‹ Essai sur l'instruction publique, et particulièrement sur l'instruction primaireChapitre 53 sur 58 · CHAPITRE XIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIII

Remontrances des Etats-Généraux.

JM ous avons eu plusieurs fois occasion de citer les cahiers des Etats-Généraux de 1789, et nous avons prouvé que les traits principaux de l'organisation actuelle de l'instruction publique s'y trouvaient exprimés.

Qui ne serait également frappé de ces autres textes des mêmes cahiers, considérés sons le point de vue où nous nous plaçons dans ce moment?

Cahiers du Clergé, ce L'éducation publique* ayant une influence si marquée sur le sort des empires, par les sentimens qu'elle fuit germer dans le cœur des citoyens et les mœurs auxquels elle les forme, le clergé a toujours mis au nombre de ses principaux devoirs l'obligation de s'en occuper essentiellement et de les sur-

veiller. Les ressources qu'offre en ce genre à la capitale le Corps si justement célèbre de l'Université, laisse à cet égard peu de vœux à former : cependant le clergé ne peut voir, sans la plusamère douleur, les sources de la première éducation pour ainsi dire taries, et la plupart des collèges des provinces , autrefois si florissans, manquer souvent de maîtres, dont les vertus, les talens et la stabilité puissent mériter la confiance. »

« Ce qui doit attirer les soins paternels de Sa Majesté, au moment où elle s'occupe de régénérer la nation, c'est l'éducation publique. Ce sont les collèges qui préparent des citoyens de toutes les classes à l'état, des militaires aux armées, des juges aux tribunaux, des ministres au sanctuaire. C'est dans les collèges que la jeunesse doit puiser les bons principes avec les connaissances, et que l'esprit et le cœur doivent

être cullivés à la fois Il n'est peut être pas

d'objet qui mérite une attention plus sérieuse dans l'Assemblée nationale. C'est au milieu d'elle que des hommes sages et profonds pourront méditer avec succès la réforme des premières études ; c'est du sein des lumières réunies aux Etats -Généraux, que doit sortir enfin le

jplan si universellement désiré d'une éducation salutaire et générale. »

ce L'instruction publique doit fixer spéciale^ ment les regards de la nation. Les Universités, les collèges et les séminaires où se forment et se perfectionnent les talens qui doivent un jour honorer et servir l'Etat et la Religion, méritent d'exciter le plus vif intérêt. Les députés solliciteront les Etats d'en ordonner rétablissement dans les lieux ou il paraîtrait nécessaire , d'en consolider l'existence dans ceux où ils sont établis, d'en améliorer le régime, d'en corriger les abus, d'en perfectionner l'enseignement , et de s'occuper aussi sérieusement des mœurs et de la capacité des maîtres j que du progrès des élèves. »

« L'instruction de la jeunesse aj^ant toujours été la base des vertus sociales et religieuses> Sa Majesté sera suppliée de jeter un regard attentif sur l'état déplorable des collèges, et d'ordonner qu'il soit pourvu à leur prompt rétablissement par les administrations provinciales, de concert avec les seigneurs évéques. »

et Que pour mettre tous les magistrats et gens en place dans le cas d'acquérir les lumières et les connaissances requises, il soit formé un

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plan d'étude nationale , et que les règlemens des Universités soient observés à la rigueur. »

« Qu'il soit fait un plan d'éducation nationale pour la jeunesse. >»

Cahiers de ea noblesse. « Toutes les nations éclairées ont regardé comme la première source de leur félicité , le succès des meilleures éducations publiques. »

ce D'après le nouveau plan d'administration proposé par Sa Majesté, et demandé avec empressement parla nation, chaque citoyen devra s'occuper à l'avenir de la chose publique. L'éducation nationale devient donc plus intéressante qu'elle ne le fut jamais. Les Etats -Généraux seront sollicités de rechercher les moyens les plus propres à perfectionner cette branche importante de l'administration , tant par la réforme de l'enseignement, que par le choix des personnes auxquelles il devra être confié.»

