‹ Essai sur l'organisation du travail en PoitouChapitre 6 sur 24 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

Le Mouvement industriel et commercial en Poitou

au XVIII« siècle.

Les correspondances des intendants, et celles des inspec-

(i) Tarif d*ealrée de la ville de Poitiers, 19 juin i64o. Arc/i. Mun, licg , des délib, u* 90, f* 120.

leurs des manufactures, aussi bien que les rapports privés signalent en effet Tappauvrissement de la province à la fin de l'ancien régime. Le Nain en 1733, M. de Pardieu en 1747, Necker en 1785 constatent la misère dans laquelle est tombée ce pays qui paraît avoir été Tun des plus prospères du royaume pendant nombre d'années, au xiii% au xiv*, au xvi* et même au xvii° siècles. Le premier écrivant en 1733 au contrôleur général signale la « pauvreté du peuple dans sa généralité » (1). Le second, dans un rapport daté du milieu du siècle, montre le mal qu'ont produit les guerres et l'excès de la fiscalité monarchique, a Les impositions « sur le peuple des villes et des campagnes sont extrêmes, (( dit-il, en sorte que les trois quarts sont réduits à la plus « grande misère, que la plupart manque souvent de la nourtt riture nécessaire à la vie aussitôt que le gros bled est un « pencher... Les pauvres habitants ne sont jamais pourvus « de bonnes subsistances, en sorte que l'espèce d'hommes u pour la culture des terres manque, que les femmes des cam- « pagnes sont exténuées et hors d'état d'y faire des enfants <i bien conformés, ou tout au moins de les allaiter pour faire « des hommes sains et vigoureux, et d'ailleurs la misère « des hommes et des femmes est cause qu'il s'en fait moins. « Ce n'est point ici un discours imaginé pour exciter la « compassion du ministre. Que Ton fasse des reconnais- « sances ou recensements des habitants de cette province. « Que les gens en place soient consultés. Que l'on examine ii les rolles des paroisses en les confrontant avec ceux d'il « y a 50 ans. Que l'on fasse examiner les maisons ou bor- « deries qui existaient dans ce môme temps, et on verra

(i) Le Nain à Orry, 1783. Arch, NaL H«, i32o.

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« que le nombre des uns et des autres a diminué presque « partout ou qu'il n'est point augmenté en aucun ena droit » (1). Malgré les efforts tentés dans la seconde moitié du siècle par l'Etat et parles agronomes, la situation ne s'est pas sensiblement modifiée. Sans parler de la Gâtine où « la culture des terres est si médiocre qu'on peut à peine <c y recueillir du seigle pour la nourriture de ceux qui l'iia- « bitenl pendant trois ou quatre mois de l'année » (2), le reste du Poitou retourne à la solitude des premiers siècles du Moyen-Age. La moitié de la province, déclare un spécialiste, le marquis de Butré en 1767, est « ^en bruyères « qui forment des plaines immenses », susceptibles cependant de culture. Ce sont parfois des déserts de 30.000 arpents (3j. Une grande dame poitevine qui écrit à l'abbé Bandeau en 1777, observe dans la partie la plus fertile du Poitou depuis les Ormes jusqu'à Châtellerault, et depuis Châtellerault jusqu'aux portes de Poitiers, dévastes terrains en friche. De Poitiers aux frontières du Limousin, elle remarque 25.000 arpents qui ne sont que de « la brande et des joncs marins ». Sur la route de Montmorillon et de Limoges, pendant dix-neuf lieues, elle n'a pas rencontré sept hommes. Bien qu'on marie les paysans de bonne heure, pour les soustraire à la milice, « le pays n'en est pas plus « peuplé, car presque tous les enfans meurent ». Le cultivateur sans avances, laboure « à peine l'épiderme de la (f terre avec sa vilaine charrue sans roues », multipliant, les pacages, et vit dans l'indolence et l'apathie qu'engendre

(i) Rapport non si^oé adressé à M. Berryer, intendant de Poitiers, i3 avril 1747, et intitulé Mémoire sur le commerce et les maoufactures du Poitou (diverses parlicularilés montrent qu*il est Tœuvre de l'inspecteur Lazare de Pardieu) Vienne^ G. 38. — (2) Même mémoire. — (3) Ephémérides du citoyen ni, 190 (17O6); IX, i5 (1767).

la misère (1). C'est la même observation qui se trouve formulée 30 ans auparavant dans le rapport de M. de Pardieu. Aussi Neckerpeu de temps avant la Révolution peut-il qualifier le Poitou « une des plus pauvres provinces » du royaume (2). C'était pourtant ce même pays dont on vantail, à la belle période du xiii* siècle et du x[v% la richesse et la fertilité.

Bien qu'en notable décadence^ Tagriculture dans la moitié cultivée et fertile du Poitou continue à produire des céréales et des vins. Les élections de Thouars et de Bressuire composées de terres froides, où le laboureur lutte contre l'ajonc et le genêt, ne donnent guère que des seigles et des avoines (3). Mais les vallées du Clain, de la Sèvre et de la Vendée sont encore de bonnes terres à blé. « On peut dire, « déclare Finspecteur Pardieu en 1747, qu'il est recueilli, « année commune, moitié plus de bleds de toute espèce qu'il « n'en faut pour la subsistance des habitans » (4). Le reste du pays renferme nombre de prairies ou de pacages. La paresse des métayers y trouve son compte, « attendu que le « produit provenant du croît du bétail ne coûte aucun travail » (5). Les Poitevins élèvent surtout des chevaux, mules et mulets. Ceux de la Gâtine et du Bas-Poitou nourrissent des veaux et jeunes bœufs qu'ils achètent en Auvergne, Limousin et Marche et qu'ils revendent gras à la boucherie. Le Haut-Poitou se consacre plus spécialement à l'élevage

(i) Ephémérîdes du citoyen, XX, i/|6 (lettre de la marquise de X. . . . 17 août 17/7). — (2) Necker, cité par Baudrillart. Les pop. agricoles de la France II, i53. En 180a, le tiers de Tarrond. de Givrai consistait encore en landes et bruyères. Cochon, Fiat, de U ViennCf p. 37. — Remarques du môme préfet sur Tarrond. de Montmorillon, p. 33. — (3) Rapport de Tinspecteur Bonneval sur les élections de Thouars et de Bressuire 1733. Arch.

Vienne, C. 36. — (4) Mémoire de M. de Pardieu 1747, précité. — (5) Lettre

' la marquise de X... précitée.

rii ESSAI SUR L'ORGANISATION

des mules et des ânes (1), très recherchés par les provinces voisines, et que les Espagnols venaient acheter aux foires de Melle (2). La production des vins dans les élections de Niort, de Châtillon, de Poitiers, de ChâtellerauU et de Thouars, n'a^^ait pas, semble-t-il, diminué, mais ils ne suffisaient même pas à la consommation locale (3). La province reste donc fidèle à ses traditions économiques qui donnent à la production agricole la première place.

Déjà même commence à se dessiner le mouvement de spécialisation de l'industrie, qui va concentrer dans les régions mieux pourvues de capitaux, de moyens de transport et d'approvisionnement, et plus entreprenantes ou plus hardies, la majeure part de la production industrielle. D'autres causes d'ordre social ou politique agirent en Poitou pour enlever peu à peu à ce pays les anciennes variétés de fabrication qu'il conservait encore au début du xvin" siècle. Seule la petite industrie y poursuit son lent progrès. La grande industrie poitevine au contraire décline par degrés, impuissante à lutter, en présence de la transformation des procédés industriels, incapable de se plier aux exigences nouvelles du consommateur, écrasée d'ailleurs par les charges fiscales, gênée par l'excès de la réglementation, privée enfin depuis 1685 de l'élément le plus vivace qui l'avait soutenue pendant cent ans, à savoir les patrons et les ouvriers protestants. Il semble qu'une sorte de torpeur envahisse alors les industriels locaux. En un siècle, où partout, en Bretagne, Hainaut, Boulonnais, Lyonnais, Languedoc, Franche-Comté, les entreprises minières se multiplient, le

(i) Mém de M. de Pardieu. — (2) Alm. hist. et prov. du Poitou 1789, p. 212. — (3) Ibidem — et Statistiques de la Vienne, de la Veudée et des Deux-Sèvresy dressées en 1 an IX par Cochon, Dupin et Labretonnière, in-8.

