CHAPITRE XII
Les iDdDstries dn Manuscrit et dn Livre en Poitou
et lenr Régime.
D'autres professions que Ton pourrait ranger parmi les arts libéraux ont atteint en Poitou h un certain degré de développement. Telles sont celles de notaires, d'avocats, de procureurs, d'huissiers et de sergents. Mais elles n'ont pas le caractère d'un métier industriel ou commercial et elles se rattachent plutôt à l'histoire de l'organisation judiciaire. A l'histoire de l'enseignement appartiennent les régents ou professeurs de tout ordre, les maîtres des petites écoles qui forment une catégorie très nombreuse, les maîtres et les maîtresses de pension, les précepteurs. Tout au plus pourrait-on ranger au nombre des métiers proprement dits les professions de maîtres écrivains ou de mattres-arithméticiens, dont il est assez souvent question dans les documents des vingt dernières années de l'ancien régime. Ces industriels écrivent non seulement la correspondance des illettrés, mais encore enseignent l'écriture, l'arithmétique,
(i) Lettres du roi et de Le Tellierau corps de ville de Poitiers, lo déc. et 3i déc. 1646, Reg, gS, — (2) En 1774» on se plaint à Poitiers que l'éducation physique soit nés^VifréCy et en forme le projet d'une académie d'équitation, projet qui ne parait pas avoir été exécuté, Aff. du Poitou, 1774» p* ^3.
Tarpentage, la tenue des livres de commerce, les comptes doubles ou simples, le change des monnaies, font des copies et souvent même prétendent donner jusqu'aux éléments de l'instruction secondaire (1). Les industries du manuscrit et du livre rentrent au contraire dans le cadre des métiers, bien que depuis longtemps elles aient été classées parmi les arts libéraux.
La clientèle des corps ecclésiastiques, judiciaires et savants, donnait aux parcheminiers, aux copistes et aux enlumineurs une importance que la diffusion de la papeterie, de rimprimerie et de la librairie diminua sans la détruire. La préparation du parchemin remonte à une époque très reculée en Poitou. Les nombreuses chartes où Ton utilise cette matière suffiraient à le prouver. Avant la fabrication du papier, le parchemin était considéré en effet comme un produit de première nécessité. Le règlement du sénéchal de Poitou en 1307 tarife les peaux préparées par les parcheminiers de Poitiers (2), et ce travail est si répandu qu'on trouve jusque dans des bourgs des artisans qui s'y livrent (3). Malgré la concurrence du papier, la vente du parchemin est encore assez active depuis le xv* siècle, pour que le corps de parcheminiers se maintienne jusqu'aux
(i) Requête d*uD maître écrivain arithméticien, Déiib. mun. de Poitiers, 6 sept. i666, Reg. 117. — Mention de maîtres écrivains, 3 mai 1628, 21 nov. i633, Reg. 78, 84- — En 1730, il n'y a qu'un ou 2 maîtres écrivains capables à Poitiers ; le corps de ville en fait venir un de Moulins nommé Mij^not qui enseigne la ronde, la bâtarde, la lecture, récriture et rarithmétique. Délib. 18 mars 1730, Heg, i48. — Annonces de maîtres écrivains et arithméticiens, Aff. du Poitou, 1773, p. i84; 1776, pp. 172, 184, 196; 1777, pp. 100, 192; 1780, p.i84; 1 781, pp. i3, 56, 180. — (2) Ordon. du sénéchal de Poitou (i3o7), sur le prix des marchandises, précitée. — (3) Cette industrie s'exerce d'abord dans les cloîtres : chaque monastère a d'ordinaire son per» gamenarius. Lecoy de la Marche, tes Manuscrits et la Miniature^ p. 3o. — Mention d'un parcheminier à Pouzaug'es (acte de mars 141 8). Arch, hist, Poitou, XXVI, 989.
approches de la Révolution. Dans la capitale du Poitou, ils sont au nombre de 15 en 1553 (1). Ils figurent parmi les protégés ou suppôts de l'Université (2), et leur métier est assez considérable pour être admis parmi les corporations jurées (3). Ils sont les fournisseurs attitrés des églises et chapitres (4), des gens de loi, des hommes de finance (5), et enfin des greffes, des tribunaux ou du corps universitaire. Us reçoivent des mégissiers les peaux de mouton ou d'agneau {parchemins) et les peaux de veau ou de chevreau [vélins e.\, chevrolins) kV èidX de cosses ou de croûtes, c'est-àdire bruts. Ils les passent à la chaux, les adoucissent avec la pierre ponce, les raturent avec un fer tranchant pour en enlever la surface extérieure, les poncent une dernière fois, et les livrent aux copistes, greffiers, relieurs, employés des fermes et du contrôle, prêts à recevoir l'écriture, sous la forme de feuilles, demi-feuilles, carrés, bottes ou rouleaux. Les statuts des parcheminiers de Poitiers, que nous avons découverts, indiquent la réglementation à laquelle ils sont astreints. D'abord, il leur est prescrit de surveiller avec soin la préparation du parchemin, de sorte qu'il ne soit pas trop mince, ou insuffisamment poncé. Il ne faut point en effet qu'il boive l'encre, qu'il soit gras et qu'il présente des taches. Pendant l'opération, la peau se perce-t-elle ou se
(i) Règlement de \l\22 sur le prix des march., précité (meationûe le parchemin). — Mention des maîtres parcheminiers, délih. munie, de Poitiers, 5 avril i5i2, Reg , ii. — ^ Statuts des parcheminiers de Poitiers (inédits), 3o mai 1553, Heg» 32. — Mention des parcheminiers, mai-jaillet i035, heg. 85. — Listes des corporations, précitées. — Ils ne figurent pas sur celles de 1789. — (2) Slatutsde i*Univ. de Poitiers, i432 et il^'jh.Rec. Poitevins. — (3) Statuts du 25 juin 14^79 ratifiés le 3o mai i553, Reg. 32. — (4) Mention d'achat de parchemin dans les reg. cap. de St-Hilaire (xv^ s.). Vienne, G. 526. — (5) £x. marché entre un commis aux aides et les 3 parcheminiers deLoudun, 27 juin 1681, p.p. A. de la Bouraliére, bulL Antiq.Ouest, 2^ s. V; 238.
rompt-elle dans le sens de la longueur, le parcheminier est autorisé à la coudre et à la coller par le dessus ou au dos. « Et où il y aurait rompeure ou perceure en rond, ajoutent « les statuts^ sera simplement collée sans coudre, bien et « convenablement, et aux endroits sera blanchie et appau reillée. » Chaque maître est responsable du parchemin vendu. Pour pouvoir remonter jusqu'au vendeur, et « affin <( que si faulte et abbuz est trouvé, » le coupable ne puisse « desnier avoir fait les dictes faultes », tout membre du métier est tenu de déposer à l'hôtel de ville et à faire enregistrer au greffe le double du poinçon dont il doit se servir pour marquer toutes les peaux sorties de son atelier. S'il n'a point de marque, le travail lui est interdit. S'il ne poinçonne pas son parchemin, ou s'il met en circulation un produit <i faulx et mal fait en œuvre », il est condamné à l'amende. Les parcheminiers de la ville sont chargés de visiter le parchemin apporté par les étrangers et qui est souvent trop mince, gras et mal préparé. Ils peuvent le faire saisir par un sergent du maire et en requérir la confiscation {!). On les oblige à tenir de leur côté les boutiques toujours garnies de parchemin « fait et appareillé suivant les statuts » et à le vendre à prix raisonnable, sans pouvoir l'enchérir par une entente entre eux (2). Au besoin, les pouvoirs locaux taxent le produit pour mettre des bornes à l'avidité du marchand (3).
