‹ Essai sur l'organisation du travail en PoitouChapitre 4 sur 24 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

I«e Relèvement écoDomiqne du Poitou pendant la Benaissance

La fin du Moyen-Age fut pour le Poitou une époque dé-

(i) Rreulilac. Les halles de Niort îd-8» 1887, pp. 2-9. — Lettres de grAce ace. â Ph. Gilier nov, i354. Arch, hist.PoifnUf XVII et XX, 177. — (2) Boutaric, p. 269. ^Arch, hist. Por/o t/, VIII, 10 et suiv.

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sasireuse. La province disputée longtemps entre les bandes anglaises et françaises est l'un des grands champs de bataille où se heurtent les deux États rivaux. La guerre civile des Armagnacs accumule de nouvelles ruines après l'accalmie passagère qui a suivi le rétablissement de la domination française. Plus de sécurité pour le commerce dans cette période troublée où les routes sont infestées de routiers et de brigands (1). La royauté obérée ne remplit plus sa mission protectrice. Des impôts sur les ventes qu'elle

étabht et qui atteignent au xiv* siècle jnsqu'à3 et 5 7o de la valeur des marchandises, l'établissement de taxes foraines, coutumes, droits de prévôté, octrois qui frappent les produits à la circulation ou aux portes des villes, la création de douanes sur les frontières d'Angoumois et de Saintonge, tous ces expédients financiers passagers destinés à une durée de plusieurs siècles, contribuent à ralentir le mouvement commercial et industriel au moment où il aurait eu le plus besoin d'être encouragé (2). Les villes, écrasées d'impôts^ ruinées par les excès des gens de guerre, se dépeuplent peu à peu. Les lettres patentes de Charles Vil, de Louis XI et de Charles YIII attestent le déclin de la population et de l'activité de la capitale même du Poitou (3), Les voies navigables, comme les routes, ne sont plus accessibles au commerce. Les rivières s'envasent ou s'ensablent. Tel est le cas du Clain et de la Sèvre. Le port maritime de la Rochelle hérite en grande partie des transactions que le port

(i) Voir les întrod. des 7 vol. pp. P. Guérin dans les Arck» fiist, Poitou, (iranscpiplîons du Trésor des Charles). — (2) Goufçet, pp. i3-i5. — (3) Voir ci-dessous. — Froissart décrit Poitiers en i346 comme une ville c pour le temps riche et puissante »,d'où les Anglais partirent chargés d'or et d'argent, de draps, de pennes (fourrures) et de jeuiauls (bijoux). Chronique», éd. Kcrvyn, V, p. 112.

fluvial de Niort avait gardées longtemps (1). L'état d'abandon dans lequel on laisse les halles indique la stagnation des affaires : les marchands ont désappris le chemin des foires les plus fameuses du Poitou. A Niort, l'édifice où elles se tiennent a été ruiné par une tempête, et reste pendant vingt ans dans le même état de délabrement (2). A Poitiers, le bâtiment construit par les Berland tombe en lambeaux. En 1441, la sénéchaussée condamne vainement les détenteurs à le faire restaurer; les marchands jusqu'en 1474, ne peuvent même plus y dresser leurs étalages (3). La fin de la guerre de Cent ans coïncide avec le relèvement économique du Poitou. Pendant un siècle, la province jouira d'une paix profonde, qui permettra à son agriculture et à son industrie de recouvrer leur prospérité. Le pouvoir royal aide de toutes ses forces à multiplier les moyens de communication et d'échange. Il favorise la réfection des routes et les travaux de navigation. Le duc de Berry a fait creuser un nouveau port sur la Sèvre à Niort (4). Louis XI rétablit l'ancienne coutume ou tarif de 1377 pour en consacrer le produit à réparer les écluses et à remettre en état ce port ensablé (5). Aussi les navires pourront-ils au xvi* siècle remonter jusqu'à un quart de lieue de la ville. Sur la côte, le roi Charles VII a fait rétablir les achenaus de Maillezais, de Marans et de Velluire (6). La navigation du Clain qui fait l'objet des préoccupations constantes du corps de ville de Poitiers est améliorée grâce au concours de la royauté.

