‹ Essai Sur L'Obsession De NégationChapitre 21 sur 26 · AT CE · texte numérisé non relu

AT CE

dans les dialogues de PLaron on voit de temps en temps apparaître cette yon ns8ño, en une acception d’ailleurs assez différente de celle où on la prend aujourd’hui. :

Entre celle-e1 et celle-là, les idées ont d’ailleurs quelque peu varié sur la nature de cette cénesthésie. De Condillac qui dans son œuvre la nomme sentiment fondamental de l’existence jusqu’à nos jours, nous n’en signalerons que quelques unes.

À la fin du xvrr1€ siècle le problème préoccupe beaucoup d’esprits autour d'Hervérius que son goût pour Locke avait conduit au cœur du sensuahisme. Une foule d'ouvrages où l’on s'inquiète tant des rapports du physique et du moral, comme on dit alors, sont à ce propos publiés. Glanons certaine étude de Marat, l’ouvrage illustre de CaBaxnis dont les premières pages ont paru en l’an IV, le mémoire lu par Maine de Biran en 1807 aux médecins de sa sous-préfecture « sur les perceptions obscures ». Parallèlement à ces recherches, les découvertes anatomiques de Brcxar sur le système nerveux autonome viennent engendrer les conceptions sur le ton naturel des organes et la doctrine des sympathies.

Hexcé en 1840 parle du «tonus des nerfs sensibles » du « chaos non débrouillé des sensations qui de tous « les points du corps sont sans cesse transmises au sensorium », E. H. Weger d’une « sensibilité interne », « d’un toucher intérieur », Prisse d’une « conscience sourde que nous aurions de l’existence des fonctions organiques », Hsrzen d’une (panesthé-

sie », HôrFDiNG d’un «sentiment vital », Wunpr d’un sentiment total par lequel s'exprime le bien-être ou le malaise de notre organisme dans son ensemble ». Ricner « d’une sensation propre de notre existence », Cmasrix d’une «impression diffuse de notre mot corporel », Roy d’une « conscience splanchnique », M. Larexez-Lavasrine d’une « sensibilité du sympathique », M. Gurraup d’une « sensation du tonus nerveux intra-central ».

Ainsi, l'étude de cette notion qu s’élargit suivant les uns et se resserre suivant les autres, qui se précise sur une base organique définie ou sur une impression simple et vague, montre cependant qu’ont marché de paire les recherches sur l’anatomo-physiologie et les conceptions philosophiques. Études d’ailleurs fort délicates : ce qui fait éerire à RiBor : « Combien est complexe ce sentiment confus de la vie qui par une répétition imcessante est devenu nous, si bien que le chercher serait se chercher soi-même. Aussi ne le connaissons nous que par les variations qui l’élèvent au-dessus du ton normal ou Pabaissent au-dessous. »

Ce sont justement ces variations que GRASSET à étudiées en distinguant : 19 l’hypercénesthésie avec la névropathie psycho-splanchnique ou cérébro-viscérale caractérisée par Pobsession de ces sensations cénesthésiques, l’exagération de la cénesthésie par cette obsession, la hantise phobique de la maladie de cette obsession ; 29 l’hypocénesthésie ; 30 l’acénesthésie.

Cette cénesthésie entre alors dans le domaine de

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la pathologie où 1l devient très difficile de la suivre. Les études de Séaras, de Sorier, de DEeny et Camus, le rapport de Roy sur l’hypocondrie, l'ouvrage de Tosrevin sur les «sensations et les représentations » les travaux de Dupré sur les « cénestopathies » et la multitude d’articles qui aujourd’hui traitent de la médecine fonctionnelle, sans oublier les remarquables travaux de M. Lericne, sont une illustration des modalités différentes de la cénesthésie pour laquelle M. Laïrenez-LavasrTiNE a proposé la définition suivante : «la cénesthésie, subconscience de notre moi physique et mental est la fonction centripète du sympathique. »

A lire les auteurs qui se sont occupés de cette question, plusieurs remarques s'imposent. D’abord un certain nombre, en particulier les psychologues, qui

cependant, admettent volontiers la réalité de notions assez vagues telles que l’inconscient, se refuse à admettre l’imprécision notionnelle de la cénesthésie. Ensuite, la place qu’on doit accorder aux troubles cénesthésiques varie suivant les auteurs. Pour les uns, on les range parmi les troubles psychiques ; pour les autres parmi les troubles physiques.