(i) Statuls des parcheminiers de Poitiers, mai i553. — Délibér. mua. du 3 juillet i553, èifum* les marques des parcheminiers. Reg. Sa. — (2) Statuts des parcheminiers de Poitiers. — (3) Ordon, du sénéchal de Poitou, i3o4 (les lîeaux de vélin sont taxées 10 d,les autres 6 d). — Réglem.sur les prix de novembre 1422 (bonne pel de parchemin, ij**). — Règlement géa. de police pour le Poitou (loyS) (les peaux se vendent 0* à 3», suivant la jçrandeur).
Le marché précité du 27 juin 1681, avec les parcheminiers de Loudun,
fixe le prix du millier de feuilles à 20 l.
La profession des copistes qui s'exerça surtout au Moyen- Age dans les monastères est beaucoup moins connue que celle des parcheminiers. Les recherches de L. Delisleel du P. Cahier sur l'origine des manuscrits ont fait connaître sommairement les principaux ateliers monastiques où s'exerça l'industrie des Hbrarii (l).Bien que ceux du Poitou ne figurent pas parmi les plus célèbres . ils ont déployé une activité qu'attestent les spécimens relativement nombreux de leurs travaux conservés dans nos dépôts de manuscrits et dans nos bibliothèques. Ils alimentèrent de leurs copies les « librairies » des monastères et des chapitres (2), aussi bien que celles des grands seigneurs, comme le duc d'Aquitaine, Guillaume IX, ou le duc Jean de Berry (3). Ils travaillent aussi pour de riches particuliers, tels que le seigneur de la Jouennière, noble du Bas-Poitou, dont la bibliothèque en 1447 ne compte pas moins d'une centaine de manuscrits de tout genre (4). On ne connaît malheureusement presque rien au sujet de ce corps de métier si intéressant et qui mériterait de faire l'objet d'une étude locale approfondie. Nous savons seulement qu'il avait fini par se séculariser en Poitou, et qu'il fut compris lors de la fondation de l'Université de Poitiers, parmi les professions placées sous la protection de ce corps puissant. Les libraires ou copistes de manuscrits continuèrent à travailler, soit pour les communautés ecclé-
(i) L. Deiisle, le Cabinet des Manuscrits de la BibL Nal., tome II. — P. Cahier, Mélawjes d^Archéologie, IV, 127, 142. — (2) Voir sur ces bibliothèques les Histoires du chap. Sl-liilatre et de la cath. de Poitiers, par de Longuemar et Auber; et V Histoire littéraire de la France^ tomes VII et sq. — Sur celle de St-Hilaire (alloc. de oo» à un copiste pour un mss., i48o-85. Vienne, G. 527). — autres documents G., 524 et 528). — (3) Sur la bibl* de Guillaume le Grand, Hist. Littér,, tome VII, — sur celle du duc de Berry. Douct d*Arcq, Rev. Arch., i85o, i44. — (4) Cat. de la bible mss. de Jehan Mureau, i447> ^oc, d*EmuL Vendée, 18O6, p. 1O9.
siasliques (1), soit pour la librairie universitaire (2), jusqu'à ce que la diffusion de rimprimerie fût venue porter à leur profession le coup nîortel. Le métier des librarii était intimement lié à celui des enlumineurs ou miniaturistes {;??/iiiaiores)j véritables artistes qui travaillent, d'abord dans les monastères et depuis le xm* siècle dans les ateliers laïques , à décorer de couleurs vives et de figures les manuscrits de tout genre. Leur art, encore naïf au xi* et au xii* siècle, atteignit à son apogée au xiv« et au xv* siècle avec les grands peintres de miniatures André Beauneveu, Jehan Foucquet et Bourdichon (3). La bibliothèque municipale de Poitiers, celle du grand séminaire et plusieurs collections privées renferment un certain nombre d'ouvrages enluminés avec goût. Quelques-uns, tels que le livre d'heures de Jeanne de Laval, femme du roi René, celui de l'abbaye de Charroux, le bréviaire d'Anne de Prye, abbesse de la Trinité, le missel de Nouaillé, renferment des compositions artistiques d'une réelle beauté (4). Initiales rehaussées de rouge, de vert, de bleu, d'or ou d'argent, dessins mystiques et bibliques, paysages, portraits, groupes de personnages, figures satiriques d'hommes ou d'animaux, tableaux véritables, les miniaturistes ont tout traité avec un talent parfois supérieur (5). Le nom de ces artistes est resté le plus souvent
(i) Ex. indiqué ci-dessus note 2, p. 447* — (2) Sur ceiXe librairie, BtdL Soc.j Antiq. Ouest, 2© s., IV, i54. — Sur les copistes en général, Lecoy de la Marche, les Mss, et la miniature^ pp. 1 09-1 10. (3) Lecoy de la Marche, Us Manuscrits et la Miniature, pp. 125-296. — (4) Noiices sur les manuscrits et leurs enluminures, d'après Barbier de Montault, dans Labitte, Les èla^ nuscrêts et l'art de les orner, 1898. in-80, pp. 251,282,284, 3ii, 3oi, 33i. — B. de Montault, Le missel pontifical de Raoul du Fou, li^v. Poit. et Sainte 1892, pp. 77, 80. — Id. Le bréviaire d'Anne de Prye, Rev. des Prov. de rOuest, avril 1895, p. 212. — A. Molinier et Lièvre, Cat. des Manuscrits de la BUfL de Poitiers, 1894, in-80 pp. 5, 9, 11, 12, i5, 16, 21, 119. — (5) Etudes ci-dessus citées — et Auber, Les manuscrits avant la déc. de l'im* primerie (à Poitiers). Bull. Antiq. Ouest, i, 99.
inconnu. A peine a-t-on pu retrouver l'origine de quelquesunes de ces œuvres, par exemple celle du missel et pontifical d'Etienne de Loypeau, évêquede Luçon, dont on a attribué l'exécution aux enlumineurs célèbres qui travaillèrent pour le duc de Berry (l).Le beau missel du fonds La Vallière, à la Bibliothèque Nationale, et le fameux manuscrit de la Cité de Dieu, qui se trouve partie à la Haye, partie à Nantes, ont révélé le nom d'un miniaturiste, Pierre de la Noulx, originaire des Herbiers en Bas-Poitou (2). A l'époque de Louis XI, un enlumineur de Poitiers, Jehan Gillemer, figure parmi les justiciables du prévôt Tristan l'Hermile (3). Cet art ne se perdit pas entièrenoent dans la province, aux temps modernes. On trouve encore en 1584 un enlumineur de Poitiers, Fr. Lepage, employé par l'église Notre- Dame de Fontenay à la décoration d'un livre de chant (4), et en 1624 le corps de ville de la capitale du Poitou paie 41. II s. à un enlumineur, pour avoir illustré un manuscrit précieux ainsi que la bordure de l'ouvrage (5). Il serait possible par une étude minutieuse des manuscrits d'origine poitevine d'écrire un chapitre attrayant de l'histoire artistique de la province. Il est douteux qu'on puisse réunir jamais assez de documents pour connaître l'organisation économique de cette profession.
