‹ Essai sur l'organisation du travail en PoitouChapitre 16 sur 24 · CHAPITRE Vil · texte numérisé non relu

CHAPITRE Vil

DdnBtrles Textiles et le Commerce de rHablIlement en Poitou.

ûiice des industries textiles et du commerce .des j'habillement ne saurait se comparer à celle du ce et des industries do l'alimentation, de l'éclairage laulTage. Celles-ci ont été surveillées d'une manière cte que celles-là. Aussi les documents deviennentlus rares et plus clairsemés. Ils permettent néan- Je reconnaître en Poitou trois groupes essentiels ss industriels et les commerçants qui s'occupent de iment (3). Le premier est formé par les maîtres ou ■ dont la- préparation des matières premières ou la ion des tissus constituent le métier : peigneurs, s et tireurs d'estaim, tisserands de toile et tisserands !, filetiers, drapiers, sergetiers, fabricants d'étoffes , laine, fil et coton, foulons, tondeurs, teinturiers

1. de police de Poitiers du i8 janvier 15O7, el aulree précités. — ci.dessou8 livre IV. — (U) Voir ri-dessous, même cliapilrc; liste de iiicLicrs de l'uitiers iôxi, 1G7O, g décembre lyHti, août 178g,

et blanchisseurs. Au second groupe appartiennent ceux qui fabriquent les accessoires de la toilette : bonnetiers, chapeliers feutriers et enjoliveurs de chapeaux, boutonniers, garnisseurs, dentellières, brodeurs, passementiers, rubanniers. Au troisième se rattachent les professions dont la spécialité consiste à utiliser les tissus fabriqués et à en faire le commerce, à savoir celles des marchands drapiers, des marchands de draps de soie, des colporteurs d'étoffes, des merciers, des modistes et marchands de modes, des lingers et lingeres, des chaussetiers, des couturiers, ou tailleurs d'habits et des couturières.

L'industrie de la fabrication des tissus a été de bonne heure florissante en Poitou. Les matières premières, laines, lin et chanvre, se trouvaient en abondance dans la province. Les laines surtout forment un des grands revenus des propriétaires (1), et elles se vendent, soit en toisons avec le suint, soit lavées, soit filées (2). Les meilleures sont achetées au Moyen-Age par les Flamands, au xvir et au xviii" siècle par les fabricants de Normandie et de Languedoc (3). Les communes sont réservées à la fabrication locale (4), qui tire aussi une partie de cette matière de la Gascogne et de la Saintonge. Ces dernières provenaient souvent d'animaux abattus, d'où leur nom.de laines d'abats; on employait les plus fines aux meilleures étoffes (5). Aux deux derniers siè-

(i) Voir notamment le Carlulaire de St-HUaire^ pp. Rédet I, 249, 244» 3o3; II. 24. — Au xviiie s., les meilleures laines vienuent des régions de St- Maixent et de Mortagne, Gallot Es- ai sur la iopog, médicale du Poito\^ySoc. dTEmuL Vendée 1871, p. iio. — (2) Règlement sur le prix des vivres 1422, précité, et textes ci-dessous indiqués. — (3) Voir ci-dessus livre I«r, chap. I et IV. — Dupin, Slaiist. Deux-Sèvres j). 5i. — (4) Proct*8-verb. de l'ass. des fabricants de Niort 1O77, analysé par Bardounet, Ephemérides p. 288. ^ et documents cités au chap. IV du livre U'f. — (fj) Mémoire sur l'élection de Niort 1789, Mém, Soc. SUU, D.-Sècres i880,p. 18O.