Ces deux 6bjections nous paraissent traduire assez bien cé que par définition la cénesthésie implique : d’abord de « n’ètre perçue que confusément », ensuite d’être le trait d'union entre l’élément sensitif et l’élé-

ment intellectuel.

Il n’y a pas de maladie mentale, de maladie tout court, pourrait-on dire, sans qu'il n’y ait un trouble de la personnalité. Tel délire, quel qu'il soit, perturbe l’idée qu’on a de soi ; telle fracture également. Mais 1l y a des degrés.

Une forme particulière de cette altération a été étudiée sous le nom de « dépersonnalisation ».

Avant de provoquer les recherches qui lui ont été consacrées à la fin du siècle dernier, tant par les rhédecins que par le psychologues, ce sentiment avait été éprouvé ; et on en pourrait trouver bien des manifestations dans les textes : qu’il s’agisse d’auto-observa- Uons, de Journaux intimes, de confessions, de rela-

tions diverses. ;

Un exemple où le sentiment de mort se combine

étrangement à celui de la vie, on peut le trouver dans les Mémoires de Saint-Simon. Ce duc raconte en effet, sur les dires du médecin FiNor, certaine maladie qui affecta le prince de Condé vers la fin de sa vie et où l’idée de négation porte sur le sentiment de l’existence. Écoutons-le avec toute la réserve qu’inspire d’ailleurs le témoignage de notre auteur.

« Les quinze ou vingt dernières années de la vie de celui dont on parle ici, furent accusées de quelque chose de plus que d’emportement et de vivacité ; on crut y remarquer des égarements qui ne demeurèrent pas tous renfermés dans sa maison...

€ On disait tout bas qu'il y avait des temps où tantôt il

RER se croyait chien, tantôt quelqu'autre bête dont alors il imitait les façons. Et j'ai vu des gens, très dignes de foi, qui m'ont assuré l’avoir vu au coucher du Roi, pendant le prier- Dieu, et lui, cependant, près du fauteuil, jeter la tête en l’air subitement plusieurs fois de suite, et ouvrir la bouche ‘toute grande comme un chien qui aboie mais sans faire de bruit. Il est certain qu’on était des temps considérables sans le voir, même ses plus familiers domestiques, hors un seul vieux valet de chambre qui avait pris empire sur lui et qui ne s’en contraignait pas ».

€ Dans les derniers temps de sa vie, et même la dernière année, il n’entra et ne sortit rien dé son corps qu’il ne le vit peser lui-même et qu’il n’en décrivit la balance, d’où 1l résultait des dissertations qui désolaient ses médecins. »

«€ Finot, son médecin et le nôtre de tout temps, et de plus notre ami, ne savait que devenir avec lui. Ce qui l’embarrassa le plus, à ce qu’il nous a conté, plus d’une fois fut que M. le Prince ne voulut rien prendre, qu'il était mort et pour toute raison que les morts ne mangeaient point. Si fallait-1l pourtant qu'il prit quelque nourriture ou qu’il mourût véritablement, jamais on ne put lui persuader qu’il vivait et que par conséquent il fallait qu'il mangeât. Enfin, Finot et un autre médecin quile voyait le plus ordinaire- ment avec lui s’avisèrent de convenir qu’il était mort, mais de lui soutenir qu'il y avait des morts qui mangeaient. Ils offrirent de lui en produire et en effet ils lui amenèrent quelques gens sûrs et bien recordés, qu'il ne connaissait point et qui firent les morts tout comme lui mais qui mangeaient. Cette adresse le détermina, maisilne voulait manger qu'avec eux et avec Finot. Moyennant cela 1l mangea très bien et cette fantaisie dura assez longtemps dont l’assiduité désespérait Finot qui toutefois mourait de rire en nous racontant ce qui se passait et les propos de l’autre monde qui se tenaient à ces repas. Il vécut encore longtemps après. »

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Berlioz.