La difficulté est moins grande pour d'autres industries qui se rattachent étroitement à l'exercice des arts libéraux, à savoir la papeterie, Timprimerie et la librairie. On sait'
(f) L. Delisle, Le missel pontifical d'Etienne de Loypeau, BibL Ec. des Ckarl,y tome XL VIII (1887). — (2) Sur Pierre de la Nouhe, notice d'Âuber (Bail, Antiq. Ouest^ t. VI, pp. i5, 160), et de B. Fillon {Rev. des Prov, Ouest j i855, pp. 678-680). — (3) Lecoy de la Marche, Inlcrrog. d'un enlumineur par Tristan TErmite, Rev, de l'Art Chrétien, 1892, 5e livr. — (4) B, Fillon, Revue des Prov, de VOuest, I, 116 (comptes de N.-D. de Fontenay). — (5) Délib. munie, de Poitiers, 21 déc. 1629, Keg, 76 bi%,
que la fabrication du pipier s'est répndaB assez r.ipidement en France au xiy^ siècle. Un règlement relatif au prix des marchandises à Poitiers en 1422 fixe le prix de la main de ce produit à 20 d., ce qui prouve que Tusaga en était déjà répandu (1). Dès 1439, une riche famille de Téchevinage, celle des Claveurier, avail établi un moulin à papier sur le Clain près du Ponl-Joubert, et se proposait à la même époque d'en fonder un second au Pré-l'Abbesse (2). Le chapitre St-Hilaire, de son côlé, avait transformé une partie de ses moulins à blé situés près de la porte de Pont-
Achard, sur la Boivre, en moulins destinés à la fabrication du papier, comme l'attestent un acte d'arrentement de 1455 (3), et diverses mentions des actes capitulaires depuis 1450 (4). Cet établissement subsistait encore au xvi® siècle (5). D'autres se fondèrent aux portes de Poitiers, à la fontaine de Mazay (6), sur la Boivre, à Trainebot, au débouché du sentier de ce nom sur le Clain, à Auzance (7), et enfin au petit bourg de St-Benoît de Quinçay (8). Ce dernier moulin à papier devint bientôt le plus important de la province, survécut à la ruine des autres, et existait encore à la veille de la Révolution (9). Il comptait en 1774
(i) Ordon. de nov. 1422 sur le prix des marchandises précitées. — (2) Rédet, Mém. surqq. élabl. ind. à Poitiers au xve s. Mém, Antiq, Ouest, IX, 335. — (3) Acte d'arrentemeut (i4 juin i455) des moulins à papier de Pont-Achard, ViennCy G. 625. — (4) Actes cap. de St-Hilaire i45o (pour réparations à ces moulins), Vienne, G. 624, — autres actes rel. au fermier Pitois i465-i475^ ibid. G, 525, Saô. — (5) Aveu rendu au chapitre i522. Vienne, G. 625. — (6) Déclaration de terres (i56o et i504) sujettes à cens avec mention dû moulin de Mazay, Vienne, G. 625. — (7) Baux à ferme et pièces rel. au moulin de Trainebot, 1 571 -1664, Vienne, F. 625. — Mention de cette papeterie, Délib. mun. 21 sept. i665, Reg, 116. — Vers 1640, les jésuites de Poitiers formèrent aussi le projet d'établir une papeterie à Ligugé. Procédure à ce sujet 1 636-1 65o, Vienne, D. 43- — (8) Déclaration ou aveu d'un boucher (mention de la papeterie de St-Benoît) 21 janv. 1526, Vienne, G. 625. — (9) Elle est mentionnée souvent dans les
jusqu'à 14 piles ou cuves, et son papier, moins blanc que celui d'Angoumois ou d'Auvergne, alimentait la capitale du Poitou, où se trouvait, au canton de St-François près de rintendance, le magasin de rusine{l). Au moulin de Montmorillon, composé de 7 piles à quatre maillets, un gentilhomme, M. de Meignié, était parvenu vers la même époque à fabriquer du papier encore supérieur semblable aux meilleures sortes d'Angoulême (2). D'ailleurs, la proximité des fabriques Angoumoisines permettait de suppléer aisément à la médiocrité de la production locale. Le progrès de l'imprimerie et de la fabrication du papier avait aussi amené le développement des deux métiers de marchands papetiers ou revendeurs de papier et de marchands « de peilles » ou vieux drapeaux (3).
Bien que les trois professions de fabricants, de revendeurs et de commerçants chiffonniers ne fussent pas érigées en corporations, on les avait soumises de bonne heure à des règlements destinés à sauvegarder l'approvisionnement local. Les uns avaient pour objet d'assurer aux fabricants de papier une matière première abondante, les autres devaient faciliter au public l'achat du papier. En vertu des premiers, il est interdit de « faire amas » de peilles et vieux drapeaux, afin de ne pas enchérir ces matières. Il est défendu de les vendre à des forains ou à des
regîslpes municipaux, nota mmeat en i634, i64o, iG46 (Reg, 85, 88,ioo) et au xvnic siècle. — Savary [Dict. du Com. I, 6.')) dit qu'il y avait à St-Benoit 2 moulins à papier.
(i) Mém. sur la pap. de St-Benoît. Affiches du Poitou 177/*, p. 78. — (2) Affiches du Poitou, 1778, p. 08. — On trouve aussi mention de la papeterie du sieur de Montion {Délib. mun. Poitiers lef oct. i64o, Reg. 91), et d*une papeterie près de Niort, à Ruffig'ny, non loin de Breloux (IL (^louzot, l'Imprimerie dans les D. -Sèvres 1890, Mém, Soc. Stat, D.-Sévres, 1890, p. /|35). — (3) Mentionnés dans Tord. g-én. de janv. 1678, pour le Poitou et dans les doc. cités ci-dessous.
