‹ Essai Sur L'Obsession De NégationChapitre 8 sur 26 · LES FAITS · texte numérisé non relu

LES FAITS

OBS. I (1). — Mme W... Concierge, est âgée de 26.

Elle vient consulter en février 1932 le docteur R. Mazcer à l'hôpital Henri-Rousselle pour des troubles dont le début remonte au premier jour de ce mois.

Mme W... avait depuis quelques jours une grippe qui la retenait dans son lit, lorsque, brusquement le 3 février, alors qüe la fièvre était tombée, que les céphalées avaient cessé, elle éprouve un malaise étrange, voit descendre d’un cadre accroché au mur des miliers de points noirs et a l’impression qu’il y a à cet instant même, un éclatement dans sa tête accompagné d’une sensation douloureuse le long de la colonne vertébrale et d’un refroidissement des extrémités.

Au même moment elle ressent une impression subite de néant : « D’une minute à l’autre, dit-elle, je n’ai plus rien senti, comme si ma tête s'était vidée. Je n’avais plus rien en moi, ou plutôt, non, je n’avais plus que la parole. Je ne pouvais plus penser et je le sentais : je.me suis sentie partir avec

(1) Cette observation a été publiée par R. Marrer et C. Berzroz in Ann. médico-psychologiques, XIVE série, 91€ année, t. I, n° 5, mai 1933

Re Ve

toute ma lucidité. J'ai eu peur : je me suis dit que J'étais perdue. »

Quelques jours plus tard, elle éprouve « des sensations douloureuses qui partent de la cavité cranienne, descendent le long de la colonne vertébrale et aboutissent à la région rénale ».

« Depuis ce,jour-là, dit-elle, je suis. métamorphosée : je n'ai plus aucun sens, aucune satisfaction, aucune envie de quoi que ce soit. J’ai le cerveau anesthésié. Ma pensée ne correspond plus à ma parole. J'ai lampression d’être morte.»

Elle éprouve par moment, des poussées d'angoisse.

« La peur me prend tout à coup : j'ai l'impression que Je vais quitter la vie tout à fait. Oui, j’ai encore le souffle, la respiration. La mort m’en privera. » |

A trois.reprises,. depuis février, et:pendant -une-heure chaque fois,.Mme W...,,a la.sensation que. le vide cérébral s’est comblé et:qu’elle est devenue comme tout le monde.

« Je refaisais tout comme.auparayant. J'étais contente,

-Jeme croyais guérie. »

. Ces rémussions ne durent pas.

«Actuellement mon-esprit est éteint : Ah, je ne.suis pas fière-de moi. Je n’ai,plus d'âme. »

Cependant l’idée de négation.se précise :

.G.de: flotte dans l’espace, je ne sais plus où je suis. Pour les autres.je continue à faire les mêmes gestes qu’autrefois, :Mais Je.ne suis-plus rien : rien ne-me touche sous les sens.

Quand j’embrasse mes enfants, c’est comme.s’ils-étaient en pierre.»

: Bien, qu'elle continue. à, mener la. vie de, tout le monde, Mme ,W... se plant de «ne plus être la même, d’être devenue -une-poupée automatique ».

« Cependant, nous explique-t-elle, je me dis qu’il me faut continuer à faire les mêmes gestes qu'auparavant pour sauverles apparences; car jeme suis plusmienyrien.»

€ Je n’ai plus la faculté de rire. Je ris sans en avoir‘le

sentiment. Hier j'ai;appris la:mort :de ma hbelle-sœur,: j'ai pleuré: pour.la forme.:Autrefois:cette-:mort:m'aurait peinée. Aujourd’hui-elle:m'indiffère. »

«Quand-on me parle; je me rappelle de tout : par quoi ?.je ne-sais,pas..J’aimerais:mieux être:morte : je ne serais: pas plus néant que je suis. »

L'idée de transformation corporelle :s’ébauehe ::(Je suis à comme une masse: Quand je me regarde dans-une glace je ne.sais-pas.qui c’est.Je-medis que c’est un mannequin quelconque,.que,je.suis àn bâton :qu'’onsaurait- habillé ».