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Ce sentiment de mort se retrouve également dans un roman de M. Groe « les 'Faux-Monnayeurs ». Le personnage de La Pérouse (1) présente en effet à la fin de sa vie des idées de négation relatives à sa propre personne qui le conduisent à désirer qu’on le considère comme un mort : CII répéta stupidement : « Monsieur de La Pérouse est mort. » « Monsieur de La Pérouse n’a pas de fièvre, Il n’a plus rien. Depuis mercredi soir Monsieur de La Pérouse a cessé de vivre »... « Si je ne me suis pas tué, Je n’en suis. pas moins mort... ete... ». :

On retrouve encore le sentiment de dépersonnalisation dans certains romans de Krprine, de George Ertorr.

Plus intéressant est de rechercher ce sentiment ou ses ébauches dans des auto-observations. A la suite d’une syncope qu'une chute a provoquée, Jean- Jacques Rousseau, dans la seconde promenade des Rêveries du Promeneur solitaire, donne une desertption très singulière de sa repersonnalisation :

€ IF était presque nuit quand je repris connaissance. Je me trouvais entre les bras de trois ou quatre jeunes gens qui me racontèrent ce qui venait de m'arriver.… L’état auquel je me trouvais dans cet instant est trop singulier pour n’en pas faire Ia deseriptron.

€ La nuit s’avançait. J’aperçus le ciel, quelques étoiles et un peu de verdure. Cette première sensation fut un moment délicieux. Je ne me sentais encore que par là. Je naïssais

(f) Voir«les Faux-Monnayeurs » (N. R. F:1995) Visites à La Pérouse et le (Journal des Faux-Monnayeurs, N.R. F. 1927, appendice, page 127.

dans cet instant à la vie, et il me semblait que-je remplissais de ma légère existence tous les objets que j’apereevais. Tout entrer au moment présent, je ne me souvenais de rien ; je n'avais nulle notion distinete de mon individu ; pas la moindre idée de ce qui venait de m'’arriver ; je ne savais ni qui J'étais, ni où j'étais ; Je ne me sentais ni mal ni crainte, ni inquiétude. Je voyais couler mon sang, comme j'aurai vu couler un ruisseau, sans songer seulement qué ce sang m'appartient en aucune sorte. Je sentais dans tout mon être un calme ravissant auquel, chaque fois que je me le rappelle je ne retrouve rien de comparable dans toute l’activité des plaisirs connus (1). »

D'ailleurs dans ces mêmes Réveries, Jean-Jacques Rousseau au cours de la cinquième promenade traduit un sentiment très proche de la dépersonnalisation:

« Quand le soir approchait, Je descendais des eimes de l'Ile et j'allais volontiers m’asseoir au bord du lac, sur la grève, dans quelqu’asile caché; là le bruit des vagues et l'agitation de l’eau fixant mes sens et chassant de mon âme toute autre agitation, la plongeaient dans une rêverie délicieuse où la nuit me surprenait souvent sans que Je m'en fusse aperçu. Le flux et le reflux de cette eau, son bruit continu mais renfié par intervalles, frappant sans relâche mon oreille et mes yeux, suppléaient aux mouvements que la rêverie éteignait en moi, et suflisaient pour me faire sentir avec plaisir mon existente, sans prendre la peine de penser. De temps à autre naissaient quelques faibles et courtes réflexions sur l’instabilité des choses de ce monde, dont la surface des eaux m'offrait l’image ; mais bientôt ces impressions

(1) Œuvres complètes : Chez Furne et Cie 1837, t. I, p: 406.

