‹ Essai sur l'organisation du travail en Poitou (volume 2)Chapitre 6 sur 27 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

Condition matérieile des Classes industrielles et commerçantes

en Poitou.

Il n'est pas moins malaisé de connaître la situation matérielle des classes industrielles et commerçantes de

(i] Délib. muDÎc. de Poitiers lo fcv. iSSy-SS, conc. les compascDODS menuisiers, Reg. 20. — (2) Voir ci-dessus livre III, chap. III. — (3) Lettrecirculairc des perruquiers de Poitiers 1774-^9» hidre-el' Loire E. t\bt\.

i38 ESSAI SUR L'ORGANISATION

Tancien Poitou, que de juger leur situation morale. Ici encore, le problème est presque impossible à résoudre, à cause de la complexité de ses données, de la dissémination des textes et de la difficulté d'interpréter leurs renseignements. II faut se contenter de solutions en partie hypothétiques, en partie provisoires- Sur un premier point toutefois, il est difficile d'hésiter. Il paraît certain que la somme de travail exigée autrefois du maître comme de l'ouvrier était infiniment plus lourde qu'aujourd'hui. La machine n'est pas encore venue alors alléger ou simplifier leur tâche. Si la besogne qu'on demande en particulier au compagnon de nos jours est souvent moins intelligente, elle n'implique pas un effort physique aussi prolongé. La journée de 12 à 47 heures, qui paraît avoir été jadis la règle dans les métiers poitevins (1), paraîtrait certainement, et à bon droit, écrasante aux patrons et aux ouvriers de notre époque. Ajoutons pourtant que diverses coutumes tempèrent ce que les usages relatifs à la durée du travail pouvaient avoir d'excessif. Telle est dans certaines professions l'interruption du travail, l'après-midi du samedi ou la veille des fêtes (2). Tel est surtout le nombre des jours fériés. Avant les réformes de Colbert, il n'y enapasmoins del07,àsavoir55 fêteset52dimanches(3),et, même après la mort de ce grand ministre, Vauban compte encore 80 jours fériés (4). C'étaient pour les maîtres et les ouvriers autant de journées de repos. Le travail se trouvait donc interrompu pendant une période équivalente au tiers ou au quart de l'année. Si ces habitudes étaient fâcheuses

(i) Voir ci-tlessus livre III, chap. III. — (a) Voir ci-dessous livre IV, chap. III. — (3) Joubleau, Etudes sur Colbert /. 3oo-.So2. — (4) Vauban, la Dlme royale (Coll. des Economistes, p.p. Guillaumin), tome I, p. 86,

au point de vue économique, puisqu'elles amenaient une déperdition de salaires et un ralentissement de la production, du moins permettaient-elles, par des repos périodiques fré-^ quents,de réparer le surmenage qui résultait de la longueur abusive des journées de travail.

D'autre part, l'organisation matérielle de l'atelier poitevin a l'avantage de rapprocher le maître de l'ouvrier. L'industrie et le commerce de cette province ont gardé en effet jusqu'à la fin du xviii' siècle le caractère familial. EJn Poitou, point de ces grands entrepreneurs que l'on désignait aux deux derniers siècles de l'ancien régime sous le nom de maîtres marchands fabricants. L'inspecteur Pardieu assure, en 1747, qu'il n'y a pas dans la province plus de 150 maîtres qui fassent travailler à façon pour les étoffes (1). Dans quelques spécialités seulement, telles que la bonneterie à Poitiers et à Saint-Maixent, la draperie dans ces mêmes villes et à Châtellerault, quelques marchands de fortune médiocre font travailler à leur compte les ouvriers et ouvrières ou les petits patrons (2). Mais ils mettent en œuvre des capitaux si peu importants qu'un « bien de 30.000 1.» fait passera Saint-Maixent un de ces négociants pour un Crésus, et qu'il n'y en a pas 3 sur 100 qui aient 60.000 1. de fonds (3). Aussi, presque toujours, le maître travaille -t-il seulement sur commande des particuliers ou bien pour son propre compte (4). Le travail est si peu divisé

(i) Mém. sur les manuf . du Poitou^ par rinspecteur Pardieu 1747, Vienne C. 38. — (2) Mém. mss sur ChâleU* par Roffay des Pallu 1788. — Rapport et requête des bonnetiers de Poitiers 1735, Arch. Vienne C. 89. — Mém. de Lcvesque (1698) et de Garran (1740) surréicction de St-Maixenl, p. p. A. Richard, Mém. Soc.Stat, D.-SèvreSy III (1874) p. 559; 1874, p. i3i. — (3) Mém, de Garran 8ubdélé*çué sur réiection deSt-Maixent (1740), Afém. Soc. Stat. D.-Sèvres 1874, p. i3i. — (4) Mém. ci-dessus cilés. — Le client fournit même parfois la matière: par ex. statuts des tcxiers i554, art, 87, et des chaussetiers i473.

que le petit patron exerce à la fois les professions de fabricant et de commerçant. Ainsi, àChâtelIerault, Arthur Young

observe que les couteliers exécutent eux-mêmes les diverses pièces des couteaux et des armes, tandis que leurs femmes ou leurs filles vendent ces produits aux passants(l). Le subdélégué Roffay des Fallu émet une observation analogue à propos des chandeliers, des tireurs d'étaim, des cardeurs, des tisserands et des menuisiers de la même ville (2). Il arrive encore que le client livre au maître la matière et que le maître soit simplement chargé de la transformer. C'est l'usage qu'on trouve en vigueur pour le meunier, le boulanger, le texier en toile, le tisserand en laine, le chaussetier et le couturier (3). Travaillant ainsi au jour le jour et sans fortes avances, les petits patrons n'ont nullement besoin d'un nombreux personnel ni d'un outillage très développé. Les statistiques que nous possédons et qui indiquent reffectif des maîtres et des ouvriers occupés aux tissages permettent de voir que le nombre des métiers varie entre 2 à 3 par maître fabricant, et que celui des compagnons qu'ils emploient oscille entre 7 ou 8, y compris les fileuses et les cardeurs (4). On doit remarquer qu'à ce travail le petit patron occupe toute sa famille, vieillards, femmes et enfants, si bien qu'àMontcoutant et à Bressuire, par exemple, les 3/4 des habitants se livrent au filage, au car-

(i) A. Young, Voyage en France^ I, 86 (3 sept. 1787). — (2) Mém. de RofFay des Fallu sur Cbàlellt 1738. — (3)Voîr cindessus.p. i39,note4. pour les texiers et chausseticrs, les statuts de 1462 pour les tailleurs de Poitiers, le mémoire de RofFay pour les tisserands, le livre II chap. III pour les boulangers.— (4) Etats de situation des manufactures indiqués livre I«r, chap. III et IV. — Mém, sur Vélention de Fontenay (1729) p.p. D. Matifeux^ p. 43.^. — Rap. de Bonneval sur Montcoutant 1733, Art'h, Vienne C. 36; rapport de Vaugelade, inspecteur, 1778. Arch* Vienne C. 39, ctc.

dage et au lissage des laines (1). « En général, écrit l'inspecteur des manufactures du Poitou en 1780, les fabricants sont eux-mêmes tisserands et font toutes les opérations de leurs étoffes, préparant dans leurs familles la plus grande partie des matières, et y exécutant tout,jusques et y compris la confection (2) » . Et il ajoute dans d'autres rapports : « La plupart sont des ouvriers qui ne sont pas en état de travailler pour eux-mêmes, n'ayant ni crédit ni fonds (3). » Or, il est à noter que la fabrication des tissus est la forme la plus avancée de l'industrie poitevine.

Aussi n'^existe-t-il point d'agglomérations industrielles sous forme de vastes ateliers ou de grandes usines. Les métiers des tisserands, par exemple, sont pour tout le Poitou, çà et là dispersés dans les villages, bourgs, hameaux, fermes et métairies. « Il n'y a que Châtellerault, Poitiers, Saint- Maixent, Niort, Parthenay et Fontenay où les établissements industriels soient renfermés, écrit l'inspecteur Pardieu : encore y a-t-il des métiers dispersés dans les campagnes voisines qui travaillent pour les fabricants de ces villes (4). » Dans les villes ou les bourgs, chaque maître a son logis distinct. Le plus souvent, le patron de la corporation jurée ne s'occupe qu'à sa profession. Mais le compagnon^ soit dans la communauté jurée, soit dans la communauté non jurée, et le maître du métier libre cumulent avec le travail de l'atelier, le travail des champs. Ainsi, dans les petits bourgs

(i) Rapports d'inspection sur Montcoutant et Brcssuire lySS et sq. Arch, Vienne C. 36 — procèa-v. de situation des manuf. du Poitou 1714-1715, Vienne, C. 36. — (a) Mém. de Pardieu 1747. — Tableau des manufact. du Poitou par Vaugelade 1778-80, Vienne C. 39. —(3) Mém. de Vaugelade 1781. — Tableaux d'inspection et observ. 1876-80. — Ppocès-v. d'ass. des manuf. du Poitou I714-15, Vienne C. 39 et C. 36. — Rapports et mémoires des inspecteurs Pardieu (174?) et Vaugclade (vers 1780) yiV?/ineC,38 et 39. — (4) Mêmes mémoires.

de l'éleclion de Saint-Maixent, si Ton en croit un rapport de 1729, et même dans tout le Poitou, d'après un mémoire de 1747, les artisans ne travaillent pas le quart de Tannée à l'atelier ; ils passent le reste du temps à cultiver leur morceau de terre, à serrer les foins et les grains (1). A Vareilles-Sommières, à Secondigné en Gâtine(2), à Poitiers (3), à Niort même, les ouvriers peigneurs, card eu rs, drapiers, sergetiers, tisserands en toile, après avoir besogné l'hiver et quelquefois le printemps, laissent leurs maîtres pendant Tété pour se louer pendant la moisson et à Tépoque du battage des blés, ou pour aller exploiter le petit champ qu'ils détiennent (4). Dans toute la région de Montmorillon, l'ouvrier profite de la belle saison pour se répandre en Loudunais, Saumurois, Chinonais et ailleurs, afin d'y louer ses bras comme maçon, moissonneur ou vendangeur (5).