(ijGouget pp. i3-i5, Breuillac, p. g. Gouget évalue le commerce de Niort en i4i^ à 2 millions par an; vers i4^o, il était réduit au 5® de ce chifFre. — (2) i35i, Arch. fiist, Poitou XX, 177. pp. 9-10. — (3) Kédet. pp. CO-G7. — (4) Bardoonet, Ephémérides Mêm. Soc. de Slatist. Dcux^ Sèvres I, 273 (3« série). — (5) Gouget, pp. 4*^-4^. — (6) Gouget, p. 4ii -•otc 3.

Après cent ans d'efforts, cette rivière et la Vienne, dont elle est raffluent, sont ouvertes au commerce. Le Clain depuis Vivonne et la Vienne depuis Lussac jusqu'à Châtellerault sont approfondies de manière h recevoir des bateaux de 25 à 30 tonneaux. En 1542, les travaux de canalisation se trouvent achevés jusqu'aux portes de Poitiers; ils furent depuis malheureusement interrompus (4). Les foires, que le roi seul peut concéder depuis le règne de Charles V (2), retrouvent peu à peu leur ancienne animation. Pour engager les étrangers à fréquenter celles de Poitiers, Charles Vil les a affranchies en 1455 de toute imposition (3). De nouvelles lettres patentes accroissent le nombre de ces réunions commerciales. Niort a obtenu de joindre à sa vieille foire de St-André qui dure 7 à io jours, et où « affluent plusieurs marchands de diverses contrées », deux autres marchés de ce genre, l'un pour le jeudi avant le carême, l'autre pour l'octavedela Fête-Dieu(4). Ses halles reconslituéesavec leurs vastes charpentes, leurs quatre larges allées, abritent un grand nombre de négociants (5). A Fontenay, le commerce des chevaux et des mules, des draps, des cuirs et des fers, fait dès lors le succès des foires du 2 août, du 11 octobre (la Saint- Venant), et du 24 juin (la Saint Jean), dont la première dure jusqu'à 8 jours, et la seconde trois (6). A Poitiers, sous Louis XI, en 1477, les halles sont enfin restau-

(i) Délib. Municipales i43i, i432, i/pG, 14^2, i466, i538, iSSg, i54o. Arch, Munie, Reg, 4 ^20; D. 4o, 4'» 42. — {«) P. Huvelîn, Essai historique sur le droit des marchés et des Foires in-8, 1897, p. 187. — (3) Rédet, p. 75. — (4) Breuillac, p. 10 (d'après les reg*. des délib. de la corn, de Niort). Gouçet p. 3i donne la vraie date 12 juin i455. — (5) Breuillac, p. II (acte de i638 qui nomme i3o marchands). — (6) Fillon, Fontenay, p. 117. Un passag'e de Rabelais montre le renom de ces foires. Panurge dit en parlant d'un philosophe : « Plus cstoit troublé que sMl feust A la foire de Fontenay ou de Niort. » Œuvres, édît. Jannct III, 71,

rées el agrandies. Aux anciennes foires de la Mi-Carême et de la Sainl-Luc, dont la durée respective est de huit et de trois jours (1), viennent s'ajouter celle de la Saint-Simon et Saint-Jude (28 octobre) et de la Saint-Nicolas (6 déc.) (2). Le jeudi-saint, le chapitre Saint-Pierre a aussi obtenu de tenir la sienne qui dure plusieurs jours. De plus, LouisXII a accordé au chapitre Saint- Hilaire deux nouvelles foires qui s'adjoignent à l'ancienne dont le bourg était déjà doté (3), et où fréquentent les boulangers et les marchands merciers, poêliers et pintiers (4). La multiplication des moyens d'échange, par suite de l'afflux des métaux précieux à partir de 1492, favorise encore le progrès du commerce. L'établissement de juridictions consulaires à Poitiers et à Niort en 1566 soustrait enfin le négoce aux lenteurs coûteuses de la juridiction ordinaire (5).