Notons ce trouble de la notion du temps.

«Les. jours, les mois sont des années pour moi.»

Antécédents héréditaires : Père vivant, bien:portant. Mère morte à 46.ans (pleurésie ?). Du côté maternel : éthylisme. Grand-mère paternelle «neurasthénique. Un : demi frère arriéré. Une-cousine idiote.

Antécédents personnels : née à terme ; convulsions à 18 mois ; à.5 ans, opérée d’une hernie ; pas de retard dans le développement. Certificat d'Études supérieures à 12 ans. Certificat d'enseignement primaire à 48 ans.

.Peu-de temps après, crises de neurasthénie (céphalées violentes, pleurs, tristesses, vertiges, bouffées de chaleur).

“ Réglée à 18 ans.

A toujours été timide, serupuleuse, rougissait facilement, en avait peur.

Mariée-depuis 5 ans. Vie conjugale et sexuelle normale : 2 filles. ;.3 ans!1/2:et:2 ans.

Varices pendant les-grossesses.

Hémorragies abondantes au cours des deux accouchements. Depuis, 2/fausses-couches dont la dernière provoquée il y a quelques mois.

Si l’on.s’informe-des-réactions actuelles de la malade, on constate qu’elle s’occupe de son,ménage-et de-ses enfants. Toutefois elle a fait trois tentatives ébauchées de suicide, dont l’une au gaz d'éclairage. Enfin notons quelques légères

PR (ie

interprétations qu’elle critique immédiatement : elle se demande si son état n’est pas une punition de Dieu à cause d’une fausse couche provoquée. On pourrait voir là l’ébauche de l’idée de damnation du délirant-mélancolique. Mais déjà, Mme W..., se met à sourire d’une « telle absurdité ».

Examen physique : À maigri de 8 kilogrammes depuis 4 mois ; Les règles sont diminuées, durent 2 jours au lieu de 8 ; Circulation périphérique déficiente ; Troubles vasomoteurs : alternance de pâleur et de rougeur de la face, dermographisme ; T. A. : 8-13 ; Pouls : 80 ; B. W. négatif dans le sang ; Kahn : négatif ; Meinicke : négatif ; Urée sanguine sans excès ; Métabolisme basal diminué de 5 % ; Ponction lombaire : L. C. R. tension 33-22 ; Albumine 0,20 ; globuline (R. Pandy 0 ; R. ,Weïhbrecht 0 ; leucocytes 0,2 ; Benjoin colloïdal 00000, 02221, 00000 ; B. W. négatif ; réaction de Meinicke : négatif.

Évolution : La malade a conservé, pendant plusieurs mois, cette impression d’être « le néant d’elle-même », d’avoir (perdu sa sensibilité ».

Entrée dans le service du professeur CLAUDE, elle y est restée jusqu’au mois de juillet. La malade avoue «ne s’être retrouvée elle-même » qu’au mois d’octobre. =

Le 1er février 1935, nous avons revu Mme W..., Elle préfère ne pas s'étendre sur les détails de sa guérison. Sa maladie est « un mauvais souvenir » ( un état incompréhensible » qu’elle espère n’avoir plus à subir. Elle a repris son poste de concierge et la surveillance de ses enfants.

OBS. IT (1). — Dans l’ascendance de Mme E,. B..., on ne trouve rien de particulier.

Parmi ses antécédents collatéraux, signalons qu’une de ses sœurs est internée (?).

(1) Les éléments des observations IT et III nous ont été communiqués par M. Marzer.

MneE, B..., est âgée de 40 ans. Aucune maladie grave n’est venue entraver son développement. Son passé est celui d’une hyperémotive : elle a toujours été « sensible, impressionbable ». | /

Elle est mariée, a deux enfants dont l’un est âgé de 13 ans et l’autre de 16 ; tous deux sont bien portants.