DU TRAVAIL EN POITOU m

Poitou se contente d'exploiter quelques carrières de pierres (1). Mais les mines de fer sont en grande partie inutilisées. A peine eniploie-t-on pour la forge que le comte de Broglie a créée à Ruffec vers 1760 (2), le minerai excellent des gîsemens de Montalembert et de Maire (3), situés dans la région de Melle. On avait découvert en 1779 une mine de plomb argentifère et de cuivre aux environs des Sables d'Olonne ; elle ne tarda pas h être abandonnée après les premiers événements de la Révolution (4). 11 en fut de même de la première mine de charbon découverte à Vouvant peu avant 1789 et que le propriétaire délaissa, découragé par les frais d'exploitation (5). Seuls, les marais salants conservent encore quelque activité. Les Sables d'Olonne expédient dans le premier quart du xvm* siècle environ 20.000 muids de sel que l'on utilise dans les provinces réputées étrangères, et que les Anglais viennent enlever pour le revendre dans les Iles Britaniques ou dans les pays du Nord (6). En 1789, on estime que les expéditions de sel faites par le port des Sables à destination de Rayonne et de Rordeaux s'élèvent à 900 ou 1.300 charges par an valant 150 à 250 1. la charge, suivant l'abondance de la production (7). L'industrie textile, qui était depuis le xvii* siècle la

(i) Labretonnîère. Stat, de la Vende e^ p. i5 — Cochon. Stat, de la Vienne ^ pp. 62-63. — (2) Charente, série E. (marquisat de Ruffec). k< Le Bas-Poitou, dit un mémoire de 17/47, est rempli de mines de fer qui seraient susceptibles d'ôtre exploitées, si le bois était plus abondant ».i4rcA. Vienne, C. 38. Voir sur la mine de cuivre jaune deTraversay (près Givrai), sur celle de plomb des Sables, sur la mine d'antimoine de la Kamée, près Pouzaugcs; sur la mine de charbon de Vouvant; Affiches du Poitou 1777, p. ^7 ; 1784, p. 26; 1777, p. i/*; 177O, p. 46; 1785, pp. 33, 37. — (3) Dupin, Stat. de% Deux-Sèvràs, p. 66 — Cochon, p. 62. — (4) Almanach provincial p. 208 — Labretonnière, p. 21. — (5) Labretonnière, p. 3o. — (6) Savary ], 76 (mémoire du sieur Edme 1727). Rapport de l'intendant Le Nain 1733. Arch. Nat. H», i52i. — (7) Almanach provincial, p. 207.

principale (la Poitou, se maintient de plus en plus difficilement. La concurrence de manufactures mieux outillées, les guerres et leurs suites, l'évolution du goût qui porte l'ancienne clientèle des étoffes poitevines à rechercher des tissus plus soignés d'apparence et moins chers, toutes ces causes réunies ont fait péricliter la fabrication des lainages poitevins. En 1685, la Révocation de l'édit de Nantes lui porte un premier coup. L'émigration de 100.000 protestants du Poitou et de laSaintonge (I), enlève à la province ses meilleurs ouvriers et fabricans. Deux longues guerres précipitent le déclin des ateliers de cette région. Une enquête faite en 1714 et dont nous avons retrouvé des fragments peut donner une idée de cette décadence. A Poitiers, sur 90 métiers, 60 sont inoccupés ; 30 battent encore, mais uniquement pour la clientèle bourgeoise. Les ouvriers sont réduits à la mendicité. Les fabricants n'ont ni crédit ni fonds. A Châtellerault, en 1695, il y avait 85 maîtres environ. La cherté des vivres, la rareté des laines, la misère ont réduit leur nombre à 50, et sur ces 50 fabricants, 5 seulement sont en mesure de faire travailler. Le paysan n'achète plus; les étoffes de grosse laine grise qui se débitaient autrefois restent invendables. Saint-Maixent avait en 1679, 60 métiers da draperie ; en 1714, il n'en reste plus que 40, entretenus par 5 maîtres. La réduction est la même à Lusignan, où de 60 métiers, 20 ont disparu ; sur les 40 restants, 20 seulement sont en activité, lors de l'enquête de 1714, et 30 en 1715. A Parthenay, presque tous les fabricants ont suspendu le travail. A Bressuire, la fabrique comptait 100 métiers en 1693, elle n'en a plus que 85 en 1714. A Thouars, le

(i) Chiffre donné par F. Puaux. Histoire Générale, VI, 3oi.

chiffre des maîtres fabricants, qui était de 45 en 1700, est descendu à 20 ; il ne reste plus que 35 à 40 métiers battans. La plupart des maîtres ont abandonné la profession, dit un rapport, à cause de la misère des temps, de la cherté des vivres, de l'avilissement du prix des étoffes. Il ne se présente même plus d'apprentis. La fabrique de Breuil-Barret, pour les mêmes motifs^ n'a plus que 6 maîtres; elle en comptait 24 en 1704 ; de 50 métiers battans, il n'en reste plus que 10. La Châtaigneraye avait 39 maîtres fabricants en 1699 ; il n'y en a plus que 10 en 1714. Environ 100 métiers sont encore répandus dans les campagnes voisines de ce bourg. Mais on ne peut plus recruter de 61eurs et de fileuses. Fontenay et ses environs comptent 100 métiers, mais la ville n'en a plus que 25 à 30. A Melle, il n'y a plus que 12 métiers. La fabrication, disent les maîtres « est tomc< bée dans une telle nonchalance qu'il ne se présente même « pas d'apprentis et qu'il se trouve très peu d'ouvriers » . Givrai et Charroux n'ont plus que 15 métiers battans. Il y avait autrefois 20 fabricants à Givrai, il n'en reste plus que 9. Il n*y en a que 8 à Gharroux. Dans ces deux petites villes, impossible de trouver des apprentis. La Mothe Sainte-Héraye enfin n'a plus que 7 maîtres au lieu de 32, avec 15 métiers (1).

La longue période de paix qui suit les traités de 1713 et de 1714 permet aux manufactures du Poitou de se relever lentement. La fabrication des lainages communs, serges, étamines, pinchinats, tiretaines, bélinges, celle de la bonneterie et des bas d*estame c'est-à-dire de laine filée, et enfin la production des toiles occupent une quarantaine de villes ou

(i) Procès-verbaux des assemblées de fabricants des manufactures du Poitou i7i4f i7>^y dossier volumineux aux Arch. de la Vienne, C. 36.

de gros bourgs. Les principaux centres de l'industrie textile sont dans la première moitié du xviu" siècle, Niort, Sainl- Maixent, Bressuire, Parlhenay, Montcoutant, Châlellerault etPoitiers. Un mémoire de 1729 relatif à Télection de Niort évalue à 200 pièces par an le nombre des pinchinals fabriqués dans le chef-lieu de cette circonscription et vendus aux foires du Limousin, d'Orléans, de Paris et de Bordeaux. En outre, il s'y fabrique des étamines et des droguets que Ton débite dans le Poitou et TAunis (1). En 1744, la fabrique niortaise comprend 34 fabricants, 19 tondeurs et 18 teinturiers pour les lainages, et 79 tisserands pour les toiles. Niort avait eu une certaine réputation pour la production du fil à coudre. Bien que cette spécialité y eut décliné, 23 « fil-étoupiers » travaillaient encore à celte date, et 4 boulonniers fabriquaient des boutons d'étofïe (2). Les environs, de Niort participent à cette activité. Ainsi les 7 ou 8 fabricants de la Mothe Sainte-Héraye fabriquent 4 à 500 pièces de serges rases que Ton expédie à Lyon pour le Milanais et à la Rochelle pour le Portugal. Les bourgs de Pougné et d'Hérisson produisent 250 pièces de tiretaines. Secondigny en Gàline n'en fabrique pas moins de 500 qui se débitent aux foires de Caen et de Guibray, et dans les villes de Normandie (3). La fabrication des serges à Saint-Maixent occupe en 1740 jusqu'à 400 personnes, et ces étoffes se vendent à Genève, en Portugal et en France. Mais la bonneterie et les bas y sont un objet de commerce encore plus considérable, puisque 1600 personnes en vivent, et que ces produits trouvent un débouché facile à Lyon, à Bordeaux,