étrangers, et de les transporter hors de la province, même dans les pays voisins, tels que le Limousin. En 1643, cinq marchands de peilles de Poitiers, qui contreviennent à ces ordonnances, se voient menacés de saisie et d'amende (l). Cette loi se maintient pendant tout le xvii' siècle et une bonne partie du xviu' (2). Les moulins à papier des environs de Poitiers, en particulier celui de St-Beooît, ont le droit de préemption pour les chiffons (3), et si on veut leur vendre cette matière trop cher, l'autorité en tarife officiellement le prix (4). De leur côté, les fabricants sont tenus à observer certaines prescriptions qui vont se précisant de plus en plus, lorsque l'administration royale s'immisce dans la direction de l'industrie, de 1671 à 1740 notamment (5). Dès le xv' siècle, l'usage veut qu'ils mettent leur marque au papier qu'ils fabriquent. Celui desmoulins de Pont-Achard, par exemple, porte l'empreinte d'un bœuf, d'un raisin ou d'un lion couronné (6). Plus tard, les marques obligatoires se multiplient. Le propriétaire exploite rarement lui-même: il a en général des fermiers responsables de la gestion du moulin (7). Ceux-ci sont obligés de suivre les indications techniques des règlements. Elles se réduisent au xvi* siècle à un petit nombre d'articles. Le principal enjoint aux maîtres papetiers de composer la main de 25 feuilles au moins
(i]OrdoD. luUDic. UePoitiera 31 juillel i63i [Arck. Mun. D.73,1. 11), 3i juillet 1634, 10 sept., i«rocl. i64o, 12 maiiCja, 7JuiD i64g, 11 juillet i65o, Reg. 85, gi, g3, 100, loi . - — (2) Ordon. de l'Inieadanl Moreau de Beaumoat ea faveur de la pap, de Sl-Benotl, û avril 1748, Areh. Aniiq. Ouest. — (3) Documente cités à la note ci-dessus. — (4) Ex. en i635, le prix du cent pesant de chilToQs est fixé à45 s>; ca i65o à 3 1. le ceut au plus, Ord. munie, de Poitiers, iodée. iC35, 11 juillet i65o, Reg. 86, 101. — (5) Voir le livre IV de ce travail. — (6) C'est ce qu'on voit d'après le papier des registres capitulai res de St-Hilaire au xv« siècle. — (7) Par ex.Cilois et Berjot, fermiers des moulins dt Pont-Achard i465, i46g. Vienne, <>. 5x5. 536.
et de ne mêler aucun papier cassé dans la main ou la rame (1). Les ordonnances de 1671 et surtoulde 1739 et de 1740 iront bien plus loin dans cette voie et ne laisseront presque rien à l'initiative du fabricant (2). Pour que les imprimeurs et les particuliers puissent avoir du papier à prix raisonnable, l'autorité municipale interdit en certains cas, et moyennant l'octroi du monopole des peilles aux fabricants, la vente des rames aux marchands étrangers, fussent-ils simplement établis dans une province limitrophe (3). Elle défend aux papetiers de vendre « leur cueillette » en gros, et aux marchands revendeurs de la ville d'acheter tout le produit d'un moulin à papier un an ou un an et demi à l'avance, et pour une période annuelle ou supérieure à une année (4). Elle prohibe les achats faits en dehors du magasin, aux portes ou sur les avenues de la cité. Elle fixe les lieux de dépôt, tels que le magasin du fabricant, et la galerie du Palais de justice, ou l'Hôtel de Ville. Elle détermine même parfois la quantité que le fabricant devra exposer journellement en vente et le prix auquel il sera tenu de vendre la rame ou la main (5).
Les cartiers-dominotiers se confondaient d'abord sans doute avec les papetiers, avant que les édits royaux eussent limité à sept, puis à onze le nombre des villes où la fabrication des cartes était permise, afin de rendre plus facile
(i) Règl. gén, de police pour le Poitou, janv. iSyS. — (2) Voir ci-dessous, livre IV. — (3) Ex. ordon.munic. du 3i juillet i63i, 7 juin 1649 (^^9' 100).
— Ordon. de rintendant 5 avril 1748. — (4) I^ègl, ^én. de janvier 1578.
— (5) Règl. gén. de janv. 1578. — Ordon. munie. 3i juillet i634 (prix de la rame 4^ s.); 10 déc. i635 (prix 45 s.; obligation de faire mener une charge tous les matins au palais) ; 10 sept, et lor octobre 1640 (prix de la rame 45 s. ; oblig. d'en apporter à la maison commune le lundi, et au palais deux fois par semaine la rames), 1 1 juillet i65o (prix de la rame 45 h 5o s.), Reg, 85, 86, 91, 100, loi.
454 ESSAI SDR L'ORGANISATION
la perception du droit qui depuis 1583 frappait les cartes et tarots. Au xviii' siècle, le nombre des centres où la profession des cartiers fut autorisée s'accrut. Il y en avait un ou deux par généralité. Dans le Poitou, cette industrie, depuis 1751, n'était autorisée qu'à Poitiers (1). A celte époque, on a relevé les noms de six cartiers établis dans cette ville (2). Ils vendent, en même temps que les cartes, toutes sortes de papiers et de cartons, mais leur principal commerce est celui des cartes fines qu'ils sont astreints à fabriquer depuis le règlement du 9 novembre 1751 avec le papier pot que leur fournit la régie. Chaque rame de ce papier d'où Ton peut tirer 240 jeux de cartes coûte, d'après le tarif de 1769, 41. 10 s. dans la généralité de Poitiers (3). Sur ce papier collé et pressé, le cdrtier imprime au moule les traits noirs, puis la peinture des têtes. Les couleurs usuelles dont usent les cartiers poitevins sont le rouge, le bleu clair, le bleu foncé, le jaune, le bleu cendré. Les jeux sont recouverts d'une enveloppe qui reproduit l'enseigne du fabricant, et sur une des cartes, surtout le valet de trèfle (4)^ est imprimée la marque spéciale qu'il a adoptée. L'industrie des imprimeurs, libraires et relieurs eut en Poitou un développement auquel ne paraît jamais avoir atteint celle des cartiers. De bons travaux bibliographiques ont été consacrés à l'imprimerie poitevine (5), mais personne
(i) Encycl. Méth. Dict, dea Finances, I, 201 (droit sur les cartes — arrêt de rèfifl. du g nov. lyôi ). — (2) Us s'appelaient Martineau, Delaunay, Rontin, Clavé (Barbier de Montault, Inv. Arch. de Vabb. des Châlellicrs^ Rev. Poit. el Saint, 1892, p, 200), Fayollc et Ojard (Ginot, Noie sur qq. enseigncH, Bull. Antiq. Ouest, 1898, i65 169.) ei Aff. du Poitou 1780, i3G. — (3) Arrêts du Conseil, 9 nov. 1751 et 28 juillet 1769, EnqfcL Métk. I, 201 et sq. — (4) Barbier de Montault, op, cit., note 3. — (5) H. Clouzot, Noies pour servir à Tbistoire de l'imprimerie à Niort et dans les Deux- Sèvres [Mém.Soc. Slot. D.'^èvres, 3» s. VII, 1889, pp. 4" -566). — A de la Bouralière, Les Débuts de V Imprimerie à Poitiers ^ iaS^ . 1893. — id.