A cette petite industrie, dont l'organisation est parfois très rudimentaire^ il ne faut point d'installation matérielle coûteuse. La plupart des fabricants, suivant l'expression d'un inspecteur, ne sont en effet « que des ouvriers très pauvres (6) ». Le fonds d'un maître exige une dépense relativement minime. Bien que l'on n'ait encore publié que peu d'inventaires de meubles relatifs aux gens de métier, on peut fournir à cet égard quelques détails précis. Ainsi à Chef-Boutonne, en 1689, un fonds d'apothicaire est vendu

(i) Mém. sur réleclion de St-Maixcnt 1729, Mém. Soc. SiaL D. ^Sèvres, 1874* p. 154. — Mém. mss. de Pardieu sur les man. du Poitou. 1747- -• Mém. de Vaugelade (vers 1780). — Rapport de Tinspecteur Bonneval sur MoncoDtour 1733 (Vienne, C. 36). — (2) Affiches du Poitou 1780, p. 157.

— (3) Les peignears et cardeurs à Poitiers après qu'ils ont besoîgné l'hiver laissent leurs maîtres l'été, Délib. munie. 28 janv. i543-44? Beg. 25. — (4) Mém. sur l'élection de Niorl 1729 et 1744, Mém. Soc. Stat. D.-Sèvres 1886, pp. 109 et 239.— (5) Cochon, Statist. de la Vienne (1802). p. 43.

— (6) Mém. de l'insp. Vaugelade (vers 1780) Vienne C. 89.

seulement 900 1. (1). En 1779, à Niort^ les outils et ustensiles de la forge d'un poêlier sont estimés 33 1. (2). Chaque maître a son onvrob\ où il fabrique et prépare ses produits en compagnie de son apprenti et de son compagnon. L'ouvroir porte divers noms suivant le métier. 11 s'appelle la forge pour les ouvriers des métaux, la boucherie pour les bouchers, le four pour le boulanger et le pâtissier, la fonderie pour le chandelier ou le cirier (3). La boutique, qui se confond assez souvent avec Tatelier, s'ouvre sur la rue. Sur le devant, à la fenêtre ou estai y le maître exhibe les produits destinés à la vente (4). Chaque petit patron ne peut d'ailleurs avoir qu'un « t^^fe/», c'est-à-dire qu'un ouvroir ou boutique dans la même ville. Afin de faciliter la surveillance ou d'empêcher la fraude, tel métier, par exemple celui des texiers en toile de Poitiers, interdit de tenir deux ouvroirs dans la même maison, s'il n'y a un moyen aisé d'aller de l'un à l'autre, sans « yssir » de l'immeuble (5). D'autres, pour empêcher une concurrence trop âpre de s'établir entre les membres de la corporation, défendent à tout nouveau patron d'ouvrir boutique à une distance moindre que celle de 12 maisons entre son ouvroir et celui de son ancien maître. Telle est la prescription qu'on rencontre dans les statuts des boulangers de Niort (6). Parfois, la vente est prohibée hors de «l'ostel » du maître. Ainsi, les inaprimeurs-libraires ne permettent à aucun patron d'avoir

(i) Vente d'un fonds d'apothicaire, 1689, ^^^^^ par B. Filleau^ilec/i. sur Che f 'Boutonne i Mém, Soc. Stat, D.-Sèvres 1884, p* 190. — (2) Inventaire de meubles d'un poélier de Niort 1779, Deux^Sèures, E. 657. — (3) Statuts des corporations de Poitiers xv*-xviii« s. et autres documents cités cidessus. — (4) Mêmes statuts et documents cités livre H. — (5) Par ex. statuts des boulangers de Poitiers 1G09, art. 5; des texiers i5549 art. 5 — des chapeliers de Châtelb i588, art. 5, etc. — (0) Statuts des boulans^ers de Niort 1780, art. 34.

des boutiques ou des étalages portatifs (1). Cependant, en général les maîtres sont autorisés à trafiquer hors de leur atelier, sous les balles et sur la place publique, mais les ordonnances leur défendent d'avoir plus d'un étal, boutique ou banc pour la vente (2). C'est donc surtout à domicile que le patron et le compagnon travaillent à la fabrication et à la vente, sous les regards du public, suivant les injonctions des statuts (3). Leur vie se passe dans l'étroite enceinte de Touvroir, dans ces maisons de bois ou de torchis qu'on se représente développant leurs lignes irrégulières le long des ruelles sombres et étroites des villes et des bourgs. Au-dessus des étages supérieurs qui surplombent les auvents prohibés sans succès par les ordonnances (4), à peine peuvent-ils apercevoir un coin du ciel ,tandis que sur leur tête les enseignes expressives se balancent en grinçant (5) . Souvent chaque métier s'est groupé dans une rue spéciale. A Poitiers, les bouchers occupent celle de la Vieille-Boucherie, les chapeliers la rue Saint-Paul, les orfèvres la rue Favrouse ou Saint-Étienne, tandis que les imprimeurs et les libraires étalent leurs ouvrages aux environs des couvents, près de l'Université et du Palais. Mégissiers, tanneurs et

(i} Statuts des impr.-Iibr.de Poitiers i634» art. 3. — (2) Ordon. munie, de Poitiers 8 nov. 1666 et 1661, Reg, 117 et 112. — Voir aussi les documents cités livre II. — (3) Les ouvriers tisserands et drapiers eux-mêmes, travaillent à domicile (enquête de 1679 à Niort, citée par Bardonnet.) Mém, Soc. Stat. D.-Sèvres 1884, p. 288). — Sur Tinterdiction de travailler en chambre secrète, statuts des orfèvres de Poitiers 1457-67 art. 3 et 4; régi, de police de ChâtelU 1749 art. 35 — sur la façon de travailler en usage chez les tailleurs, délib. munie, de Poitiers 5 mai 1608, Reg, 63. — (4) Sur la prohibition des auvents i5i9, délibér. munie. Arch. Munie. M. 42 Reg. n f*>62 v®; et les ordon. de police de Poitiers i54i à 1733. — (5) Enseignes d'hôtelleries à Poitiers citées livre II, p. 240 ; à Chcf-Boutonne, par Filleau, op. ciU,p, 181 ; à Fontenay par Fillon pp. 62, 74; enseigne de vitrier à Poitiers (Fimage St-Luc) (Aff. du Poitou 1775 p. 4); d'un tapissier rue N.-D.-la-Petite (le Chat qui presche), d'un cordonnier (la Botte royale), délib. munie, du 9 août 1G66 et 8 août iQ5i,Reg. io5 et 117.

v^ DU TRAVAIL EN POITOU 143

corroyeurs encombrent de leurs fosses les abords de la Boivre et du Clain. Les chandeliers paraissent préférer les alentours de Sainl-Hilaire, et les cordiers les faubourgs ou le voisinage des remparts {i ).

Dans ces logis étroits où manque Tair, il est d'usage que le maître héberge avec lui le compagnon. « Le soir, quand celui-ci a mangé son pain sec, il monte au grenier, à la soupente et s'endort content (2). » En général, maîtres et ouvriers sont forcés de vivre sobrement, ne s'écartant guère de ce régime que les jours de dimanche ou de fête, quand ils vont vider pinte ou chopine à la taverne ou au cabaret. Les détails insérés dans les cartulaires nous montrent au Moyen-Age ce qu'était Talimentation populaire. Le fond en est constitué par le pain, les légumes, les fèves, les haricots, les pois blancs et les oignons que Ton mêle à Toccasion avec le vinaigre et Thuile, Parfois des œufs et de la viande de porc. Dans les grandes fêtes seulement, les ouvriers et les maîtres savourent la viande d'agneau et la volaille, les /(9fl{*5^ (pâtisseries) et les chapons. En carême, ils ajoutent quelquefois à leur ordinaire des légumes, du poisson de mer ou d'eau douce, du hareng, des mègres, des sèches et des esturgeons. Le vin est réservé pour les jours de débauche ; l'artisan boit ordinairement du moût ou de la piquette (3). Quelques documents permettent même de connaître à quelle somme on évaluait par jour la nourriture d'un petit patron ou d'un ouvrier. En 1307, elle est estimée

(i) Rédet, Poitiers au xv* siècle, Mém. Anliq. Ouest, X/X^ /j5 1 . — Documents cités livre II et Ilî passim, — (2) C'est ce que montrent pour le Poitou les documents cités livre III, chap. III et V. — La citation est de Michelct, le Peuple, p. 52. — (3) I^ettres de rémission du xiv* et du xv«s. Arch. fiixt. Poitou, XI et suiv. — Cartulaire de St-Hilaire. 2 vol. in-8*»,p.p. Rédet et autres cartulaires publiés. Voir aussi les documents cités livre II, chapitre I à VI.

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à 6d. par jour au plus, à 4 d.aumoins^pourles maçonset les charpentiers, c'est-à-dire au tiers du salaire journalier (!;• En 1422, la nourriture du laboureur ou du manœuvre coûte 10 d. par jour et celle du charpentier ou du maçon 18 d. c'est-à-dire un peu moins du tiers dans le premier cas, et un peu plus du tiers de la rémunération quotidienne dans le second cas (2). Au xvi'' siècle, en 1578, l'évaluation varie entre 2 s. 6 d. et 4 s. pour les journaliers et les faucheurs, les maçons et les ouvriers du bâtiment ; elle équivaut à la moitié ou au tiers du salaire. La même proportion s'observe au xviii® siècle; vers 1789, le prix de la nourriture oscille entre 10 et 12 s. (3). Quant au fond de la nourriture, il paraît avoir peu varié, et, même au xvn® et au xvni' siècle, l'ordinaire semble être moins substantiel qu'au Moyen-Age et qu'au XV® ou au xvi® siècle. La base de l'alimentation est toujours le pain, et en 1728, d'après le calcul d'un subdélégué, il faut à un homme du peuple adulte 12 boisseaux de Niort par an pour cet objet, c'est-à-dire 4 hectolitres, s'il s'agit du froment, 5 hectolitres, s'il s'agit du seigle (4). Rarement, le pain est de pur froment ; le riche patron peut seul aspirer à en faire sa nourriture. A la Châtaigneraie et dans tout le Bocage, l'ouvrier mange du pain de seigle, toujours mélangé avec de l'orge et de l'avoine ou du blé

(i) Ordon. du sénéchal de Poilou sur le prix des vivres iSoy, Arch^ hisl. Poitou,yill. 4o6. — (2) Ordon. du sénéchal de Poilou sur le prix des vivres 1422. Arch, hUt. Poilou, XXVI, 392. — (3) Ordon. générale et régi, pour le Poitou 1678, Rec. PotLdela BibL Munie, — Un compte de 1788 porte à \2^ par jour la nourriture d'une filcuse ou d'une tourneuse de soie (Compte de la femme Crossard 1788, Vid/me G. G23).Dupin évalue en 1802 la nourriture d'une personne à o fr. 05, à o,5o où à o,(>o celle d'un journalier, soit la moitié du salaire. Slat, des iJ.'SévrtSy p. O2. Voir aussi les chiffres cités ci dessous. — (4) Méni. sur l'élection de Niort 1728 Mêm. Soc. Stat, />.- Sèvres 1886, p. i43.