Pendant les cent années qui précèdent les guerres de religion, le Poitou apparaît comme un pays relativement prospère. L'agriculture y tient toujours la première place. La petite industrie y progresse lentement. A côté des anciens métiers, de nouveaux se forment, répondant aux nécessités d'une vie sociale plus raffinée. Les marchands de draps de soie, et de draps de laine, les merciers, les épiciers, les pelletiers forment une classe de plus en plus nombreuse parmi les commerçants. Une liste inédite datée de 1522 atteste que Poitiers compte à ce moment 25 négociants qui font le commerce de l'épicerie et des soie-

(i) Lettres patentes i6 février 14^9; nov. 1/177, Rcdet, op. laud,^ pp. 68-69. —(2) Lettres pat. 28 sept. 1677. Rédet, 7.5. — (3) Délib. du 2 mars 1654 relative à la foire du jeudi-saint. Arch. Mun, reg, io5 fo i5i. — Lettres pat. de nov. 1498 en faveur du chap. St-IIilaire. Chartes de Sl-Hilaire, pp. Rédet. Hém. Soc, Antiq, OuesipXV no 376. -^ (4) Délib. 26 juin 1618. Arch. Munidp, Reg. 72, fo 146. — (5) Arch, Nat. Xia 826, fo 67.

ries, 30 qui se livrent au trafic des lainages, 21 merciers, 19 bonnetiers, 21 chaussetiers, 33 pelletiers et 9 teinturiers. Le même document mentionne 10 pintiers, 5 poêliers, 9 armuriers et fourbisseurs, vendeurs d'armes et de n hacquebutes », des marchands de fer, 6 doreurs, et 17 libraires (1). Le travail se spécialise davantage, et des anciens métiers se détachent des variétés nouvelles qui accroissent le nombre des professions commerciales et industrielles. Les mégissiers et les chamoiseurs s'organisent à côté des tanneurs et des corroyeurs ; les taillandiers auprès des maréchaux ; les poêliers auprès des pintiers, et les vitriers auprès des verriers (2). Le nombre des métiers de la petite industrie tend donc à s'accroître, sans que néanmoins les documents nous permettent d'indiquer dans quelle proportion précise. Les voyageurs qui parcourent le Poitou dans la première moitié du xvi' siècle le décrivent en général comme une région fertile, bien que dépourvue de bonnes routes (3). Poitiers en particulier est resté une des 10 ou 12 capitales provinciales dont la centralisation progressive va peu-à-peu détruire la vitalité. Les ambassadeurs vénitiens qui l'ont visitée signalent ses alentours riches et beaux, ornés de somptueuses résidences seigneuriales, sa grande étendue, l'animation que lui donnent les 4.000 étudiants de son Université et la multitude des gens de justice (4). C'est ce qni explique le développement qu'y a pris

(i) Taxe sur les méiiers 1622, Arch, Munie. Reg, des dél, n^ 18, fo i65. — (2) Voir ci-dessous, livre II. — (3) A. Babeau. Les Voyageurs en France i885, in-i8. — Gaillard, Quelques descriptions de Poiliers et du Poitou, Mèm.' Antiq, Ouest. II, 120. — (4) Relation d*A. Navagero 1628. Helnt. des Amb, Vénitiens 1, 25. — Rabelais dans un passage resté inaperçu, place Poitiers au rang des premières villes de France. Pantagruel, racontant un voyage, dît avoir vu « de fortes et grosses villes, non moins grandes que Lyon et Poictiers », Œuvres, éd. Jaunet-Picard II, 171.

Du TRAVAIL EN POITOU 29

la petite induslrie. Niort, Châtellerault, Fontenay sont avec Poitiers les centres urbains les plus florissants à cet égard. Quatre industries ont à cette époque en Poitou une importance de premier ordre. Ce sont la production et le commerce du sel, la draperie^ la préparation des peaux, et la librairie ou rimprimerie. La métallurgie poitevine jadis si active semble être tombée dans une décadence à peu près complète. La fabrication de Tacier et du fer, des armes et des armures, de la quincaillerie et des instrumens aratoires, si active au moyen-âge dans cette région, n'occupe plus au XV* et au XVI® siècle la place qu'elle avait autrefois. Il ne subsiste plus qu'une spécialité appelée à maintenir sa réputation : c'est la coutellerie qui s'est concentrée à Châtellerault et aux environs. Dans « cette belle ville », comme l'appelle Navagero, on « fabrique, dit un autre envoyé vé- « nitien,des couteaux et des ciseaux plus beaux que solides, « le manche travaillé d'une manière très fîne^ quelquefois « en pierres précieuses, avec des miniatures, ciselures et •f ornemens de grand prix » (1). La concurrence des forges de TAngoumois et du Périgord paraît avoir ruiné les autres établissemens métallurgiques du Poitou. De même, les verreries et les ateliers céramiques, un moment importants, ont décliné bientôt, en dépit de quelques créations éphémères, sans doute par suite du commerce des faïences italiennes et saintongeaises et des fabriques de verres de la région mancelle et normande. On a pu relever les noms de 10 à 12 verreries qui ont existé en Poitou pendant cette période, et qui ont donné des produits estimés. Ce sont surtout celles de la Mothe près de Chizé (1517), la verrerie

(i) Relations de Navagero i528, et de Lippomaao 1577, Relal. des Amh, Vénitiens,!, 2^; IL 3i.

