plaintes stériles; ils ne se consumèrent point en déclamations outréeset en vœux impuissans; ils n'oublièrent point que nos meilleures institutions d'autrefois laissaient encore à désirer quelque chose, et ils tracèrent d'une main habile et ferme, l'esquisse d'un plan général et uniforme, qui assurerait à la France le bienfait toujours souhaité, souvent promis , d'une éducation vraiment française (ij. »
La loi du 11 floréal an X ( ief mai 1802 ), annonça le retour vers d'anciennes formes qu'on avait trop dédaignées; elle contenait aussi des améliorations dont la nécessité était depuis longtemps reconnue.
Des écoles spéciales furent promises pour l'étude approfondie et le perfectionnement des sciences et des arts.
(1) Voyez les principaux traits décrite esquisse , dans noire second Supplément aux observations sur le discours de "M. de Saint -Romain, publiées en i8if>, p. uoetsuiv«
(*54 ) Les lycées destinés à remplacer et les anciens collèges et les écoles centrales, furent consacrés à l'enseignement des langues anciennes , de la rhétorique , de la logique, de la morale, et des élémens des sciences mathématiques et physiques. Ils eurent des professeurs et des maîtres d'études, un pensionnat et des externes ; l'administration fut confiée à un chef unique assisté de deux autres fonctionnaires , et le proviseur dut rendre compte tous les trois mois , de l'état du lycée, à un bureau d'administration composé des principaux magistrats de Tordre administratif et de Tordre judiciaire. Trois inspecteurs-généraux furent chargés de visiter, une fois au moins chaque année , tous les lycées, d'examiner toutes les parties de l'enseignement et de l'administration , et d'en rendre compte au Gouvernement,
Le Gouvernement, cerlain de diriger Fi ris truction dans les principales écoles, n'eut garde de l'abandonner à elle-même dans les écoles inférieures.
Il encouragea l'établissement des écoles secondaires, dans lesquelles on pouvait enseigner les langues latine et française , les premiers principes de la géographie, de l'histoire et des mathématiques; les communes et les particu-
( 255 ) liers furent appelés à en établir, sauf la double précaution d'une autorisation préalable du Gouvernement, et de l'inspection particulière des préfets.
Les écoles primaires furent également soumises et à cette surveillance habituelle des pré^ fets, et à l'autorisation préalable, qui pour elles, fui plus rigoureuse encore, parce qu'en eflet les précautions ne sauraient être trop multipliées, là où la masse du peuple va prendre ses premières idées, et recevoir son éducation toute entière.
Les instituteurs durent être choisis par les maires et les conseils municipaux: les sous-préfets, qui étaient chargés de l'organisation de ces écoles, durent rendre compte de leur état aux préfets , une fois par mois. I
Qu'on ne s'étonne pas de tout ceci.
Le Gouvernement pensait que l'instruction publique tenait une place èm'u un U' dans f économie des nations, puisqu'elle perpétue dans leur sein les connaissances sur lesquelles reposent leur soutien et leur prospérité.
Occupé à reconstruire l'éd.lice, /'/ rassemblait les débris et recherchait leur ancienne ordonnance y mais avec l'intention et Fespoirde bâtir la ville éternelle, et de fonder plus soli-
dément qu'on ne l'avait jamais fait, une éducation qui serait le plus ferme rempart de l'ordre social. Il voyait se former une pépinière d' ho mmes éclairés pour tous les états , pour toutes les conditions y une masse de lumières répandues dans toutes les classes de la société, les connaissances indispensables d tous les hommes , enfin offertes et communiquées à tous; et l'intervention continuelle , l'action toujours présente du Gouvernement lui même, semblait alors la plus puissante garantie de toutes les améliorations que pourraient réclamer les besoins, les convenances , les habitudes du peuple français. ( discours prononcés sur la loi du 11 floréal ).
C'est dans cette situation des esprits et des choses que l'Université de France a été créée par la loi de 1806 , et organisée par le décret de 1808.
On peut juger s'il n'y avait dans son principe fondamental, celui delà puissance publique appliquée à la direction de l'éducation nationale, qu'innovation, tyrannie y despotisme , infernal chef-d'œuvre du génie de Bonaparte.
«*/V« WVM/V\ft «VIA VVV« «A/M WMVVM VVVWVVl/* VVVWVM Vl/Vt Vt^