n'a encore essayé d'étudier le régime économique de cet art. Il résulte des éludes publiées par divers érudits poitevins que l'imprimerie se propagea rapidement à Poitiers, sinon dans la province. C'est en février ou mars 1578 que furent établies, sous la protection du chapitre St-Hilaire, et dans la maison d'un chanoine bibliophile, probablement Jean de Conzay, les premières presses qui aient existé en Poitou (1), environ 10 ans après l'établissement des premières presses parisiennes. Poitiers, après Paris, Lyon, Toulouse et Angers, devenait une des métropoles de l'art nouveau, et bientôt les imprimeurs s'y fixaient d'abord, peu nombreux, puis en nombre toujours croissant. En 1486, commence la dynastie des grands imprimeurs locaux, les Bouchet, et eri 1506 celle de leurs concurrents, les Marnef, originaires du pays de Liège. On a constaté l'existence entre 1480 et 1520 de onze entrepreneurs d'imprimerie, associés ou non (2). Le xvi® siècle fut d'ailleurs la belle époque de celte industrie, soumise plus lard, pour des raisons d'ordre politique, à des restrictions qui en entravèrent l'essor. En dehors de Poitiers, l'imprimerie se propagea lentement. Les autres villes de la province manquaient des éléments qui faisaient la prospérité de la capitale. Elles n'avaient ni Université, ni cours importantes de justice, ni fonctionnaires administratifs nombreux. Aussi n'y eut-il d'imprimerie à Niort qu'en 1590 (3), à Saint-Maixent qu'en
Nouveaux documents sur ks Débuts de rimprimerie à Poitiers 1894, in-80. — Id. Les Imprimeurs et libraires du dép. de la Vienne, Mcm. Antiq. Ouest, 2« s. XVni (1895), pp. 259 et sq.
fi) A. de la Bouralière, Nouv. Doc, pp. 5-10. — Edg". Bourloton, A propos de L*oriyine le C Imprimerie, à Poitiers (Re\), du Bas-Poitou 1897), a proposé le nom de Jean de Conzay auquel se rallie M. de la Bouralière, C fiapitre rétrospectif sur les débuts de l* imprimerie à Poitiers, Pans 1898 Iq-So, LXX, pp. I à IX. — (2) A. de la Bouralière, Les Débuts, etc.,
II, pp. 5-12, 22-34; iVouv. Doc. i^p. 34-69. — (3) H. CloxizoU op. cit.
1662 (1), à Fontenay qu'au début du xvn* siècle (2), à Thouara qu'à laGn delà inême période (3), à Ch&lellerault qu'en 1620 (4), à Loudun qu'en 1614 (5). Encore dans ces divers centres, si l'on en excepte Niort, ie nombre des représentants de cette industrie se réduisit-il à un, à deux ou trois au plus (6). Certaines de ces villes ne conservèrent même pas leurs imprimeries d'une manière régulière jusqu'à la Révolution (7).
Les imprimeurs se confondent le plus souvent alors avec les libraires. Lu séparation 'des deux métiers ne devient guère fréquente qu'au xvin" siècle, lis vendent généralement eux-mêmes les ouvrages sortis de leurs presses. C'estce que font en particulier les premiers et les plus connus des imprimeurs dePoitiersJes 5auveteau,lesBouchet,les Mesnage et les Marnef à l'époque de la Renaissance (8). Ils ont leur boutique, comme l'imprimeur Bouyer, attenante à leur imprimerie (9), ou du moins dans une rue voisine, auprès de l'Université, dans la ruedesCordeliers, comme les Bouchet, auprès du Palais de justice, comme les Marnef (10), et même dans la salle ou galerie qui y donne accès, comme l'éditeur Courtois en 1711 (11). Au reste, il y a aussi des libraires qui n'ont point d'imprimerie. On a relevé les noms de cinq d'entre eux à Poitiers entre U81 etlo07{12). En 1522,
(i)H. Clouzot,p.493. — (2)H. Clouzot, 442ct42. —(3) A de la Boumlière, l'Imprimerie à Tkouart tSgî, p. 5, — (4) A, de la Bouralière, /mp, d€ ta Vienne, p. 29g. — (5) Id. , p. 260 — et H. Urimaud, Les Orig. de l'Impr. à Loudun, J. de Loudun, è avril 1891. — [6] H. Cloiizol, p. 49'ii compte 'i imprimeries à Niort. — (7) Par ex. à Thousrs cl à Sl-.MaLxcDl, H. Clouzot, pp. 539-544. — (8) A. delà Bouralière, ies Débuts, (fc,,pp, .fo-Sr, 65; Nom. Doc. pp. 28-21). — (9) A. de la Bouralière, let Débuis ele., p. 33. —(10) Ibid, pp. 33 et 42. — (ti) Imprimé des statuts des barbiers-chirurgiens i7ii,par Courtois, Vienne D. 12. — (12).^. do la Bouralière, les Débuts p. 65 ; Nouv. Doc. pp. 4o-5o.
les libraires de celle ville sont au nombre de 17, d'après une liste inédite des registres municipaux (1). Or, il est peu probable qu'il y eut à cette date autant d'imprimeurs dans la capitale du Poitou. En dehors des villes de premier ordre, le libraire est même rarement éditeur. Il se borne à acheter aux imprimeurs des grands centres les produits qu'il débite, et parfois à traiter avec ces industriels pour l'impression de quelque ouvrage. Ainsi agissaient certainement les marchands libraires qu'on voit établis jusque dans des bourgs, par exemple à Moutiers-lès-Lays (2), ou à Mortagne-sur- Sèvre (3), sans parler de ceux des petites villes, telles que les Sables-d'Olonne et Thouars (4). Certains sont même des libraires forains ou colporteurs, qui vont dans les marchés urbains ou ruraux, vendre des almanachs, des cantiques, de petits livres populaires, se contentant d'un dépôt à la ville, auquel ils annexent au besoin une petite presse (5). Si la librairie s'exerce parfois à part, il n'en est pas de même de l'imprimerie. Jusqu'à la Révolution, les imprimeurs du Poitou paraissent avoir tous pratiqué le commerce des livres. Souvent, ils sont aussi relieurs. C'est le cas d'un des premiers imprimeurs de Poitiers, Sauveteau (6). C'est encore celui de l'éditeur Niortais, Bureau, dont l'imprimerie contenait un atelier de reliure, où il habillait ses psautiers de veau fauve et de fers genre Le Gascon (7). L'union entre les trois professions est si étroite qu'en 1634 les imprimeurs-libraires- relieurs de
(i) Liste des métiers de Poitiers, i522. Beg. n« i8; fo i65. — (2) Jean Clemenceau libraire en i4o8-i5io, A. de la Bouralière, les Débuis, p. 10. — (3) Affiches du Poitou, 1773, p. 176. — (4) Vente par Marie Boulineau, aux Sables, fév. 1781. Vendée, B. 837. — Sur les libraires de Thouars, H. Clouzot, p. 544. — (5) Par ex. à Niort, H. Clouzot, p. 627. — (6) A. de la Bouralière, les Débuis, pp. 28-29. — (?) M- Clouzot, p. 47^«
e i6, sont groupés en une corporation ,aluls (1).
nerie en Poitou a suivi à peu près les serves dans le reste de la France. Elle ée par des ouvriers ambulants, des s ou italiens, tels que l'imprimeur inis le bourg Saint-Hilaire, ou les deux
des Grés {2j.Ils transportaient dans eur matériel, dont les caractères sont rt de l'impression devient sédentaire, irtie de la Renaissance, l'imprimerie tout des in-folios et des in-quarto.