(i) Mcm. de 1729 sur Télection de Niort. Mém, de la Soc. de S'at, D.- Sèvrea ni,p. 18O (année 1886). — (2) Mcm. sur réledion de Niort par Thibaut de Bouleville, subdclégué. 1744. Mém, Soc, de Stat, D, -Sèvres lll, 386 (188O). — (3) Mémoire de 1729, p. 188.

et surtout en Bretagne et en Espagne (1). La manufacture de Montcoutant est principalement connue pour la fabrication de ses tiretaines faites avec des laines du pays ou de Saintonge. En 1733^ 1200 ouvriers y travaillent, et les 150 métiers de ce bourg donnent 4 à 5000 pièces que Ton vend surtout dans la Normandie et le Maine. Bressuire, à la môme époque, envoie des étoffes d'espèce semblable aux foires de la région normande. Cette industrie y occupe les 3/4 de • sa population de 1400 à 1500 habitans, et le personnel de 7 moulins à foulon (2). A Poitiers, la production des étoffes est peu active, mais la présence de 60 marchands ou maîtres fabricants bonnetiers atteste le développement qu'y a pris cette variété d'industrie (3). A Châtellerault enfin, la manufacture bien que déchue renferme encore, en 1738,30 cardeurs de laine et tireurs d'estaim (laine filée), qui travaillent pour les particuliers et les fabricants, et 60 sergers qui fabriquent de grosses étoffes de laine du pays, débitées dans les foires de la région. Vingt chapeliers y font avec les laines du Poitou et du Berry des chapeaux pour les artisans et « les gens de la campagne ». Plus de 60 tisserands livrent à la consommation locale de très bonnes loiles de lin et de chanvre (4). Sur les frontières de l'Anjou, à Vieillevigne, un petit groupe de villages, dépendance industrielle de Cholet, fabrique activement des mouchoirs et des coutils, qui servent à approvisionner tous les marchands de Poitiers et du Poitou, et qui s'exportent à Nantes et à Bor-

(i) Mémoire du subdéléî^ué Garran sur rélectîon de SuMaixent, 17/10. Mém. Sac, Stat, Deiix-Sèores III (188O), p. 22. — (2) Rapports de l'inspecteur des manufactures sur Bressuire et Moncoutant 1733. Arch, Vienne C. 36-37. — (^) P*cces relatives aux bonnetiers de Voiliers 1735 et suiv. Arch, ViennCf C. 39. — (4) Mémoire sur Châtellerault 1738. Mss Fonleneau tome 34. — Arch, Soc, Antiq, Ouest, série C.

deaux pour l'usage des habitants de TEspagne et de rAmérique espagnole (1). Les fabriques poitevines ne produisent pas en effet seulement pour la province et pour rinlérieur du royaume, mais encore pour les colonies et pour l'étranger. Leurs serges les meilleures vont en Portugal, en Espagne et en Milanais, leurs coutils dans les colonies américaines, leurs carisés blancs, leurs pinchinats et leurs tiretaines, surtout ceux de Niort^ à Saint-Domingue et au Canada. Leurs chapeaux et leurs bas, spécialement ceux de Saint- Maixent et de Poitiers, reçoivent la même destination (2). Un rapport adressé en 1747 à l'intendant Berryer par l'inspecteur des manufactures Lazare de Pardieu, peut donner une idée de l'importance relative que possédait à ce moment l'industrie textile en Poitou, et montre qu'elle avait encore une certaine vitalité. « On peut compter, dit cet inspecteur, « qu'il y a dans les manufactures de Poitou 1100 à 1200 « métiers baltans.Ce nombre augmente ou diminue de 150 « à 200 suivant la consommation des étoffes, mais depuis « longtemps, il n'a pas varié. Cinq cents fabricans occupent « par eux ou leurs ouvriers ces métiers, et la plupart tra- « vaillent par eux-mêmes, de sorte qu'il n'y a pas plus de « 150 maîtres qui fassent travailler uniquement à façon, et « qui soient sur le pied des marchands fabricans que l'on « trouve dans les grandes manufactures du royaume. Ce « nombre de personnes occupe 1 i .000 à 12.000 personnes « différentes de tout sexe et de tout âge ». Ce même fonctionnaire observe qu'il se fabrique dans la province « année

(i) Mémoire anonyme sans date (vers 1750). Arch, Vienne^ C. 38. — (2) Mémoire de M. de Pardieu sur les manuf. du Poitou 1747. Arch. Vienne^ C. 37, — Mémoire du sieur Edme sur le commerce de la Rochelle 1727, Savary, 20 édit. II, 76-86.

bÙ TRAVAIL EN POITOU 6i

« coalmané 25.000 pièces de longaunage », et en estime la valeur à 1.600.000 ou 1.700.000 fr. (1).

La seconde moitié du xviii' siècle est marquée par une véritable renaissance industrielle dont le Poitou a ressenti le contre-coup quoique affaibli. On essaie d'y établir en effet des filatures de soie, des feibriques de cotonnades et de toiles à voiles (2). Mais la vieille industrie des lainages y apparaît toujours plus menacée. La vogue grandissante des mousselines, indiennes et toiles peintes, et la concurrence heureuse d'autres régions mieux outillées pour la production des étoffes de laines communes ont contribué à ce résultat. Mais il y faut joindre aussi l'esprit de routine qui règne parmi les fabricants poitevins, la mauvaise qualité de leurs étoffes qui restent grossières et qu'ils négligent, la cherté des laines, la difficulté croissante qu'ils éprouvent à recruter des fîleuses, et enfin la perte du Canada et du marché espagnol. En Espagne et en Portugal, les lainages communs d'origine anglaise, se vendant 20 % moins cher, ont fini par supplanter les lainages du Poitou (3). Dès 1757, le commerce des serges de Saint-Maixenl et celui des tiretaines de Bressuire est tombé. On ne trouve plus de commissionnaires qui les expédient à Lyon et à Lisbonne (4) . Un mémoire des fabricants de Niort en 1783 assure que, depuis le traité de Paris, la fermeture du marché canadien a fait diminuer de moitié dans cette ville la fabrication des pinchinats (5), Les manufactures poitevines essayèrent de

(i) Mém. sur les manufactures et le commerce du Poitou lyA?* Àrcfi. Vienne^ C. 33. — (2) Voir notre livre IV. — (3) Affiches du Poitou 1775. Mémoire et état dressé par Tiaspacteur Vau^elade 1775, Vienne, C. 38. Mô.n, de Jean Garrau sur réieclion de St-Maixeat 1766, Mém. Soc. Stat, D.-SèoreSjpp, 170, 190 -^ Gouget, op. lauL, p. 82. — (4) Documents et ouvra^çes cités note 3. — (5) Mémoire 1783. Arch, Deux-Sèvres Ë. 208.