« L'Assembléenationale portera sûrement son attention sur les établissemens d'éducation publique qui, manquant absolument dans plusieurs parties du royaume, y sont presque partout imparfaits. Ces fondations , presque toutes anciennes, ont conservé la routine des siècles reculés qui les ont vu naître. Il serait temps de

les faire participer aux lumières acquises, de leur donner un régime plus propre à former des citoyens de lous états , et surtout de propager y jusque dans les campagnes , les moyens d'une instruction suffisante à ceux qui les habitent , et qui puisse s'étendre même jusqu'aux pauvres. y>

<« Que l'éducation publique soit perfectionnée; qu'elle soit étendue à toutes les classes de citoyens; qu'il soit rédigé pour tout le royaume, un livre élémentaire contenant sommairement les points principaux de la Constitution; qu'il serve partout à l'éducation de la jeunesse , à la première instruction de l'enfance; et que les Français apprennent en naissant à connaître, à respecter et à chérir leurs lois. »

«Il sera arrêté des lois in variables,relativement à l'éducation nationale, et les Etats-Généraux aviseront aux moyens de trouver les fonds nécessaires, pour pourvoir à l'entretien et récompense des maîtres pour l'éducation des pauvres. »

jtQu'il soit formé un plan d'éducation publique dont les principes soient analogues à la constitution nationale. »

Cahiers du tiurs-état. « Les députés,

considérant que si le bonheur public est garanti par les lois, les lois sont elles-mêmes garanties pat les vertus des citoyens, s'occuperont de l'imperfection desétablissemens d'instruction publique; ils représenteront la nécessité indispensable d'une réforme à cet égard. Ils demanderont que l'éducation publique soit tellement modifiée , qu'elle puisse convenir aux états de tous les Ordres , et former des hommes vertueux et utiles pour toutes les classes de l'Etat. »

« Il sera fait un plan d'éducation nationale , dont le principal but sera de donner aux élèves une constitution robuste, des sentimens patriotiques , et la connaissance des principes nécessaires à l'homme social, au chrétien et au Français. »

« Qu'il soit établi des collèges dans toutes les villes principales du royaume où il n'y en a pas, et où il sera jugé nécessaire par les Etats- Généraux , et qu'on s'occupe d'un nouveau plan d'éducation. »

ce Que l'éducation publique soit réformée , ou plutôt établie de manière à former des citoyens utiles de toutes les professions; qu'on rédige, et qu'on mette au nombre des livres classiques, ceux qui contiendront les principes élémentai-

$es de la morale et de la constitution fondamen-* taie du royaume. »

« Que l'Assemblée avise aux moyens les plus efficaces pour que l'éducation publique , dans tout le royaume, soit également avantageuse à chaque individu et à la nation. »

Ainsi , une éducation publique et nationale , une éducation dans la main comme dans les intérêts de l'Etat; tel était le vœu unanime de la France, en 1789.

Mais peut-être, ce vœu si unanime n'était-il que le résultat subit et nouveau de l'inquiétude générale des esprits, qui,dédaigneux du présent, ne voyaient, ne vantaient, ne goûtaient et ne voulaient que l'avenir.

Eh bien ! reportons- nous à des temps plus éloignés.

En 1614, la France, veuve de son Henri IV, cherchait des remèdes aux maux nombreux qu'un règne trop court n'avait pu guérir.

L'éducation publique, bien dirigée, semblait être un moyen de salut ; et voici comment le* trois Ordres s'en expliquaient.

« Les empereurs et rois de France, vos pre- 4écesscurs disait le Clergé à Louis XIII ,

m fonJant les universités, ont sagement observé deux choses : Tune, qu'il n'y a plus grand ornement en un Etat que celui des lettres ; l'autre, que ce riche ornement, s'il passe indifféremment par toutes mains, s'abâtardit, mais encore remplit l'Etat de trop de gens de lettres, affaiblit la milice , détruit le commerce et les arts , dépeuple l'agriculture , remplit les palais d'ignorance , surcharge les princes et leurs états d'inventions pernicieuses, diminue les tailles, oppresse l'Eglise de simonie, l'Etat d'offices supernuméraires , les finances de gages , pensions et dons: bref, pervertit tout bon ordre. C'est pourquoi , voulant conserver un trésor si précieux, comme est lé savoir éminent, et en empêcher l'abus , ils ont renfermé les universités en une ou deux des meilleures villes de chaque province , y ont établi de fortes lois et de bons surveillans , pour , par un contrepoids de labeur > de sujétion et d'années, détourner de l'étude partie des esprits moins capables de cet exercice , consommer en savoir et suffisance les plus beaux esprits , et, en bannissant l'ignorance y bannir aussi les abus que les lettres mal dispensées causent, soupente/ois aux Etats. Votre Majesté est donc tiès-liumblement suppliée de rétablir vos uni-

versités , spécialement celle de Paris , les bien réformer et y faire observer de bons règlemens, y remettant les pères jésuites, qui se soumettront aux lois de votre dite université , pour le rétablissement de laquelle , en sa première dignité et splendeur , votre Majesté commettra, s'il lui plaît, tant de votre conseil que de vos cours souveraines, personnages de savoir et expérience, tels qu'ils puissent répondre à cette charge. »