ESSAI Sl'R L'ORGANISATION

i, le Poitou recourait encore à l'Espagne el recevait anîllement par la Rochelle et Nantes près de 2.000 balles, lant chacune 2 à 300 1 ., de tnincs espagnoles de troisième de quatrième qualité, appelées laines de Camposou fleuinnes de Navarre (1). En 1307, les cent livres de laine, it on distinguait deux variétés, bourre lanisse et bourre leisse, se vendent 26 s. à 1 6 s. En 1 422, la livre de laine nmune vaut 5 deniers ; la laine fine (déliée) J2 d. In •e; et la grosse laine filée 18 d. {2). En 1680, les laines Poitou valent 10 à 123. la livre, en 1701, 25 à26sf;t); 1736, à Fontenay 22 à 23 s. ; à Moncoutanl, en 1733, laine filée et teinte se vend 28 à 30 s. la livre ; les les d'abat de Saintonge sont estimées 18 s. (4). A la re de Fontenay en 1747, le prix de la livre de ces mes laines varie de 21 à 25 s. et en 1737, de 30 à s. (5). Au reste, lu vente se faisait, semble-t-il, à des X difTérenls sur tes divers marchés, suivant la finesse s laines. £n 1775, par exemple, le prix du quintal des les esta la même date de 180 1. à St-Maixent, de } I. à Niort et à Fontenay, de 130 Là Châtellerault et de 3 1. à Thouars (6), c'est-à-dire qu'il varie entre i fr. 30 et r. 80 la livre (7). A la fin du xviii' siècle, les Normands les Picards viennent encore enlever les plus fines aux res de Niort et de Fontenay; les communes sont utilisées

:)Savary Oiclion. 2' édit. I. 05. — (i) Ordon. sur le prix des vivres j et i/\xi, précitées, — (3) C.liifFrPs cilccs dans un orrêt niss du Conseil ,at pour ic8 bonnciiers de Poitiers 3i iIcc. 1701. Vienne, C, 37, — lilat ilea foires de Fonlenay 1 jSG — mpporl sur le bureau de MoDcoutanl î. Vienne, C. 30. — (5) Eiaia des foires de Fonlcnav 17^7, Vienne, C. — Mcm. de Gùrran sur rélectioii de Niort 1757, iùm. Soc. Slal. D. '■Ci 1883,178. — (0) Affic/iKS du Poitou 1775,1». 200. —(7) Ed 1776, la c voul28à33s., Affiches 177O, p. 81.

dans le pays (1). On estime surtout celles de Montagne, du Marais et de la Plaine (2).

Moins productive que Télevage des bêtes à laines, la culture du chanvre et du lin a été cependant très développée en Poitou. Les cartulaires font souvent mention de chenevières et de plantations de lin (3). Un règlement de 1422 montre que le chanvre non peigné se vend à la livre 10 d., que la livre de ce textile peignée vaut 15 d., et filée 2 s. 6 d. Le lin brut vendu à la poignée est estimé 12 d ; prête à filer, la livre s'achète à raison de 3 s. 4 d. et filée 5 s. (4). En 1733^ le fil de lin du pays est vendu h Moncoutant tout filé 38 à 45 s. la livre (5). Plus tard en 1775, les chanvres en poil valent suivant les lieux dans la province 45 à 90 1. le quintal, et les lins en poil 50 à 125 1. (6), soit pour les premiers 9 s. à 18 s. la livre, et pour les seconds 10 à 25 s. On appréciait surtout les lins d'été du Fiocage, les chanvres du Châtelleraudais, et du Marais, dont une partie, notamment ceux de Vix, s'exportaient à Rochefort et à Bordeaux (7). La majeure part s'employait dans le pays. Quant à l'emploi du coton et de la soie, il resta longtemps inconnu des fabricants poitevins. Ce n'est guère qu'au xvni'' siècle qu'on utilisa ces deux matières dans quelques fabriques de la province (8).

(i) Dupin en Tan IX compte pour le seul départ emenl des Deux-Sèvres 255.8i7moutoiisde racecommune, cl 33 inériuos ; il estime cette évaluation inférieure d'un tiers à la réalité, Statistique p. 177. — (2) Rapports des inspecteurs xvme s., cités chapitre IV, livre i^«'. — Dupin, Slat. U, 'Sèvres 5i, 62, i4o, 177. — Labrelonnière, Statistique de la Venldc, pp. 33, C2, 80. — (3) Ex. Cartuîaire St-I/ilaire I, 229, 244* ^tc. — Arch. hist. Poitou, XXV, I. — Savary Diction. (v« Chanvre). — J. Desloges, La culture du chanvre en Poitou, J. de Poitieî'S an VI, n» 30. — Mi^m. de Maaieou (lOyH), pp. T). Malifeux, p. /lOf). — (4) Kèg'lement pour le prix des vivres 1422. — (5) Rapport sur le bureau de iMoncoutant 1733, précilc. — (0) Affiches du Poitou 177'», pp. 200 et 76. — (7) Aff. du Poitou, 1781, p. 5o — Dupin, pp. 58, i3o ; Labretoniiicre,pp. 69, 77. — (8) Voir ci-dessous livre IV.