lutter, surtout après 1770. L'inspecteur Vaugelade affirme en 1775 que la « bonne qualité, la fidélité et le bas prix de leurs étoffes » valurent dès lors aux industriels poitevins un retour de faveur, principalement en Saintonge et dans les îles de Ré et d'Oléron (1). D'ailleurs, la fabrication de la bonneterie et des bas compensait en partie le déclin de la production des lainages. En dépit de la guerre de Sept Ans, elle s'était maintenue à Saint-Maixent « sur le pied ordinaire »> , et les débouchés étrangers lui ayant été fermés, elle trouvait en Bretagne une clientèle assidue (2). Thibaudeau, vers 1783^ estime que le travail des bas et des bonnets occupe dans cette ville 2.500 personnes, et que la bonneterie seule donne un produit annuel de 200.000 1. (3). Un étal dressé en 1775 par l'inspecteur Vaugelade évalue à 266.000 livres la valeur de la bonneterie fabriquée en Poitou. Poitiers figure dans ce mémoire pour une production de 128,000 livres et Saint-Maixent pour une valeur de 137.000 1., l'une avec 7.500 douzaines de bonnets, l'autre avec 7.680 (4), Quant aux lainages, ils sont toujours un élément considérable de la richesse du pays, puisque en 1 774 les 39 fabriques du Poitou en ont produit pour une valeur de 1.650.540 (5). En 1775,1e chiffre est de 1.591.645 1. (6). Mais les pièces

(i) Elal de 1776 cl observations. Arch. Vienne, C. 38. — (2) Méni. de Jean Garran 1766, précité. — (3) Thibaudeau. Histoire du Poitou, a« édit. ly xLvi. — (4) Etal des manufactures du Poitou 1775. Arch, Vienne^ C. 38. — (5) Elal des nianufaclures 1774» Vienne, C. 38. Les lieux de fabrique sont: Niort, Fontenay, ]e Breuil-Barrci, la Chàlaigneraye, Sl-Pierre-du- Cheniin, Mouilleron, ChefTois, Vernou, Monlcoulanl, Secondi^ny, Azay, la Meilleraye, Bressuire, Pouzauçea, Sl-Mesmin, les Herbiers, Châlillon, Argenton, Thouars^ Airvaull, Sl-Loup, Si-Maixenl, La Molbe Sle-Hérayc, Celle-Lévcscaull, Parlheoay, Vivonnc, Gençay, Châtelarcher, Couhé, Givrai, Gharroux, Ghauvigay, Poitiers, Latiilé, Ghàlelleraull, Gbampdeniers, la Tessouaille^ GouIioii<^e les Royaux, Lusignaa. — (0) Elal des manufactures 177J. Vienne, G. 38.

d'étoffes fabriquées, draps, pinchinats, cadis, droguets, sergelles, boulangers, tirelaines, revêrhes et frisons, sont en 1775 au nonobre de 21.094 seulement, en diminution sensible de 4.000 sur le total atteint en 1747. Il faut observer d'ailleurs que le pouvoir de l'argent a diminué dans la dernière moitié du xviii* siècle. Fonlenay, tient le premier rang avec 2.337 pièces. Au second vient Parthenay avec 1875, en diminution légère sur le chiffre de 1693. Cette décroissance est encore plus sensible à Niort, où la fabrication est tombée en moins d'un siècle de 2.000 à 1329 pièces, à Moncoutant où de 5.000 elle est descendue à 1042, à Bressuire qui en cent ans a vu décroître sa production de 4.000 à 1.414 pièces. On peut observer ce même fléchissement moins accentué dans la plupart des autres centres de fabrique (1). En 1776, l'inspecteur Vaugelade estime que la valeur des lainages fabriquée en Poitou est de 1.675.2341.; en 1777, il l'évalue à 1.708.338 1. (2).' Mais dès 1778, il accuse dans un état que nous avons retrouvé aux Archives Nationales, un déclin sensible de la fabrication, puisque les pièces fabriquées pendant l'année ne sontplus qu'au nombre de 16.550 (3), soit près de6.000piè-

(i) Etats de situation des manuf. du Poitou 1776 (semestriels), Vienne C. 38. — Les calculs globaux pour chaque centre, les totaux et les rapprocbemens sont notre oeuvre ; l'inspecteur ne s'est pas préoccupé de cette tâche. Voici les chiffres de production pour les centres non cités ci-dessus : Breull-Barret i3o2 pièces, la Chàtais^neraye i644iSccondigny el Azay ii39, Fouzauges 1092, Thouars 739, Chàtellcrault et Champdeniers 621, Poitiers et Lalillc igbj Sl-Matxent 494* Lusignan 4^4» St-Pierre-du-Cheniin 5oo, Mouilleron 3io,Cheffois 420, Vernou 277,1a Meilleraye 43o,St-Mesmin 276, les Herbiers 554» Cbàlillon 680, Argenton 120, Airvault el St-Loup 267, CouIlong'es-leâ-Uoyaux 4oo, la Mothe Stc-Hcraye 5 17, Melle 3i4} Celle-Lcvescault 186, Vivonno et Gençay 384» Châlelarcher et Couhè 182, Charroux et Chauviçny 476. — (2) Etats de situation semestriels. 1770-1777, Vienne, C. 39. — (3) Tableau {ij^néral des man. du Poitou par Vaug^ladc. 1779. Arch. Nal. F. 12, 564.

ces en moins sur le produit de 1775, 10.000 de diminution sur le chiffre de 1747, 10 à 15.000 sur celui de 1693. En 1782, il y a un léger relèvement : 17.240 pièces ont été produites, valant 1 .287.886 fr. Celte chute rapide de la fabrication était-elle TetTet de la guerre?. On serait tenté de le croire, car après la paix de Versailles, un rapport semestriel daté de 1787 accuse pour les six premiers mois de cette année une production de 11.376 pièces valant 919.567 1., ce qui permet de supposer pour Tannée entière un résultat à peu près analogue à celui de 1775, c'est-à-dire de 20 à 21.000 pièces (1). Toutefois, sans être aussi grande qu'on serait tenté de le supposer, si l'on ne tenait compte que du nombre de pièces fabriquées pendant la période de la guerre d'Amérique, la décadence apparaît indéniable. Elle est d'ailleurs attestée non seulement par la comparaison des états de 1693, de 1747 et de 1775, mais encore parles observations des inspecteurs.

Le nombre des métiers avait cependant peu varié depuis le milieu du siècle. En 1778 au moment où se déclarent les hostilités entre la France et l'Angleterre, le Poitou possède 1 .338 métiers, c'est-à-dire atteint à peu de chose près au chiffre de 1747 qui est un peu inférieur, mais 653, près de la moitié des métiers, sont inactifs pendant le premier semestre, et 534 pendant le second (2). Dans un rapport postérieur, l'inspecteur compte pour la province 1.050 métiers battants (3). Le nombre des fabricants varie, suivant ces divers documents, entre 319 et 593. Il y a 35 lieux de fabrique principaux, et en tout 157 villes, bourgs^

(x) Etats de situation des manufactures du Poitou 1782 et 1784. Arch. Nat. F. 12,642* — (2) Tableau général des man. du Poitou par Vau^Iade 1778. Arch. N(U' F. i2, 564. — (3) Tableau des lieux d'inspection des manuf. du Poitou, s. d. (postérieur à 1778). Vienne^C. Sq.

villages ou hameaux qui participent à la fabrication (1). Un tableau dressé vers 1780 indique pour tout le Poitou le nombre de 468 fabricants, 805 tisserands et 7.212 ouvriers (2). C'est une diminution de 3 à 4.000 personnes sur le chiffre de 1747. Niort arrive en tête avec 40 fabricants , 80 tisserands et 1.200 ouvriers, mais il v en avait 4.000 avant 1760, c'est-à-dire avant la perte du Canada. Puis viennent la Châtaigneraye, Montcoutant, Saint-Maixent, Bressuire, Parthenay. A Poitiers, vivent seulement 22 fabricants, 18 tisserands, 118 ouvriers, et à Châtellerault 15 maîtres, 17 tisserands et 150cardeurs ou fîleurs (3). La Révolution porta un nouveau coup à l'industrie textile dans la province. Cette fabrication se trouvait fort languissante, lorsque les préfets Dapin, Cochon et Labretonnière dressèrent leurs statistiques ou descriptions. Elles ne donnent d'ailleurs aucun de ces renseignements numériques précis qu'on rencontre dans les rapports des anciens inspecteurs des manufactures (4). Enfin, le triomphe de la grande industrie et sa concentration dans un petit nombre de régions mieux placées ont achevé la ruine des manufactures de lainages du Poitou. Depuis un demi-siècle, le souvenir s'en est presque perdu •