au début du xvi' siècle (3). Plus tard, ujourd'hui connues font successive- Les livres, qui sont d'abord une sorte nuscrits, avecleurs abréviations, leurs iminures, leurs initiales ornées ou (4), se dégagent peu à peu de cette
dès 1499 les caractères gothiques ds, et prennent un aspect plus moi travaillent surtout, à Poitiers, pour lèges, ainsi que pour le présidial et ince, ailleurs, pour les établissements ire et pour les sièges royaux (5), icclésiastiques.sans négliger la clien-
libraircs-relieurs de Poiiicrs, 17 ddv, i634, imp. orne XVII. — (2) A. de la Bouraliére, les Dipp. iS-a;. — {3) Voir Calalog. (tes Imprima A. ti^re, lomc l'f, 185).") (iiieunabtes). ^-(41 lUX Doc. p. 42. nule. — (5) Voir sur Ica ini- , — Sur Ica libraires de l'Uaiv. de Poilitrs, 2, ~ Siaturs de l'I-'oiv. pp. Kleuriau, Rcc. ries uuircs libraires imprimeurs. A, de lu Bou<
tèle populaire • Les livres sortis de leurs presses sont des ouvrages de jurisprudence et de théologie, des réimpressions des auteurs classiques, parfois des traités d'histoire ou de science. Ils éditent beaucoup de psautiers, de catéchismes, d'ouvrages d'ascétisme et de controverse, des publications administratives, édits, arrêts, ordonnances, de petits livres populaires, alphabets, almanachs de cabinet ou calen^ driers, légendes naïves, complaintes, et même des cartes à jouer. Toutes les variétés d'impressions depuis l'in-folio jusqu'au placard grossier sur mauvais papier sont représentées aux derniers siècles parmi les produits des presses poitevines. Les plus considérés des imprimeurs sont ceux qui peuvent prendre le tiire d'imprimeurs libraires ordinaires du Roi et qui ont en cette qualité le monopole de l'impression des édits, règlements et déclarations royales, et des ordonnances de l'intendant (1). Puis viennent les imprimeurs de l'Université, du corps de ville, du présidial ou du corps consulaire, des collèges, des chapitres, des abbayes, des é vêchés, des bureaux de finances, ou encore des princes apanagistes (2). Le même industriel peut réunir plusieurs de ces titres (3), et Timportance de son industrie s'en trouve d'autant accrue. Les imprimeurs éditent aussi des ouvrages, soit pour leur propre compte, soit pour celui des libraires et des particuliers (4).
ralière, Vlmpr. dans le départ, de la Vienne, passim; et IL Clouzot, pp. 494» ^10, 5i3, 5i8.
(i) Déclaration du Roy sur les privilèges accordes à ses imprimeurs ordinaires, 2 fév. 1O20; et provisions en faveur de J. Thoreau, imp. à Poitiers, 24 juillet 1O12, Rec. Poil. in-4o, XVII, no» G4, 72. (2) Exemples dans les publications bibliographiques précitées, et dans les lettres accordées aux imprimeurs de Poitiers, 1652-1677, Rec. Poit.y in-4, XVII, no* 62, 66, 67, 68, 69, 70. — (3) Par ex. Thoreau et Flcuriau au xviie s. sont impr. du roi, de la ville et de TUniv. de Poitiers ; requête au corps de ville par leuriau, 18 fév. i658, Reg. 108. — (4) Statuts de i634, art. 3,
ESSAI SUR LURGANISATION
iel des imprimeries est encore génér rable. Les slaluls des imprimeurs de 634 recommandent d'employer « de >ns caractères (I) >i. On distinguait om iS usuels, dont le plus fm était la nomj
plus saillant s'appelait le gros cano 1634 obligent les imprimeurs poitevins me presse entière (2). Les règlements icie indiquent un minimum de quatre
sortes de caractères romains pour (3). Mais ils étaient si peu obsen d'imprimeurs n'avaient que deux ] rapport adressé en 1764 à M. de Sari s avaient d'ailleurs été améliorées (5).
on n'en était plus réduit comme à la
étendre « l'encre sur les formes au me ipons de cuir maniés k la main (6) ». ] mu d'imprimer correctement et en « i L'injonction n'était pas inutile, mais ell les négligences. L'imprimeur en étai jr les auteurs de revoir trop légèremei ). Les conditions de l'impression varient, naginer, suivant les temps, les lieux et n'a encore publié que fort peu de marchi '.n i486, un libraire de Bordeaux débours
Dict. des Art* et Métiers, tome II (vo Imprimerie) Jlsdes impr.de Poitiers iC34, art. 3. — (3) Règle» la librairie, 1707 et I7a3,la8iiibert, XXI, n" 279, p| Elies Ji Niort (H, Clouzol, p. 5i8) el Guimbert à Cb ilière, l'impr. datis la Vienne, p, 317). — (5) Joubi Bouralière, Nom. Dot., p. 5i.— {7) Stalulii des ir !{, art. 3. — {8) Reproche déjà formulé par rimprin 1 XV* s. La Bouralière, iVouv. hoc, p. 4^,
pour faire imprimer à Poitiers sept cent bréviaires (1), En 1600, un libraire de la Rochelle s'engage à payer à un imprimeur de Niort 2 écus 30 s. par feuille d'impression (soit 7 fr. 50 ou 35 à 40 fr. environ en valeur actuelle), mais le papier est fourni par l'auteur de la commande. Ce curieux traité montre qu'à ce moment le tirage se faisait par demifeuilles,et quel'on comptait unejournée pour tirer 650 exemplaires d'une feuille. Un bon ouvrier tirait à bras 60 à 70 exemplaires d'une feuille en une heure avec une seule presse. Il fallait pour faire un tirage double deux presses qui marchaient ensemble, l'une imprimant le recto, et l'autre le verso. Une imprimerie avec deux presses n'avait qu'un personnel de sept à huit compagnons ou apprentis, dont quatre pour la composition, et quatre pour le tirage ou la correction (2).
A l'origine, l'imprimeur met seulement sa marque sans spécifier le lieu d'impression, et parfois même sans mettre le nom de l'éditeur. Tel était le cas de Jean Bouyer et de Guillaume Bouchet, qui se contentaient de faire figurer leurs armes, un bœuf et un bouc, avec l'écusson de France, sur leurs ouvrages (3). Mais les règlements ne tardèrent pas à exiger non seulement que la marque fût imprimée sur chaque exemplaire, mais encore que tout ouvrage fût édité « sous le vray nom de l'auteur, du libraire ou imprimeur, sans falsification ni déguisement » (4), avec l'indication du
(i) Ë. Gaullieur, Tlmpr. à Bordeaux en i486. Bordeaux en 1819, ia-8<>, 44 P-» cité par la Bouralière, Nouv, DoCj pp. 3o-4i. — (2) Traité d'impression du 28 juillet iGoo conclu par un imprimeur de Niort, pp. II. Clouzot, p, 429. — (3) La Bouralière, Les Débuts, Appe. — et pp. 22-84. — (4) L'éiiit du 3x août 1039, art. 16, l'impose aux libraires de Paris, et celui du 28 déc. i54i amx libraires de Lyon. — Même prescription^ Statuts des libr. impr. relieurs de Poitiers, iG34^ art. 3.