Mme E. B..., avait 30 ans lorsque la maladie a débuté par un sentiment d’étrangeté des choses et de soi. Sans cause notable, elle éprouve une impression de « perte du moi » qui aboutit rapidement à un syndrome de dépersonnalisation pur et total. La malade a dû être placée en maison de santé,” incapable d’entrer en contact avec son mari et ses enfants dont elle s’occupait Jusque là avec une grande activité. Lors de la visite de son mari et des médecins, elle disait ne pas pouvoir évoquer la visite précédente et à de certaines périodes prétendait ne plus les reconnaître. Dans ces moments, la malade se présentait presque comme une confuse, sans phénomène sensoriel d’ailleurs. Voici quelques exemples des troubles qu’elle éprouvait :

Samedi 20 janvier 1934.

« J’ai l'apparence humaine. Je n’ai plus rien d’un être humain. Quand on ne peut Jamais rien éprouver, quand on ne peut Jamais rien retenir, quand on ne peut Jamais rien ressentir, quand on ne sait plus, quand on ne peut plus aimer ou haïr, quand on ne peut Jamais plus avoir aucun désir, pas plus celui de marcher que de manger, que de voir, entendre, sentir, quand on est un être complètement insensible, non seulement mentalement, sensoriellement mais encore physiquement, que reste-t-il à une malheureuse comme moi ? Rien, rien. »

« Morte vivante Je suis, vivante morte Je voudrais être. Car je suis aussi différente des gens normaux que si déjà morte vraie je le serais des vivants. »

« Aucun contact entre eux et moi. Est-il humain que les gens sachent qu’ils m'ont déjà regardée alors que moi, jene

Berlioz. , 9

me les rappelle plus, qu’ils sachent que j'ai un passé, alors que je l’ignore, puisqu'il m’est impossible de savoir ce que je fais d’une minute à l’autre, aussi bien des années, des jours ou des mois. Peuvent-ils comprendre que les mots pour moi ne veulent rien dire, puisqu'ils ne correspondent à rien dans mon cerveau, n’évoquent rien, que Je n'ai plus de moral, que je ne puis m’accrocher à rien, n’ayant plus rien derrière les yeux. »

« Lorsque je mourrai, il n’y aura rien de changé : c’est seulement mon corps physique qui sera supprimé. »

Mercredi 24 janvier. k

€ Je parle, j'écris : mon corps physique existe. J’ai l’apparence humaine et pourtant je ne suis pas un être humain puisque je ne puis vivre dans ce que les gens normaux appellent la réalité. Je ne jouis d’aucune faculté. Je souffre : c’est certain ; mais ma souffrance n’est pas explicable, elle ne peut être comprise. Je me demande de quelle sorte elle est : Physique ? Quelquefois ; morale ? je ne crois pas, n’en ayant pas. Nerveuse ? Je ne sais ! Je ne me sens pas, Je ne me vois pas, je ne me représente pas, je n'existe pas et pourtant, sans avoir de passé d’aucun sens, n1 de présent, je souffre. Cette souffrance est inhumaine. »

€ J'écris, je parle. Donc je pense. Mais en réalité cela ne sert absolument à rien puisque j'écris, je parle sans voir, sans ressentir, sans éprouver, sans que rien n’éveille mi n’évoque rien de vivant si je puis dire, de vécu. »

€ Ah ! comment expliquer ce que je voudrais dire ! Je n'ai pas de sentiments. Je ne peux évoquer pas plus un geste qu'un visage, que le goût d’une chose, la sensation d’un objet, le bruit de la voix de quelqu'un. Tous ces mots que j'emploie n’ont pas de correspondance dans mon cerveau. Je ne puis avoir ni regret, nt envie, ni désir ‘c’est impossible. Alors pourquoi cette horrible maladie m’a-t-elle laissé la possibilité de raisonner ? »

Vendredi 26 janvier.

« Je ne voudrais jamais que les gens viennent me regarder : c’est trop horrible, injuste, imhumain. Je ne veux pas rester matériellement vivante quand je suis morte mentalement, moralement, intellectuellement, sensoriellement, J’en ai assez, assez. Je ne veux pas continuer à savoir que les gens normaux peuvent aimer ou haïr, peuvent éprouver des sensations, peuvent exister, quand moi je n’en ai pas le désir parce que je n’en ai pas la possibilité. »

Dimanche 28 janvier :

€ Comment exiger qu’un être aussi dénué de tout, comme moi, qui ne comprend plus rien, n1 d’abstrait ni de concret, qui paraît-1l n’est pas fou, comment peut-on exiger que cet être continue à vivre sans vivre, àêtre sans être, sachant que Jours, semaines, mois, années passeront sans que rien ne laisse de traces.