26(î ESSAr SUR L'ORGANISATION

La fiibricalion des toiles de lin el de chanvre n'eul jamais en Poitou l'importance de celle des étoffes de laine. C'était une industrie presque domestique, exercée dans l'intérieur de beaucoup de familles, el qui occupait dans les bourgs et les villes un certain nombre d'artisans. Généralement, ta préparation des fibres du lin el duclianvre se fait par les soins des paysans eux-mêmes aux jours de semaine. Diverses ordonnances qui ont été conservées interdisent de vaquer au rouissage les dimanches el les fêles (1). D'autres défendent de déposer les lins et chanvres dans les rivières pour ne pas empoisonner les eaux (2). Des arrêts du Parlement prescrivent, peu avant ia Révolution, de brîserles fibres textiles en plein air, au soleil, eliion dans les fours, dans les rues ou en dehors des villages, el non dans les maisons, et de consumer à l'extérieur les chenevoltes qui en proviennent, le tout dans l'intérêt de la salubrité publique (3). Le lin et le chanvre filés ou peignés sont mis en œuvce par les texandiers ou texiers appelés aussi tisserands de toiles. L'ordonnance du sénéchal de Poitou les désigne en 1307 sous le nom de icblers, el celle de H22 sous celui de tixierx (4). Ils produisent plusieurs variélés de toiles que désignent les documents. Ce sont au xv* siècle les toiles de lin en petite laine vendues 8 s. 4 d, à 6 s. 3. d. l'aune, les toiles de lin damassées façon d'Auxerre, les serviettes de même composition. Puisviennent les toiles de chanvre pleines à grande ou à petite laine, qui sont estimées 5 s. à 3 s. 9 d. l'aune , les toiles

(i) Ordon, (le la justice de laMolhc Aciiord, 12 sept. 1726. Vendée B. i^y-

— du séncclial Je l'ulluau 17O9. Vendée B. 1027. — (x) Orclon. dt la séu.cic Puiliers, 3i juillet 177O, rcliitiïoft Chalaudray. A ff. du Poitou 177(1, p. i54.

— (3) Arrôl a« l'arleiueiil de Piiris, 19 avril 1781 ; Isiimbert XXVII.iio iG35.

— {/i) Ordonnances de i3o7 cl 1422, Arch. hist. Poitou, V[[| eiXXVI, précilccR, — Ils snnl oppelés texan diere dans les statuts du lujanv. i553 relatifs aux tisserands en tuile de Poitiers, Rtg. des Jilib. munie, u» 32, («'i-jff.

de chcnevin façon d'Auxerre et dont on fait aussi des Bervielle3 ; les toiles d'étoupe de chanvre dont l'aune coûte 2 s. 6 d.; enfin les toiles de meslinge, c'est-à-dire probablement mêlées de lin et de chanvre, qui coûtent 3 s. 4 d. à 4 8. 2 d. l'aune (I). Un inventaire de 1527 monire qu'on se sert dans les intérieurs aristocratiques de linceuls, de serviettes unies ou pleines, de taies d'oreillers {sonegles). de bonnets ou couvrechefs de lin (2). L'usage des tissus de chanvre parait avoir été encore plus répandu. Au xvi* siècle, les tisserands de toiles savent fabriquer les serviettes « grosses ou déliées » , le linge ouvré à la manière de Venise ou de Paris, et le linge damassé(3). Au xvii' et au xviii' siècle, ils ont la faculté de travailler aux lainages mélangés, tels que les tiretaines, droguets, bauges et étoffes de même nature (4). A Niort, s'était organisée une spécialité, celle de la fabricationdu 111 à coudre, àtaquelle succéda la production du fil de lin et de chanvre. Celui-ci teint en diverses couleurs et mis en écheveaux de 22 s. la livre, s'expédiait en Flandre, à Bordeaux et surtout à Béziers (5). Celte industrie occupait dans cette ville en 17-i4 environ 23 fil-étoupiers (6). Sur la frontière de la province à Vieillevigne, des tisserands répandus au milieu des campagnes