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légères s’effaçaient dans l’uniformité du mouvement continu qui me berçait et qui sans aucun concours actif de mon âme ne laissait pas de m’attacher au point qu’appelé par l’heure et le signal convenu, je ne pouvais m’arracher de là sans effort. »

Le cas d’Amtez est trop connu, trop étudié, trop littéraire pour que nous nous y arrêtions. Rappelons cependant qu'Amiez est le premier à avoir employé le terme de dépersonnalisation, lui qui à écrit :

« Je ne trouve aucune voix pour ce que j’éprouve. Un recueillement profond se fait en moi ; j’entends battre mon cœur et passer ma vie. Il me semble que je suis une statue sur le bord du fleuve du Temps, que j'assiste à quelque mystère d’où je me vois sortir vieux ou sans âge... Je me sens comme sans nom, impersonnel, le regard rigide comme celui d’un mort, l'esprit vague et abstrait comme le vide ou l'absolu. Je flotte, je suis comme si je n’étais pas... Cet état est contemplation et non stupeur…. »

Avec Maine DE BirAn on assiste à une oscillation constante du sentiment de soi. Ce balancement perpétuel entre un moi plus réel et un moi moins réel traduit un trouble permanent de sa personnalisa-

tion dont son journal intime est une illustration.

1795. Je n’ai jamais de pensées, de désirs, de sentiments qui ne soient appropriés à un état physique que je sens, et qui ne me donnent ce que j'appelle « tel sentiment de mon existence ».. Je suis toujours occupé de ce qui se passe en moi lorsque je me sens très disposé à la joie bruyante, que

(LROp cit ep:

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les esprits animaux sont chez moi dans un grand mouvement. Cet état, si je m'y laissais aller pourrait être agréable pour quelques instants mais Je m'en méfie. Il est un certain état que J'éprouve trop souvent, où absolument incapable. de penser, dégoûté de tout, impatienté de tout, voulant agir sans le pouvoir, la tête lourde, l’esprit nul, je suis modifié de la manière la plus désagréable... Ce qui contribue à rendre cet état insouffrable, c’est le souvenir d’un état plus parfait... Cet état semble nous ôter toute espèce de sentiment.

1811. J'étais plus heureux autrefois dans la solitude’; mon imagination et ma sensibilité montées sur un ton plus élevé était comme les harpes éoliennes dont les cordes frémissent au moindre souffle. Aujourd’hui je ne suis plus heureux par mon imagination. Ma vie se décolore peu à peu.

28 février : Le trouble intérieur persiste. Je me sens audessous de moi-même et je ne trouve plus rien en moi qui m'élève à mes propres veux.

Août : Il y a assurément une influence de la saison de la canicule sur mes facultés organiques, intellectuelles et morales' : Je me trouve toujours sous ces trois rapports audessous de ma valeur ordinaire. Pendant les trois ou quatre mois d’été une grande mobilité nerveuse, une incapacité absolue, un découragement entier et ma facilité extrême à céder à toutes les impressions externes et internes coïncident avec la faiblesse de l'estomac et plusieurs autres incommodités.

21 août : Je me suis promené avec un plaisir extrême, J'étais gai et animé à la conversation, mais ce ne sont que des éclairs. Les fonctions organiques embarrassées et variables modifient de même manière les fonctions intellectuelles.

4 septembrg : J'ai été constamment dans un état nerveux,

tourmenté par le sentiment intime:de-:mon incapacité.et de mon inutilité au sein de l’activité la plus tumultueuse.

11 septembre: La température a été fraîche, lles nuits froides. Mon organisation physique et morale prend un peu de-ressort ; je suis moins affaissé, je recommence à vivre e1 àipenser. J’aile sentiment intime de cette sorte de renaissance.

19 septembre : Le vent d'est agite-les nerfs. A partir-de mercredi j'ai éprouvé une chute dans toutes mes facultés organiques. Je sens un malaise : mon estomac est affecté, ma tète pesante, mais il ÿ a plus d’aplomb dans tout mon être et une amélioration sensible dans mon état physique et moral.

25 septembre : Je suis constitué.dans un état de maladie intellectuelle ét morale et jai conscience. de ma nullité.

24 octobre : Depuis plusieurs mois de séjour à Paris il ne m'est guère arrivé de m'’éveiller sans éprouver un sentiment immédiat de tristesse et de ‘découragement. On ne donne pas assez d'attention à ces phénomènes variables de la sensibilité intérieure qui ont leurs causes dans le principe imconnu-de la vre,-et non ‘pomt dans l’activité .de l’âme ‘ou du mor. ‘Le ‘moi les ignore, les trouve ‘tout faits pour aimsi dire ‘dès qu’il revient à lui même et les reconnaît comme pré-existants à son apereeption comme ayant une cause interne autre ‘que lui ou son effort.