Neuve près de Taltnond(1543), et la verrerie deTArgenlière paroisse de Prailles, établie avant! 512 parrilaîien Fabiano Salviati (1). La poterie commune continue à être fabriquée dans de nombreux petits ateliers. Mais le Poitou laisse à la Sainlonge la première place dans TOuest pour la fabrication des faïences. Les faïenceries de Saintes, de Brizambourg et de la Chapelle des Pots n'ont pas de peine à dépasser les créations éphémères que Ton essaie dans la province voisine. Les ateliers d'Oiron que dirigèrent le potier François Charpentier et Pornemaniste Jehan Bernard et ceux de St-Porchaire ont produit des faïences exquises, coupes, fontaines, hanaps et barils, buies et salières, plats et réchauds, ornées d'arabesques, d'entrelacs et de fleurons, incrustées dans une pâte fine, et qui rappellent les productions les plus exquises de Tart italien. Mais les uns n'ont été qu'une fantaisie de grand seigneur. Elle ne survit pas à son promoteur Claude Gouffîer, marquis de Boisy, duc de Roannès. Les autres ont décliné de bonne heure. La fabrique de Fontenay créée en 1558 n'a eu qu'une existence obscure, de même que celles de Rigné près de Thouars, et d'Aspremont en Bas-Poitou (2).

Tout autre est la valeur économique de l'industrie exercée sur les côtes par les paludiers. Elle remonte très haut dans le Moyen-âge. Les cartulaires de Saint-Maixent, d'Orbestier, de Saint Jouin, de l'Absie, de Saint-Cyprien et de Sl- Hilaire de Poitiers, font souvent mention de ces marais sa-

(i) B, Filloo. L*Art de Terre, p. 286, 196. Fillon cite encore celles de la Roche-sur-Yoa i^^Q-i^^Q; de Courlac i463; de la Perrière près Parthenay 14O6; delà Puye près de Châtellerault 14O8; du Rorteau(Bas-Poilou)i486. Mais on ne sait si elles se sont maintenues. Voir livre II. — (2) Fillon. L'An de Terre, pp. 58, 82, 182, i38, 144. — Atelier de Rijçné i536-i63(). — d*Aspremont i55o. — Bonnaffé. Les faïences de St-Porchaîrc, Rcv. Poit. et Saintong. janv. fév. 1889, 1890, 1892.

lanls {terrae salsabiles) de TAunis el du littoral poitevin. Les propriétaires qui appartiennent en général à la classe noble el au clergé arrenlenl ces terres aux paludiers [mainsci)^ moyennant certaines redevances (1). Le sel de cette région est considéré comme le meilleur d'Occident. Le Marais poitevin, qui depuis longtemps approvisionne l'étranger et les provinces de la France centrale, devient au xv* siècle le grand entrepôt où se fournit presque tout le royaume (2). Une curieuse requête adressée à Charles VII vers 1451, décrit celle zone colière a inferlille de blés, vins el autres choses « nécessaires pour vie de homme, fors seullement de sel « qui y fructiffîe moult habondamment ». « Les pauvres « babitans et laboureurs de la mer», répartis dans 8 à 10.000 feux, y vivent en gardiens de la côte « contre la « malice » de l'Océan « moult impétueux, enflé et orgueilleux ». Les habitants de l'intérieur du Poitou apportent à ces pauvres gens leurs blés, leurs vins, leur bois et leur bétail et reçoivent en échange le sel. Des marchands et même des seigneurs acquièrent « de grands morceaux » de cette denrée dans les marais du Poitou. On la répand dans les provinces voisines, Angoumois, Marche, Limousin et autres pays. Marans, Fonlenay, Niort, Thouars, Parthenay, Vivonne, Poitiers, Lussac, font ce commerce qui leur procure de notables bénéfices. En retour, les négociants des pays limitrophes amènent dans la région poitevine a chars, espi- « cerie, cires, gresses, cuyrs, loilles, geme, rousine, cordage, « guesdcs, garences, mcrrain, boys à faire vaisseaux, huiles, « alemandes, gros beslail et toutes autres choses néces-