Doir. Il le mange le plus souvent sec ou trempé dans du mauvais bouillon, et il y joint des légumes ou bien, pendant la belle saison, des fruits(l), quelquefois un peu de lard, et dans certains cas du beurre, du lait et du fromnge (2). Dans la Plaine, il n'a guère que du pain de baillarge pure (orge d'été) ou mêlée d'un peu de froment. Rarement il mange de la viande et du poisson ; il se contente de laitage et de légumes (3). En Loudunais et Mirebalais^ il consomme, soit du pain de baillarge mêlé de froment, soit du pain noir de seigle et de méteil, parfois mêlé d'ail et de poissées (4). Les plus aisés élèvent à la ville des coniU (lapins) et des oies (5), à la campagne quelque volaille et un ou deux porcs (6). Lorsque Sophie Gutermann ,une Allemande voyageuse passe à Châtellerault, la femme d'un coutelier lui décrit ainsi la nourriture de son mari : « Du pain et de la « soupe plusieurs fois par jour, parce que la viande est <( trop chère : soupe aux herbes, soupe aux carottes, soupe « à l'oignon avec de l'huile. On boit de l'eau à la maison, « mais le lundi le maître va boire du vin avec ses compa- « gnons au cabaret (7). » Tout au plus, l'artisan boit-il d'ordinaire dans les parties du Poitou où existent des vignes une sorte de boisson faite d'eau fermentée sur les

(i) Mém. du Dr Gallot sur le Bas-Poitou 1778, Ann. Soc. iVEmuL Vendée 1871, p. 116. — (2) Labretonnicre, Stat. de la Vendée (1802), pp. 35, 65, 83. — DupÎD, SkU. des D.-Sèvres (1802), pp. 69-70. — (3) Mêmes statistiques.— (4) Cochon, Slat. de la Vienne, p. ^2. Dans la CiUlne; le pain est moitié seig^Ie, moitié vcsce ou sarrasin, ou lout sarrasin ; dans la Plaine, le Marais et le Bocage, pain de baillarge pure ou avec tiers de seigle ; les paysans aisés mangent seuls du pain de mcteil. Happortdu 1780 sur Fonitiuiyp.p. Dugast'Malifeux {Etat du Pot7ou)p. 436. — (5) Ord. de police de Poitiers i54if 1567 et suiv. — Voir les documents cites livre II, chap. X. — (6) Mcm. sur l'élection de Niort 1729, iVém. Soc. Slat, D, -Sèvres 1886, p. 189. — (7) Journal de M^e Laroche (Sophie Gutermann), analysé par A. Babeau, Ifts Voyageurs, pp. 270 et sq.

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marcs de raisin et nommée rdpé ou piquette. Ailleurs, s'il ne veut boire de l'eau, il doit se contenter de vma^.j^, c'està-dire de l'eau fermentée sur les prunes ou pommes cuites et séchées au feu (1). Heureux les ouvriers, lorsqu'ils ne manquent pas de pain, observe un inspecteur des manufactures en 1747, et lorsque la cherté du blé n'en réduit par les 3/4 à la plus grande misère (2).

Pauvrement nourrie, la masse des maîtres et des compagnons poitevins est aussi en général pauvrement habillée. L'habillement semble cependant avoir été,à labelle époque du Moyen Age et des temps modernes, plus confortable qu'au xvu'et qu'au xvin® siècle. Des étoffes grossières, étamines, burats ouburaux, serges, boulangers, decouleur bleue, grise ou gris blanc, ou encore fauve, des guêtres de toile, des sabots, de gros souliers, le tout solide et d'un bon usage, telle est en général la garde-robe dont se contente l'artisan (3). Le maître aisé ou riche pousse jusqu'au drap, quelquefois jusqu'à la soie, mais la classe à laquelle il appartient a toujours été en Poitou peu nombreuse (4).

Au reste, il est très malaisé de se prononcer avec netteté et précision sur le degré de prospérité et de misère des classes industrielles et commerçantes du Poitou aux diverses époques de leur histoire. La situation de ces classes

(i) Dupin,.S^a/. des Deux^S^res pp. 69-70; Cochon, Stat. de la Vienne, p. 4^; Liibrcloanièrc, Stat, de Ui Vendée pp. 35^ 65, 83. — (2) Mém. sur les maauf. du Poilou (par M. de Pardieu) 1747» précité. — A ChAlelierault pendant la guerre de Succession d'Espagne, le boisseau de blé s*étant élevé de 1 5 s. à 3 et 4 1-9 les artisans se trouvèrent réduits la misère* Procès-v. d'ass. delà manuf . de Chàtcll* 17 14. Vienne E 7*. — (3) Sur le costume populaireduxiii^ au xviiie siècle voir ci-dessus livre II, chap.VH — au xviuesiècle, voir Dupin, Stat. des D.-Sèvres p. 71 ; Cochon, 5^al. de la Vienne p. 42. En 1744* rhabillement d'un valet de ville par an équivaut h. 43 1. Mém. sur réleciion de Niort 1744 (Mém. Soc. Stat. D.-Sévreg, 1886, p. 277). — (4) Voir livre ll,chap. VII, les documents cités, notamment les états des foires.

dépendait étroitement du taux des salaires, du prix des produits fabriqués et de la valeur des objets de première nécessité. Or l'étude de ces trois données du problème est Tune des plus difficiles qui existent. II faudrait pouvoir connaître année par année les variations de ces trois éléments, les comparer avec celles du pouvoir intrinsèque et du pouvoir réel de l'argent (1), posséder des statistiques exactes dressées dans les divers lieux, c'est-à-dire avoir sous les yeux les instruments d'enquête que l'on commence à peine à réunir sur le mouvement économique contemporain. Il faut donc se contenter ici de grouper les renseignements fragmentaires épHrs dans les documents, pour arriver à se faire une idée très imparfaite des conditions du travail dans les métiers poitevins. Remarquons d'abord que la nature du salaire varie suivant les professions. Certaines classes d'industriels, les boulangers et les meuniers par exemple, sont payées en nature, et malgré les vœux ou les plaintes formulées au sujet de ce mode de rétribution, cette coutume persiste encore au xviii® siècle (2). D'autres fois, le salaire est formé de plusieurs éléments, dont l'appréciation est impossible. 11 comprend par exemple, pour* beaucoup d'apprentis et de compagnons, le logement et la nourriture, outre une certaine somme d'argent (3). Les maîtres eux-mêmes, surtout dans les corporations du bâtiment, reçoivent une partie de leur rémunération sous forme de

(i) Voir à ce sujet le travail célèbre de M. de Waîlly, Mém, sur les vU" ricUions de la livre tournoi.% depuis St-Louis, Paris , 1857 (p. 222 tables de comparaisoa) — et les études de M. d*Avenel (Uisl. des prix et des salai' res, 4 vol. iD-40, 1895 et sq.). — Sur rinccriitude de ces données, les observations très justes d'Hauser, Ouvriers du temps passé, p. XIX. — (2) Voir ci-dessus livre II, chap. II, pp. 1 19-126; el chap. III. pp. i3oet sq. — Délib. munie, de Poitiers 10 mars i538-39 rel. au salaire des meuniers, Reg, 20. — > (3) Voir ci-dessus, livre III, chap. II et III.

nourriture (1). Il peut arriver encore que le compagnon reçoive comme éléments accessoires du salaire, à l'exemple des domestiques et des servantes (2), une aune de toile, une paire de souliers (3), voire même un habit. Ici, le maître et le compagnon sont rétribués à la tâche; là, ils sont payés à la journée (4), à la semaine (5), au mois (6), à Tannée.

En dépit des difûcullés de l'appréciation, il n'est pas sans intérêt de grouper les notions qui ont pu être recueillies sur ce sujet délicat, en les répartissant suivant la méthode la plus sage, qui semble être la méthode chronologique. Le premier document qui nous renseigne sur les salaires elles prix est une ordonnance du sénéchal du Poitou de 1307. Avant cette date, vers le milieu du xuf siècle, les comptes d'Alfonse de Poitiers montrent à quel taux s'élevaient les gages des fonctionnaires d'ordre supérieur et subalterne. Le sénéchal de la province était alors payé 30 sous par jour, un châtelain 2 s., un prévôt de la monnaie 30 s., un portier 6 ** , un sergent des forêts 2 s. 8 d (7). Il est intéressant de comparer ces salaires avec ceux des maîtres et ouvriers au commencement du xiv' siècle. A cette dernière époque, le compagnon boulanger chargé d'enfourner le pain reçoit 2 s. 6 d. par semaine^ soit environ 7 d. à 8 d. par jour, et les autres varlets boulangers ont 2 s. ; les uns

(i) Règlements et autres textes cités ci-dessous. — (2) La Maison Réglée, Amsterdam i6t)7chap.4. — Livre de raison delà famille Decressac à Poitiers xviiie s. Arch, Antiq. Oupst, etc. — (3) Livre de raison du notfiire Decrcssac i^e moitié xvm« s. — Comptes de Tabbayc St-(3yprien 1 778-1 789, i4rcA. Munie, de Poitiers, n*42i. — (4) Voir les règlements et s<ilaires cités cidessous. — (5) Par ex. les boulangers en 1607. — (6) Par exemple les ouvriers lexiers, serruriers, cuisiniers. La nature du contrat. dVngagemcnt indique que pour un certain nombre de métiers c'était là le mode de rétribution ordinaire. Voir ci-dessus livre III, chap. III. — (7) Comptes d'Alfonsc de Poitiers (i253) pour le Poitou, p.p./lrrA. hist. Poitou, VIII, p. 11-

