I. — Diagnostic positif
Les trois malades dont nous rapportons l’observation sont des obsédées. Il y a bien ici «apparition et persistance incoercible dans la conscience du sujet d’une idée, d’un mot, d’un sentiment » — on pourrait ajouter d’une sensation — «qui s'impose à lui malgré sa volonté » (1). En effet l’obsession de négation présente des caractères positifs :
— la conscience du sujet vis-à-vis de ces troubles. Déjà Grissincer disait : « Le malade sait ce qui est réel : [ ne le sent plus » et KrisHABER insistait sur le degré de conservation de la conscience chez ces malades dont W. et E. B.… d’ailleurs donnent l'exemple :
— l’incoercibilité du thème obsédant qui dans le cas particulier se systématise et vient créer une polarisation envahissante dont Mi. est le type,
(1) H. Coner et M. Cénac:«Obsessions» in Pratique Médico-Chirurgicale, 3° éd. 1931, t. VI, p. 98 sqq.
vo
— l'apparition involontaire des sensations subies, des sentiments ressentis qui peut aller jusqu’à l’automatisme, « cette vie mentale qui se poursuit en dehors de la synthèse qui constitue le moi » (2),
— enfin la prédisposition des sujets aux accidents obsédants et. la fréquence des crises anxieuses qu'illustrent nos trois malades.
Ainsi cette dépersonnalisation obsédante est-elle bien au point de vue sémiologique une «idée » parasite, involontaire, automatique, discordante. Mais il
- y a plus. Tout ce qui fait le fonds mental du psychasténique, on le retrouve chez ces trois malades. Ce doute de soi, l’hésitation devant l’action, la crainte de la folie, l’incomplétude sont 1c1 développés, exaspérés, systématisés.
IT, — Diagnostie différentiel
Le diagnostic différentiel de l’obsession de négation se pose d’abord avec le délire. Nous n’allons pas reprendre 1c1 l'historique des discussions relatives au degré de la conservation de la conscience dans l’obsession et au problème de savoir si l’obsession est une forme de paranoïa. Mais il est certain qu'entre l’obsession et le délire il y a une série de stades dont certains sont très voisins : l’obsession de négation est de ceux-là.
Nos trois malades ont parfaitement conscience de
(2) Henri Deracroix. Les grandes formes de la vie mentale. Alcan
ce qui se passe autour d’elles et en elles : Les propos qu’elles tiennent, le « je me suis sentie partir avec toute ma lucidité » de W...,le «pourquoi cette horrible maladie m’a-t-elle laissé la possibilité de raisonner » d'E.B,., en sont la confirmation. Elles corrigent constamment leurs formules verbales, précisent que le plus souvent il ne s’agit que de métaphores, ont une représentation très exacte de ce qui se passe, savent parfaitement ce qui est réel, gardent le contrôle de leurs idées parasites et ne $e plient pas aux exigençes
ue . . * des éléments sensitifs et intellectuels qui, en Pabsence de ce contrôle, conduiraient à un état délirant. \
Il y a bien là conflit entre la conscience et les troubles obsédants. 1
Or, c’est justement par ces caractères qu’il faut différencier de l’obsession de négation un certain délire dont le thème lui est similaire ; celui de la mélancolie anxieuse. Ce qui domine dans le syndrome de Cotard, c’est d’une part que les malades qui en sont atteints trahissent une eroyance réelle dans les lamentations négatives qu'ils dénoncent et une conviction très sûre dans leurs idées de ruine, de misère, de néant et que d’autre part leurs symptômes éclatent et évoluent sur un fonds particulier qui entraîne rapidement des interprétations délirantes.
Avec l’état démentiel le diagnostic différentiel ne :
se pose pas. Si les malades se plaignent de leur mémoire, de leur volonté, de leur affectivité, c’est plutôt de l’impression d’un amoindrissement que d’un déficit réel. Néanmoins on peut observer cette forme
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obsédante de négation au début de certaines démences de la paralysie générale et de la démence précoce en particulier.
- Quant à la schizophrénie à laquelle on peut un instant penser, elle doit être éliminée. Lorsque nos malades répètent qu’elles ont perdu le contact avec la réalité, qu’elles ne vivent qu'artificiellement, il ne faut voir là que la constatation d’une lutte pour sortir d’un état où elles ne s'installent nullement. Cette réaction qu’elles suscitent en elles et les plaintes qu’elle déchaîne sont bien à l’opposé de l'attitude autistique du schizophrène qui jamais ne se lamente sur un manque de cohésion entre lui et le monde extérieur.
Enfin, la névrose hystérique pourrait être sujet de confusion avec ses idées fixes et ses complaisances si les troubles que nous étudions n’évoluaient Jjustementi sur ‘un terrain très particulier et en fonction de troubles caractérisés.
Ainsi ce syndrome reste-t-il bien dans le cadre des obsessions. Mais ic1 encore il importe de le différencier des autres formes d’obsession avec lequel il présente des analogies, en particulier de l’obsession hypocondriaque. Toutefois dans cette dernière forme le thème obsessionnel est-1l plus localisé. C’est vers tel ou tel organe que se polarise la sensation obsédante tandis que l’obsession de négation se caractérise par une atteinte plus générale, plus diffuse. Nos malades ne disent pas : («J’ai perdu mon estomac, ma
tête, ma bouche. » Mais € j'ai perdu ma sensibilité »