(i) Voir la table de ces Carlulaîres publiés daos les Arch. hist, Poitou, I à XXIX. — Ex. d*ua arrenlemeni de ce ^eore, 9O8. Carlulaire de Sl- Maixealy pp. A. Richard I. 55. — (2) Ëx. Venlcs de sel à des Aoglais et Hollandais xv s. Mirchc^jy. Aan. Soc. Emul. Vendée^ i8(>4> P* i«^o.

32 ESSAI SDR L'ORGANISATION

« saires », car elle n'est fournie c que de blés et de vins ». Les paysans du Bas-Poitou, surtout ceux de la Rochesur-Yon et de Montaigu,sont constamment occupés à charroyer le sel de la côle aux entrepôts de l'intérieur. L'usage des viandes salées, dont usaient communément «les pauvres « gens de labeur et art mécanique » , rendait la consommation très active et le négoce lucratif. La charge de sel se vendait sur le marais 60 s, à 4 1. (^1), et se revendait en 1451 à raison de 15 deniers le boisseau. Le bon marché permettait même d'en nourrir « en plusieurs lieux les besles « aumailles », c'est-à-dire le gros bétail (2). C'était donc la grande ressource d'une bonne partie de la province, si bien que la royauté n'osa jamais, malgré quelques velléités, y établir le régime du monopole qui eut ruiné complètement le littoral (3). En dépit des règlements de Louis XI qui limitèrent à Niort, Fontenay et Poitiers la faculté de posséder des entrepôts, le commerce du sel continua à se faire partout clandestinement, et resta au xvi* siècle le plus actif élément de transactions entre le Poitou et les provinces de l'Ouest et du Centre (4).

La fabrication des draps parait aussi avoir pris à l'époque de la Renaissance une certaine activité. On constate au xv* siècle l'existence à Poitiers de tisserands, de drapiers, de teinturiers et de foulons. Les plus importants établissemens de teinturerie et de foulage y sont ceux du Pont-Joubert(5) qui appartiennent à une famille pourvue des charges

(i) La charjBfC de sel «- est de 8o chevaux chargés ». — (a) Mémoires présentés au roi Charles VII par les délégués de la ville de Poitiers pour le détourner d'établir la gabelle (vers i43i). Arch, hist, Poitou II, pp. 258- 284- — (3) Elle ressaya plusieurs fois, mais n'osa jamais maintenir sa prétention. — (4) Gouget pp. 20 et 45. — (5) Rédet. De quelques ctab. industriels à Poitiers au xv* siècle. Mém. Anliq. Ouest. IX, 355.

de l'échevinage, celle des Claveurier. Charles VIII pour favoriser le développement de celte industrie lui accordera divers privilèges (1). Les draps de Niort gris pers et gris blondelet, longs de 21 aunes et larges d'une aune^ sont déjà répandus dans la province vers 1455. Des moulins à foulon se fondent alors sur les bords de la Sèvre. On fabrique encore dans la cité niortaise des serges, des lapis et des toiles , et on y file les laines pour les ateliers des tisserands (2). Vers 1490, les draps du Poitou sont vendus dans les foires fameuses de Tours, à côté des lainages de Berry et de Normandie. Ils viennent surtout de trois centres: Poitiers, Parthenay et Bressuire (3). Les laines poitevines, plus tard enlevées par les fabriques du Languedoc et de Normandie, servent à fabriquer cette draperie, dont la réputation se maintient et s'étend dans le cours du xvi* siècle. Une ordonnance célèbre, celle du 19 mars 1571, qui règle la fabrication et les dimensions des lainages, mentionne les draps du Poitou auprès des tissus de la Normandie, du Languedoc, du Beauvaisis et de la Picardie. Les plus renommés sont alors ceux de Parthenay, de Fontenay et de Niort (4), qui ont une aune de large et 24 de long, et qui valent, du moins ceux de Niort, environ 40 sous Taune (5). La fabrication des toiles s'est aussi développée. Celles de Cbâtellerault ont acquis dans le royaume entier une renommée de bon aloi, que constate Barthélémy Lafîemas en 1598 (6).