DU TRAVAIL EN POITOU 13i

et les autres sont nourris. Ils recevaient donc par an dans le premier cas 92 fr. 92 de gages, et dans le second 74 fr. 25 (1). Les compagnons cordonniers les plus habiles arrivent à gagner 6 d, par jour (0 fr. 357). Les bons charpentiers et maçons pendant la bonne saison gagnent 12 d., s'ils sont nourris et 18 d. sans nourriture (2). Les ouvriers ou maîtres les moins rétribués de ces deux corporations reçoivent 8 d. (0 fr. 476) si on les nourrit, et 12 d. (G fr. 714), s'ils ne sont pas nourris. Les bûcherons en bois do cognée et de serpe ont 10 d. par jour (0 fr. 595) sans bûchage ou copeaux; etl2d. (Ofr. 714) avec bûchage. Le sîilaire des charbonniers varie dans les mêmes conditions entre 10 et 12 d. Les varlets à maréchaux gagnent les uns, à savoir les forgeurs 4 d. (0 fr. 238) par jour, et les batteurs 3 d. (0 fr. 178), avec la nourriture en plus. Enfin, les vignerons, hotteurs et autres menus ouvriers de bras, gagnent sans être nourris 8 à 9 d. par jour (0 fr. 476 à 0 fr. 485) (3). Dans d'autres métiers, le salaire est attribué en raison de l'ouvrage exécuté. Ainsi la façon d'une chausse de drap coûte 4 d., celle d'un chaperon 3 d. Un tondeur reçoit 2 d. par aune pour une façon et 3 d. pour deux façons. Si l'on compare le prix du revient du cuir brut et celui du cuir tanné, on voit que la façon coûte ch'^z les tanneurs ou

(i) Ord.du sénéchal de Poitou sur le prix des vivres et les salaires, p.p. Lee. Dupont, Arch, hiat. PoUou, VIII, 4^5 • — ^cs évaluations en monnaie moderne représentent seulement la valeur intrinsèque que nous avons calculée d'après les tables de comparaison de M. de Wailly. Comparer avec le salaire des boulangers de Poiliers celui des boulangers de Paris qui qairnaient nourris 5 d. par jour (E. Levasseur, HLst, des Classes Ouvr. I. 369). — Voir aussi Martin St-Léoriy Les Ane. Corp, d^aris lU mHicrs, io-8, 1897, P- '^4. — (2) A Paris, un charpentier non nourri fi^a^ne au XIII* siècle I sou par jour, Levasseur, I. 3O9. — ;3) Ordon.du sénéchal de Poitou 1307.

corroyeurs 7 s. (1). Les éléments de comparaison manquent pour la plupart des autres professions. Notons qu'en 1312 le setier deblé vaut 16 s. 3 d. (2), que la livre de chandelle vaut, en 1307, 8 d., le setier de sel 5 s. 6 d., la paire de souliers communs 32 d. à 6 s., la robe ou vêtement de dessus 2 s« à 7 s. (3). Un peu plus tard, en 1349, la journée d'un couvreur qui a fourni les chevilles et clous est payée à raison de 2 s. 8 d, par jour, et celle du charpentier à raison de 2 s. (4). Celle du carrier ou pierrieur en 1384 à Poitiers est estimée 5 s. (5). Si nouspassons au premier quart du xv' siècle, un document précieux, le règlement édicté en 1422 pour la capitale du Poitou, nous fournit d'utiles détails. A cette époque, les laboureurs et les manouvriers gagnent pendant la belle saison 2 s. 6 d. non nourris et 20 d. nourris ; les charpentiers et les maçons 4 s. non nourris, et 2 s. 6 d. nourris. Les autres salaires sont calculés à la façon. Ainsi en comparant le prix d'achat des peaux brutes et le prix de vente des peaux ouvrées, on voit que la façon d'une peau tannée est de 10 s., que celle d'une douzaine de peaux de cordouan varie entre 15 s. et 6 s., que ce prix s'élève à 15 s.

(i) Même document. — II indique aussi le prix des robes,coUen et surcots qui varie entre 4 s. et 7 s., celui des éperons 12 d., des freins à roussin 4 s., des selles h écuyer garnies 26 s. , des gants (la paire 6 à 8 d.), et des peaux de parchemin 10 d. à 6 d. pièce. — (2) Sur le prix des céréales au milieu du xiii<) siècle, voir Comptes d'Alfonse de Poitiers p.p. Bardonttei^ Arck.hisl. Poitou 9 III, 12. — (3) Dupré Sl-Maur, Essaisurles monnaies 17^7 pp. 208 et 198. Ce prix est celui de Paris. En i354tle prix du setier à Poiliers est de 12 s., en 1 356 de 16 s. Hriquet, Hist, de Niort, I, 54, 56. — En 1 362, le prix est de i3 à 16 s.; en 1370, de 36 s. Mss no 242 f» 37 v* (Bibl. de Poitiers). Le prix du pain est de 4 d. les 28 onces en i362 et de 6d. les 21 onces (même mss). — Ord.du séo. de Poitou i3o7. — (4) Etat des réparations du château de Poitiers 25 août 1 349, Art' A, /ii5^ Pot/OM, XX, 291. — (5) Compte de i384 cité par les Arch. hist. du Poitou XXI. 277. — D'après Giraudet {Hxst.de Tours I, i8i-i82)le prix delà main-d'œuvre enTouraîne (a* moitié xiv» s.) est de i à 2 s. par jour.

DU TRAVAIL EN POITOU \b&

pour la douzaine de peaux de mouton. Un charretier pour trcinsporler une pipe de vin à 30 kilomètres avec 3 chevaux reçoit 30 s.^ et 20 s. s'il n'a qu'une charrette à bœufs. Un lexier reçoit par aune de toile ordinaire suivant la matière iO d. à 6 d., par aune de toile damassée 5 s. ou 4 s. 9 d., par aune de serviettes de lin 2 s. à 2 s. 6 d., et pour la Serviette en toile de chanvre 12 d. La façon de la livre de laine filée ressort à 12 d. ou 1 s. (0 fr. 286). Les couturiers se font payer la façon d'une robe double à usage d'homme 10 s., d'une robe sangle 7 s, 6 d., d'un chaperon double 2 s. 6 d., d'un pourpoint commun 10 s., d'une cotte hardie double à femme li s., de chausses d'hommes garnies 2 s. 6 d. Les tondeurs demandent pour tondre l'aune de drap du pays 5 à 8 d. et s'il s'agit de drap de Bruxelles 16 d. (1). Observons encore qu'un architecte estpayéen 1406 à raison de 2 s. par jour (2). Ensusdu salaire, certains artisans reçoivent sous le nom de vin un supplément de salaire. La ville de Poitiers, par exemple, en 1422, paie à un charpentier 40 s. de ce chef, et autant à un carreleur. 11 est à remarquer qu'en 1422,1e pot de vin se vend suivant la qualité 6 à 10 s., la livre de chandelle 16 d., les souliers pour gens du commun 5 à 7 s., l'aune de serge 5 s. (4), et que le setier de blé vaut en 1418, 2 1. 5 s. (5).

La seconde moitié du xv* siècle n'est marquée, semble-

(i) Ordon. du sénéchal de Poitou (1422) sur le prix des vivres et les salaires, p p. P. Guérin, Arch. hist. Poitou^ XXVI, pp. 38o et sq. — (2) P. Guioty chanoine de Loudun et architecte en i4o6, texte cité par Berthelé, Anciens ar listes {fiev. Pmt. et Sainlong. 1890 n*»* 76 elsq.) — En i4i<>» un manœuvre se paie à Tours 12 d. Girnadety I, 3o5. — (3) Dciibér, munie, de Poitiers nov. 1422, /?egr. 2. On paie 26 s. à un peintre pour 20 écussons, et pour une pipe de vin pineau 61. — (4) Ord. du sénéchal de Poitou 1422. — Voir aussi dans le môme document le prix des autres denrées. — (5) A Paris^ B, Levaeseur, I. 562»

loi ESSAI SUR L'ORGANISATION

t-il, que par une très faible hausse des salaires. Ainsi, les charpentiers payés 5 s. par jour en 1422, reçoivent 6 s. en 1462 (1) et 3 s. 9 d.sans doute avec la nourriture en 1471 (2). En 1487, un maçon nourri reçoit entre 4 s. 7 d. et 3 s. 4 d. suivant son expérience ; le manœuvre est payé 2 s. 6 d. ; un couvreur nourri reçoit 3 s. 4 d. ; un charretier

20 d. par charretée de pierre ; un paveur 3 s. 4 d. par brasse de pavé ; un tondeur 2 d. pour tondre le drap d'une manche et d'une chausse ; un couturier 5 s. pour la façon d'une robe ; un chaussetier 6 s. 8 d. pour la façon et doublure d'une chausse (3). A cette époque, la dépense nécessaire pour nourrir un homme est évaluée à 12 d. (soit 1 sou) : (4) elle était estimée à raison de 10 d. en 1422 (5). La hausse des objets de première nécessité est alors cependant manifeste ; sur la volaille, par exemple, elle varie de 13 à 5 s. par pièce. Quant au boisseau de froment (pesant

21 l.)il vaut 12 s.; celui de seigle et de méture est vendu 8 s. 8 d. en 1491 et 20 d. en 1488 ; la baillarge vaut en 1491 6 s. 8 d. le boisseau, la pinte de vin rougo 12 d. et le pot 2 s., le pain (à raison de 20 pains par boisseau) 2d. la pièce (6).