28 novembre : Mes facultés physiques ont:plus de ressort. Je vis plus qu’en été. |

2 décembre : Mes-dispositions physiques, ma timidité, le défaut absolu de confiance que j’ai dans mes moyens, l'incertitude de mon caractère qui m’empêche de prendre ‘un parti ou de me ‘déterminer sur-le-champ... Je vois trop audedans pour bien voir au dehors.

19 décembre Mes nuits-sont le plus souvent agitées par des mouvements nerveux.

Le. Mise

4 janvier : Je commence l’année par un état de nullité complète.

6 Janvier : Il n’y a aucun aplomb dans mon être ; je ne pense à rien et ne suis à rien.

20 janvier : Mon état physique et moral est toujours nul.

9 février : Il y a un surcroît de ton dans més facultés organiques.

ÿ mai: Je suis un être ondoyant, divers et sans consistance.

6 mai: Je glisse sur tout et n’approfondis rien.

28 juillet : Mon être moral est comme anéanti.

29 juillet : Défaut de liaison des idées et des mots...

30 septembre : J'éprouve toujours que ma force est toute nerveuse et qu'il y a faiblesse radicale dans tout mon être. J'ai mon « petit monde intérieur » en arrière de toutes les impressions, dé toutes des idées de surface. |

31 octobre : J'ai un sentiment pénible de l’existence et je sus affaibli sensiblement au physique et au moral.

21 janvier : Je porte en tous lieux ma tristesse. 7 août : Il m'est venu quelques idées sur mes dispositions habituelles et particulièrement sur la « préoccupation », défaut auquel je suis très sujet, qui est en moi pour ainsi dire constitutionnel... Le sentiment d’inquétude et de trouble intérieur liés à cette préoccupation de lesprit, m'empêche de rien entreprendre de ce qui pourrait rendre ma vie agréable et utile.

23 août : Je perds toute réflexion et je ne suis plus mor.

9 décembre : Mes facultés sont le plus souvent comme couvertes d’un voile. J’éprouve un grand vide, un fond de mécontentement et de tristesse au dedans de moi-même,

1 janvier : Je ne suis heureux de rien : le monde extérieur m'échappe et fuit sous moi de toutes parts.

20 janvier : Mon esprit est embarrassé. Le jeu de toutes mes facultés est gêné.

6 avril : Je passe fort rapidement de l’ abattement à l’excitation.

9 avril : Je n’ai aucune tenue dans les idées.

17 avril : Je ne trouve aucune consistance, aucun point d'appui intérieur et c’est le sentiment vague de ce manque d'appui qui me rend timide et embarrassé…

17 mat : J’erre au hasard, cherchant au dehors des sensations capables de distraire lé sentiment pénible de mon existence. FR

13 juin : J'avais espéré un meilleur effet de cette diversion (un voyage) pour mon état physique et moral, mais la ra- \ cine du mal est profonde : elle tient à tout mon être.

23 juin : Je n’ai d'idée et de personnalité que jusqu’au point qui sépare l’état d’idiotisme ou d’aliénation de celui de raison. J’ai la conscience de cet état et je m’agite vainement pour en sortir. J’ai perdu toute confiance, toute satisfaction et estime de moi-même.

4 novembre : Je suis tout à fait hors de moi et 1l m'en coûtera beaucoup pour y rentrer. È

9 novembre : J'ai toujours ici plus de sensations et d’impressions que d’idées. Je ne sais pas pourquoi je me sens toujours au-dessous de moi-même... Il y a à cela des causes physiques et morales qu'il faudra étudier.

17 novembre : Je me sens depuis quelques jours triste, découragé, souflrant de langueurs d'estomac, auxquelles correspond une extrême langueur d’esprit, un abattement de toutes les facultés.