lieu. Mais l'obligalion fut plus d'une foi éludée, en particui de l'impression de la fameuse Histoire Universelle pa d'Aubigné (1). On sait que jusqu'à la fin de l'nnjime les noms d'imprimeurs vrais ou supposés de ;, de Genève, d'Amsterdam, de Londres ou de
servaient à couvrir les publications clandestines des
françaises. L'imprimerie provinciale, plus timidt le de Paris, n'usait guère toutefois de ces procédés, 1 relève peu d'exemples en Poitou, imeurs et libraires possèdent un monopole asse:
Nuls autres « qu'eux, disent les statuts de 1634, îuvent entreprendre de faire trafic et commerce d( irie etimprimerie, pour acheter etrevendre (2) >».Lef
eux-mêmes ne sont pas admis à vendre en leui 'après le règlement de i723(3). Aux imprimeurs e :s seuls il est permis d'acheter des livres aux enfants urs, apprentis, écoliers, ce qui est interdit h toui
sous peine des poursuites dont sont passibles le: irs (4). Nul, s'il n'est apprenti ou maître du métier dmis à faire commerce d'imprimerie, à tenir bouti-
magasin de livres, papiers blancs, réglés ou reliés , bréviaires, alphabets, romans neufs ou vieux e
vieux papiers, vieux parchemins (5). Le colportag» ervé également aux maîtres imprimeurs et libraî , dont la plupart possèdent des étalages sous le de Niort, de Fontenay et des autres villes, où se lien es foires les plus fréquentées (7). On concède seu aux compagnons poitevins qui ne peuvent ptu
Clouzol, op. huâ., p. 470. — (a] Slatula de :C34, «rt. 4. — (î iot du 28 fémer 1 723, art. 4. Isambf ri, XXI, n- 179. — (4) Slaïui
an. 4. — (5) Ibid., art. 9. — (6) Ibid.. art. 5. — (7) Sur la vcdi !8 Bux foires, H. Clouzot, p. 4i4-
travailler ulilemenl et qui produisent un certificat du matlre, la permission de colporter les livres (1). Les marchands merciers, grossiers et joailliers, même nationaux, et les colporteurs étrangers, n'ont pas le droit de vendre de livres imprimés. Il n'y a d'exception que pour les alphabets, les almanachs, les petits livres d'heures et de prières provenant d'autres imprimeries que celles de la ville où ils résident d'ordinaire, el qui n'excèdent pas deux feuilles d'impression du caractère appelé cicéro (2). Seuls, les imprimeurs et libraires doivent être chargés de dresser les inventaires pour prisées de livres et d'impressions. Seuls, ils procèdent à la vente des bibliothèques, sans pouvoir toutefois acheter les ouvrages dont ils ont fait les prisées, autrement qu'à l'encan et comme plus offrants et derniers enchérisseurs (3). On les protège contre la concurrence des forains. Ceux-ci, avant de pouvoir mettre en vente les livres, sont tenus de souffrir la visite du syndic des imprimeurs-libraires. La même inspection se fait chez les imagiers-dominotiers et tapissiers. Le syndic a le droit, dans les 24 heures, de faire mettre à part les ouvrages du forain et la communauté est autorisée à les acheter par préférence (4). Les forains ne sont d'ailleurs admis à vendre que pendant trois jours à compter du jour de l'ouverture et de l'inspection de leurs tonnes, balles et paquets. Leur trafic ne peut se faire qu'en magasin et non en plein air. Les trois jours écoulés, ils ont le choix entre le transport de leurs livres dans une autre ville ou la vente à l'amiable aux imprimeurs-
(i) Statuts de i634, art. 5. — (2) Rèi^lement gcn. de 1-723, art. 5. — Ordoa. du séuéchal des Sables d'Oloone, 6 juillet 1778, Vendée B. 8o3. — (3) Statuts de i634, art. 4» — Déclar. royale, 21 fév. 17 16, hambert^ XXI, no 45. — (4) Statuts de i634, art. 8 et 19.,
46i ESSAI SUR L'ORGANISATION
libraires du lieu (1). Ces derniers ne doivent faire aucun travail d'imprimerie ou de librairie pour les marchands forains, à peine de confiscation et d'amende arbitraire (2),
A leur commerce ordinaire, les imprimeurs et libraires joignaient la vente des encres, des menus objets de papeterie et des articles de bureau (3). C'est seulement au xvni" siècle qu'apparaissent à Niort, en 1766, chez le libraire-imprimeur Elies, et à Poitiers en 1776, chez son confrère Chevrier, les premiers cabinets de lecture, où, pendant quatre à cinq jours de la semaine, de deux heures à sept heures du soir, les amateurs de lectures et de nouvelles vont, moyennant 20 à 30 1. par an, parcourir les journaux et les ouvrages à la mode (4). De petites villes, telles que Mortagne en Bas-Poitou, piquées d'émulation, organisent leurs cercles littéraires, dont les libraires fournissent le local (5), l'éclairage, le chauffage, et les papiers publics ou recueils périodiques (6). On y reçoit les Gazettes de France, de Leyde, d'Agriculture, des Tribunaux et de la Santé, le Courrier de l'Europe, le Courrier d'Avignon, le Journal de politique et de littérature, le Journal politique de Bouillon, le Journal des savants, le Journal Anglois, le Journal de Verdun, les Nouvelles Ephémérides Economiques, le Mercure de France, l'Année Littéraire de Fréron, les Affiches de province de Querlon, les Affiches de Poitou de Desloges, le Spectateur François, le Radoteur, le Catalogue hebdomadaire des Nouveautés littéraires, et enfin
(i) Statuts de i634,art. 8. — (2) Ibf'd., arU 9. — (3) Annonces, Affiches du Poitou, 177^, p. 108, etc. — (4) Affiches du Poitou, 1775, p. 219; 1776, p 6.— (5) Aff.du Poitou, 1776, p. i35. — (G) Affichet du Pot/ou, 1776, pp. 6, i35, 1 90-1 91; — Chevrier donne aussi à lire les brochures en ville moyennant 4o fr. par mois, et à la campagne pour 3 I. A/f, du Poitou, 1776, p. 84.
le Recueil des édits et arrêts que publiaient les imprimeurs parisiens Simon et Nyon (1).
Le champ d'action laissé aux imprimeurs et libraires était donc très étendu. Mais les obligations qu'on leur imposa en retour devinrent de plus en plus sévères. Sans doute, il y en avait d'inspirées par le souci du bon renom du métier. Telle est l'injonction que font les statuts de 1634 aux imprimeurs-libraires-relieurs poitevins « de bien et dignement faire leurs charges », de surveiller avec soin les impressions, et d'éviter les incorrections (2). Ce sont des prescriptions fort vagues et dont on ne peut que louer l'intention, sans s'imaginer qu'elles aient été observées à la lettre. D'autres ont pour objet de faciliter la surveillance dont l'imprimerie et la librairie ne sauraient être dispensées, ou de limiter la concurrence entre industriels du môme métier. Ainsi, chaque imprimeur n'a droit qu'à une boutique et imprimerie. Les statuts de 1634 vont jusqu'à ordonner que chaque presse n'appartiendra qu'à un propriétaire, jusqu'à interdire de l'exploiter « par société de deux ou plusieurs personnes, à peine de confiscation », et même d'en louer l'usage (3). On sait que le règlement de 1723 éleva à quatre le nombre des presses que chaque imprimerie pouvait et devait posséder, mais en maintenant les autres dispositions antérieures (4). Toute imprimerie doit être tenue « non en public ni en boutique », mais a en maison, comme à Paris » (5) ; il faut éviter le contact entre la foule et les imprimeurs. Le règlement général de 1578 relatif au
{i)Aff, du Poitou^ ^n^y PP- ^'y ^111 ^ P* ^- "" ^* LiboHièrc, Souvenirs^ p. 169, meotioDne deux cabinets de lecture à Poitiers. — (2) Statuts de 1634, art. 2 et 3. — (3) Statuts de iô34, art. 3. — (4) Règlemeut gén. de 1723, art. g, i4> i5, 16, 49* — (^) Statuts de i634> art. 3.