La fabrication des toiles n'avait jamais atteint au mémo

(i) Tableaux indiqués aux notes 2 et 3, p. G4. — (2) Tableau des fabricants, tisserands et ouvriers des man. d'étoffes du Poitou (vers 1780). ArcA. Nat. F. 12, 564* — (3) Voici quelques autres chi£Pres relevés dans ce tableau : Lusignan 18 fabricants, 4û tisserands, 82 ouvriers ; St-Maixent 20, 24, 600 ' Footenay 20, 4o, 5oo;ia Châtaigneraye 38, 5o, 1200; Montcoutant 36, iCo 700; Bressuire 28, 70, 4oo; Parthenay 25, 5o, 200; etc. Tableau cité note 2. — Un autre tableau, cité note 3, p. 65, donne la répartition des métiers et des fabricants. — (4) Cochon. Desc. de la Vienne^ an X, p. 71. — Dupin, Stai, des D.-Sèurtf5, pp. 38, 47, 49» (Niort avait, semble-t-il, repris quelque activité, car Dupin évalue la fabrication à 254o pièces); p. 50 (Dupin évalue à 200.000 1. la production de la bonneterie à Sl-Maixent, à 33. 000 1. celle des serges et ras, à 2.5oo le nombre des ouvriers), p. Oi (Melle a 8 ou 10 mè- *>er8); p. 63. — Labretonnière, pp. 34, 80, 81 (détails sans précision).

66 ESSAI SUR L'OftGANISATlOiN

degré de développement que celle des lainages. Toutefois, on faisait, dans un certain nombre de bourgs, des tissus de lin, de chanvre, d'étoupes, qui étaient vendus ou fabriqués sur place pour Tusage de la clientèle bourgeoise ou paysanne. Les principaux lieux où cette spécialité s'était conservée ou bien établie se trouvaient disséminés dans la province. Châtellerault, Clairvault, Lencloître, Cheneché, Dissais, Airvault, Givrai, Couhé etGençay, livraient à la consommation des toiles fortes et grossières {\). Deux centres, ceux d'Argentonet de la Tessouaille, produisaient surtout des coutils. En 1775, les tisserands d'Argenton-le-Château en avaient fabriqué 700 pièces (2). Autour de la Tessouaille, 14 autres villages, en particulier Mortagne, le Puy-Saint-Bonnet, Evrême,Saint-Hilaire, Saint-Aubin, les Treize-Vents et Chàtillon, participaient à cette production, répartie entre 65 fabricants et 103 métiers (3). Enfin, on faisait à Niort et à Mortagne de très beau fîl^ et dans ce dernier canton, voisin de Cliolet, a on avait Tari de le blanchir supérieurement »(4). L'inspecteur du Poitou estimait en 17741a valeur des toiles à 532.606 1., celle du fil à 125.0001. En 1775,1e premier article est estimé valoir 572.000 1. et le second 140.000 1.; sur ce chiffre, les toiles de la région de la Tessouaille représentent environ 277.834, c'est-à-dire plus de la moitié (5). Pour 1776, la valeur des toiles est de 487.104 1., et celle du fil de 165.000 1. C'est un total de 652.104 1., le tiers environ de la valeur des lainages. Le dernier tableau que nous possédions, celui de 1777, donne pour les toiles une production estimée 606.154 1., et pour le fil 130.000 1.,

(i) Elal de l'iospeclion des man. du Poitou vers 1780. Vienne, C. 89. — (2) Etal de situation de 1773. Vienney C. 38, — (3) Etal de l'iospection, vers 1780. ViennCy G. 3(j. — (4) Labretonnière. Stat, de la Vendée, an X, p, 35.— (5) Etat des manuf. 1775, Vienne, C. 38.

ensemble 736.154 1. (i). D'après Creuzé-Latouche, auteur d'une Description de l'arrondissement de Châtellerault publiée en 1791, diverses mesures de police et de fiscalité auraient après 1777 ruiné l'industrie des toiles poitevines (2). Châtellerault se trouva en particulier frappé dans son commerce des toiles écrues et blanchies, qui s'expédiaient jusque dans les îles (3). Après la Révolution, on ne retrouve plus que quelques vestiges de cette ancienne fabrication. Ce sont les toiles fortes d'Airvault qui occupent en l'an X 200 métiers de tisserands (4), et les toiles de ménage de Fontenay (5). Quelques ateliers de chapellerie, notamment à Niort où l'on faisait des chapeaux de laine commune vendus 4 fr. à 4 fr. 50 pièce (6), et quelques ouvroirs où Ton produisait à Loudun des dentelles grossières (7), tels sont les établissements de minime importance qui avant 1789 s'adjoignaient aux fabriques de toiles et de lainages, ils ont tous disparu depuis, et la bonneterie de Saint-Maixenl est restée le seul vestige de l'ancienne industrie textile du Poitou.

Une autre grande spécialité poitevine, le travail des peaux, quoique fortement atteinte dans le courant du xviii' siècle, a mieux résisté. La tannerie ou préparation des gros cuirs, concentrée auparavant à Poitiers et dans quelques autres centres, se dissémine sur les bords du Clain^ de la Sèvre, de la Boutonne et du Thouel, et s'éparpille dans les bourgs. D'ailleurs, l'Angleterre tendait à l'emporter sur la France pour la manipulation des peaux. Tandis qu'on conservait

(i) Eut des manufactures du Poitou. 1776, 1777. Vienne, C. 3(). — (2) Creuzé'Latouche, Description topogr. de l'arrood. de CbtVtellerault. 1791 > p 3o. — (3) Almanach provincial. 1789, p. 228. — (/j) Dapm^Stat. des D.-S^rfi, p. 35. — (5) Labretonnière, p. 34. — (6) Oupin, p. 47. — (7) Al-» •«auach provincial, p. 22O.

en Poitou et dans le reste du royaume la vieille méthode qui consistait à préparer le cuir avec la chaux, les Anglais et les Flamands employaient Teau d*orge etla jusée, procédés meilleurs, moins chers et plus expéditifs (1). La tannerie poitevine se trouva entraînée dans le déclin général. La chamoiserie montra plus de vitalité. Elle se concentra de plus en plus à Niort. Cette ville traversa de 1700 à 1720 une période de prospérité, par suite de l'ouverture du marché espagnol. Elle eut presque le monopole de Tachât des peaux de la Plata, qui .passaient pour excellentes, et le Canada lui fournissait en outre les peaux de daims, d'élan et d'orignal. C'est par le port de la Rochelle qu'arrivaient ces matières brutes, en même temps que l'huile de poisson vendue 30 à 40 1. le quintal par les marins Olonnais, Malouins et Rochelais (2). Même après la perte de Terre-Neuve, les chamoiseurs de Niort conservèrent leur renom. Les buffleteries qu'ils préparaient étaient recherchées pour la cavalerie ; les autres pelleteries dans le reste de la France (3). Il s'en vendait dans les foires du Poitou en 1736 pour 60.000 1. environ (4), et on en faisait de gros envois à celles de Guibray, de Caen et de Bordeaux (5). On comptait à Niort 400 ouvriers pour cette spécialité au début du siècle. Les droits établis sur les cuirs par l'État ayant amené une crise, il n'en subsistait pas moins 57 maîtres chamoiseurs dans cette ville en 1744, avec 9 tanneurs ou corroyeurs (6). L'inspecteur M. de Pardieu^ trois ans plus tard, constate que c'est une des

(t) Gouget, p. 80.—^ Voir aussi les Inventaires de la série C. des Archi-» ves Départementales. -^ {2) Lalande. L^Art du Chamoiseur et du tanneur (Encycl. des Arts et métiers 1776). — (3) Mém. sur réieclion de Niort^ 1729. Mém, Soc. de StaL D^-Sèvres, 1886, p. 187.— (4) Voir ci-dessous. — (5) Mémoire sur Tél. de Niort, précité noie 3. — (6) Mém. sur l'élection de Niort^ 1744» dans Mém, Soc, de Stat, D.- Sèvres, 1886^ p. 270.

principales manufactures du Poitou (1). La cavalerie, le service des postes, les particuliers s'y approvisionnent de peaux de daims. Après Niort, c'était Châtellerault qui avait le plus de réputation, mais pour la tannerie seulement. Ses quinze tanneurs en 1738 travaillaient les peaux de la région avec habileté, et en expédiaient une certaine quantité en différents lieux, surtout à Bordeaux (2).