(i) Oriiiin. de oov. 1^22 sur le prix des marchaaiiiscs à Poiliera.préciléi!, A Niort ea i453, les loiles pour draps de lil se virndcnr3s.4d. l'aune, Gouçet, ûp. cit., p. 35. — {3.) Idv. du linge de la conilesse de Coëtivy, xvic s. Mém. Soc.tU Stat. des D.-Sivret 1875, p. 3oi^. — Inv. du châtciiu de Thouars (1472), pp' Ledain, p. i5. — (3) Statuts des tcxiers de Poiliers i543, précités.— Us acted'aclialpa3séàChanipdeiiiersle20fév. 1624 enlre 3 marrtiaads de Rayonne cl des marchands du l'uiluu parle des loi les fabriquées àPiiuzaugcs, la Cbiltai^uraye, Kcmleniiy, Sl-Mesiiiîn, la Tardière, unices de dessins quadritlés et vendues 60 1. les loci aunes, Bull. Sac. St. D.-Seorvs IV. 163. — (4) Arrêt du Conseil du a/J dèc. r737, Vienne, C. 37. — (5) Mém. sur l'électioo de Niort 1729 et 1744. J/e'm. Soc. Slat. D, -Sèvres, itltJti, pp. 173, 703. — (0) Mém. sur l'éleclioude Niort, 1744.

268 ESSAI SUH L'ORGANISATION

produisaient les mouchoirs et les « coeti? » (coutils), dont s'approvisionnaient tous les marchands du pays, et qui se vendaient 35 1. à 421. la pièce de 18 à 20 aunes en 1736, 24 à 501. en 1747(1). Les lettres patentes de 1780 relatives aux toiles et aux toileries du Poitou énumèrent les variétés fabriquées à la Tessouaille et aux environs. Ce sont trois espèces de toiles flammées formées de fil blanc teint ; trois de toiles grises faites de fil de lin écru; douze de toiles rayées et à carreaux composées de fil et de coton ; huit de toiles unies de lin, et huit de toiles demi-fil en lin, enfin quatre de mouchoirs en fil de lin et en coton rouge des Indes avec nervures et carreaux (2). Ces tissus sont encore employés au xix° siècle non seulement pour le linge de corps et de table ou de toilette, mais encore pour le costume d*été des hommes et des femmes (3).

Le tisserand recevait de la clientèle rurale le lin ou le chanvre à l'état de pelote ou de filet. Il en était de môme dans les villes. A Poitiers, par exemple, où ils sont au nombre de 67 en 1553, les texiers en toile vont à domicile quérir les filets ou pelotes et les mettent en œuvre à la saison voulue. Ils travaillent, soit dans leur ouvroir ou boutique, soit à « Tostel », c'est-à-dire dans la maison de leurs clients(4). La fabrication, laissée libre dans les campagnes, est surveillée dans les centres urbains d'une manière assez sévère. Le tisserand y est astreint à faire preuve d'une cer-

( i) Rapport anonyme sur la fal)riquc de Vioillevig-ne (vers 1700), Vienne, C. 38. — Elats dos foires de Foulenay 173O, 1737, 17/17, y^Cfi^f-^ ^" 36, 37. — (2) Lettres patentes de 1781 relatives aux toiles de la g", de Poitiers. Arch. I>lat. AI). XI, 44^. — (3) .\f. Gcliu dans la Tradilion en Poitou^ p. 42. — (4) Statuts des texiers de Poitiers 1553. — A (ihàtelleraull en 1738 il y eu avait plus de Oo qui travaillent aussi pour rhabilaul. Mcm. sur Chdlellerault, précité.

taine expérience technique. Il faut qu'il sache ourdir une chaîne, ne mettre en œuvre que « des filés suffisamment bons et raisonnables, ni mêlés, « ni pourris » , qu'il connaisse l'art de disposer les lames du métier et « icelles marcher » c'est-à-dire mettre en mouvement, ainsi que celui de ployer la pièce et de la lever ou « extraire » (1). La largeur et la longueur des variétés de toiles sont déterminées. L'ordondonnance du sénéchal de Poitou en 1307 se réfère à cet égard à la coutume observée dix ans auparavant (2). Les statuts des texiers de Poitiers plus explicites* indiquent le nombre des portées et les dimensions de chaque espèce de issu. Les portées varient de 253 à 67 ; la largeur de 5/4 à une aune 1/16 ou 2 aunes. Pour la fabrication commune, il est établi une mesure ou verge de fer mesurant une aune 1/16; elle indique la largeur légale que doivent comprendre les métiers (3). La toile est rendue au client au sortir de ce travail. On la pèse avec des poids «bons et loyaux » (4). L'usage encore suivi au début de notre siècle était d'exiger une aune de toile par livre de fil. Le tisserand, dont le salaire est quelquefois fixé par ordonnance (5), le plus souvent de gré à gré, est responsable des fautes commises (6). Ce n'est guère avant la deuxième moitié du xvm* siècle qu'au tissage des toiles vinrent s'adjoindre la filature du coton et la fabrication des indiennes. Encore, les établissements de cette dernière espèce, créés sur l'initiative de l'État, n'eurent-ils qu'un médiocre succès ^7). Le blanchiment des