30 novembre : J’éprouvais le contentement de la santé, et l’état expansif qui contraste absolument avec l’état de. concentration d’où je sors. Ce bien-être organique ne dépend pas de nous. 3

27 décembre : J'ai été pendant tout ce pénible mois agité au dedans et au dehors, de manière à perdre toute faculté

RTE EURE.

de réflexion. Un état maladif, un découragement extrême, une concentration et un sentiment de crainte habituelle. Je meurs à chaque instant non seulement au monde... mais de plus à moi-même, à ces facultés à cette vie intérieure du moi où je trouvais auparavant un refuge pour la méditation.

28 décembre : Je ne suis en harmonie ni avec les personnes ni avec les choses. Je pensais hier. que je ne pouvais aspirer maintenant qu’à assister comme témoin assidu à la décomposition de mon être physique et moral. Ë

18 février : J'ai senti se ranimer mon existence qui était comme éteinte depuis bien des jours.

7 mars : Je suis retombé dans un état de malaise de langueur et de dégoût général.

28 mars : et je me convaines de plus en plus de mon néant, de ce que je ne suis rien.

4 avril : Je suis souffrant, ennuyé, ayant un sentiment intime et radical de faiblesse. Je suis le plus souvent faible à tel point que je ne puis juger ma faiblesse ; car 1l faut encore un certain degré de force physique et morale pour juger sa faiblesse, ce qui diffère de la sentir immédiatement.

à avril : Journée magnifique, journée mélancolique: Mon âme est lasse de son corps, elle l’a pris en dégoût ; mais accoutumée à tout trer de lui ou de ses affections et ne trouvant presque rien en elle-même, elle éprouve un grand vide et semble prête à tomber dans le néant.

8 mai : Il y a en moi en ce moment une action vitale extraordinaire et trop forte pour de nerfs faibles. La réaction demeure toujours au-dessous de l’action, d’où résulte un sentiment d'inquiétude habituelle, une agitation singulière.

24 mai : Je ne change plus sensiblement quant à mes dispositions intérieures qui sont toujours tristes et à mes facultés intellectuelles toujours embarrassées.. Il y a certai-

ARR RES nement une cause organique de ces dispositions constantes à la tristesse de cette obscuration intellectuelle. |

30 juin : Même situation : mobilité excessive, passage d’un état d’abattement à une activité momentanée... Qué Je suis fatigué de la tyrannie de ce corps, de ces misérables nerfs qui en font la loi !

4 novembre : Je suis par ma nature doué de l’aperception interne, €t j'ai pour ce œui se fait au dedans de moi ce tact rapide qu'ont les autres hommes pour les objets extérieurs.

18 novembre : L'homme s'offre aux autres et à lui-même comme dans une perspective qui a plusieurs plans reculés les uns derrières les autres. J’en distingue trois. Le premier fait saillie au dehors : je ne suis rien pour moi en moi-même, Je songe à paraître aux yeux des autres, je suis en eux et rien que par eux. Dans la seconde perspective, je me sépare du monde extérieur pour le juger, mais J'y tiens comme à Pobjet. ou au terme de toutes les opérations de mon esprit. Dans la troisième je perds tout à fait de vue le monde extérieur et moi-même ; et le monde invisible, Dieu, est l’objet ou le but de ma pensée. Le moi est entre ces deux termes. Ainsi les extrêmes se touchent ; la nullité d’efforts ou l’absénce de toute activité emporte la nullité de eonscience ou du moi, et le plus haut degré d'activité intellectuelle emporte l’absorption de la personne en Dieu ou Pabnégation totale du moi qui se perd de vue lui-même.

1% mars : Quand on a peu de vie, ou un faible sentiment de vie, on est plus porté à observer les phénomènes intérieurs.

15 novembre : Pourquoi ce trouble, cette inquiétude qui se sont emparés de moi. Pourquoi ce dégoût subit de toutes les choses spirituelles et solides ? Je ne suis plus moi...

9 décembre : Ma poitrine est engorgée, mes poumons semblent frappés d’atonie. L’orifice de l’estomac affaissé.. J'ai monté hier à la tribane... L'idée de paraître à cette re-

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