Lundi 29 janvier :

« Mon cerveau vide de toute image, de toute représentation, bataille malgré cela sans arrêt. Et je puis dire qu’il n’y à pas une seconde où Je ne souffre ; et pour cette souffrance je ne puis trouver aucun nom, car les mots dits par moi sont bien les mêmes que ceux que les gens peuvent dire : pourtant pour eux ils sont vivants, ils amènent des images, des représentations mentales, alors que chez moi ils ne déclanchent rien, si Je puis dire, ils ne sont que des mots, des lettres assemblées qui n’éveillent et n’évoquent pas plus la mort que la vie.

« Les gens ont toujours dit que j'étais sensible, très sensible. »

Ici se placent quatre ou cinq pages où Mme E. B..., recherche les responsabilités. Elle a « toujours été très émotive ». Son entourage (aurait dû » la soigner à cette époque sans attendre l’état actuel. C’eût été une manière de « lui prouver son affection. » %

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Mercredi 31 janvier :

« Sans pouvoir évoquer mon passé, je souffre de ce passé : c’est difficile à expliquer, mais c’est pourtant la vérité.»

Jeudi 1®T février :

« Comment croire qu’une maladie aussi effarante, causée, je le sais, par une disposition, une faiblesse, une sensibilité exagérée puisse actuellement changer, alors que les causes ont existé réellement. Ces causes à force de faire travailler mon cerveau vide, je les connais et je voudrais les expliquer. Mais c’est si difficile, quand on n’a plus de sensibilité, quand on né peut plus éprouver de sentiments. » ce

« Les gens s’accordent pour dire que j'étais une nature, un tempérament sensible, que j'étais affectueuse, sentimentale: Pourquoi ai-je alors vécu dans un mensonge perpétuel ? »

« On ne m’a Jamais consultée en rien. Sans doute me trouvait-on inférieure, complètement en dehors de comprendre quoi que ce soit ;et mon caractère demandait une confiance absolue. On n’a pas eu d’affection pour moi. »

Samedi 3 février :

« Quelles difficultés j'ai pour écrire des choses qui, je le sais, sont exactes, vraies et que pourtant, il m'est impossible de revoir, de ressentir, de situer dans le temps. Comment expliquer que je sache tout cela sans le savoir ? »

« Mon cerveau n’arrête pas une seconde de travailler. I] m'est impossible de l'arrêter. Que je reste des heures sans parler, morte vivante parmi les vivants, que J’écrive, que je parle, que je lise, mon cerveau ne cesse de travailler ; dois-je dire il voudrait ou je voudrais (je ne sais) que les mots pensés, dits ou lus, vivent si je puis dire, qu’ils déclanchent en moi des images mentales de toutes sortes, des sensations, des séntiments. Mais rien, toujours rien. Pour moi, ces mots ne représentent même pas le néant, car le e néant pour les gens normaux, doit représenter quelque

Hope

chose peut-être. Or, pour moi, le néant c’est rien, rien, le vide. »

€ Ah, comme je voudrais expliquer que sans comprendre, je comprends encore trop. »

Mardi 6 février :

€ Ma maladie est illogique, monstrueuse, contradictoire. Tout devrait en somme normalement, s’opposer à ce que j'ai cette horrible maladie, et tout en somme ce qui devait normalement s’y opposer, m’y a justement conduit. Une épreuve horrible m’a séparée de tout. A la suite de fatigues morales, physiques, je m’accrochais à ce qui m’a partiellement sauvée ; mes sentiments affectueux. Je n’ai Jamais été guérie à la suite de cette cruelle épreuve qui m'avait atteint dans ma «personnalité ». J’ai vécu dans un état d’infériorité constante dont j'ai souffert cruellement. J’ai toujours su que j'allais à la déchéance, je ne savais pas laquelle, seraitce la folie, la mort ? Personne, pas même ceux qui soignent, ne pourra savoir, ce que c’est que d’assister, impuissante, à sa propre déchéance. Chaque jour perdu, chaque jour sans que l’on puisse savoir ce que c’est que l’on a perdu. J’ai assisté impuissante à la mort de ma sensibilité. Chaque jour mon cerveau se vidait et en même temps Je percevais moins mes sensations. Plus mon cerveau se vidait, plus ma colonne vertébrale se vidait, plus mon corps pourrais-Je dire, se séparait de mon cerveau. J’ai assisté impuissante à ma mort mentale, sensorielle et nerveuse, sachant toujours que j'avais perdu et que je perdrais encore. »