La seconde moitié du xvni* siècle est une période de crise pour cette industrie. En effet, les chamoiseurs, qui tiraient de Portugal, d'Angleterre et des pays de la Baltique, par la Rochelle et Marans, 1.000 barriques d'huile de poisson annuellement; avaient auparavant coutume de revendre cette huile après s'en être servis. Ce résidu appelé dégras se vendait 60 1., c'est-à-dire 20 1. de plus que l'huile elle-même, pour la préparation des peaux de veau dans les tanneries (3). A partir de 1760 environ, ce commerce décrut, et les tanneries prirent l'habitude de faire venir le dégras d'Angleterre, au grand préjudice de la chamoiserie niortaise. D'un autre côté, la France perdait le Canada. Il fallut demander au marché de Londres à grands frais les peaux de daims, d'élans, de cerfs et de chevreuils qui s'y entreposaient, au lieu de les faire venir du port de la Rochelle (4), placé aux portes du Poitou. Néanmoins, les fabricants de Niort luttèrent vaillamment. La valeur de la production des peaux de chamois était encore de 320.000 l. en 1774, de 310.000 en 1775, de 235.000 livres en 1776, et de 240.000 1. en 1777(5). Sur les bords

(i) Mém. de 1747» précité. Vienne, C. 38. — (2) Mémoire de 1788 sur ChâlellerauU, précité. — (3) Mémoire des officiers municipaux de Niort, 1783. Gouget, pp. 83 et sq. — (4) Mcm.dcs ofF.muDÎc. de Niort, précité. — (5) Etals de situation des manuf. du Poitou. 1774-1777- Vienne,C, 38 et Sg.^

de la Sèvre, dans la ville et la banlieue, on trouvait plus de 30 moulins à fouler les peaux. Aucun autre centre industriel « ne pouvait entrer en concurrence avec Niort pour la « supériorité de Tapprêt » (1). Les chamoiseries y occupaient plus de 300 ouvriers et fournissaient de culottes et de ganls plus de 30 régiments de cavalerie (2). A la chamoiserie étaient venues s'ajouter la ganterie et la cordonnerie. « La ville, disaient les officiers municipaux niortais « en 1783, possède une immense quantité d'ouvriers dans « ce genre, de femmes et d'enfans qui cousent des gants « avec toute la propreté et la solidité possible, pour 6 à « 7 sols la paire (3). » D'après uti état de 1774, la ganterie fournissait du travail à 1100 femmes et enfants, et 110 familles de cordonniers s'occupaient à fabriquer des chaussures pour l'Amérique (4). Ce fut à vrai dire la seule industrie poitevine qui n'eut pas trop à souffrir de la Révolution. Au début du xix* siècle, en Tan X, Dupin estime que la tannerie de Parthenay avec 30 à 35 ouvriers représente un mouvement d'affaires de 100 à 150.000 l. par an, et s'il signale à Niort la décroissance de la chamoiserie réduite à 169 ouvriers, il remarque que la ganterie occupe 620 ouvrières, et la cordonnerie 400 compagnons. Les gants de fabrication niortaise s'envoient alors en Italie et en Esp<igne (5). On sait que Niort a conservé jusqu'à nos jours et développé cette vieille industrie.

En dehors de la fabrication des lainages et du travail des peaux, le Poitou ne possède plus au xvin** siècle que de rares établissements qui présentent le caractère d'entreprises in-

(i) iMcm. des officiers municipaux de Niort, précilé, — (2) Thibaudcau.

IHst, du PoiloVy I, p.XLiv. — (3) Mémoire des offic. municipaux, précité.

(4) Thibaudcau, I, p. xuv. — (5) Dupin, Statistique, pp. 3 1-^5.

duslrielles d'intérêt général. Telles étaient les fabriques de confitures d'angélique de Niort (1), et surtout les nninoteries de Saint-Maixent et de la Mothe-Saint-Héraye (2). Aux environs de celte dernière ville, 120 moulins, situés dans un rayon d'une lieue, travaillaient à fabriquer des farines de noinot que Ton expédiait en quantité considérable aux ports de la Rochelle et de Rochefort et aux îles d'Amérique. Ils fournirent en peu de temps, malgré la disette et le maximum, 40.000 quintaux de fleur de farine à la flotte française en 1794, lors de la fameuse expédition qu'illustra la fin héroïque du vaisseur /^ Vengeur (3). Sur la côte^ le port des Sables se livrait avec succès au début de ce siècle à la pêche de la morue et de la sardine, « Ces deux commerces « solidaires, parce que la sardine ne se prenait qu'avec des w œufs de morue, faisaient vivre, remarque l'intendant Le « Nain, une infinité de peuple (4). » En effet, les Olonnais envoyaient tous les ans sur le banc de Terre-Neuve 70 à 80 petits bâtiments de 100 tonneaux pour pêcheries morues, et 40 à 50 chaloupes pour capturer les sardines et autres poissons de mer (5). Cette industrie avait décliné depuis 1720. Les soixante vaisseaux étrangers qui venaient autrefois aux Sables charger la sardine et la morue avaient été éloignés par des droits excessifs (6). Les Olonnais continuèrent néan-

(i) Alm. prov. 1789, p. 204. — (2) Alra. provincial, pp. 20G, 210. La moutarde de St-Maixent avait aussi du renom. — (3) T>n^my Statistique des Deux^SèvreSy an X, pp. 5i, 63-64. — (4) Rapport de l'intendant Le Nain. 8 mai 1733. Arch. Nat. H», i52i. — (5) Savary, I, 76, 86 (2e édit.). — Mémoire de Le Nain, 1735. Arch. Nttt. H', 1620. — (6) Mém. de Le Nain, 1735, précité. — Voir aussi les Affiches du Poitou (note sur les Sables), 1773, p. 35. — Les Olonnais apportaient le produit de leur pêche dans les ports de Normandie; Délib.du Conseil de Commerce 1742, sept. Arch, Nat. F. 12, 89. — D'' Bcaudouin. La pèche Sablaise au commencement du xix" s. Rev. Se. Nat. Ouest, 1893, — A. Odin. Les pêches anciennes dans l'Olon-

moins à envoyer quelques bateaux à la pêche de la morue sur les grands bancs de Tîle Royale et de Terre-Neuve. Mais ils se tournèrent surtout vers celle de la sardine et de la drègequi avait lieu d'avril à septembre, et où ils réussirent mieux (1), La fabrication de la cire blanche avait aussi pris à Châtellerault une grande extension dans la seconde moitié du siècle (2). La petite ville poitevine fournissait de cet article les c( différentes places du royaume » et notamment Paris. On estimait à 100 milliers de livres la production annuelle (3). Peu avant la Révolution, la prospérité de cette manufacture avait d'ailleurs été fortement atteinte (4).

Quelques papeteries, en particulier à Saint-Benoît près de Poitiers et à Montmorillon sur la Gartempe (5), à Niort et à Mortagne-sur-Sèvre (6), subvenaient pour une part assez faible à la consommation de la province. Depuis le milieu du siècle, apparaissent aussi quelques verreries et faïenceries. La principale verrerie est celle que crée le sieur Bertrand de Chazelles à la Chapelle, et où l'on fait toutes sortes de verres et mêmes des glaces (7). Un rapport inédit de 1750 mentionne la fabrique de faïence de Lavergne- Greffau, près de la Roche-sur- Yon, où l'on emploie une terre

naîs. Rev. Bas-Poitou, iSgB. — Id. Histoire de la pêche de la sardine en Vendée, 1896.