(i) Statuts des texiers de Poitiers i553. — (2) Ordon. du sénéchal de Poitou i3o7 : « Est ordeaé que tuit teblcr facent teille de molle de la façon an- « cienno, c'est assavoir dou large et de Tespèsque elle soloit estre Xanz a ». — (3) Statuts des texiers de Poitiers i553. — (/\) Ibidem, et ordon. munie, de Poitiers relative aux texiers, 27 uov. 1628. Reg, no 79. — (5) Ordonn. de novembre 1422, précitée. — (6) Statuts des texiers de Poitiers i553. — (7) Voir le livre IV.

toiles, pratiqué en général par les intéressés eux-mêmes, ne semble pas non plus avoir fait l'objet d'une industrie particulière. La seule blanchisserie de toiles qu'on trouve mentionnée au xvm' siècle est celle de Dissay aux environs de Poitiers, où trois enlrepreneursblanchissaienlannuellement chacun 12 à 15. 000 aunes de ces tissus(l). Avec les fils de lin et de chanvre, on faisait un peu partout dans les familles des dentelles communes. Loudun avait surtout développé cette spécialité qui y occupait les femmes et les jeunes filles. Les dentelles à poignets d'abbé s'y vendaient en 1773, 18 s. à 3 d. la pièce de 12 aunes ; les dentelles à béguin 3 s. à 10 s. l'aune ; les picquots larges et étroits qu'on attachait autour des broderies et linons, 28 s. à 4 1. la douzaine ; les mignonnettes ou dentelles fines et étroites 5 s. à 30 s. l'aune. Tous les efforts faits pour améliorer cette fabrication avaient d'ailleurs échoué devant l'obstination des dentellières attachées aux vieilles coutumes (2). Enfin, dans les villes, était exercée la profession de raccommodeuses de dentelles, qui n'est d'ailleurs guère mieux connue que celle des dentellières (3).

La préparation des laines et la fabrication des draps exigent une division du travail plus grande que celle des toiles. Aussi ces diverses opérations occupaient-elles en Poitou un nombre considérable d'ouvriers. On n'a sur le commerce des laines et les règlements qui le régissaient aucun document. Mais quelques textes relatifs à la préparation de ces matières nous sont parvenus. De bonne heure, la

(i) Note sur les blanchisseries de D'issay, Affiches du Poitou 1777, P* ^^' — Mention d'un buandicr à Poitiers, ibid, 1779, p. 184. — (2) Voir le livre IV pour la tentative de Colbert. — Notice sur les dentelles de Loudun. Affi" ches du Poitou, 1778, p. 11. — (3) Annonce dans les Aff. du Poitou 1780, p. 4o*

laine est préparée par des artisans spéciaux appelés tireurs (Testaim^ escardeurs de laynes^ cardeurs^ peigneurs^ fineur$[\]. On en trouve dans les villes telles que Poitiers, Châtellerault,Thouars, aussi bien quedansles bourgs tels que Pamproux (2) .A Châtellerault,il y ena plus de 30 en 1 738 (3). Ce sont en général de pauvres gens, relégués dans les faubourgs, tels que celui « de Maubrenage » à Toitiers et ils travaillent pour le compte des particuliers ou pour celui des sergers-drapiers.Il en est peu qui puissent tenir ouvroir et besogner pour leur propre compte (4). Dans la première moitié du xix* siècle, des ^ardeurs ambulants parcouraient encore les campagnes, pourdémêler les laines avec leurs cardes de fer et Jes peigner avec les têtes du chardon à foulon (5). C'était un souvenir des anciens usages aujourd'hui disparus. La laine cardée ou peignée était ensuite' filée à domicile, soit par les femmes, soit par les ouvriers euxmêmes, cardeurs, peigneurs, fineurs ou tisserands. Un règlement du XIV* siècle soumet les cardeurs à la visite des jurés texiers et interdit de mêler les laines cardées avec les autres laines, de peur que ce mélange frauduleux n'altère la qualité des étoffes (6). La fabrication des lainages est la spécialité des tisserands et fabricants de draps ou drapiers sergers ou sergetiers. Ces artisans sont mentionnés dans les cartulaires sous le nom latin de textores^ sous le terme