(i) Document relatif à Noirmoutier ('462),p.p. Marchegaffy Soc .(TEmuL Vendée i858 p. 176. — (2) Eiat des répar. du chat, de Poitiers 6 mai 147» t Arcfi. hist, Poitou, XX, 292. Les maçons reçoivent 3 s. 9 d. par jour, de même que les carreleurs, et les manœuvres 2 8. 9 d. — En i44ô, un cuisinier est payé i s. 8 d. par jour, Comptes de M. de la Trémoillc, p. p. Marchegay,Ann. Soc, d'Emul. Vendée i858, p. 180. — (3) Compte de Geoffroi Faifeu, receveur de Niort 1487-88, jp.p. Doinel, Mém. de la Soc, de Sut. I), 'Sèvres, 1873-74, pp. 307-348. — (4) Calculé d'après la dépense du dîner de i4 hommes du peuple à Niort indiquée par ce document. — (5) Ord, du scn. de Poitou 1422. — calculé d'après les données de ce document. — (0) Evaluation du prix des denrées par le sénéchal de Poitiers 1491. Arch. DeuX'Sàvre^ E. io3C. — Compte de G. Faifeu précité. — Enquête de la scnéch. de Poitiers pour avoir des prix moyens, 6 juillet i480 Arch, Nal. KK 13'", pièce 4^, p-p- /-ewt^sewr, I, 662. — Voir. aussi les

ta hausse des objets de première nécessité, et l'accroissement du taux des salaires, celui-ci encore peu sensible dans la seconde moitié du xv* siècle, s'accentuent fortement au xvi\ Les maîtres boulangers de Poitiers par exemple déclarent en 1549 que les salaires de leurs serviteurs se sont très accrus (l).Vers 1535, les maçons reçoivent 10 s. par jour,deux fois plus qu'en 1470(2): par contre, un pâtissier ne gagne vers 1520 que 5 s. (3), et un texier en toiles que 10 d. vers 1554 (4). L'industriel qui ramasse les boues ou bourrier reçoit en 1553, 5 s. par jour (5). Il y a des professions plus lucratives, parce qu'elles exigent une expérience plus grande. Ainsi un orfèvre, vers 1535, gagne environ 2 fr. 91 par journée, somme assez forte eu égard au temps, pour la façon de deux vaisseaux d'argent et d'un calice (6), tandis qu'un paveur se contente de 0 fr. 1 24 par brasse de pavé (7). Un salpôtrier exige un salaire d'un écu sol par mois,plus une charretée de bois, pour fabriquer le salpêtre de la ville (8), tandis qu'un canonnier demande 30 1. par mois à condition de se nourrir, et que ses aides se font payer à raison de 12 s. 6 d. par jour (9). A ChâtellerauU en 1543, la visite d'un médecin se paie 10 s., et celle d'un chirurgien

comptes des dépenses de laTrcmoiile i^/\ijyi/\ï)^ p.p.Marchegayy Ann. Soc. (TEmul. Vendée 1871, p. 142.

(i) Dcclar. des m. boulangers citée dans unedélib. munie, de Poitiers du 22 août 1549, Reg. 3i. — (2) H. Proust, Comptes et dépenses de la ville de Niort Mém, Soc. Stat, D.-Si'vres 1890, pp. 807, 35o. — (3) Statuts des pâtissiers de Poitiers i5o5-20. — (4) Statuts des texiers de Poitiers i554, art. 3i. — (5}Délib. munie, du 11 janv. i5r>2-53à Poitiers, Heg, 3i. — (0) Calculé d'après les clauses d*un contrat entre Jean de St-Gelais,cvc({ucd*Uzcs, et Prévost, orfèvre de St-Maixent, qui stipule pour 5 semaines de travail et pour la façon seule 16 I. '. 1.9 mars i535, Cartul. de St-Maixent II. 284-285. — (7) D'après les comptes et dépenses de Niort en ir»37,Aftf»w. Soc, 6tnt. D.'Sèvres, 1890 pp. 307, 35o. — (8) Oélib. munie, de Poitiers 23 fév. i55o>5i rcl. aux salpétriers /)e^. 3i. — (9) Délib. munie, de Poitiers 26 et 29 août i548 rel. auxcanonniers, Rcg. 3o.

156 ESSAI SBR L'ORGANISATION

5 s. (1). En 1554, le chirurgien de l'Hôteh-Dieu de Poitiers reçoit outre le logement et la nourriture 25 1. de gages par an (2). Un messager pour transport de pièces de procédure de Paris à Poitiers reçoit entre 1538 et 1555, tantôt 3 testons, tantôt 7 s. 6d., alors que le chevaucheur de la ville en 1480 n'était payé que 5 s. par jour (3). Quant aux salaires des artistes, ils varient prodigieusement. En 1538, un peintre recevra 1 20 écus sol pour un tableau destiné à François d'Escars, tandis que pour exécuter des ouvrages vulgaires, tels que les écussons des torches, on lui allouera

2 s. 6 d. (4). On peut comparer ces salaires avec les prix des denrées, et on verra qu'ils n'avaient certes rien d'exagéré. En 1539, le boisseau de blé se vendait à Poitiers 3 s. 9 d. (le boisbeau marchand valait 14 litres 13), en 1549,

3 s. 6 d.; en 1548, 2 s. 6 d. ; en 1550, 4 s. (5). Le pam blanc de 2 1. se vend en 1543, 2 d. la pièce (6); le sel 4 à 2 s. le boisseau (7); la chandelle 18 d. la livre (8).

Le renchérissement s'affirme encore davantage dans la

(i) Pièce de procédure relative à la visite d'un enfant par Pierre Descartes médecin 22 nov. ]535, analysée par Labbé^ Moles inr La famille Descartes, p. 27. — (2) Délib. de Poitiers 10 mai i554, Heg. 82. — (3) Délib. munie, de Poitiers i4 fév. i549-5o, sept. i538, 3o déc. i555, Reg, 20, 3f, 32. Le teston, monnaie d'artçent, varie au xvi* s. entre 10 s. et i5 s. Délib. munie, de Poiliers Soctobre i48o rel. aux chevaucheurs. Rtg., no «7. — (4) Compte rel. à F. d'Escars et au peintre Le Rond i538, analysé par B Fxllon^ Doc. arlist, sur N.-D. de Fontenay, p. 11. — Délib. munie, de Poitiers 27 juin i552, 4 sept, et 4 àéc, iSSg rel. au peintre Mcrvasche, Heg. 32, 87. — (5) En i5o7 année de famine le boisseau de froment vaut à Poitiers 7 s. 6 d., celui de seig'le 0 s. 8 d., celui de baillarsce 6 s. Arch. Munie, série M. reg. 11, liasse 42. — Le prix de i53g est indiqué dans une délib. munie, de Poitiers du 17 mars 1 538-39, Heg. 20. — Les autres prix sont extraits du tableau dressé par la sénéch. de Poitiers et p. p. Beaucket'Fîlleau Mém. Soc. S fat. D.Sèvres, 1868 p. i32. — (6) Prix indiqué dans une délib. munie, de Poitiers du 26 août i543, Hfg. 25. — (7) Délib. munie, de Poiliers 3 sept. i548, janvier 1 553-54, 22 août 1649, ^^.V* ^o, 3i, 32, — (8) Délib. munie, de Poitiers 11 octobre i546, Reg. 28.

seconde moitié du xvi* siècle et attire l'attention des publicistes et même des pouvoirs publics. C'est alors qu'intervient pour le Poitou le règlement de janvier 1578, document d'un très haut intérêt qui nous renseigne sur les salaires moyens qu'on allouait aux compagnons et aux maîtres de certains métiers. A cette date, on estime qu'un serviteur à grosse besogne est suffisamment rétribué avec 2 écus 2/3 par an ; un palefrenier avec 4 écus ; un cuisinier et un valet de chambre avec 4 écus ; une servante ou femme de chambre en ville avec 3 écus 1/3, et aux champsavec un écu 2/3. Le journaUer non nourri reçoit à la belle saison 5 s. par jour^ et le reste du temps 4 s.; nourri, on le paie, suivant le temps, 2 s. 6 d. et 2 s. Les faucheurs non nourris reçoivent 8 s, et nourris 4s.;lesbuandiers et buandières de ville nourries 18 d., non nourries 3 s. 6 d., et à la campagne 2 liards en moins (1). Les paveurs, qu'on payait en 1553 à Poitiers 6 s. la toise, reçoivent 11 s. en 1583 (2). A Niort, le prix de la journée des maçons s'élève, entre 1535 et 1596, de 10 s. à 15 s, (3), mais il s'agit là de travaux exceptionnels et très soignés. Le règlement de 1578 prouve en effet que le salaire d'un maçon à pierre menue pendant la belle saison est jugé équitable quand il s'élève à 6 s. sans la nourriture età3s.6d. avec la nourriture; en hiver, ces salaires s'abaissent à 3 s. 6 d. et à 3 s. Les charpentiers et les couvreurs non nourris doivent gagner de mars à la Toussaint

(i) Rèsçlement général de janvier iSyS relatif au Poitou, lice. Poitev. Bibl. Munie. — (a) Délib. munie, de Poitiers a3 janv. 1 552-53 et ii juillet toSZyReg. 32 et44' — (3) Comptes et dép. de Niort, p. par //. Proust, Mém, Soc. Stat. D. 'Sèvres 1890, p. 307.

8 s. et nourris 4 s., le reste de Tannée 6 s. et 2 s. 6 d. (1). Celte indication concorde avec le salaire réel attribué en 1575 à St-Maixent à des couvreurs : ceux-ci reçoivent en effet 5 s. 9 d. par jour (2). Les tonneliers sont payés à raison de 8 s. nourris,^ et 4 s. non nourris, de juillet à la fin des vendanges, et le reste du temps un douzain en moins (3). Les autres professions sont rétribuées à la lâche ou aux pièces, de sorte que l'évaluation des salaires est difficile à établir. Ainsi on évalue à 1 s. la façon d'une livre de chandelle de suif; à 1 écu 2/3 ou 2 écus la façon d'une peau de bœuf; celle d'une peau de vache à 1 écu 2 3 ou un tiers d'écu; à 20 s. ou 10 s. celle d'une peau de veau; de 1 s. à 2 s. celle d'une peau de mouton. Le cordonnier est payé à raison de 15 d. au maximum et 10 d. au minimum le point pour les souliers, 2 s. à 22 s. pour les mules ou pantoufles. Un fondeur d'artillerie reçoit 2 s. 6 d. pour livre du métal qu'il met en œuvre (4), un imprimeijr 4 l.pour 100 exemplaires d'un placard (5). Un maître à danser recevra 100 s. par mois pour apprendre son art à une fillette (6). Un chirurgien pour une journée employée à soigner un enfant et pour avoir administré un clystère aura 11.; une autre fois il recevra4 1. pour appliquer un emplâtre sur le bras d'un malade (7). En temps ordinaire, le chirurgien de la dominicale à Poitiers a 8 1. 10 s. par an de gages, outre le

(i) Kègl. de janvier 1678 pour le Poitou. — (2) Comptes de receltes et dépenses de la ville de Si-Maixent 1578-74, p. p. Frappier, Bull. Soc, Siai. D.'Sèores IIÏ. 76. — (3) Règl. gén. de 1578. — (4)Délib. munie, de Poitiers juin 1574, Rcg. 42. — (5) Délib. munie, de Poitiers rel.à l'imprimeur Mcsnicr 28 juin 1689, Reg.^S, — Voir aussi les marchés passés en 1617, ifiiS, i52i avec des imprimeurs p p. la Houralière, Mém, Antiq. Ouest. 1899 pp. 353-358 (7 1. i5 s. t. pour 7001 affiches en i5i7, 4o écus sol en i58i pour 1 200 psautiers de i5 feuilles). — {p) Comptes de Af, de la Peliis^ sonnUre {i^-j) p. p. L. Aude, p. 19. — (7) Mêmes comptes (1597) p. i3.

logement et la nourriture. Le barbier chirurgien de THôtel- Dieu en 1587, temps d'épidémie, est rétribué à raison de 120 écus par an; le compagnon barbier obtient 48écus, la gardienne 36 écus, les bâtonniers chacun 12 écus, de même que la servante (1). L'impression d'une rame de papier coûte en 1596 4 écus 4 s. ; le collationneur reçoit 1 sol par rame; l'ouvrier chargé de coudre et d'accommoder la copie imprimée (brocheur) est payé 1 sou à 2 s. par feuille ; le relieur 17s. par bréviaire. Les compagnons-imprimeurs et relieurs ont de plus droit à une gratification en nature connue sous le nom de vin (2). Les transports sont toujours onéreux, puisque le règlement de 1578 accorde 10 s, pour transporter à i lieue une charge raisonnable sur une charrette à 4 bœufs ou sur une voiture à 2 chevaux, et que la lieue pour un équipage à 2 mules coûte encore? s. 6 d. ; il est vrai que le conducteur se nourrit et entretient son équipage (3). Les messageries ne demandent guère moins ; celles de l'Université de Poitiers exigent 12 d. pour une lettre, 3 s. par paquet n'excédant pas 2 feuilles de papier, 12 d. par livre de poids, 12 d. pour apporter 1 écu (4).