Poitou, rééditant les dispositions des ordonnances royales, subordonne la faculté d'imprimer tous livres nouveaux à la permission des officiers de justice (1). A cette règle, les statuts de 1634 en ajoutent d'autres, par exemple la défense d'imprimer des libelles diffamatoires, des livres prohibés, de contrefaire les ouvrages privilégiés, d'en publier sous de faux noms, de faire paraître aucun traité concernant la foi sans l'approbation des docteurs en théologie (2). L'imprimeur ne saurait, sous peine d'encourir l'accusation de fraude, retenir sur le tirage des ouvrages qu'il édite plus de quatre exemplaires, l'un pour son usage, les autres pour le libraire, pour le correcteur, et pour le compagnon compositeur. Il est tenu de déposer deux autres exemplaires à la Bibliothèque Royale, un troisième à celle du Garde des sceaux, et enfin un quatrième entre les mains du syndic de la communauté (3). Le commerce des livres, comme Timpression, doit se faire sous le contrôle de l'autorité, sans qu'il soit permis aux libraires d'acheter et de vendre des ouvrages provenant des dépôts publics (4), sans qu'ils puissent pratiquer leur trafic, même les fêtes et dimanches, au moyen de boutiques portatives et d'étalages. La profession, qui avait d'abord joui au xv* et au xvt* siècle d'une certaine liberté, se trouva bientôt, au xvii* et au xviii* siècle, soumise par l'Eglise et l'Etat à des conditions de plus en plus restrictives. La surveillance de l'autorité religieuse et politique s'appesantit lourdement sur les imprimeurs et les libraires, et la limitation légale du nombre des premiers ne fut pas sans doute étrangère au déclin de cette industrie en
(i) Rèfl^lemenl ^én. de 1678 pour le Poitou. — (2) Statuts de i634, art. 3. — (3) Ibid, art. 6. — (4) Ordon. muaicipa1e.de Poitiers, 11 sept. 1607, Reg, 03 (relative au libraire de Bléac qui avait acquis des ouvrages provenant de la bibliothèque de la ville).
DU TRAVAIL EN POITOU hÇyi
Poitou (1), pendant les cent années qui précédèrent la Révolution.
Ce régime explique aussi la tardive apparition de la presse provinciale. C'est à un Poitevin, Théophraste Renaudot, que Paris dut son premier journal, la Gazette de France.. Longtemps, cette gazette fut la seule qui, avec le Mercure^ circula dans les villes du Poitou. En 1730, le corps de ville de Niort recevait deux fois par semaine ces feuilles publiques et presque officielles : il ne les recevait auparavant qu'une fois (2). Le Journal de Verdun eut aussi dans la province quelques abonnés. L'un d'eux, Dreux du Radier, figure parmi les collaborateurs de cette publication(3). Dans la seconde moite du xviii" siècle, la presse profite de la tolérance administrative pour se propager, et l'industrie du journalisme fait son apparition dans les provinces sous la forme de feuilles périodiques appelées Affiches. C'est à l'imitation d'un grand nombre d'autres capitales provinciales que Poitiers fut enfin doté en 1773 de son premier journal, les Affiches du Poifo?/. Le fondateur de cette feuille futl'avocatbien connuJouyneau-Desloges,protégé du comte d'Artois et du duc de Chartres, et qui devinten 1777 inspecteur de la librairie et en 1783 chef de bureau à l'intendance (4). Son journal, rédigé avec beaucoup de soin, d'un caractère assez libéral, quoique peu dangereux pour l'autorité, contient une foule de courts articles, de dissertations, de notices, de lettres, de renseignements d'ordre adminis-
(i) Voir ci-dessous livre IV. — (2) H, Proust, Interméd. de l'Ouest, no i 1892, p. 91, — Rev. et dép. de rhôtel-de-WlIe de Niort avant 1789. Mém. Soc. htat. D.-Sèvres, 1891. — (3) Voir la table du Journal de Verdun publiée en 1775. — (4) Dugast-Malifeux, Notice sur Jouyneau Deslog-es, Rev. des Prov, de V Ouest, i855, p. 65. — A. Richard, Jouyneau Deslo^es Notice biojçraphique et bibliographique, BuU. Antiq. Ouest, ire série, XII^ 425 et sq.
tratif^scientiQque, historique, littéraire, économique, qui ne manquent pas de valeur. Il paraissait tous les huit jours, le jeudi, sous le format in-4* à deux colonnes, en caractères petit-romain. L'abonnement coûtait 7 1. 10 s. pour Poitiers, où les abonnés étaient servis gratuitement à domicile, et 9 1. pour le reste de la province, avec port à la charge de la direction. Le prix était payable d'avance (1). Bien que le journal reçût des annonces au bureau du directeur, rue Cloche-Perse, bien que ses rédacteurs fussent des collaborateurs bénévoles, l'organisation commerciale en était trop défectueuse pour que le promoteur fit fortune. 11 insérait gratuitement les lettres et avis (2). Il se montra trop désintéressé pour songer à faire de son entreprise une spéculation. Il agissait, disait-il, « plutôt en ami de l'ins- « truction et en bon citoyen qu'en marchand de papier (3) ». 11 parvint à réunir d'abord 300 abonnés, parmi lesquels 50à Poitiers, etplus tard 500 à 550 souscripteurs. Son journal tirait à 750 exemplaires environ, dont 200 étaient distribués gratuitement, et il forme de 1774 à 1781 un recueil de 2000 pages en deux volumes in-4* (4). Passé en 1782 aux mains du libraire-imprimeur Chevrier, il dégénéra en feuille d'annonces et de faits divers, qui présentaient un médiocre intérêt, bien que le prix d'abonnement restât le même (5). Les Affiches de Poitou devaient prendre en 1790 le nom de Journal de Poitou^ puis de Journal du départementde la Vienne; ce journal, qui subsiste encore, est le doyen delà presse poitevine (6). Il a eu depuis de nombreux imitateurs. Mais son premier propriétaire et rédac-
(i) Prospectus des Aff, du Poitou, 1778, pp. i et sq. — '779> p- «89; 1783 et sq. (même prix). — (2) Ibid, (3) A. Richard, op. cit., p. 429. — (4) Ibid, p. 4559. — (5) Affiches du Poitou, collection 1782-1790, — (6) A. Richard, op. cit., p. 43o, note i. — Le jugement de la Liborlière, Souve^ nirs, pp. iSS-iBq, est empreint sur ce point d'une certaine légèreté.
teur privilégié était loin de songer que sa modeste initiative pût donner naissance à Tindustrie importante qui s'est formée au xix* siècle.