(i) Alm. ppov., p. 207. — La pêche de la sardine en 1778 vaut annuellement aux Sables 200.000 1. Affiches du Poitou, 1773, p. 35. — (2) L'auteur du mémoire de 1788 relatif à ChAtellerault n'en parle pas, bien qu'il donne sur les autres industries des détails précis. Cette spécialité ne parait donc dater que de la 2^ moitié du siéclct — (3) Almanach provincial 1789, p. 223. — (4) Creuzé-Latouche, op. cit., p. 3o. — (5) Alm. prov., p. 195. — Cochon, p. 7ï. — (G) Dupin, p. 48. — Labretonnière, p. i5. — {7) En 1779. Arch. Nat, F. 12, reg, 11 (requête) et 680 (elle est abandonnée en 1787). U y avait 4 verreries dans l'élection de ChAtillon, notamment à Dompierre et à Boisselin, en 1743 et 1744 (^Arch, Nnt, F. •12, 89 et 90), 2 près Chef- Boutonne (Mém. de 1730. Vienne C. 64), 1 à Béruc^s près Poitiers et i à Mcrvent (1712-1750. Valletle. La forêt de Mervent, 1890).

aussi résistante au feu que celle qu'utilisent les faïenciers de Rouen, mais qui ne livre que des produits grossiers enduits d'un vernis noir (1). Postérieurement, c'est-à-dire de 1770 à 1785, se créent ou sont rétablies les faïenceries de Migné, de Montbernage à Poitiers, de Chef-Boutonne et de Saint-Porchaire près de Bressuire (2). Le marquis de Torcy tente même à Saint-Denis-la-Chevasse, près de Montaigu, d'établir une manufacture de porcelaine du genre moyen pour les services de table (3). Ces divers établissements ne paraissent avoir eu qu'une importance très restreinte.

Le Poitou n'avait guère gardé que de faibles vestiges de son ancienne supériorité dans le travail des métaux. On n'y rencontrait plus que quelques forges dont les feux s'éteignirent tour à tour. Celle delà Meilleraye, qui existait encore dans l'élection de Niort en 1744 (4), disparaît un peu plus tard. D'après un rapport dressé par l'intendant en 1787, la généralité de Poitiers ne renferme plus que 12 forges dans l'élection de Confolens, dépendance de l'Angoùmois, et 3 seulement en pays poitevin, celles de Verrières, de Goberté et de la Peyratte, toutes du reste très anciennement organisées. La première produisait 300 milliers de fer, la seconde 150, et la troisième 450 milliers (5). Cette dernière fabriquait du fer recherché pour les gros ouvrages et les instruments aratoires (6). Une note rédigée en 1774 ajoute à ces trois forges celle de Luchapt, disparue sans doute depuis ou peut-être comprise parmi celles de la région Confolen-

(i) Rapport anonyme vers 1700. Arch. Vienne, C.38. — (:?) Fillon, L*Art de terre,p. i6o, — (3) Arrêt du conseil, 17 août 1784. Arch. Nat, F. 12, rfîsf.9.— (/|) Mém. sur l'élection de Niort, 1744» précité. — (5) Rapport de rîntend. de Poitiers 1787. Arch, Nat. F. 12, 680. — (6) Dupin, p. 89. — Cochon, p. 72 (celle de Verrières, arrond. de Monlmorillon, résista seule à ia crise révolutionnaire) .

74 ESSAI SDR L'ORGANISATION

taise par Tétai de 1787. La production annuelle de ces quatre établissements est évaluée dans cette note à 1 .500.000 1. de fonte, et 1.100..000 1. de fer en barre. Elles alimentent les villes de Niort etde Poitiers (1). L'horlogerie de St-Loup (2) et surtout celle de Châtellerault avaient encore quelque réputation. Les 9 horlogers de cette dernière ville, déclare Fauteur d'un mémoire de 1738, «font des montres de toute « espèce même à répétition ; ils envoyent leurs ouvrages à « Paris, Bordeaux et autres lieux et les donnent à bas prix ; « les marchands bijoutiers qui passent leur en enlèvent « beaucoup » (3). La coutellerie châtelleraudaise avait également gardé son renom. Piganiol de la Force (4) et les auteurs de guides ne manquent pas de signaler cette spécialité. Toutefois, dans le premier tiers du xviii* siècle, sa prospérité avait reçu quelque atteinte. Cent vingt maîtres et un plus grand nombre de compagnons exerçaient en 1738 celte industrie. Mais le commerce de ôet article, jadis fort considérable en France et à l'étranger, avait décru par suite de la négligence apportée à la fabrication. «La coutellerie de «Châtellerault, déclare l'auteur du mémoire de 1738, « manque absolument pour la trempe ; peu d'ouvriers y « travaillent avec quelque succès; d'autres fournissent de « mauvaise marchandise qui se débite à Paris et à Bor- « deaux avec de fausses marques ; d'autres enfin ne trouvent « le débit de leurs ouvrages que dans l'importunité dont ils « usent à l'égard des voyageurs qu'ils forcent de les pren- « dre à très bas prix (5). » Cette décadence fut probable-

(i) Affiches du Poitou, 1774» p. i55. ■— (2) Alm. prov., p. 197. — (3) Mém. sur Châlellerault. 1788 (par Fallu), mss précité. — (4) Pig^aniol de la Force, Nouv. Voyage en France, I, ^2. — (5) Mém. sur Châtellerault, 1738, précité.

ment enrayée, puisque entre 1750 et 1768, Châtellerault comptait 204 noaitres couteliers, presque le double du chiffre de 1738, tandis que Paris n'en avait que 120, et Langres 61 (1). Les couteaux et ciseaux de provenance châtelleraudaise étaient avant la Révolution vendus en grand nombre aux îles d'Amérique, et aux foires de Bordeaux, de Beaucaire, de Normandie et de Bretagne. Cinq cents familles vers 1780 vivaient de ce travail (2). Un moment la fabrique fut composée de 300 maîtres et de 900 compagnons. Mais le nouveau régime des maîtrises inauguré en 1777, et surtout la concurrence de la coutellerie anglaise à bas prix, depuis la conclusion du traité de commerce avec l'Angleterre en 1786^ portèrent à cette industrie poitevine un premier coup (3). La Révolution « lafitpresque totalement tomber » ; en 1802, les fabricants ne recevaient plus de commandes, et la plupart des ouvriers manquaient même de pain (4).

Ainsi, en dépit de quelques périodes assez courtes de relèvement, la grande industrie décline d'une manière lente en Poitou pendant le cours du xvin* siècle. Cette décadence atteint non seulement le travail des étoffes, mais encore celui des peaux, et les autres variétés industrielles où la province avait gardé quelque supériorité.

C'étaient donc les produits agricoles qui formaient les pnncipaux éléments d'un commerce languissant et dont raclivilé eûtpu se ranimer, si les moyens de communication avaient été meilleurs et plus multipliés. Necker, dans un mémoire adressé au roi, attribue en partie le « dépérissement

(i) C. Page. La Coutellerie, p. loi (d'après les registres municipaux de Châtellerault). — (2) Thibaudcau, l!i$(, du Poitou, I, XLV. — Alm. prov., 1789, p. 223. — (3) Procès-verbal de l'ass. des trois ordres à Châtellerault 1789. imprimé in-8. — Creiizé-Latouche. Description, p. 29. — (4) Cochon, Description gén. du départ, de la Vienne, p. 72.