L'accroissement du prix des denrées explique cette élévation des salaires. Alors en effet la nourriture quotidienne d'un journalier est évaluée de 1 s. 10 d. à 2 s., celle d'une buandière de ville à 2 s. 4 d., celle d'un faucheur à 4 s., celled'un maçon à 2 s. 10 d. ou 2 s., celle d'un tailleur de pierre ou d'un couvreur entre 4 s. et 2 s., suivant la saison (5).

(i) Délib. munie. 3 sept. 1682. 28 janv. i585, 23 oov. 1687, Ae(/. 44» 4^» 47. — (2) Comptes d'imprimeurs de Poitiers avril iSgG, p.p, la Bouralière, Âlém. Anliq. O'iest 1899 pp. 367-372. — (3) Rèiçl. général de 1678 pour le Poitou. — (4)Hègl. du prix des messagerie» de rUuiversité de Poitiers 1578 analysé par PUoteUe, Mcm. Antiy. OaeUfXWlly 285. — (5) Calculé d'après les données du régi, général de 1578.

Les guerres de religion sont venues, d'après le témoignage de Lippomano,doubler le prix delà vie à Poitiers et même porter de 12 s. à 40 s. l'écot journalier payé dans les hôtelleries (1). Le boisseau de blé vendu encore 4 s. en 1560 s'élève en 1595 à 24 s ., et oscille en général aux environs de 10 s. à 15 s. ; le seigle et le méteil se vendent 3 à 4 s. en moins, l'orge 5 s., la baillarge 5 à 7 s. en moins (2). Quant au prix du vin, de 1560 à 1600, il oscille entre 81. au minimum et 50 1. au maximum la pipe de 2 tonneaux (3). Le pain de froment blanc varie en 1578 de 16 à 15 d. la livre, celui de méteil de 12 d. à 4 d. ; celui de seigle coûte un quart de moins et celui de mouture un tiers de moins (4) . Notons encore que la meilleure chandelle se vend 5 s. la livre (5), et qu'une casaque d'homme du peuple vaut 30s. (6).

Pendant le xvii* siècle, le mouvement ascensionnel des salaires et des prix se poursuit lentement. En juillet 1608 par exemple, en Bas-Poitou, les maçons sont payés 8 s. par jour, les manœuvres 4 s.; les charpentiers 10 s. et leurs aides 6 s. (7). Une tailleuse pour vêtements d'enfants reçoit vers 16001e quart du prix des étoffes pour sa rémunération, c'està-dire 1 écu (8). On considère comme exagérée en 1603 la requête des compagnons tailleurs de Poitiers qui, outre le logement et la nourriture, voudraient recevoir 40 s. par mois.

(i) RelatîoQ de Lippomano envoyé de Venise 1677 (qui a séjourné à Poitiers), ReL des Amb, Vénil, p. p. Tommuseo, II. 3i3-3i7. — (2) Tableau du prix du blé froment de i56oà 1600, p.p. Beauchet-FilleaUy op.cit, p. i32. — Taxe du prix du blé,i8 mars iDqS, Reg. 55 bis. — (3) Prix de la pipe de vin (l'e qualité) de i56o à 1600 Aff. du Poitou 1779, p. 182, d'après lesrefi^istres du greffe. — (4) Rcjçl- général pour le Poitou Janv. 1678, précité. — Ordon. du 5 sept. i58o fixant à 2 d. le prix du pain d'une livre, Heg. 43. — (5) Rèjçl. général de 1578. — (6) Casaque de portier à Poitiers oct. i587,juîn i589,ileg.47>48. — (7) Acte de juillet i6o8,cité par le feudiste Moisgas,/!//. du Poitou 1785, p. 175. — (8) Comptea delà Pe//is50nmèr«( 1697 -1604), p. 19.

soit 241. par an (1). Un compagnon chirurgien s'estimera bien payé àThôpitalen recevantl20l. par an, puis 1601. (2). En 1647, un acte curieux nous apprend que les cordonniers paient à leurs garçons 12 s. pour la façon d'une paire de bottes simples, 18 s. pour celle d'une paire de bottes à galoches, et 6 s. pour celle de souliers simples (3). Or, une paire de souliers se vend un peu avant 2 1. 5 s, 4 d. (4). Trente-sept ans plus tard, les maîtres cordonniers, ne trouvant plus de garçons pour un salaire de 8 s. par jour, sont forcés de leur accorder 9 s. (5). A Chauvigny, en 1651, un charpentier gagne 10 s. par jour,un batelier 12 s., un maréchal-ferrant 13 s. 4 d. (6). Un garçon boucher chargé delà garde des moutons reçoit vers 1670 à Châtellerault 8 1. de gages par an (7). Parmi les professions plus relevées, on voit celle d'organiste, rétribuée tantôt à raison de 120 1., plus 13 seliers de blé méteil,tantôt à raison de 156 L, par an (8). Un chirurgien se fait payer pour une visite à 1 lieue la somme de 1 1. (9). Le renchérissement des denrées s'est accentué pendant le siècle. On vend à Poitiers en 1612 la

(i) Délibér. mun. de Poitiers 8 oct. i6o3 rel. aux g^arçons tailleurs, Reg» 6i. — (a) Délîb. munie, de Poitiers i»' sept. i63i, Reg, 82. — (3) Délib. munie, du 10 juin 1647 relative à un acte des maîtres-cordonniers de Poitiers, It^gf. 98. — (4) Une délibér. munie, du 1*' octobre i635 montre en effet que 17 paires de souliers se paient 38 1. 10 s., Reg, 86. — (5) Délib. munie, de Poitiers 11 mai 1676 et 12 juin 1684 rel. aux garçons cordonniers, Reg. 125 et 128. — (6) Charreyron, Passage de Louis XIV à Chauvigny {tQôi), Bulletin Antiq. Ouêst, 2* sérieXX, 277. — (7) Procédure au sujet d'un aspirant boucher à Châtellerault, 26 févr. 1672, Vienne E 7*. — (8) Un chantre à St-Hilaire reçoit i3o i. par an en i583, un chirurgien qui rase les enfants 7 setiers de seigle; un organiste en i6ig reçoit 120 1. et i3 setiers de méteîl, de Longuemar, HiU, de fabb. et du chap. St'Hilaire, Mém. Antiq. Ouest, /«■« série XXIII (i856), p. 112. — Un joueur de basson gagne i écu par semaine, un joueur de basse 60 s. et 2 boisseaux de méteil par semaine, un organiste 3 1. par semaine (1620, 1684, 1687), Comptes du chap. St-Hilaire, Vienne G, 536 , 542, 55 1. — (g) Sentence de la cour de Tabb. de St-Maixent contre un marchand 1671, Deux-Sèvres H, 43S.

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162 ESSAI SDR L'ORGANISATION

livre de pain blanc 15d.,eH s. celle de pain bis(l);en 1631, à Châtellerault 3 s. la livre de pain blanoet 2 s. la livre de mouture (2); à Chef-Boutonne, en 1698, 16 d. au moins la livre de pain blanc et 26 d. au plus (3). Le boisseau de blé entre 1600 et 1650 s'est vendu au minimum 6 s. 6 d., au maximum 40 s., et entre 1650 et 1700^8 s. au minimum, 32 s. au maximum (4). Le meilleur vin qu'on détaillait vers 1634 et 1640, à raison de 5 à 8 s. le pot, se vend, en 1664 et 1665, 10 à 15 s. le pot (5). Le prix de la pipe oscille dans les 50 premières années du siècle entre 14 1. au moins, 40 1. au plus; dans les 50 dernières entre 10 1. et 70 L (6). Le beurre, tarifé 9 à 10 s. la livre au plus en 1634, se vend 20 s» en 1652, et 13 s. en 1661 (7). La livre de chandelle vendue 5 s. au début du siècle en vaut 9 en 1654 (8).

Au xvm® siècle, les documents devenus plus nombreux permettent de donner des renseignements plus précis encore. Une pièce importante fournit le détail des frais et bénéfices d'un boulanger faisant 3 fournées à Luçon, en 1772. On évalue la dépense pour les fagots à 902 l.par an,pourréclairage à 123 1., pour le sel à 219 1., pour le service de deux garçons à 1681. La nourriture de la famille, y compris garçons et servante, coûte 1460 1. (soit 10 s. pour chacune des

(i) Ëtat du taux des vivres à Poitiers 20 sept. 1612, Reg. 68 bis. — (a) Ord. de police de ChAlell^ i5 fév. i63i fix. le prix du pain à 2 s. 6 d. la livre; autre 18 février i63i à 3 s. etc. Godard /. 76; c'est un prix très élevée car le règl. de sept. i634 pour Poitiers fixe le prix du meilleur pain entre 9 d. et 1 1 d. la livre en temps normal. — (3) Ordon. du 5 déc. 1698 citée par B, Pilleau^ Rech, sur Chef'Boutonne, Mém. Soc, StaU D^^Sévres 1884, p. 164. Notons qu'en cette ville le dîner d'un charretier en i665 est estimé 4 s., ibid p. 198. — (4) Tableau du prix du blé, p. p. fî. Filîeau op. et'/., p. i33. — (5) Délib. munic.de Poitiers sept. i634, 2 sept. i54o, 24nov. 1664, 28 déc. i665, Reg, 91, 1 14. 1 i5. — (6) Tableau du prix du vin,.4if. du Poitou 1779, pp. 186, 190, 196. — (7) Délib. du 18 janv. i632 et du 26 fév. 1662 rel. au prix du beurre, Reg, 82 et io3; i4 mars 1661, Reg. m. — (8) Régi* de sept. i634> 8 octobre i64o, 7 déc. i654» Reg. 91 et io5.