« L'abus est si grand èz universités de ce royaume, qu'il n'est plus besoin d'avoir étudié, répondu publiquement , ni d'être présent pour avoir des lettres de licence. Il suffit, pour toute capacité , d'envoyer de l'argent et son nom.... A quoi Votre Majesté est suppliée de pourvoir, en faisant défense aux régens et chanceliers desdites universités , de bailler aucunes lettres de licence ou de doctorat èz lois , qu'à ceux qui auront actuellement demeuré et éludie dans les universités, trois ou cinq années, suivant les concordats, et répondu et soutenu publiquement des thèses de droit, à peine , etc. »

a Attendu que la fréquence des écoliers et principal avancement aux bonnes lettres provient de la suffisance et assiduité aux lectures

de ceux qui enseignent , plaira à Votre Majesté ordonner que les docteurs-régens aux universités liront avec toute assiduité , et abrégeront le temps de leurs vacations trop longues et trop fréquentes, quoique prétextées de Ja permission de leurs statuts; régler le temps et la forme de leurs lectures, et, en outre, ordonner etc..

La NoBLESse demandait que les Universités fussent maintenues en leurs privilèges, confco> mément à l'ordonnance de Blois,

Le Tiers-Etat, qui, dès-lors, comprenait très-bien que le perfectionnement de l'instruction renfermait toutes les espérances de l'avenir, développait davantage ses idées d'amélioration et de réforme , et plaçait avec une entière confiance l'éducation publique entre les mains de l'autorité royale.

« D'autant qu'il est nécessaire, fructueux et honnête , à l'exemple de S. Charlemagne et de S. Louis, de rétablir l'ancienne discipline et règlemens des Universités, séminaires de toutes dignités ecclésiastiques et séculières , où les esprits de vos sujets sont formés à la crainte et culte de Dieu , au zèle de la vraie religion , à la sincère dévotion et subjection enversYotre Majesté, au respect des magistrats, à la révérence de&

lois, et libéralement institués aux bonnes lettres, mœurs et maximes, pour servir plus dignement l'Etat et embrasser le bien de vos affaires et de votre service^ cet effet, vos très-humbles sujets supplient que les édits et ordonnances des rois vos prédécesseurs , pour le fait des Universités et facultés de ce royaume, soient suivies et exactement observées, ensemble les statuts desdites Universités, règlemens et arrêts sur ce intervenus, pour Tordre des lectures, etc. »

« Qu'aucun ne puisse être écolier èz facultés de théologie , lois , décret , médecine et arts , qu'il n'ait fait ses premières études aux lettres humaines. »

« Pour remédier à l'abus qui s'est introduit èz Universilésde Valence, Vienne et Avignon, d'y pourvoir persalturn, èz degrés de licencié, bnchelier et docteur , plusieurs postulans qui n'ont fait le cours de leurs études èz dites Universités, dont naissent ordinairement plusieurs contentions et débats entre les pourvus de cette sorte prétendant jouir des mêmes droits et prérogatives que les autres bien et canoniquement pourvus , même d'avoir droit de préséance sur eux, quand ils ont quelque qualité jointe avec lesdits prétendus degrés et doctorat:

plaise à Votre Majesté ordonner que les degré* obtenus persaltum , en quelque qualité que ce soit , ne soient valables , et comme tels que l'on n'y ait aucun égard en tous les pays de voire obéissance, tant aux obtentions et provisions de bénéfices, offices personnels, ou dignités, qu'aux rangs, ordre et séance en quelque compagnie, assemblée , chapitre , collège ou couvent que ce puisse être , séculier ou régulier, dérogeant pour ce regard à tous rescrils, privilèges , lettres, jugemens ou arrêls , comme contraires aux saints décrets, concile de Basic, pragmatique-sanction , concordats , et statuts desdits ordres et Universités.

« Que les régens qui auront fait lecture publique durant le temps de vingt ans, continué avec réputation, jouissent des exemptions, rangs et privilèges attribués aux docteurs régens ; et plaise à Voire Majesté les gratifier de quelques bénéfices et offices selon leurs mérites et nécessités, afin qu'ils jouissent de quelque honnête repose! relâche de leurs travaux, pour s'employer à l'administration de la justice, ou profiler au public par leurs livres et écrits ; et au cas que les affaires de Votre Majesté ne permettent de bailler en pur don des dignités, qu'ils

( 27* ) soient ennoblis, et qu'ils soient pourvus d'offices honorables aux compagnies souveraines de votre /oyaume. »

« Que les suppôts et officiers des Universités servent actuellement en icelles , autrement ne jouissent des droits et privilèges à eux attribués. »

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