de la province à ce qu'elle est dépourvue de routes dans une grande partie de son territoire (1). » Dans le Haut-Poitou en particulier, les transports même au début de l'Empire se font à dos de mulet (2). Le Bas-Poitou n'était guère mieux partagé. En 1802, le préfet de la Vendée, Labretonnière, constatait qu'aucun des départements de France ne comptait aussi peu de grands chemins que le sien (3). L'administration royale avait cependant fait de louables efforts pour créer un réseau de voies de terre commode. Depuis Colbert de Croissy jusqu'à Blossac et à Boula de Nanteuil, les intendants s'étaient appliqués à doter la province de bonnes routes. En 1789 la généralité avait 700 k. de chemins royaux, mais sur beaucoup de points ce n'étaient que des tronçons encore peu utilisables (4). Les chemins ruraux sans entretien étaient de véritables fondrières., et sur la côte, les levées des canaux pendant six à huit mois de l'année devenaient impraticables (5). La navigation fluviale, qui aurait pu suppléer partiellement à cette insuffisance des routes, avait été, en dépit de projets souvent renouvelés mais toujours inexécutés faute d'argent, livrée au plus complet abandon. La Vienne, qu'il eût été facile de rendre navigable au-dessus de Chitré jusqu'à Châtellerault, était inutilisable pour la batellerie, par suite des barres qu'on y avait laissé former, pendant six mois de l'année (6). La navigation du Clain se trouvait suspendue depuis le début du

(i) Mém. de Necker cité par Baudrillart. Les Pop. Agrîc. de la France, tome II, p. i53. — (2) Cochon, op. cit,^ pp. 78, 76. — (3) Labretonnière, p. io5. — Dupîn, p. 96. — (4) Baudriliart, pp. i55, i63. — Voir de plus les Statist. de Cochon, p. 78, de Labretonnière, p. io5, et de Oapin, p. 9C, pour le détail. Le Poitou a aujourd'hui 1 1 fois plus de routes. Voir l'essai de M. Clément sur la Corvée royale en Poitou, 1899, in-8. — (5) Baudriliart, p. 164. — (6) Cochon, pp. 80-84. — (7) La Marsonnière, op» ciL

xviii* siècle (7); les écluses négligées étaient tombées en ruines; et tous les plans pour les restaurer ne devaient plus aboutir. Le cours de la Vendée, dont on aurait dû sans grandes dépenses faciliter l'accès jusqu'à Fontenay aux bateaux de 15 à 1800 tonneaux, était brusquement interrompu à une demi-lieue de cette ville par une barre qu'on n'avait pas eu la force de supprimer (2). Enfin, la principale voie navigable, celle de la Sèvre Niortaise, devenait inaccessible pendant deux mois de Tété faute d'approfondissement du chenal. Elle était dépourvue de chemin de halage,de sorte que les mariniers éprouvaient à remonter la rivière depuis Marans de grosses difficultés, et n'amenaient guère que des barques de 15 à 20 tonneaux (S). Sur le littoral, le seul port important^ celui des Sables, avait été jpréservé de l'invasion des flots et des apports maritimes par deux jetées construites à partir de 1762. On avait travaillé aie joindre au havre de la Gachère par un canal, et ces divers travaux avaient coûté 2.206.0001. Des batteries en défendaient l'entrée. Ces améliorations avaient valu aux Sables un retour de faveur : les bâtiments marchands de 5 à 600 tonneaux et les vaisseaux de guerre convoyeurs y mouillaient volontiers (4). Mais le canal de Luçon, débouché des produits de la Plaine, s'envasait sans qu'on y portât remède, et à Noirmoutiers la rade excellente du Bois-de-la-Chaise s'ensablait rapidement (5). Quant aux autres ports, Beauvoir, Saint-Gilles-sur- Vie, la Barre-de- Mont, le Pairay, la rade de l'Aiguillon^ ils auraient pu être mieux utilisés pour l'exportation des sels et autres denrées, mais les ressources avaient manqué pour les améliorer (6).

(i) Cochon, p. 84. — (:<) Labrelonnière, p. 71.— (3) Dupin, p. 89. — (4) Labretonniére, pp. 98-100. Affiches du Poitou, 1773, p. 35. — (5) Ibid, pp. 87-102. — (6) Ibid, pp. ii5-i20. — De Sourdcval, Tancica port de Beau- •'oir. Soc. d'Èm. Vendée, 1864, p. 23.

Avec de pareilles lacunes dans l'ensemble des moyens de communications, le Poitou ne pouvait guère posséder qu'une médiocre activité commerciale. Les transactions tendaient dès lors à se localiser, et les marchés se multipliaient, tandis que déclinait l'importance des foires où se faisait jadis l'échange des produits de province à province et même d'État à État. Le nombre des foires et marchés s'était sans doute très accru, mais on n'y faisait guère que l'échange des articles de consommation locale (1). Les grandes réunions commerciales avaient diminué, sinon en quantité, du moins en valeur, soit par suite du développement du commerce de mercerie ou de commission, soit parle progrès de la stabilité du négoce. Le commerce ambulant ou forain se trouve donc atteint, et le pouvoir, pour des raisons d'ordre politique ou économique, ne s'émeut que faiblement de cette décadence. Il diminue même les foires royales en concédant leurs privilèges à des marchés de caractère tout local. Ainsi les quatre foires tenues à Châtellerault à la mi-carême, au 1" mai, à la Saint-Jean et à la Saint-Michel son t au xviii* siècle à peu près semblables à des marchés (2). Les foires de Poitiers, autrefois fameuses, ne sont plus que l'ombre de ce qu'elles avaient été, bien que des lettres patentes de 1753 y aient ajouté quatre autres réunions de 3 jours chacune (3), spécialement réservées à la mercerie, à la soierie, à la draperie et à la quincaillerie. Elles ne furent guère fréquentées, comme les anciennes, que par les agriculteurs et industriels

(i) Voir la longue liste de ces foires dans TAlm. provincial de 1789, pp. 251-267. Les Aff. du Foilou, 1780, p. 43, constatent le déclin des foires dû à leur multiplication. — (2) Mémoire relatif à Châtellerault, 1788. — (3) Lettres pat. d'octobre 1753, dans Thibaudeau, II, 30o. — Hédet, p. 84. Ces 4 nouvelles foires devaient avoir lieu le i3 janvier, le lundi des Rogations, le i4 juin et le i^r septembre.

locaux, marchands de cuirs, de bestiaux, de mousselines et de toiles (1). On était loin du temps où les Flamands, les Anglais elles Français du Nord affluaient sur la place de Poitiers, Seules, les foires de Niort, de Fontenay et de Viez réunissent encore des commerçants venus des diverses parties duroyaume. Les inspecteurs des manufactures en suivent le mouvement jusqu'à la Révolution et en transmettent des états au contrôle général. On y vend aux marchands de l'étranger ou des autres provinces des étoffes de laine du pays, draps, étamines, pinchinats^ cadisés, revêches, tiretaines, serges, pour d'assez fortes sommes. Ainsi, aux foires de Fontenay, de Niort et de Vihiers, en 1737^ la valeur des tissus du Poitou vendus atteint, d'après nos calculs, au chiflre de 379.000 1. (2). On en vend pour 120 à 130.000 1. aux seules foires de Niort en 1775 (3). Avec les lainages grossiers, les marchands de la province débitent encore quelques coutils, et des bas et bonnets de Poitiers et de Saint-Maixent. La vente de la bonneterie représente en 1737 un total de 43 à 46.000 l.pour les trois foires principales du pays (4). En 1 747, à la seule foire de la Saint- Venant, qui se tient à Fontenay, on en vend pour 31 .555 1. (5). A la même foire en 1775, la vente est réduite pour cet article à 12.0001. ; et dans toutes celles de Niort, à 15.000 1. environ (6). L'industrie poitevine écoulait enfin, dans ces grandes assises commerciales, les peaux de chamois de Niort. En 1736, aux foires d'octobre et

(i) Lettre de rinteodant au corps-de-ville, 3o juia 1789. Reg. des délib. muDic, n» 196. — (2) Etais certifiés des foires du Poitou, 1737. Vienne, C»

37. — Les chiffres récapitulatifs ont été obtenus en calculant les sommes portées sur ces états et non additionnées par Tinspecteur. — (3) Etats des foires de Niort (trois étals), 1775. Vienne, C. 38.— (4) Etats des foires, 1737. — (5) Etat de la foire de la Si- Venant à Foulenay, 174?. VienuBi C.

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