8 personnes). L'entretien du maître et de ses enfants est évalué 165 1., le blanchissage de la maison entière 721., le loyer de l'immeuble 3001., l'entretien du four, le dépérissement des ustensiles 182 1., les impôts 100 L, et les pertes pour insolvabilité des pratiques 182 1., total 41341. Les profits s'élèvent à b93l 1. par an, à raison de 3 fournées par jour (2 de pain bis et 1 de blanc, soit 433 1. de pain par fournée). Un premier garçon boulanger reçoit comme salaire 5 s. 4 d. par jour, soit 18 1. par mois et 961. par an; en plus^ il est logé, nourri et blanchi. Le second garçon est rétribué à raison de 4 s. par jour, soit 6 1. par mois et 72 1. par an (1). En 1737, une servante se loue 201. par an, plus 20 s. pour le denier à Dieu, une livre de laine et une aune 1/2 de toile d'étoupe. Une nourrice se paie 36 à 38 1. par an, avec parfois 3 1. de pain blanc en plus par semaine. Un petit valet en 1745 reçoit 15 1. par an à Poitiers (2). Vers la même date, près de Niort, un domestique dans la force de l'âge reçoit 72 1. par an, et un muletier 661. (3). En 1772, à Luçon, une servante se loue 501- (4). En 1777, le cuisinier de l'abbaye de Saint-Cyprien gagne 200 1. par an et 12 1. au lieu des graisses et suifs qu'il est d'usage de lui donner et qu'on retient. Un portier, en même temps tailleur, est engagé pour 60 à 72 1., plus 1 paire de souliers par an et 24 s. de denier à Dieu; il obtient 80 1. en 1788. Le garçon d'écurie reçoit 172 1. par an et une paire de souliers ; l'aide de cuisine gagne 48 1. à 50 1.

(i) Annexe au règl. de police dressé jwur les boulanf^ers de Luçon i3 juin 1772, Rec. Poitev.de la Bibl. Munie în-4o,tomc XX n« 27.— (2) Livre de raison du notaire Decressac (à Poitiers) 1787 et sq. Arck, Antiq. Ouest. — (3) Comptes de J. du Mie^not d*Houdan 1785, Deua>Sèvres E. 1142. — (4) Règl. de police des boulangers de Luçon 1772 précité.

plus une paire de chaussures, et le marmiton 30 1. (!). En 1743 les journaliers reçoivent un salaire de 20 s. par jour. On les paie aussi en nature, à raison d'un boisseau de blé par journée de travail. Parmi les ouvriers de rhabillement, on voit que les tisserands h Pamprou, élection de Saint-Maixent, gagnent vers 1729 en se nourrissants s. parjour^les cardeurs, 6 s., les sergiers 7 s. (2). A Saivre, le salaire des tailleurs d'habits est de 5 s. par jour, celui des cardeurs de 6 s. (3). A Châtellerault, en 1714, les meilleurs ouvriers sergers gagnent 15 s. par jour (3). En 1733, à Montcoutant on donne aux ouvriers employés au tissage 8 à 10 s. par jour, aux femmes 3 à 4 s. , aux enfants 2 à 3 s. En 1747, dans tout le Poitou, les ouvriers des ateliers de tissage, cardeurs, fileurs, tisseirands, foulons, peuvent arriver à des salaires de 15àl8 s. par jour ;les enfants gagnent 3 à 4s. (4). Un maître ou ouvrier cordonnier gagnera 45 s. à vendre une mauvaise paire de chaussures (5), et à Niort les femmes et enfants qui cousent les gants ont un salaire de 6 à 7 s. par paire^ c'est-à-dire par jour (6). Si on passe aux ouvriers du bâtiment, on observe que les maçons à Saivre gagnent 12 s. par jour en se nourrissant (7). Les paveurs qui se faisaient payer 10 s. par toise en 1624 (le pavé fourni

(i) Livre de comptes de Tabbaye St-Cyprien de Poiliers 1 777-1 790, Mss de ta Bibl. Munie, n* 421. — (2) Journal du perruquier Charmetant à Poitiers, année l'jii'i.Arch, hisi. Poitou, XV, Sgi. — Mém. du subdélégué Ant. GarraupourTélection de St-Maixent i729,p.p. A, Richard, Mém, Soc, Slot, D.'Sèvres 1874 pp. i54,i03. — (3) Procès-v. de l'assemblée des maîtres sergers de Châtellerault 1714, Vienne E.^K — (4) Mém. de l'inspecteur Pardieu sur les roanuf. du Poitou i747)précité. — Rapp. de l'insp. Bonn eval surMont coûtant, i-jZ^,Vienne C.36. — (5) Mém. de Chebrou subd. sur Niort 1744 Mém, Soc. Stat. D.-Sèvres 1886, p. 271. — (6) Mémoire des officiers municipaux de Niort (1781), p. p. Gouget, op. cU,t p. 84. — {7) Mém. de Garran sur l'élection de St-Maixent (1729), précité.

par le client), ont 14 s, pour le même ouvrage en 1754 (1). En 1783, à Poitiers, les mnçons, paveurs et couvreurs ont 15 s. par jour Thiveret l'automne, 18 s. à21 s. pendant la belle saison, c'est-à-dire 6 fois plus qu'en 1422 (2). A la fin du siècle, vers 1799, les couvreurs, au lieu de 21 s., reçoivent jusqu'à 2 1. par jour (3). En 1788, une fileuse de soie gagne i 1. par jour, une tourneuse 10 s., et chacune reçoit 12 s. en plus pour la nourriture. A Châtellerault, en 1790, on donne 70 l. de gages par an à un garçon de labour j 45 1. à une servante. La journée du maçon est payée 1 1., celle du charpentier 1 1. 50; il en est de même pour celle du menuisier ou du recouvreur. D'après Dupin, entre 1789 et 1801, les salaires d'été se sont accrus d'un tiers et on a payé les maçons 1,50 à 1,60(4) au lieu de 18 s. En 1729, à Pamprou et à Saivre, les charpentiers reçoivent 12 s. par jour en se nourrissant, de même que les charrons ; les sabotiers ont 1 0 s. , tandis que les maréchaux gagnent 1 5 s. (5). En 1801, l'ouvrier charpentier reçoit 2 fr. (6). On calculait en 1775 que la journée d'homme était en général de 12 s. (7). Un arrêté du Directoire de la Vienne la fixe encore en 1791 à 12 s. pour les villes, à 8 s. pour les campagnes(8). En 1801, un arrêté du préfet de la Vienne l'évalue à0,80(9). Dupin,dans les Deux-Sèvres, l'a porte à 0,60 lorsque le journalier est nourri, à 1 fr. ou à 1 fr. 20 lorsqu'il ne l'est pas.

(i) Textes cités rel. aux paveurs livre II, p. 829. — (2) Ord. du présidial de Poitiers, 21 mars 1788, ArrJi, Anliq. Ouest, — (8) Annexe au livre de comptes de Tabbaye St-Cyprien 1796-99. — (4) Comptes de la f^ Crossard pour la man. de soies de Poitiers 1788, Vienne C, 628. — Creuzé, Desc, de Varrd^ de Clidtell^, '790> p. ii'>. — Dupin, Stat. des D.-Sèvres pp. 72-78. — (5) Mcm. de Garran sur Télection de St-Maixenl 1729, précité. — (G) Dupin, op. ci/, pp. 72-78. — (7) A Châlellerauil, Aff. du Poitou 1775, p. 75. — (8) Arrêté du Directoire de la V' ienne 9 mai l'jgi, Arch, Vienne, reg. K. i, f« 78. — (9) Arrêté du Préfet de la Vienne, 3^ jour >mplém. de Tan IX, hec, Poit. in-80, tome IV n" 70.

166 ESSAI SDR L'ORGANISATION

Quant aux salaires des bonnes servantes, ils se sont élevés à 70 1. et ceux des domestiques laboureurs à 150 ou 200 1, par an (1).

En regard des salaires, si nous niettons le prix des objets de prenoière nécessité, nous voyons que Fartisan auquel il faut 14 boisseaux par an de froment, de seigle ou de baillarge, paie le boisseau de blé 9 s. 6 d. au moins et 40 s. au plus entre 1701 et 1720, 11 s. 6 d. au moins et 30 s. au plus -entre 1720 et 1750, 17 s. 9 d. au moins et 54 s. 6 d^ au pluS; entre 1750 et 1789 (2). Le prix du seigle s'élève aussi graduellenjent ; il vaut à Fontenay 16 s. 6 d. en 1717, 3S s. 7 d. en 1750 ; à Poitiers 16 s. 8 d.en 1767, 29 à 20 s. de 1770 à 1773 (3). Le prix de la baillarge et du méteil est d'un tiers ou plus inférieur à celui du froment,et d'un quart ou d'un tiers inférieur à celui du seigle (4). Le pain troisième vaut 1 s. la livre à Fontenay en 1730; la livre de pain noir ou gruau 10 à 11 d. à Niort, et 1 s. à Saint-Maixent, vers la même date (5). En 1764, à Palluau, on vend le pain de seigle 14 d. la livre, 15 à 20 d. en 1768, 16d.en 1768 et en 1776, 19 d, à 21 d. en 1781, 39 d. en 1787 (61 En

(i) DupiD, op. çil,, pp. 72-73. — Un orc^aniste à Niort en 1745 reçoit 120 1. par an. Pour le prix des visites des médecins, voir ci-dessus livre II, chap. XIII. — Un orçaniste reçoit à St-Hilaire j5o 1. par an en 1706, 120 1, en 17 18, 4oo 1. en 1779, (Comptes du chapitre) Vienne^ G. 556, 882, 568) un joueur de basse i5o 1. par an (ibid, G. 382, 565). Les maîtres d'arts d'açrément prennent vers 1789, 6 à 9 1. par 20 cachets, La Li' borlière Souvenirs p. i5i. — (2) Tableau du prix du blé, p. p. fi. Filleau op, cit. pp. 1 35-1 36. — (3) Tableau du prix du seigle 1690-1750, Aff. du Poitou 1783, p. 26. — 1775, p. 5i. — (4) D'après les prix précédents et ceux donnés en 1729 par un mémoire sur l'élection de Fontenay p.p. i). Matifeux, Etat du Poitou p. 4^8) et par d'autres mémoires sur celles de St- Maixent et de Niort, 1729. .Hém. Soc, Stat, D.-Sèvres, 1874 p. 121; 1886, p4 181. — (5) Mémoires cités à la note précédente. -^ (6) Ordon. du sénéchal de Palluau i764-*i787, Vendée B. 1029, 226, 112, io48, 978.