« Il m'est aussi impossible de savoir que j’existe que de savoir que d’autres existent. Cet horrible état, inhumain, qui fait que morte-vivante, je ne le sois pas ofliciellement au point de vue de l'Etat Civil, … que cette maladie soit à la fois physique, mentale, nerveuse, sensorielle, physiologique, biologique, qui fait que autrefois sensible, sentimentale, affectueuse, je sois actuellement insensible physiquement, moralement, nerveusement, sensoriellement, que

parce que J'avais trop de sentiment, je ne puisse désormais en éprouver aucun, d'aucune sorte. »

« Cette maladie a aussi sa philosophie :elle.est effrayante ; car cette maladie dépasse l'imagination humaine qui fait que, sans avoir perdu la raison, je sois atteinte d’une maladie mentale. »

Jeudi 8 février :

« Je ne me représente pas mon corps, mes gestes. Je suis et Je ne suis pas. »

Jeudi 15 février :

€ Impossible d'écrire : mon cerveau travaille sans arrêt” et il est vide, si vide... A

Lundi 19 février :

€ In’y a pas une minute où je ne puisse savoir que je suis dans ce triste état. Il me manque tout, et ce qui me reste ne sert qu'à me faire comprendre tout ce qui me manque.

« Aliénée je suis, mais il me reste la faculté deraisonner. Le raisonnement ! C’est horrible. Si cette faculté m'était enlevée, Je serais alors folle. »

« Et je ne peux rien faire, pas plus pour empêcher que je le devienne, que pour faire en sorte que mon cerveau s’arrête, ou mon cœur, pas plus que je ne le puis pour pouvoir ressentir, éprouver ce que Je pense, ce que je dis, ce que J'écris. » |

« Ne rien savoir, ne jamais rien voir ! À quoi sert d’avoir cinq sens atténués au point qu’ils ne peuvent rien garder. Morte-vivante. Quelle mort que celle-là, plus horrible que la vraie. »

€ Quand je partirai pour la vraie mort, je m’en irai sans rien savoir, ni rien voir, sans rien emporter. Néant pour néant, mort pour mort, 1l vaut mieux le vrai néant, la vraie mort, c’est plus logique et aussi plus humain. »

Cet état est resté à peu près stationnaire pendant une huitaine d'années avec une éclaireie de trois ans avant permis un retour momentané dans la vie extérieure.

Mn)

Depuis un an, Mme E. B... à repris une vie familiale plus complète. Il s’agit d’une rémission plutôt que d’une guérison, mais suflisante pour que la malade donne le change. C’est ainsi qu’elle s’occupe de son intérieur, de ses enfants. À quoi elle ajoute une fonction rémunérée comme l’exigent les circonstances matérielles. Aujourd’hui, sans tenir les mêmes propos, elle se plaint toujours, de ne pas avoir de représentations mentales, de n’être plus la même qu'auparavant.

L’examen physique de Mme E. B..., révèle aux membres inférieurs des varices importantes. Ptose viscérale (foie et estomac). Très mauvaise circulation périphérique, extrémités froides et cyanosées, T. À. : 7-10. Un examen de laboratoire révèle une tendance à l’alcalose.

OBS. ITT. — Dans les antécédents héréditaires de Mr... on ne peut citer au point de vue psycho-pathologique qu’une grand-mère maternelle ayant fait à 70 ans, sans accès antérieur, une crise de mélancolie qui aurait duré 5 ans, jusqu’à sa mort. Le père de la malade est mort parkinsonien,sa mère est en bonne santé.