( f ) Ces divers noms leur sont donnés par les documents cî-dessous cités. — (2) Hèg^l. du 28 octobre 1877 pour Poitiers, coll. Fonteneau, 74 f® 543 ; délib. de récbev.de Poitiers rel. aux cardeurs 18 nov. 1647 et 19 février i685, Heg, 99 et 127. — Mémoire sur l'élection de Saint -Maixent, 1729, p. i54. — Mémoire sur ChdtellerauU 1788, mss précité. — Imbert, Histoire de ThouarSf p. 33 1. — Statuts des sergers de Chàtellerault i658, art. 2, cités ci-dessous. — (3) itfcm. mss sur Chàtellerault. — (4) Délib. deTccbev. de Poitiers» 17 nov. 1747» B,eg, 99. — Imbert, op. cit. p. 33 1. — Mém. sur Chàtellerault 1738. — (5) H. Gélin,la Tradition en Poitou, p. 42, — (6) Régi. relatif aux cardeurs de Poitiers, 28 octobre 1877, Mss, St-Hilaire, t^ 72.

272 KSSAl SUR L'ORGANISATION

français de toieser^ de teiser, de tessier ou de texier en laine (l).On distingue ensuite les drapiers drapants qui sont généralement des patrons, et les tisserands, qui, du moins dans les villes, travaillent pour le compte des drapiers (2). A côté des drapiers et des tisserands, tantôt confondus avec eux, tantôt séparés, sont les sergers ou sergetiers. Ils forment des corporations particulières dans les centres urbains tels que Poitiers et Châtellerault (3). Ces divers industriels ont le monopole de la confection des draps et des serges et celui de la vente dans les halles du lieu et dans un rayon déterminé (4). ^

Avant môme que TÉtat ne vienne multiplier au xvu* siècle les prescriptions relatives à leur métier, tisserands, drapiers et sergetiers ont été astreints par les pouvoirs locaux*à des règlements précis. Ces règlements obligent les fabricants à détenir en magasin une quantité suffisante de laines, et leur interdisent de les transporter « hors de la ville et fauxbourgs, sur peine de confisca-

(i) Guillelmus iextor [acie de 1268), Guillelmusle toieser (acte de 124?)» Cart, de St.'HUaire de PoilicrSf I pp. 262, 817; Etienne Texer (acte du xiio siècle), Cart, d'Or befitier; n» 333 ; li tessier delà rue delà Fallu à Charroux (acte de i3io), Arch. hist. Poitou, XI, n» 35; Herpin, texier en laine à Montierneuf, Vienne^ G. io45. — Règl. sur le prix des vivTes 1422 pr^ cité. — (2)Règl. de i33oet de 1377 pour Poitiers cités ci-dessus. — Ordon. du 18 nov. 1555 conc. les drapiers; elle distingue les drapiers drapans, les sergers et les drapiers délaillans, Arch» munie. Poitiers, carton M. 43, tieg» n° i8. Cette distinction se retrouve dans la plupart des documents. — (3) A Pamproux, par ex., un mém. cite 3 tisserands et i sergier. Mém. sur rélection de St-Maixent 1729, p. i54. — A Châtellerault on distingue ainsi qu'à Poitiers les maîtres sergetiers et les tisserands ; de même à Niort (à Niort ceux-ci sont 52 en 1O57, BulL Soc. D. Sèvres III, 20-24) et dans les autres centres importants, Statuts des sergetiers de Châtellerault 1 658. Vienne, E. 7^. — A Châtell. en 1700, on compte 97 tisserands. Sentence du i3 sept. 1700 Vienne, E 7. — Rapports sur lesmanuf. du Poitou 1783 et sq. Vienne, C, 36. 87. — A Poitiers, ils s'intitulent maîtres drapijers drapans fabriquans sergiers. Mémoire des sergetiers de Poitiers, 1786, Vienne, Q. 37. — (4) Statuts des sergers de Châtellerault 1 658, art. 9 et 12. Le rayon est de 2 lieues.

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