1773, à Châtellerault, le pain vaut, suivant la qualité, 1 s. 8 d. à 2 s. 4 d. la livre, et à peu près autant à Niort (1). Sur cet article, la hausse a donc été assez grande de 1730 à 1789. Même hausse dans le prix du vin, qui, vendu 28 1, la pipe en 1706, se vend depuis 1750 jusqu'à 180 1. et jamais au-dessous de 45 1., oscillant depuis 1767 entre 110 1. et 150 1. 11 s'agit là du meilleur vin, car le vin commun se vend alors 10 à 15 fr. de moins par pipe (2). Le prix du bois de chauffage à également progressé, puisque la corde, vendue 151. à Poitiers en 1753, vaut 18 1. en 1780(3). La chandelle de suif, au contraire, vaut le même prix en 1700 et en 1767, c'est-à-dire 10 s. (4), et les vêtements de laine commune ou de coton se vendent un peu moins cher qu'autrefois (5) •

En résumé, il est impossible de donner une idée d'ensemble de la condition matérielle des métiers poitevins, si Ton ne distingue les professions et les époques. La plupart des professions alimentaires, quelques métiers de l'habil* lement, ceux par exemple des marchands drapiers, merciers et bonnetiers, et un petit nombre d'autres corporations, telles que celles des tanneurs, des architectes, des orfèvres, des imprimeurs, des apothicaires et des médecins, parais-

(i) Aff. du Poitou i773,p. i5G. — Ce recueil donne le prix du pain toutes les semaines depuis 1778 jusqu*en 1789. — (2) Tableau du prix du vin, Aff, du Poitou 1779 pp. 203-207. — Le meilleur vin se vend au cabaret en Bas Poitou 4 s. la pinte, et acheté de première main à Niort et à Fontcnay 2 s. G d. à 3 s. la pinte . Mém, de 4729 cités ci-dessus . — (3) Ordon. de la maîtrise des eaux et forêts de Poitiers 20 août 1763, 16 déc. 1780, 10 janv. 178/1, Arch, Antiq. Ouest. C'est le prix tarifé, mais en 1784 les marchands vendent la corde jusqu'à 28 et 3o 1. ibid, — (4) Ord. du présidial de Poitiers, 7 janv. 1701, 23 janv. 17 19, 14 nov. 1726, i5 fév. 1767 fixant le prix de la chandelle de suif, Arch. Antiq. Ouest. — (5) Voir ci-dessus livre I^r, chap. IV les états des foires cités. En 1790, on évalue Thabillement d'un laboureur à 67 1., celui d'une femme de la campagne à 53 1. Creuzâj op, cit., p. ii5.

sent avoir formé une première classe d'industries qui conduisaient plus aisément à Faisance et parfois à la fortune. Dans certains métiers, la concurrence est plus âpre, le travail moins rétribué. C'est le cas de presque tous les métiers de l'habillement, notamment de ceux des cardeurs, des tisserands, des cordonniers et des savetiers. D'autres enfin, semblent former une classe intermédiaire entre celle des communautés riches et celle des communautés pauvres. L'impression qui se dégage de l'étude des milliers de documents qui ont servi à la composition de ce travail parait surtout défavorable à la période de la monarchie absolue, soit que l'on subisse l'influence des textes plus nombreux et plus précis qui nous restent de ce temps^ soit qu'en réalité la centralisation monarchique ait été chèrement payée par les charges imposées aux masses populaires. Très précaire encore au xi*et auxii* siècle, à l'époque de l'anarchie féodale, et au moment des luttes entre Capétiens et Plantagenets^la situation des classes industrielles etcommerçantes en Poitou devint, semble-t-il, assez heureuse depuis le milieu du xui® siècle jusqu^au milieu du xiv« environ. Après une crise qui coïncide avec les désastres de la guerre de Cent Ans, une lente amélioration se produit, depuis le milieu du XV* siècle jusqu'au milieu du xvi*, pour disparaître au moment des guerres de religion, dont le Poitou fut l'un des principaux théâtres. A partir de ce moment, si l'on en excepte les années trop courtes des ministères de Sully et de Colbert et les 20 années antérieures à la Révolution, la condition matérielle des ouvriers et des maîtres est restée précaire, et même pour un certain nombre de métiers elle s'est aggravée.

Dès 1552, le corps de ville de Poitiers atteste que les

habitants de cette cité sont pauvres gens mécaniques, « bescheurs, vignerons, mendians ». Dans la même ville, sous le gouvernement de Richelieu, la pauvreté des fineurs et des cardeurs est proverbiale Les chaussetiers, ne gagnant pas le quart de ce qu'il faudrait a pour subvenir aux besoins de leurs familles», sont réduits à la mendicité (i). A Niort, en 1679, les fabricants de draps déclarent qu'ils n'ont pour travailler aux étoffes que les plus pauvres habitants et qu'ils ne les retiennent qu'en leur faisant des avances, trop souvent en pureperle(2).A,Saint-Maixent,en I698,lesfileurs, les tricoteurs et les cardeurs doivent aller 3 ou 4 fois par semaine attendre Taumône à la porte des Bénédictins (3). En 1708, l'intendant de Poitou avoue que les 65 communautés ouvrières de Poitiers sont loin d'être riches (4), et l'enquête de 1714 prouve que la misère est générale dans la province parmi les ouvriers et les maîtres des tissages. Les uns « sont à la mendicité, les autres n'ont ni crédit ni fonds{5) ». Quelques marchands et fabricants, au xvui* siècle, s'élèvent seuls au-dessus de la foule par leur fortune d'ailleurs modeste. A Saint-Maixent^ l'un des premiers centres industriels de la province, on compte à peine une centaine de ces privilégiés ayant moins de 30.0001. Le reste de la population, occupée à la fabrication des tissus, c'est-à-dire 900 cardeurs, fîleurs et brocheurs de tout âge, est dans un état

(i) Délib. munie. 26 août i552, Req, 32. — Requête des fineurs cl cardeurs de Poitiers i634 et des chaussetiers i64o, Heg» 84) et carton D. 75, liasse 11, Arch, Munie, — (2) Enquête de 1679 ®^ ®^^* ^®* fabricants de Niort, analysée par Bardonnet, Ephémérides de Niort {Mém, Soc.Siat. D,- Sèvres 1884, p. 188). — (3) Mêm. de Lévesque subd. de St-Maixent 1G98. Mém. Soc. Stat. B.-Sèvres 1874, p. 92. — (4) Lettre de Tintendanl Doujat (4 avril 1708) au contrôleur général, Corrcsp, des Conir, gén. p. p. A. de Boislisle llï, n* 20. — (5) Procès v. d'ass. des fabric. du Poitou, I7i4'i5, Vienne, C. 36 et E7».

<70 ESSAI SUR L'OaGANlSATION

voisin de la mendicité (!)• Dix-sept ans plus tard, un sub^ délégué affirme que 12 fabricants bonnetiers possèdent seuls quelque aisance. « Les ouvriers et ouvrières,ajoute-t-il, a peuvent à peine subsister de leur travail, lors même que « le pain n'est pas cher, à plus forte raison quand il Test (( ou quand ils sont malades. Dans ce dernier cas, ils sont « aussitôt à la mendicité. Enfin, ajoute-t-il, année commune « il y a plus de la 5* partie de ces sortes de gens qui de- « mandent Taumône (2) ». AThouars(3), à Châtellerault (4), dans toute la province on signale la misère des ouvriers de tout genre (5). En 1778, un médecin du Bas-Poitou, le D' Gallot, déclare que la plupart des artisans sont pauvres, de même que les journaliers, non seulement dans son district, mais encore dans toutes les campagnes de la province (6). C'est la même constatation qu'on trouve dans les rapports de l'inspecteur Vaugelade, qui signale aussi l'ignorance et laroutinedes ouvriers,la médiocre aisance des fabricants (7 j. De cette appréciation il faudrait sans doute excepter les professions lucratives exercées dans lesyilles,etdontle personnel était plus restreint et mieux rémunéré. Mais elle concorde bien avec ce qu'ont démontré d'autres recherches historiques. Si la condition des classes industrielles et commerçantes ne semble avoir jamais été très prospère en Poitou, du moins a-t-elle été tolérable à certaines époques. Mais il

(i) Mém. de Garran sur l'élection de St-Maixent \'jl\Q,Mém, Soc. Stat, D, Sèvres i874yp. i3i. — (2) Mém. sur la même éiectîon i'j5'j,ibid. p. 178. — (3) Imbert, /As/. deThouars, p. 33 1 (d'après Drouyneau de Brie,xviiie siècle). — (4) Mém. mss de Roffay des Fallu sur Châtellerault 1738. — (5) Mém. de Pardieu 1747» précité. — (6) Mém. du Dr Gallot 1778, p. p.Ann. Soc. d'EmuL Vendée 1871, pp. ii5-ii6. — (7) Mém. de l'insp. Vaugelade 1776 et 1681, Vienne C. 39, — Creuzc constate aussi la profonde misère des tisserands et des couteliers de Châtell^ qui même en travaillant une partie des nuits ne peuvent échapper au dénûment. Creuzé, ap, cil,, p. ?4»

ne faut ohercber ces périodes de bien-être relatif ni dans les premiers âges de la féodalité, ni dans les trois derniers siècles de l'ancien régime. Les témoignages qu'on a réunis sur les métiers du Poitou prouvent que la situation de la plupart d'entre eux fut rarement enviable, soit à l'époque de l'anar^chie féodale, soit pendant la majeure partie du gouvernement de la monarchie absolue.

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