Mi... est âgée de 35 ans, fille unique, actuellement divorcée, sans enfant.

Jusqu’à 20 ans, rien à signaler dans ses antécédents personnels. Mais à partir de cet âge, M1... a présenté des troubles gastriques, sans syndrome organique précis qui s’accompagnaient d’une sensation de fatigue générale sans rapport avec la cause. Cette cénestopathie durait depuis 7 ans lorsqu'un changement brusque se produisit : sédation complète de cette sensation obsédante qui n’a jamais réapparu dans la suite, malgré le régime alimentairele plus fantaisiste, et apparition immédiate du syndrome obsédant actuel qui d'emblée, a pris les caractères que nous allons décrire et a évolué du sentiment de dépersonnalisation à l’ob$ession de

négation.

ASTEE P PAP ISO EME D

Se: me

Du jour au lendemain, Mi... éprouve des impressions étranges qu’elle traduit ainsi :

Je perds mon moi, je me liquifie, je me vide cérébralement. »

Rapidement on arrive à l’état qu’elle décfit aujourd’hui et qu’elle présente depuis 8 ans, avec de très légères rénussions

Je n’ai plus de moi. J’ai tellement perdu mon moi, que je ne suis plus rien. Je ne suis rien ni physiquement, ni moralement : je promène une morte, je suis un morceau de chair qui traîne une pensée. » =

« Me tuer ! Mais on ne tue pas une morte, on ne tue pas une pensée. Car je souffre, mais ce n’est pas € moi » qui souffre. Je ne suis qu’une pensée. Ma sensibilité est hors de : moi. Tout ce qui est sensibilité à tous les points de vue est anéanti complètement. J’ai beau penser à quoi que ce soit : ce n’est pas avec une pensée qu’on fait un moi. Ma vie est faite de morceaux cérébraux que je me crée. )

« Je me suis fait un moi fictif, un être qui n est pas mol. Je suis fausse des pieds à la tête. C’est $omme une somnambule. Je ne fais pas corps avec les choses et les gens qui nr’entourent. [Il me manque toute une partie de mon être. »

« Je n’ai plus de conception de mon moral. Je n’ai pas non plus de représentations de mon moi physique. Si je suis fatiguée, Je me sens les traits tirés; mais quand je me retarde dans la glace, je ne me reconnais pas. Je me sens pâle ou rouge, mais quand je me vois c’est comme si j'étais quelqu'un d’étranger. Quand je parle, ça n’a aucun écho, aucune résonnance et je me demande d’où cela vient.

Je suis tellement rien, je suis si loin de-ce que j'étais que je me demande, au cas où mon moi se recréerait si ce serait bien le mien avec mes sentiments, mes idées d’autrefois. »

€ Aucun point de repère dans le passé : il ÿ a un an ou 6 mois, je me vois sur le même plan de souffrance. »

Mbps

€ Je suis faite de chair, d'intelligence. Toute la partie sensible est morte, »

€ Je me fais un moi. «Tu est une telle. » («Tu es une telle, » Mais quand je parle, 1l s’en va. Je suis une pensée qui marche seule, que ne fait rien vibrer, qui ne déclanche aucun écho, qui n'est plus dirigée par moi, qui est hors de moi cérébralement. »

«€ Je ne suis plus un être vivant. Je suis métamorphosée en corps pensant. Comment voulez-vous que je guérisse ; on"nesrecrée pasunrtètre. »

Lorsqu'on interroge Mi... et qu’on lui demande si véritablement elle est morte, elle sourit et explique qu’elle est obligée d’user de métaphores pour décrire son état. D'ailleurs elle continue à avoir une vie sociale qui peut paraître normale.

L'examen physique de M1... révèle des troubles circulatoires ; la malade se plaint d’avoir constamment les mains et les pieds « dans la glace ». On note en effet une mauvaise cireulation périphérique : sa T. A. est de 10-7.

Ses règles sont réellement insuflisantes.

Présence de nombreux noevis.

Tendance à la kératisation cicatricielle.

Pas de troubles glandulaires nets : l’interférométrie sanguime n’a pas donné d'indications précises.

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