(i) Voir le livre IV de noire travail. — (2) Gouia^ct p. 35-30, d*après de*» chartes et ordonnances municipales de i453^ i435 et i494. — (3) Déclar. portant règl. pour la fabrication des draps à Tours, 8 août i/\(^o,0rdonn.dc8 roi* XX. 243. — (4) Edict du Roj touchant la manufacture des draps etc. mars i57i.Fontanon I. io32-io34. — (5) Gouget, p. 36. ^- (6) B. LafF&mas. Advis des corporations aux commissaires du Èoy 1600, p. 7 {Recueil tUt Doc. hist, inédits pp. Champollion tome IV.)

La préparation des peaux a été, plus encore que la draperie, dès le xv* siècle, la grande industrie poitevine. Les tanneries sont à la fin du Moyen-Age fort actives en Poitou. A Poitiers, les principales, groupées sur les bords du Clain, étaient celles du Pré TAbbesse qui appartenaient aux Claveurier (1). A Niort, elles s'étendaient sur les bords de la Sèvre. Elles mettaient en œuvre les peaux du pays et celles qu'on importait, soit de l'Europe du Nord, soit du Nouveau-Monde. Les huiles de poisson nécessaires pour les préparer venaient de la Baltique et peut-être du golfe de Gascogne, où fréquentaient encore les baleines (2). La tannerie française occupait alors en Europe la première place qui lui fut enlevée au xvii* siècle par la Hollande et l'Angleterre (3). Les artisans poitevins se trouvaient à la têle des spécialistes qui exploitaient en France cette branche d'industrie. Une tradition, rapportée par un auteur fort exact, Savary des Bruslons, attribue aux fabricants de Poitiers l'honneur d'avoir inventé l'art de passer les peaux en chamois ou mégie (4). Laffemas atteste le grand renom dont jouissaient les chamoiseurs et tanneurs poitevins. Us étaient encore à la fin du XVI* siècle les premiers du royaume pour accommoder les peaux à l'usage de la cordonnerie et de l'équipement militaire (5). La buffleterie et la chamoiserie de Poitiers, de Niort et de Chàtellerault n'avaient point alors de rivales en France et à l'étranger, capables de les dépasser.

Enfin, une industrie nouvelle, l'imprimerie et la librairie

(i) Rédel, op. laud. IX. 355. —(a) Gougct, pp. 55^56, 78. —(3) A. de Montchrestien. Traité de rŒconomie politique p. io6. — (4) Savary. Birii*nnaire du Commerce, v* Chamoiseurs. — (5) Laffemas (B). Régi, gén,^ colL Leber. XIX. 544* « Autre exemple de la ville de Poictiers,dil*il ; depuis 7 ou 8 ans ils acconstreot des peaux de bœuf, vache, chèvres et autres, en fa(;oD de buffles et chamois, très bons et beaux en vérité».)

rni TRAVAIL EN POlTOtJ 33

avait beaucoup grandi en Poitou avec la Renaissance. 11 était naturel qu'une ville, comme Poitiers, siège d'une des plus florissantes Universités du royaume, où étudièrent les du Bellay, les Ronsard, les Bacon et les Descartes, devint de bonne heure aussi Tune des métropoles de l'art noiîveau inventé au xv* siècle. La capitale du Poitou, cité savante, centre administratif et judiciaire de premier ordre, avait déjà ses parcheminiers, qui subsistèrent en dépit des progrès de rimprimerie (1). Elle a, Tune des premières, dès 1 476 ou \ 478, ses imprimeurs (2), dont le métier se confond le plus souvent avec celui des libraires. En 1522, elle ne compte pas moins de 17 boutiques de librairie (3). Les presses poitevines le disputent en activité aux presses de Lyon, de Paris, de Bordeaux, de Toulouse, de Tours. Elles ont leurs illustrations, les Bouchet et les Marnef, industriels et savants à la fois, comme les Gryphius, les Planlin, les Estienne, les Froben et les Aide. C'est Tage d'or de l'imprimerie poitevine, qui ne retrouvera plus jamais Téclat dont elle brilla pendant le xvi* siècle. Les guerres de Reli* gion, dont le Poitou fut un des principaux théâtres, vinrent en effet arrêter l'essor économique qui s'y était produit après le début des temps modernes (4).

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